‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 15 sur 182 · I. — TISSUS ÉPIDERMIQUES · texte numérisé non relu

I. — TISSUS ÉPIDERMIQUES

10 Type corné.

Formes embrtonnaires. — A l'œil nu ces tumeurs présentent « une coloration d*un gris rosé, sur laquelle tranchent des points opaques ou translucides et des trac tus fibreux ».

Leur cohésion très faible leur a fait donner par Gruveilhier le nom de cancer friable. La pression fait sourdre des grumeaux cohérents, non miscibles à l'eau, qui rappellent assez bien l'aspect des comédons qu'on exprime des glandes sébacées du nez. Le ramollissement des parties centrales en une sorte de bouillie athéromateuse est fréquent par le fait de l'absence de vaisseaux nourriciers.

Structure. — Au microscope la surface de coupe (fig. 4) présente des masses épithéliales compactes, cohérentes, séparées les unes des autres par un stroma conjonctif. Elles apparaissent, suivant Ja direction de la coupe, tantôt sous la forme d'îlots arrondis et isolés, tantôt sous la forme de nappes plus ou moins étendues, diversement anastomosées. La tumeur est en réalité constituée par des cylindres épithéliaux pleins, plus ou moins réguliers, dont la direction générale reste perpendiculaire à la surface de la peau.

44 TUMBURS SIMPLES.

Les coupes parallèles à la surface montrent surtout des sections transversales arrondies, tandis que sur

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(«plthWoina loboltl-

cellales épidermlqnftfl ; g. globe corné; t, Ilhu conjonctif d

les coupes perpendiculaires les sections longitudinales prédominent.

Les cylindres épithéliaus s'anastomosent plus ou moins les uns avec les autres; il en résulte un aspect alvéolaire, différent de celui qui se rencontre dans les tumeurs des glandes acineuses, mais parfois assez caractérisé pour mériter le nom de oaroluomcB de 1& peau que donnent à ces tumeurs les auteurs allemands.

Cellules. — Les cellules qui constituent par leur réunion les cylindres que nous venons de décrire présentent les caractères typiques del'épiderme. Elles sont réunies en masses compactes, soudées par un ciment, sans interposition de vaisseaux ou d'aucun lissu étranger. Elles aïfectentune disposition pavi menteuse ;

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les couches se succède at dans le même ordre et avec les mêmes caractères que dans la peau normale ; avec cette différence essentielle que, l'accroissement se faisant dans la profondeur des tissus, les cellules les plus anciennes ne peuvent s'étaler en surface et sont comme emprisonnées au centre des cylindres pleins.

La couche la plus jeune est à la périphérie des Ilots ; elle rappelle l'aspect de la couche génératrice de Malpighi ; les cellules sont là plus ou moins em-^ bryonnaires, un peu cylindriques, plus colorées, plus homogènes, moins distinctes les unes des autres qu'elles ne le seront plus tard. La limite externe est d'ordinaire nette et tranchée avec le stroma.

Les cellules plus anciennes sont polygonales, volumineuses, très caractérisées ; leur noyau est ovalaire, à contours nets, de coloration inégalement répartie, nettement multi-nucléolé.

Elles sont unies entre elles par les fines dentelures anastomotiques, connues sous le nom de pointes de Max Schultze. Ces cellules sont identiques en somme à celles du corps muqueux normal ; mais elles sont beaucoup plus volumineuses et montrent plus nettement leurs détails de structure.

Au centre l'évolution épidermique se poursuit avec ses phases ordinaires : infiltration d'éléidine ; aplatissement, dessiccation des cellules; état vacuolaire des noyaux; infiltration par la substance cornée, que le picrocarmin colore vivement en jaune.

Par le fait même de son mode de développement cette partie centrale est constituée par des couches de cellules aplaties, disposées en couches concentriques en bulbe d'oignon; on lui donne le nom de globe corné (fi g. 2).

Dans les formes moyennes les globes cornés sont très distincts au centre des cylindres épithéliaux, dont ils n'occupent que la partie centrale (épithélioma lobnlé).

4e TUMEURS SIMPLES.

Dans les formes très malignes l'évolution épidefmique est moins avancée, les globes sont plus rares sans faire complèlement défaut; ils sont aussi moins colorés, leurs cellules restent plus distinctes, l'aspect est moins feuilleté.

De plus les masses épithéliales sont plus rap- . prochées etplus diffuses.

La périphérie moins nette et plus embryonnaire n'est pas aussi nettement Fig. î. — Globe corné irès grossi. séparée du stroma.

Ces formes rentrent e, «IIbIh épid-rmiqBt. de la souvent dans l'épithéq^ei'ï^l«^f;r"^",'f«»'X- "o^a «of al* de Gornii matioD; e. couches cuncEniriqaea et Ranvier, sans constidecetUiwraœplèiBnenicoméM. tuer d'ailleurs à elles seules ce groupe artificiel.

Dans les cas à marche lente, les globes cornés très secs et très développés sont prédominants; leur périphérie touche directement le stroma, les couches plus jeunes faisant à peu près défaut (épith41ioma perlé). Stroma. — Le tissu conjonctif du stroma est pauvre en vaisseaux ; il est disposé en nappes connectives vaguement concentriques aui cylindres épithéliaux. 11 présente d'ordinaire une structure fasciculée et adulte; cependant, d'après Cornil et Ranvier, dans les formes à marche rapide, le stroma est entièrement embryonnaire, surtout à la périphérie de la tumeur ; il peut alors présenter l'aspect du tissu muqneux.

Au voisinage de la surface, le stroma est souvent le siège d'inllammatiom du type mierobim ; sous cette influence il devient embryonnaire et végétant, au sein des masses épithéliales elle-mêmes. Quand cet état est très accusé, il donne à la surface de la tumeur un aspect villeux.

TIBSUS ËPIDEHHIQUES. 47

FoBMBS ADULTBS. — L'aspect d'ensemble (flg. 3) rappelle celui de la penu sirapiement hypertrophiée. La ligne profonde de séparation de Tépiderme et du derme reste régulière; elle n'est pas rompue par les végélatioDsépithéliales, comme il arrive toujours dans lex formes embryonnaires. Dès lors révolution des cellules proliférées se poursuit vers la surface, les

couches cornées sont parallèles et superposées, avec des ondulations papillaires. Assez souvent la prolifération est encore assex exubérante pour donner naissance à des globes cornés, mais ils sont alors ovalaires, allongés ; en continuité avec les couches épidermiques de la surface et non plus inclus au sein de cylindres profonds.

Les papilles dermiques plus ou moins effacées ne prennent pas une part importante à ces formations (paplUamM oomès).

«s TUMSUBS SINPLIS.

Letpt^Uomt*eoii>éiA«i «uteur* conatitueut une claase des plD« complexe», «n y loit figurer, à cAté des (ormes adultes dea tumeurs do type épidermiqae coroé, des for- DiatioQS de nature îrntatÏTe ou microbienDe.

Lee cors sont le fait d'une hypertrophie irritative de cause mécanique, qui porte sur les couches coroées, et entraîne la disparition atrophique des papilles dermiques.

Dana les vermsa, au coDtraire.t'épîderme s'amincit, pendant que les papilles s'taypertropbieut, s'atlougeut, se ramifient et s'infiltrent de cellules embryonnaires conjonctives. U s'agit en pareil cas d'une fermeotation conjonctive dermique.

L'acné varùAiforme ou moIllUCDm contagionun (fig. 4) est une termentation qui porte au contraire sur tes

d« U [AlLU noriDilfl, m; E, coache griaulouH infiitne d'èLpldln», «d

cbe coroie iiip«rllci«lk ; d, derme culapè; U lohulei du inaUuBCiini ; 9,co1IuIm èpidermiques trinsformée* en corpuKulei iiolés pir [d fermenUtlOD ipéclile.

cellules épidermiques elles-mêmes. Les cellules proliféréea donnent naissance & un refoulement en cul-de-sac, pseudo- ([laBdulaire, de la couche cornée dans le derme boub-jb-

TISSUS ÉPlDEKNiQULS. 40

cent Cette lésion a été très exactement décrite par Renaut (I), mais nous ne saurions accepter l'interprétation qu'il en donne. Pour loi, il s'agit d'une évolution toute particulière des cellules des glandes sébacées, devant prendre place comme une sorte de type évolutif anormal, à côté des évolutions physiologiques cornées et sébacées.

Pour nous, la modification des cellules qui les transforme en boules hyalines, d'un aspect très caractéristique, est en réalité une fermentation spéciale, avec le sens que nous attachons à ce terme et que nous préciserons plus tard. De plus les cellules altérées appartiennent au corps muqueux, comme le montrent tout à la fois l'éléidine qui les infiltre, les traces très nettes de l'évolution cornée, et les vestiges encore apparents des papilles atrophiées (2).

20 Type sébacé.

Formes «ifBRTONNAiiiEs. — La prolifération néoplasique des cellules du type sébacé s'observe plus rarement que celle des cellules cornées. L'aspect général de la coupe, la distribution des cylindres épithéliaux, les caractères du stroma sont les mêmes que dans les tumeurs correspondantes du type corné. La différence réside tout entière dans les caractères propres aux cellules fondamentales. Celles-ci sont plus petites, moins distinctes, moins cohérentes; elles ne présentent pas de pointes de Schultze ; leur noyau est prédominant ; elles rappellent en un mot les cellules pavimenteuses de la périphérie des glandes sébacées. Leur évolution aboutit à la fonle graisseuse ; de là Texistence au centre des cylindres épithéliaux, ou disséminées entre les cellules elles-mêmes, de petites niasses claires, d'aspect sébacé, qui remplacent les globes cornés du type précédent (fig. 5).

(1) Archives de dermatologie, 1880.

(2)Toat réceuiment Neisser a décrit un parasite spécial, infiltré dans les corpusculet du nidllusGain, et qu il considère comme la cause de la tésioD.

50 TUHEURS SIMPLES.

Cette forme de tumeur n'a pas encore été exactement décrite ; on en fait suivant les cas tantôt un Apitbélloma en dégénérescence graisseuse, tantôt simplement un âptthélloma tabulé, tantâl même une tumeur à corps ovi formes, uncyllndrome.

Pour Corail et Ranvier les éptthéllomes tobalés

sont des tumeurs composées de cylindres pleim ou de traînées d'épitliélium pavîmenteux ne subissant pas d'évolution ipidermigue, anastomosés les une avec les autres et logés au milieu d'un slroma coujonctir La déRuitioa de ce groupe repose surtout sur des caractères négatifs ; on y range en Tail toutes les luoieurs cousliluèes par des cellules netleuieot épithéliales, quand ces dernières ne sont pas cylindriques, qu'elles ne montrent pas d'évolution cornée, et que de plus la structure générale de la tumeur ne présente paa les caractères des carcinomeB. Il en . résulte que les tumeurs d'origine épitbéliale tes plus diverses méritent également le nom d'épithéliomes tubulés et qu'on ne saurait en donner une description générale précise.

Formes adultes. — La prolifération cellulaire aboutit à la formation de glandes sébacées qui ne diffèrent guère des glandes normales que par leur nombre

Tissus ÊPÏDERMIQl'ES. 51

excessif, leur mode de distribution et par l'absence ou rirrégularité de leurs canaux excréteurs (adénomes acinenx?). Dans l'acné hypertrophique du nez la couche néoformée arrive à atteindre plusieurs centimètres d'épaisseur.

Les kystes sébacés simples des auteurs ne sont pas des tumeurs vraies, mais des inflammatioos des glandes sébacées. Les comédons sont le fait de la rétention simple du sébum dans les follicules pileux, provoquée parfois par la présence du demodex foUiculorum.

Les kystes sébacés proprement dits sont le fait de la dilatation des glandes sébacées par leurs cellules constituantes, proliférées, mais ayant subi une dégénérescence pathologique spéciale. Celle-ci présente pour nous les caractères d'une fermeûtation microbienne ; elle aboutit à la désintégration des cellules en une masse d'aspect graisseux, dans laquelle on reconnaît plus ou moins bien la forme des cellules préexistantes et qu'on appelle mellicérique ou stéatomateuse^ suivant qu'elle rappelle, par sa consistance, le miel ou la cire.

Le kyste sébacé est ordinairement constitué par une cavité unique résultant de la distension d'une seule glande. Quand la région est riche en glandes sébacées, la lésion s'étend à des glandes multiples ; peut-être même provoque-t-elle la formation hypertrophique de culs-de-sac nouveaux ; la tumeur présente alors un aspect lobule, tel est souvent le cas des loupes du cuir chevelu. Sur les coupes, il arrive parfois que l'aspect rappelle celui d'un épithélioma lobule dont les lobules seraient pressés et réguliers ; mais cette régularité même n'appartient pas à l'épithélioma, et de plus les caractères du mode ferraentatif des cellules épithéliales sont très différents de leurs évolutions physiologiques.

L'épithélioma pavimenteux calcifié de Malherbe de Nantes est également une lésion inflammatoire des glandes sébacées, guérie par calcification.

Les kystes dermoldes qui figurent parmi les kystes sébacés des auteurs sont des tumeurs à tissus multiples, ressortissant aux néoplasies des tissus fœtaux transitoires qui feront l'objet d'un chapitre particulier.

TUHBURS SIMPLES.

3° Type andoripare.

FoBHEs EMBRYONNAIRES. — Bien que répithélium

des glandes sudoripares appartienne à la famille épidermique, il se distingue nettement des deux premiers types que nous venons de décrire. Les tumeurs qui en dérivent se rapprochent beaucoup plus des tumeurs glandulaires que nous étudierons pins tard, que des autres tumeurs d'origine cutanée.

Les formes de malignité moyenne sont les plus fréquentes, ce sont celles qui ont été bien étudiées par Verneuil. Le tissu épitbé liai s'y présente sous la forme de tubes ou de cylindres pleins, anastomosés entre euï par des bourgeons latéraux (fig. 6), les uns se présentant en sections transversales rondes, les autres Fig. 6. — TuiiuHirenbr;»BDura en sections longitudinales du ijpe audaripirc (6pithè- Cylindriques. iiomatQDtiU). i^^ celittles qui les cons-

tituent rappellent encore un peu le type épidermique : elles sont encore plus petites et moins soudées entre elles que les cellules sébacées ; leur noyau est moins distinct ; elles sont cubiques plutôt que polygonales. Enfin elles ne présentent ni évolution cornée, ni évolution sébacée.

Le stroma intertubulaire est adulte. A cette étape évolutive, ces tumeurs répondent k la description de rApithélioma tnbnlé; mais elles ne sont pas seules à constituer ce groupe. De plus la distribution tubulaire et l'aspect cubique des cellules épithéliales n'appartiennent qu'aux formes de malignité moyenne. Dans les formes très embryonnaires, les cellules sont plus arrondies; elles se répartissent en Ilots irrégu-

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liers ou ovalaîres au sein d'uu stroma moins bien organisé ; la tumeur devient un carcinome.

Formes adultes. — Les tubes sont plus longs, un peu enroulés ; les cellules s'y disposent en deux rangées latérales régulières ; Tensemble prend Taspect des glandes hypertrophiées. On les confond souvent dans les descriptions courantes avec les formes embryonnaires tubulées;les polyadèaomes sudoripares des auteurs répondent tantôt à Tune, tantôt à Tautre de ces deux étapes évolutives des tumeurs sudoripares.

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