‹ Précis d'anatomie pathologiqueChapitre 29 sur 182 · X. — TISSUS SPÉCIAUX DES ORGANES DES SENS · texte numérisé non relu

X. — TISSUS SPÉCIAUX DES ORGANES DES SENS

Nous ne pouvons entrer ici dans Tétude complète des tumeurs des organes des sens, leur nombre est illimité comme celui des espèces et des variétés des tissus normaux qui entrent dans leur composition. C'est ainsi que Toeil, par exemple, le plus important de ces organes, présente une structure très complexe; chacun de ses tissus possède une série de tumeurs qui lui est propre, bien qu'elles soient confondues, dans les descriptions classiques, avec ceux des néoplasmes des autres régions qui présentent avec elles des analogies plus ou moins grossières. Nous nous contenterons de décrire sommairement l'espèce la plus fréquente des tumeurs embryonnaires de cette famille, celle qui dérive de la couche pigmentaire de la choroïde.

Tumeurs embryonnaires du type pigmentaire

choroïdien.

La couche pigmentaire de la choroïde possède deux sortes de cellules pigmentaires : les unes sont des cellules éloilées, d'aspect conjonctif, situées dans la

TUMEURS MÉLÂNIQUES. 103

profondeur au voisinage des .vaisseaux; les autres beaucoup plus nombreuses forment la couche pavimenteuse épithéliale qui unit la choroïde à la rétine. Les auteurs admettent d'ordinaire que les tumeurs mélaniques que nous allons décrire émanent des corpuscules conjonctifs étoiles. Cette affirmation procède sans doute de la croyance encore générale au rôle prédominant du tissu conjonctif dans la genèse de toutes les tumeurs ; en réalité Fétude anatomique de ces néoplasmes montre que la plupart se rapprochent des types épithéliaux et émanent de l'épithélium pavimenteux choroïdien.

Mélanine. — Ces tumeurs tirent leur caractère principal de l'accumulation de la substance pigmentaire, qui résulte de l'évolution normale des cellules de ce tissu. Cette substance à laquelle on a donné le nom de mélanine présente une coloration franchement noire à l'œil nu, grise ou brune au microscope ; elle ne présente jamais les teintes variables et successives des pigments d'origine sanguine. Elle est le résultat d'une action propre des cellules; ses caractères chimiques sont mal connus; elle est extrêmement stable et très résistante aux agents chimiques les plus énergiques. On la retrouve dans les tumeurs avec les mêmes caractères qu'à l'état normal ; elle se présente sous la forme de petites granulations arrondies et réfringentes, de couleur franche, variant du gris au noir, le centre toujours plus clair que la périphérie. La forme des granulations élémentaires est ordinairement sphérique, mais leurs amas peuvent être anguleux; le plus souvent elles s'agglutinent en granulations plus volumineuses, mais également sphériques. Ces granulations composées se distinguent des granulations élémentaires par leur opacité, par leur coloration plus noire, par la présence d'une zone périphérique due au dépôt d'une substance albuminoïde. Les granulations présentent des dimensions très différentes, variant de un à neuf {i ; en

lot TUMEURS SIMPLES.

dehors des tissus, les plus petites sont animées de mouvements browniens intenses et prolongés.

Les granulations noires apparaissent dans les cellules; elles se déposent d'abord autourdu noyau. Au fur et à mesure qu'elles grossissent et qu'elles deviennent pins nombreuses, elles envahissent tout le protoplasma cellulaire ; elles cachent le noyau; elles flnissent par détruire la cellule et par devenir libres, ou par se déposer dans la substance intercellulaire qu'elles pigmentent.

CeUitles. ~ Les tumeurs d'origine choroïdienne (lig. 26) sont consliluées par des nappes cellulaires continues, dans lesquelles le stromafaitle pins souvent complètement défaut. Ces cellules sont arrondies, nombreuses, mal colorées par te carmin, le noyau y est peu distinct bien que ' le protoplasma soit assez Fig. !fl. — Tumeur emhrionnïir* abondant. Les points les Ék.i..i . ^j^^ embryonnaires ne

contiennent pas de granulations pigmentaires ; c, ceiiuiei pigmeotairei rfunics celles-ci n'apparais sent

jonolifi;p. cellules Iréafortomeol qu'à une étape un peu plU9

pigmentées; o, teiiuies jeunos avancée de leur évolution, pre-qua incolores; A, globule. En géuéralla plupart des qui^" siroma''codjonci"''" '^'' cellules ne contiennent pas de pigment ; quelquesunes n'en contiennent qu'une petite quantité; celles qui en sont totalement imprégnées se présentent sous la forme de blocs noirs arrondis. Ordinairement elles se réunissent par groupes, qui forment sur les coupes des sortes d'Ilots, disséminés au sein des nappes de cellules non pigmentées comme le sont, dans les tumeurs cutanées, les globes cornés au milieu des cellules

TUMBUR8 MÉLàNIQUES. i05

épidermiqnes restées au stade du corps muqueux.

La répartition inégale des cellules pigmentées détermine dans ces tumeurs des zones de colorations diverses variant depuis le gris demi-transparent jusqu'à la teinte sépia et franchement noire. Il est très rare que la tumeur soit complètement noire dans toute sa masse.

Stroma. — Le stroma fait habituellement défaut dans les formes très embryonnaires (sarcomes mélaniques); il est plus ou moins abondant dans les formes plus lentes (carcinomes mélaniqnes). Il présente des caractères particuliers en rapport avec son origine; ses fibres sont homogènes, simplement rosées et très peu flbrillaires.

MÉLANOSB.

Les descriptions classiques réunissent sous le nom de tumeurs mélaniques tous les néoplasmes qui cou tiennent dans leur intérieur des pigments mélaniques. Malgré rimportance réelle de ce caractère commun* ce rapprochement est artiûciel. Depuis le grand travail de Comilet Trasbot (I), l'étude de la mélanose a été un peu délaissée par les anatomo-pathologistes. La plus grande incertitude règne encore sur sa véritable nature et sur la place qu'elle doit occuper dans le cadre nosologique.

Bien que cette question nous paraisse renfermer encore de nombreuses inconnues, nous pensons qu'il est possible dès à présent de distinguer dans le groupe complexe des tumeurs mélaniques trois séries distinctes que nous allons passer successivement en revue.

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