Goldstein, Rev. d'Anthrop., 1884, p
Force musculaire. — La plupart des observateurs ont mesuré sous ce nom, au moyen du dynamomètre de Régnier, la force de pression des mains {force manuelle) et la force de traction verticale de bas en haut {force des reins), les deux mains agissant simultanément dans les deux cas. Il résulterait des statistiques publiées que, sous le rapport de la force des mains, les races sauvages sont inférieures aux races européennes :
kil. kU.
Français 61 .0 Tasmaniens 50.6
Hawaïens 60.1 Australiens 48.0
Micronésiens 56.8 Chinois 46.8
Timorîens 52.4
Il n'en serait plus de même quant à la force des reins : bien que les Nègres fournissent une moyenne (146 kilogrammes) plus faible que celle des blancs (155 kilogrammes),
et que cette force descende à 400 kilogrammes chez les Australiens, on voit les Polynésiens des Sandwich (171 kilogrammes) et les Indiens Iroquois (190 kilogrammes) mieux partagés ici que les Européens. Il convient toutefois de remarquer que ces moyens d'estimation de la force musculaire sont défectueux, en ce qu'ils mettent à contribution l'adresse autant que la force, et sollicitent plus particulièrement l'action de certains groupes de muscles. La force de traction horizontale, qui exige l'effort le plus général et le plus imiforme, est la seule méthode échappant à peu près à cette objection (Broca).
On mesure encore la force de serrement de chacune des mains isolément, au moyen du dynamomètre de Mathieu. Cette force est, en moyenne, chez les Français adultes de vingt-cinq à quarante ans, de 50 kilogrammes pour la main droite, de 40 kilogrammes pour la main gauche (Manouvrier). Il semble qu'à taille égale et à volume égal des
muscles, les races sauvages nous soient inférieures sous ce rapport (Manouvrier)*.
Station et locomotion. — Certaines attitudes, qui sont pénibles pour nous, sont naturelles chez quelques peuples. Telle est l'attitude accroupie, dans laquelle la pointe du pied, fortement étendue, appuie sur le sol, pendant que les fesses reposent sur les talons. Cette posture semble être habituelle dans la plupart des races noires, c'est le mode de station ordinaire des habitants du cours supérieur du Nil et des Nègres d'Afrique et d'Océanie*.
Les procédés usités par certaines populations pour grimper aux arbres sont non moins intéressants, au point de vue de la physiologie comparée du pied. Pour grimper, nous embrassons étroitement le tronc avec nos bras et nos jambes; mais, lorsque l'usage des chaussures n'est pas venu réduire de bonne heure l'étendue des mouvements intrinsèques du pied^ les orteils peuvent acquérir par l'exercice assez de force et de mobilité pour que les pieds puissent contribuer à ce mode de locomotion \ Certains sauvages (les Néo-Galédoniens et les Andamanites, par exemple) usent d'un procédé plus remarquable encore. Ils grimpent à la manière des chats, en se cramponnant aux aspérités de l'écorce avec les doigts et avec les orteils, et marchent, pour ainsi dire, verticalement le long de l'arbre, sans que leur tronc ni leurs membres s'y appliquent.
Les mouvements du gros orteil, en particulier, acquièrent, chez les peuples plus ou moins sauvages qui vont pieds nus et dont le pied joue ainsi dans le grimper le rôle d'organe de préhension, une grande étendue. Si jamais cet orteil n'est, semble-t-il, capable d'opposition comme celui des