Bull, de la Soc, d^Anthrop., 1874, p
règle générale. La fréquence des molaires inférieures à cinq tubercules semble avoir été notablement plus grande dans nos races préhistoriques, et elle est probablement plus grande encore dans les races inférieures actuelles. Toutefois, chez les Fuégiens, la présence de tubercules supplémentaires n'est pas très fréquente*. — La dent de sagesse présente d'ordinaire, dans les races blanches, une constitution en quelque sorte rudimentaire : le nombre de ses tubercules est réduit à trois, au lieu de quatre ou cinq. Dans les races inférieures, au contraire, cette dent est généralement aussi complète que les autres molaires, et souvent même, chez les Noirs africains et mélanésiens, sa couronne offre (comme chez les singes) cinq et jusqu'à six tubercules. D'une constitution moins solide que celle des autres dents, la dent de sagesse est, chez nous, fréquemment exposée à la carie, et cette circonstance, jointe à la moindre longueur et à la moindre divergence de ses racines, l'expose à une chute prématurée. Un très grand nombre de crânes d'Européens ne présentent à la place de cette dent qu'un alvéole cicatrisé depuis longtemps, tandis qu'elle est encore en place sur la plupart des crânes de Nègres et de Néo-Calédoniens.
Une disposition assez commune dans les races supérieures et beaucoup plus rare dans les races inférieures, est l'.irrangement irrégulier par défaut d'espace : les dents ne pouvant se disposer en rangée régulière sur une mâchoire trop petite pour leur largeur, se dévient en divers sens. Lorsque, au contraire, la longueur de l'arcade alvéolaire est plus grande que ne l'exigerait le volume des dents, il existe des intervalles plus ou moins larges, tantôt entre les incisives, tantôt
1. Hyades et Galippe, Observ, sur le syst. dentaire des Fuégiens, 1884, p. 9.
en avant ou en arrière de la canine (diastëme) . Le diastëme, qui existe chez la plupart des singes, est très rare dans toutes les races humaines : il est moins exceptionnel, toutefois, dans les races prognathes, où il résulte non pas du faible volume des dents, mais de la forte inclinaison de la portion de l'arcade alvéolaire qui supporte les incisives.
Les anomalies numériques des dents, qui modifient la formule dentaire, se produisent par défaut ou par excès. Nous signalerons particulièrement, parmi les premières, la défection de la dent de sagesse, par défaut d'éruption. Cette défection d'une ou plusieurs dents de sagesse ou de toutes les quatre, est commune dans tes races d'Europe ; elle parait beaucoup plus rare dans les races inférieures. Ce fait, ainsi que l'incomplet développement de ces dents lorsqu'elles existent et leur éruption tardive, a conduit Darwin et Mantegazza à penser que la troisième molaire est, chez l'homme, un organe en voie d'atrophie et de disparition. Cette opinion n'est pas partagée par iMagitot, d'après lequel la dent de sagesse obéirait dans toutes les races aux lois communes de l'évolution et de l'éruption dentaires. Si, à la mâchoire inférieure, elle rencontre souvent des difficultés à sa sortie, la dent supérieure accomplit son évolution sans obstacle sur la tubérosité du maxillaire. Les anomalies de la troisième molaire seraient, dès lors, le résultat de circonstances extrinsèques, et dépendraient moins de révolution propre de la dent que des obstacles mécaniques qui s'opposent à l'éruption ^ — Dans les anomalies par excès, nous noterons les dents supplémentaires qui se forment à l'extrémité postérieure de l'arcade dentaire (en haut, généralement), derrière la dent de sagesse. Très rare dans les races supérieures, cette anomalie l'est beaucoup moins dans les races infé-
i. Bull. d€ la Soc, d'Ânthrop., 1878, p. S53; 1879. p. 157.
rieures : Bertillon elFontanM'ont assez fréquemment observée chez les Néo-Calédoniens. Il s'agit là probablement d'une de ces anomalies régressives qui reproduisent un type normal chez certains mammifères. Elle est en rapport avec le caractère inférieur du prognathisme et l'ampleur de la * mâchoire; lors même que la dent n'existe pas, la mâchoire présente à sa place un espace vide. Au contraire, dans notre racCy la mâchoire est souvent trop étroite pour donner place à la dent de sagesse elle-même. — • Il arrive quelquefois qu'une dent de lait, au lieu d'être remplacée par la dent permanente correspondante, persiste à côté d'elle. Hyades et Galippe • ont assez fréquemment noté cette pseudo-anomalie numérique pour les canines, chez les Fuégicns. . L'étude de l'éruption des dents n'a guère été faite jusqu'ici que dans les races d'Europe. Or, il existe certainement sous ce rapport des différences ethniques. L'évolution dentaire se fait plus tôt, par exemple, chez les Fuégicns et les Eskimaux que dans notre race'. La plus grande précocité des dents de sagesse chez les Nègres est un fait connu. La première de ces dents n'apparaît, dans les races blanches, qu'entre dix-huit et vingt-cinq ans (l'âge probable^ est compris entre vingt-trois et vingt-quatre ans). Elles se montrent déjà développées à quinze ans chez les Néo-Calédoniens'. Hyades en a constaté la présence à douze ou treize ans chez les Fuégicns*. Cette éruption précoce de la dent de sagesse doit être considérée comme un caractère d'infériorité. Elle est, en effet, beaucoup plus hâtive encore chez les singes»
1. Bull, de la Soc. d'Antrop., 1880, p. 675; 1881, p. 591. 8. Op. cit., p. 16.
3. Ibid., p. 19. — Bull, de la Soc. d'Anthrop., 1877, p. 577.