Rech, sur la synoêtote des os du crâne
4. Étude sur Vordre (F oblitération des sutures du crâne dans les races hu^ moines, 1885.
HOVELACQOE 6t G. HERVÉ. — Anthropologie. 15
Ît6 PRÉCIS D'ANTflROPOLOGIK.
d'après l'examen de 2200 crânes, que la loi de Gratiolet n'est pas plus fondée pour les races inférieures que pour les supérieures.
La marche de l'ossification des sutures ne semble pas dépendre de la race, mais bien plutôt du mode de l'activité cérébrale, lequel peut varier suivant le degré atteint par les races dans leurévolution. C'est dans les régions où l'accrois* sèment cérébral est au minimum, — et où les sutures sont les plus simples, — que la soudure se fait avec le plus de rapidité. Ainsi s'explique l'ordre d'oblitération d'avant en arrière sur un certain nombre de crânes préhistoriques. Un crâne à sutures simples sera plus rapidement envahi, parce que l'accroissement cérébral est également faible sur tous les points : c'est, suivant l'expression de Broca, l'égalité dans la médiocrité; tandis que, sur un crâne à sutures compliquées, certaines régions résisteront plus longtemps.
Nous avons vu ailleurs que la suture basilaire se fermait en général, chez l'homme, avant l'éruption de la dent de sagesse. Les exceptions à cette règle, rares chez le blanc, sont fréquentes dans les races noires.
La soudure des sutures de la face n'a été étudiée, au poini de vue ethnique, que pour la suture nasale et les sutures de rintermaxillaire. Les os propres du nez se soudent beaucoup plus tôt chez les Nègres et chez les Holtentots que chez les blancs : chez les Hottentots, celte soudure est quelquefois complète dès l'âge de vingt à vingt-cinq ans. Hamy a signalé la même synostos précoce des sutures nasale et maxillo-nasale chez les Négrilles de l'Afrique équatoriale. Cette fusion prématurée établit une affinité manifeste entre ces races inférieures et les singes catarrhiniens. Quant aux intermaxillaires, toutes les phases de leur soudure sont retardées dans les races noires : les lignes suturales se voient encore sur de jeunes Nègres de cinq à six ans, en des
LE CRANE. m
points oûy chez le fœtus blanc à terme, elles ont déjà disparu. Hamy a observé le même fait sur plusieurs crânes d'enfants néo-calédoniens.
Développement. — Les os wormiens, qui impliquent une expansion du cerveau plus rapide et plus prolongée par rapport au développement du crâne, sont, d'après les chiffres de Chambellans plus nombreux sur les crânes français que sur ceux des Nègres, des Néo-Calédoniens, des Péruviens anciens ; mais, pour juger de leur fréquence relative, il faudrait en établir la répartition dans chaque groupe au moyen de l'ordination et de la sériation. Dans une même race, la brachycéphalie semble en favoriser la production.
La soudure des deux frontaux primitifs se fait plus tardivement chez Tbomme que chez les autres Primates, en raison du développement prédominant qu'acquièrent de bonne heure les lobes antérieurs du cerveau. Parfois même les deux moitiés du frontal se joignent trop tard pour se souder, et sont alors réunies chez Tadulte par une suture persistante {suture médio^frontale ou métopique). Cette suture n'est pas très rare dans les races européennes. La proportion est d'environ un sur dix ppur les crânes français, anglais et allemands. Elle est notablement plus faible dans les races altaîques et américaines, et la suture métopique est d'une excessive rareté chez les Nègres mélanésiens et africains ^
La saillie des bosses frontales^ si elle est un caractère humain, est aussi un caractère fœtal, qui reste très accusé chez l'enfant et chez la femme. Le front haut et bombé des Nègres conserve toujours l'aspect enfantin. Ces mêmes saillies s'observent sur les crânes préhistoriques de Cro-Magnon et de THomme-Mort. Par contre, l'effacement des bosses
1 . Étude anaU et ênthropol. sur les os warmiens, 1883. S. Anoutchine, Revue d^Anthropologie, 1883, p. 358.
frontales est un des caractères du type néanderthaloîde et du crâne mélanésien.
L'existence des trous pariétaux est plus fréquente dans les races inférieures : ils manquent, en effet, trente-sept fois sur cent chez le blanc, vingt-cinq fois seulement chez le Nègre. Rappelons que ces trous ne sont pas réellement normaux, et qu'ils ne se forment pas lorsque l'ossiûcation du pariétal est parfaitement correcte ^ Il semble qu'ils soient le résultat d'un arrêt de développement, dû à la prédominance des lobes pariétaux du cerveau.
A l'occipital, nous signalerons les diverses anomalies que peut présenter l'ossification de la portion écailleuse : persistance chez l'adulte du centre d'ossification supérieur, formant un os indépendant qui représente Vos interpariélal des mammifères; existence . d'un os fontaneilaire lambdoïdien ou des différentes variétés de Vos épaclal. En 1851, de Tschudy et Rivero annonçaient que l'épactal constitue un caractère presque constant du crâne des races anciennes du Pérou, et ils lui donnaient le nom A'os Incœ ou os de VInca, Dans les races européennes, cette anomalie se rencontre une fois sur cent soixante environ. EUe^ est plus fréquente sur les crânes péruviens, sans en être pourtant une caractéristique ethnique. Après les Péruviens, viennent par ordre de fréquence les autres races américaines, puis les Nègres, les Européens, les Mongols ^
Caractères morphologiques du crâne. — Sous le nom de norma on désigne, depuis Blumenbach, l'ensemble que l'œil peut embrasser à la fois, en regardant le crâne suivant l'une de ses faces.
i"* Norma latérale. — Cette norma, introduite par Cam-
1. Augier, Rech. sur le dével, des pariétaux d la région sagiitale, 1875. — Broca, Bull, de la Soe, d: Anthropologie, 1875, p. 192, 326.