ABCÈS DU FOIE
le mécanisme de production des abcès du foie; on se contente d'invoquer aujourd'hui le simple transport par le courant sanguin des microbes pathogènes.
Dans le plus grand nombre des cas, des connexions vasculaires plus ou moins directes expliquent la participation habituelle du foie à certaines infections purulentes, à celles par exemple qui résultent des phlébites des radicules d'origine de la veine porte, ou de l'infection de la plaie ombilicale chez l'enfant nouveau-né avant l'oblitération définitive de la veine ombilicale. D'autre part, on connaît depuis longtemps la fréquence relative des abcès du foie dans les plaies du cuir chevelu, sans qu'on ait encore donné une raison plausible de cette coïncidence.
Le foie est d'ailleurs intéressé dans presque tous les cas d'infection purulente, quel qu'en soit le point de départ. Le ralentissement du cours du sang, compris ici entre deux réseaux veineux, parait la cause la plus probable de la fréquence de cette localisation.
Abcès liés aux phlébites de la veine porte. — Les thromboses simples de la veine porte sont assez fréquentes; le plus souvent elles naissent de la propagation d'une lésion similaire d'une branche de la mésaraïque , intéressée elle-même par une ulcération intestinale. Quand la thrombose n'est pas septique, elle ne peut déterminer que l'anémie du département vasculaire intéressé ; le tissu sec et grisâtre se détruit par dégénérescence granulo- graisseuse. Ces infarctus sont d'ailleurs fort rares, l'artère hépatique suffisant le plus souvent à suppléer la branche porte oblitérée.
Les lésions sont bien différentes quand on à affaire à une endophlébite sappurative. La suppuration intéresse, puis détruit les parois de la veine; celle-ci augmente d'abord considérablement de volume ; elle présente des renflements ovoïdes qui compriment le parenchyme voisin. Le tissu conjonctif périphérique
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hyperplasié et infiltré entoure les veines enflammées d'une sorte de manchon ; quand la tunique moyenne a fini par céder, on trouve de véritables abcès, situés entre les lobules hépatiques, mais qui n'en ont pas moins conservé leurs rapports intimes avec les veines dont ils proviennent. Ce sont le plus souvent de petits abcès allongés, comme canaliculés, qui ont la forme et la direction des rameaux de la veine porte.
Abcès biliaires. — Les inflammations catarrhales des canaux biliaires, surtout celles qui sont la conséquence de la lithiase, entraînent parfois la formation d'abcès, en général petits et disséminés, qui rappellent ici les formations analogues que l'on observe dans les néphrites consécutives aux lésions des voies urinaires inférieures.
Ces abcès, ordinairement petits, contiennent un muco-pus verdàtre, formé tout à la fois de bile, de mucus et de pus. Us se présentent sous deux formes assez distinctes.
Dans les processus chroniques, ils sont toujours petits, isolés, allant de la dimension d'un grain de mil à celle d'un petit pois (abcès miliaires). La plupart, à peine visibles à l'œil nu, contiennent encore à leur centre les cellules cylindriques des canaliculés biliaires dont ils émanent, et les globules de pus n'infiltrent que les parois du canal et le tissu conjonctif périphérique.
Dans les cas aigus, quand l'inflammation est intense, les foyers voisins arrivent à confluer, mais ils dépassent rarement le volume d'un haricot ; leur paroi est sillonnée de festons, creusée de petites aréoles inégales (abcès aréolaires). Ils sont nombreux, souvent disposés en groupes ; parfois communicants ils arrivent à former des foyers multiloculaires.
A l'angiocholite s'est surajoutée une périangiocholite, plus ou moins étendue à distance dans le tissu conjonctif ambiant. Dans lesparois canaliculaires
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elles-mêmes l'inflammation se poursuit suivant la longueur du vaisseau, jusqu'au. point où l'épithélium est resté normal' et le calibre perméable.
Le parenchyme hépatique, ne prend aucune part à la formation de ces abcès; il n'est intéressé que secondairement et souvent reste toujours intact.
Abcès idiopathiques. — Les diverses formes précédentes peuvent entraîner, par la confluence de foyers multiples, des abcès de grandes dimensions; cependant les grands abcès sont le plus souvent idiopathiques et relèvent d'un processus spécial.
Fathogénie. — Les' grands abcès idiopathiques sont relativement rares dans nos climats; ils sont presque toujours liés à l'existence antérieure, plus ou moins ancienne, d'ulcérations, intestinales de diverses natures. La dysenterie en est la cause la plus fréq:uente, mais d'autres lésions ulcéreuses peuvent aus^i servir de portes d'entrée aux microbes pyogènes générateurs de ces abcès. Les oblitérations par embolie ou par thrombose d'une branche importante de la veine porte, si souvent invoquées autrefois, doivent. être regardées comme une cause seconde, d'ailleurs hypothétique et en tout cas assez rare.
Caractères macroscopiques» — Les abcès idiopathiques sont quelquefois multiples, mais d'ordinaire peu nombreux; les plus grands sont en général uniques, il en est qui contiennent deux litres de pus et même davantage; ils sont généralement sphériques, pour peu qu'ils soient anciens. Le lobe droit est leur siège de prédilection; tantôt ils sont inclus dans son épaisseur, tantôt ils font saillie sur la face supérieure de l'organe.
Au début, et tant qu'il progresse assez rapidement, l'abcès présente des. parois irrégulières, creusées en plein tissu hépatique, auxquelles sont encore appendus des fragments pulpeux du parenchyme en voie de ramollissement. Quand le développement est plus lent ou plus ancien, la: paroi est constituée par du tissu
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conjonctif embryonnaire, plus ou moins vascularisé, qui envoie des prolongements entre les lobules voisins. A la longue l'abcès s'enkyste dans une enveloppe ilbreuse souvent très solide.
Le pus est de couleur variable, jaune clair, blanc laiteux ou brun chocolat, suivant le degré de la dégénérescence graisseuse de ses globules constitutifs, et suivant la quantité de san^ qu'il contient en suspension.
Tei^minaisons. — Les grands accès, par leur extension continue, arrivent à s'ouvrir en se frayant un passage par diverses voies, souvent du côté de la cavité thoracique. Fréquemment ils se rompent dans les séreuses voisines, le péritoine en particulier et même le péricarde ou la plèvre à travers le diaphragme ; ils deviennent alors rapidement mortels.
Dans quelques cas leur marche plus lente laisse le temps à des inflammations adhésives de protéger les séreuses voisines ; le pus arrive alors au dehors, tantôt par des conduits naturels^ tels que l'intestin, les gros troncs biliaires, ou plus fréquemment encore une grosse bronche après perforation du diaphragme et du poumon; tantôt par lapamcwfan^e elle-même, soit au niveau de la région ombilicale, soit même, en contournant les muscles de la paroi abdominale, dans des régions plus éloignées et véritablement insolites.
Les abcès peuvent aussi guérir sur place ; le pus s'épaissit, la paroi se rétracte, le résidu se résorbe ou se calcifié, et il ne reste plus à la place de Tabcès qu'une petite masse caséeuse ou calcaire, ou même une cicatrice éLoilée plus ou moins considérable.
IIL — Syphilis. — La syphilis frappe le foie de deux façons, tantôt et le plus souvent par la production de gommes, quelquefois en déterminant une hépatite interstitielle diffuse.
Gommes. — Les gommes sont la lésion habituelle ; le foie est hypertrophié au début de leur apparition et pendant la plus grande partie de leur durée ; presque