HOTTENTOTS
un bonnet également de peau et se peignent le visage avec de la graisse mêlée de terre rouge. On s'enduit le corps de beurre ou de graisse de mouton mêlée à de la suie, pour parer, dit Kolbe, aux ardeurs du soleil. Souvent les cheveux sont chargés de graisse qu'on ne nettoie d'ailleurs pas, et qui forme comme un bonnet de mortier noir. Dans Tintérieur du logis, la femme est souveraine maîtresse (Th. Hahn), mais au dehors son sort est tout à fait inférieur. Plus triste encore est celui des malades, des vieillards, que Ton abandonne purement et simplement. On revêt les morts de quelque vieille peau et on les enfouit; çà et là de petits tumulus pour les chefs. La mémoire des morts est fort redoutée, et tout passant jette une pierre sur les lieux de sépulture qu'il rencontre. Les missionnaires, qui ont prétendu insinuer aux Hottentots la notion de leur dieu, n'ont réussi qu'à leur faire soupçonner un être malfaisant auquel sont dus tous les maux de l'humanité ; le plus souvent ils ne suivent les prêches chrétiens que pour participer aux distributions de tabac.
On distingue les Hottentots en Namas (ou Namaquas), au nord-ouest de la colonie; en Koras (Koraquas ou Koranas), sur le cours moyen du fleuve Orange ; en Hottentots du Cap ; en Grîquas. Ces deux derniers groupes ont plus particulièrement subi l'influence européenne; la plupart des indigènes dont ils se composent ont abandonné leur langue maternelle et se servent du hollandais.
La langue des Hottentots n'a rien de commun avec celle des noirs bantous; elle n'a encore été rattachée scientiflquement à aucun autre système linguistique et appartient à la période agglutinative. La numération est décimale.
406 PRÉCIS DANTHROPOLOGCE.
g 8. — Les Nègres afrioains Baa-éqaatoriaaz.
Ils peuvent se diviser géographiquement en sénégambiens, guinéens, soudaniens, nilotiques.
Nègres sén£gâmbiens. — Les Wolofs, qui habitent la basse Sénégambie, touchent à l'Atlantique et ont à Test pour voisins les Peuls. Ils n'ont ni le nez aussi épaté, ni les lèvres aussi épaisses qu'un grand nombre d'autres noirs et ne sont pas extraordinairement prognathes. L'indice céphalique est faible : environ 70 chez les hommes, 73 chez les femmes. Le crflne est d'ailleurs assez capace. Sur le corps, le système pileux est peu développé. Le mollet est mieux indiqué que chez nombre d'autres Nègres, le talon moins proéminent; mais le pied est encore assez plat. La taille est grande, la tournure alerte et dégagée, la peau d'un beau noir.
Les Sérères^ divisés en deux groupes, sont au sud des précédents. Us présentent les mêmes caractères craniologiques, mais leur type est pourtant plus grossier. Ils sont d'ailleurs assez sauvages. Un groupe de vingt-deux Sérères et Wolofs a donné les mensurations crâniennes suivantes : indice céphalique, 71.3; indice de hauteur-largeur, 99.9; indice orbitaire, 87; indice nasal, 55.6. Capacité (hommes et femmes), 1411 centimètres cubes.
Les FéloupSj divisés en nombreux sous-groupes, se trouvent au sud des Sérères et de la Gambie. Leur peau est fort noire, le nez écrasé, la face est large et ronde; peu de poils, tète et barbe rasées. La taille est beaucoup moins haute que celle des Sérères. Les Féloups de l'intérieur sont de vrais sauvages.
Les Baniouns^ un peu plus haut sur le cours de la Gazamance^ sont beaucoup plus accessibles aux influences étrangères, très attachés à leurs terres et au patrimoine familial.
Les Salantes habitent sur le haut cours du Rio Cachéo. Ils vivent surtout de brigandage/aiment peu la culture, s'allient entre eux et ne communiquent guère avec leurs voisins. Ce sont des noirs d'assez haute taille.
Les Biafars se trouvent entre la rivière de Ghéba et le Rio Grande. Ce sont de beaux nègres dont les mœurs ont assez d'analogie avec celles des Mandingues.
Les Papels habitent la côte qui avoisine l'embouchure de la rivière de Ghéba, et sont fort peu civilisés.
Les Bissagos de l'archipel qui fait face au Rio Grande sont de forts et grands noirs, sauvages et féroces.
Les Bagas du Rio NuBez (au sud des Nalous), peu intelligents, sont traqués et chassés par leurs voisins auxquels ils sont fort inférieurs.
Les Mokin forés habitent un petit territoire à l'est des précédents et tirent leur origine d'esclaves évadés du Fouta Djalon. Leurs villages ne se composent que de quatre ou cinq huttes.
Les Nalous sont établis au nord des précédents et des Bagas.
Les ThyapésiSj ou TiapiSy se trouvent à l'est des Nalous. Un certain nombre d'entre eux sont encore à l'état sauvage. D'autres, soumis aux Peuls, sont de bons agriculteurs.
Les Landoumas habitent plus au sud, à Test des Bagas. Ils ont le nez moins épaté, les lèvres moins volumineuses que les noirs du Sénégal (Corre).
Les Sotisous sont plus au sud, par 10^ de latitude.
Nègres guinéens. — Les Boulloms, sur la côte de Sierra Leone.
Les TimaniSf sur le cours du bas Rokellé.
Les CherbroSj dans l'Ile de ce nom.
Les VéiSy de Gallinas à Cape-Mount, venus de l'intérieur du continent. Dans cette partie supérieure de la Guinée, la
taille de rhomme est généralement assez belle, le corps est souple et agile. La femme a le ventre gros, les seins pendants. Souvent les dents sont limées en pointe, les sourcils arrachés. Souvent aussi les femmes ont la tète rasée, les' hommes portent les cheveux coupés en croix et dressés en petites touffes carrées. Parfois le corps est oint d'huile de palmier et exhale une odeur nauséabonde.
Les KroiiSf sur la côte des Graines, ont vraisemblablement absorbé une population. côtière plus ancienne et manquent d'homogénéité. Ils détiennent tout le commerce maritime de cette région, par exemple celui du sel si fort estimé par les peuplades de l'intérieur. Us comptent parmi les plus robustes des noirs, ont les épaules larges, le cou assez court, la peau d'un bronze foncé (Soyaux).
Les Grébos du cap Palmas sont les « Fishmen > des Anglais. Ils ne diffèrent pas sensiblement des précédents.
Les Avekvoms vont jusqu'au fleuve Assinie. On leur donne aussi le nom de Quaquas. Us sont d'un noir luisant, bien pris de taiUe.
Les Assiniens présentent deux types : l'un, plus ancien dans le pays, trapu, à tète médiocrement aUongée ; Tautre plus élancé, plus dolichocéphale, ayant les membres plus grêles. La peau est d'un beau noir. D'après Mondière, le type ancien a une taille de l'',67, un indice céphalique de 74.7; le type plus récent une taille de 1'',74, un indice céphalique de 71 . La femme est sensiblement plus petite et un peu massive. A l'est, les Apolloniens ou Ezemmas. Plus à l'est encore, toujours sur la côte, les Fantis^ qui se rapprochent beaucoup de leurs voisins du nord les Achanlis. Peau d'un beau noir, crâne peu capace. Cinq crânes ont donné à B. Davis un indice de 73.3 ; une série de six crânes a donné 74 : en moyenne, 73.7. Au sud-est des Achantis, les Ghas d'Akra. A l'est, les Evés^ puis les Dahomans ou Ffons.
RfeGRES. 409
Les Yorubans ont une apparence nigritique moins caractérisée que les autres Guinéens ; leurs lèvres ne sont pas très épaisses, leur nez n'est pas très aplati (Clapperton). Plus au sud les YéboiiSj sur le littoral. A l'est les indigènes du bas Niger, les IboSy les Bonnis. Voici quelques mensurations cianiennes concernant les noirs de la Guinée sus-équatoriale :
Krous. .■ • . 1
Indice ctfphalique
Indice
dehaoteor-
largeur
Indice orbltaire
Indice nasal
Fantis.
Achanlis .........
Evés
Dahomaim
Noin de Calabar..
£n remontant vers le nord, immédiatement à Test de la Sénégambie, se trouvent les Mandingues^ qui confinent aux Soudaniens occidentaux. Ceux du Bambouk sont appelés Halinkés par les Peuls et les Saracolais. Leur centre d'habitation est dans la région des versants nord et nord-ouest du Fouta-Djalon. Il en est qui, vers le sud, confinent aux Guinéens occidentaux. C'est une aire géographique fort étendue. Dans ce vaste domaine bien des mélanges ont eu lieu, et les Mandipfiies se sont fréquemment croisés avec les autres noirs et avec les Peuls. Souvent leur peau est d'un brun olivâtre, couleur tabac ou chocolat. L'ensemble de la physionomie est dur et peu agréable. Les Cranta ethnica donnent pour dix hommes mandingues les mensurations suivantes : capacité, 1460 centimètres cubes ; indice céphalique de largeur, 72.8; de hauteur-largeur, 101.4; de hauteur-longueur, 73.9. Indicé orbitaire, 89.4; nasal, 54. En somme, sous le nom de Mandingues on comprend diverses populations, presque toutes fort métissées, et assez distinctes parfois les
410 PRÉCIS D*ANTBROfOLOGIE.
unes des autres. Gela n'a rien de surprenant, étant donnée rétendue du territoire dit mandingue.
LdsKassonkés, dont beaucoup sont des métis de noirs et de Peuls ou bien de Maures, ont le teint cuivré.
Les SaracolaiSj qui sont les Soninkés proprement dits, sont également fort métissés.
Plus à Test, les Bambaras^ sur les deux rives du Niger, en contact eux aussi avec des Peuls. Certains ont le type nigritique franc, mais d'autres sont encore métissés, ont la peau plus ou moins brunâtre. La tribu des Kourbaris est celle que les croisements ont le moins attaquée. Les indigènes du Massina ont reçu, eux aussi, une forte dose de sang non nigritique. Des Peuls occupent une partie de leur pays.
Les Sonraîs habitent dans la région où le Niger descend par un coude brusque vers le sud-est ; leurs voisins du nord sont les Touaregs. Ce sont, comme les autres Soudaniens septentrionaux, des noirs métissés présentant un type assez varié, avec un teint d'un noir léger (Barth). Le mélange avec le type berber se reconnaîtrait particulièrement chez les femmes.
Les Borgouans sont plus au sud, sur la rive droite du Niger. De l'autre côté du fleuve, les noirs du Yaouri, grands, assez stupides, ditClapperton.
Les Nyféens, eux aussi sur la rive gauche, sont de vrais Nègres non métissés; race douce et inoifensive, rapporte Lander.
Les HaoussaSy ou Ilaoussanis, se trouvent sur la même rive, au nord des noirs du Yaouri. Us confinent, vers le nord, au pays occupé par les Touaregs et forment une population très métissée. Certains d'entre eux ont la peau noire, d'autres l'ont rougeâtre, ont le nez mince et point aplati (Hornemann), mais les cheveux sont toujours crépus et les lèvres épaisses. L'indice ccphalique varie de 77 à 79.
SouBÀNiras ORIENTAUX. — Les Tibbous occupent une aire géographique étendue, s'étendent au nord jusqu'au Fezzan, au sud jusqu'au lac Tchad, avoisinent vers l'ouest les Touaregs. La plupart des tribus tibboues sonl fortement mélangées d'éléments berbers; quelques-unes, toutefois, ont conservé le vrai type nigritlque.
Les BiddoumaSf ou Yédinas pour mieux dire, habitent les nombreuses lies du lac Tchad. Ils sont d'assez haute taille, forts, noirs de peau, et n'ont pas les traits grossiers des Kanoris.
Les Kanoris occupent la région sud-ouest du lac Tchad. Ce sont de vrais Nègres d'un type peu élevé, au visage large, an nez gros et aplati, lippus. Leurs femmes sont relativement de petite taille.
Les Kanembous sont établis à l'ouest et au nord du lac, en contact avec les Tibbous.
Les Marghis sont au sud des Kanoris ; il en est de tout à fait noirs, d'autres cuivrés (Barth), ce qui indique un mélange avec des Peuls.
Les Mandarans se trouvent à l'est des précédents. Eux aussi ont subi l'influence peule, que trahissent le teint, les cheveux, la forme du nez.
Plus à l'est, les Logons. Au sud des précédents, les Musgos^ à la peau d'un noir sale, à la stature assez élevée, aux narines largement ouvertes, aux fortes mâchoires.
Les Batlas habitent au sud des Mandarans, les Falis un peu plus à l'est. Batlas et Falis ont subi l'influence des Peuls.
En remontant vers le nord-est, de l'autre côté du grand cours d'eau qui se déverse dans le Tchad, se trouvent les Baghirmis^ dont un grand nombre ne sont que des métis et ont une peau plus ou moins rougeâtre.
Quant aux noirs du Wadaî, du Darfour, ils sont en contact
412 PRtelS D'ANTHROPOLOGIE.
avec des tribus arabes. La peau noire très foncée est rare chez les indigènes du Wadai.
Le tableau ci-dessous résumé, tiré des Crania elhnicay permet de comparer quelques mensurations crâniennes de Soudaniens occidentaux (bassin supérieur du Niger) et de Soudaniens orientaux (Darfour, etc.) :
Indice Indiee Indieo Indice Indice . cépha* de hanleor- de hautenr- orbilalre naeel liqne iarfenr longueur
Soudaniens occidentaux 70.8 103.7 73.5 89.1 57.1 Soudaniens orientaux. 71.6 103.8 U.A 86.8 54.1
La capacité crânienne est très comparable dans les deux groupes; elle varie, pour les hommes, de 1300 à 1330 centimètres cubes, et est sensiblement inférieure à celle des Wolofs et Sérères (1460) et à celle des Mandingues (U90).
Noirs nilotiques. — Les Changallas, à Test du Sennaar et des Foundjis, vivent du produit de leur chasse, n*ont qu'une civilisation rudimentaire.
Les Dinkas sont plus au sud-ouest. Ils ont une assez haute stalure, une peau noire plus ou moins dissimulée par Tusage de la cendre avec laquelle ils se barbouillent ; la jambe est décharnée, les épaules sont anguleuses, .la tète est longue et aplatie. Les cheveux sont coupés ras, sauf une touffe laissée au sommet et parée de plumes d'autruche. Les hommes vont absolument nus, portant des bracelets d'ivoire ou de cuir, des queues de chèvre ou de vache. Les femmes sont vêtues de tabliers de peau. La plupart des populations du Nil blanc, depuis le territoire des Dinkas jusqu'aux environs de l'Albert Nyanza, sont peu différentes les unes des autres.
Les Chillouks sont établis sur la rive gauche du fleuve. Ils ont les épaules larges, le torse robuste, mais le bassin étroit et les jambes fort peu musclées. Us sont moins grands que les Dinkas. Les hommes vont entièrement nus. Ils vivent du
produit de leur pèche et de leurs rapines, sont fort redoutés des autres riverains du fleuve.
Les NouerSy au sud des Chillouks, présentent le même type, sont grands et forts (Baker) ; ils sont nus, se frottent le corps de cendres, se teignent les cheveux en rouge, fument avec passion le tabac, et, à défaut de tabac, du charbon de bois. Les femmes mariées portent une ceinture de franges végétales.
Les Kiks, nus également, forment une population très misérable, vivent de rats, de lézards, ne mangent leurs bestiaux que quand ceux-ci meurent de maladie. De même que les BundurialSj ils sont proches parents des Nouers, leurs voisins du nord. Toujours en descendant le fleuve, on trouve les Bohrs; les Elyabs, qui périodiquement saignent leurs bestiaux et boivent le sang bouilli; les Chirs, armés de massues d*ébène et dont les femmes se surchargent d'anneaux de fer poli; les Baris. Ces derniers ont les traits plus réguliers, moins nigritiques que leurs voisins ; ils se tatouent le tronc, se frottent d'ocre rouge, ne gardent qu'une petite touffe de cheveux au sommet du crâne et la parent de plumes. C'est un peuple extrêmement brave, mais extrêmement féroce. Â l'ouest, sont les DiorSy lesMittous; à l'est des Baris sont les Barris^ d'apparence brutale, armés d'arcs de six pieds et de flèches à crochets ; au sud-est des Baris, les LatoukaSf de haute stature (i^jSS d'après Baker), bien proportionnés, contrastant avec tous leurs voisins; au sud, les LourSy les Madis agriculteurs, les Choulis.
Beaucoup d'individus, dans ces populations du nord de l'Albert Nyanza, ont subi l'influence des peuples voisins et ne sont que des négroïdes. Une série de huit crânes nilotiques donne, d'après les Crania ethnicay les moyennes que voici : indice céphalique de largeur, 72. i ; de hauteur-largeur, \ 04.2 ; de hauteur-longueur, 75.2; indice orbitaire, 85.2; indice
nasal, 59.9. Capacité des crânes d'hommes, 1355 centimètres cubes; des crânes de femmes, 1275.
En ce qui concerne les caractères ethnographiques, nous dirons qu'un certain nombre de Sénégambiens, de Guinéens, de Soudaniens, de Nilotiques se passent de tous vêtements, que presque tous n'ont qu'un costume très rudimentaire. C'est là où a pénétré l'islamisme que le Nègre use d'étoffes de tissus. Il est, en tout cas, grand ami de la parure, des ornements brillants et clinquants. Dans plus d'une contrée on voit des lèvres perforées, garnies de morceaux de bois ou de métal. Çà et là, les dents sont limées ou arrachées. Dans plusieurs régions existe aussi la mode des scarifications. Le corps est souvent enduit de graisse, la chevelure plâtrée, suifée, dressée ou taillée des façons les plus variées. Pour l'ordinaire, la hutte du Nègre a la forme d'une ruche; la porte est basse, étroite et aère seule l'intérieur. Les habitations plus solides, et de forme carrée, ne se voient que là où a pénétré la civilisation du nord. Les agglomérations de huttes sont souvent protégées par une haie ou une palissade. L'arc est fort répandu, mais il n'est paâ connu de tous; la lance est de dimensions variées. L'épée de fer est généralement assez courte. Le bouclier, dont la forme est allongée, est de bois léger, parfois de peau. Certains se bardent de plastrons de cuir, par exemple les Musgos. En principe, on ne mange point de chair crue, mais on ne se montre pas difficile sur la qualité; là où l'on élève des troupeaux, ce n'est guère que pour le lait. Les végétaux entrent pour une grande part dans l'alimentation.
La femme est une sorte de marchandise, achetée à ses parents; elle est vouée aux travaux les plus pénibles. La polygamie est générale; on prend autant de femmes que l'on en peut nourrir, et chacune a sa hutte où elle loge avec ses enfants.
NÊGR£S. 415
Dans certaines régions nilotiques le gouvernement est patriarcal, mais, dans l'Afrique centrale et dans une partie de la Guinée, domine la plus incroyable tyrannie. Les sujets sont massacrés par centaines, par milliers, sur le moindre signe des despotes.
L'Afrique centrale est la terre classique de l'esclavage; dans quelques contrées, les esclaves ont un sort des plus pénibles, dans beaucoup d'autres ils sont assez bien traités. On les emploie aux travaux de la terre. La charrue est loin d'être connue partout; on cultive le plus souvent avec une pioche, parfois avec une bêche, parfois avec un simple bflton pointu.
Le Nègre d'ailleurs est essentiellement imprévoyant, ne travaille que pour les besoins présents. Il est assez bon forgeron, assez bon tisserand; certains travaillent le cuir. Le goût du commerce est fort répandu ; on l'exerce autant que possible frauduleusement. Les foires du Soudan et de la Guinée sont parfois très importantes et l'on s'y rend de centaines de lieues.
Le Nègre est passionné pour la danse, pour le chant, pour les fêtes, pour les réunions bruyantes. Ses idées religieuses correspondent à un grossier animisme, et la notion divine s'incarne pour lui dans les phénomènes naturels dont il a à redouter l'action malfaisante. Le mahométisme a pénétré une grande partie du territoire nigrilique et s'est superposé tant bien que mal au fétichisme; c'est en effet une doctrine simpliste qui^ par ses formules nettes, doit satisfaire des populations enfantines.
41d PRÉCIS D'ANTHROPOLOGIE.
3 9. — Les Négrilles.
Hamy appelle de ce nom les noirs de pelite taille qui habitent certaines parties de TAfrique équatoriale^ : le bassin de rOgouéi le bassin du Haut-Nil.
Dans la première de ces régions ce sont tout d'abord les Babonkos, à tête globuleuse^ à nez court et large, à lèvres retroussées. Les Akoasy récemment détruits par d'autres Gabonais, étaient aussi de très petits noirs (Falkenstein) à tète arrondie, peu prognathes. Les mêmes caractères se retrouvent chez les AT Boulons y et, çà et là, chez les populations de Testuaire d u Gamma, chez les IfJavis de TOgoué oriental (Marche). Les Gabonais regardent ces petits noirs comme appartenant à une couche inférieure de population. Les mensurations moyennes données ci-après, d'après quatre crânes de Négrilles occidentaux, sont prises dans les Crania ethnica. Indice céphalique de largeur, 82.8; de hauteur-largeur, 90.1 ; de hauteur-longueur, 74.7. Indice orbitaire, 86.1 ; nasal, 55.2.
Entre les Négrilles du Gabon et ceilx du Nil supérieur le lien n'est pas établi. On a signalé (Stanley) des noirs de très petite taille au cœur même de l'Afrique, par 2* et 3* de latitude méridionale, mais les renseignements sont insuffisants. Les Akkas, ou Tikkis-Tikkis, vus tout d'abord par Schweinfurth, sont également de petite taille, les hommes ne dépassant pas l'»,52. Une femme mesurait l'",36 de haut (Marnœ). La peau n'est pas noire, mais plutôt brune (Schweinfurth), roux de cuivre, terreuse (Gornalia), indiquant un métissage évident avec des populations de teinte plus claire. Les cheveux sont crépus, le nez est épaté. L'indice céphalique est
i. Bull, de la Soc. d*Anthrop., 1879, p. 79.
BANTOnS. 417
celui de la mésaticéphalie, ce qui, évidemment, dénote encore un métissage. Les Akkas vivent en petites bandes adonnées à la chasse au milieu des régions occupées par d'autres Nègres, vers le 3* degré de latitude nord. Ce sont vraisemblablement les descendants des anciens nains africains signalés par Hérodote.
Sans nul doute les Négrilles sont une race en voie d'extinctioUi et ils ont dû jadis occuper une aire géographique beaucoup plus étendue. Il est difficile de rien dire de positif sur leur origine. On les a comparés aux Négritos de l'extrême orient» mais il n'y a point similitude entre ces deux groupes : le crâne, chez les Négrilles est plus déprimé, la face est plus petite dans toutes ses dimensions, plus étroite et plus basse {Crania ethnica, p. 335). D'autre part, le rapprochement avec les Bochimans est tout à fait fautif. La couleur de la peau et la grande diversité d'indice céphalique empêchent tout rattachement. Il est plus simple d'admettre l'existence de plusieurs types primitifs distincts dans le continent africain, comme on le peut admettre dans les autres régions du globe.
g 10. — Les peuples du groupe bantou.
Les populations noires de l'Afrique sous-équatoriale dont les langues appartiennent au système bantou, sont venues du nord-est dans les régions qu'elles occupent aujourd'hui. Si l'on admet, ce qui est vraisemblable, qu'il a existé très anciennement en Afrique, à côté des Négrilles et des Bochimans, une race nigritique à tête allongée (dont les Nègres sus-équatoriaux sont les descendants plus ou moins mélisses), il faut rattacher aussi à cette race les Bantous, mais ceux-ci ont été fort métissés par un ancien contact avec des peuples khamitiques. Ces peuples khamitiques qui refoulé-
HOVELACftDK et 6. HERVÉ. — Anthropologie. 27
rent vers le sud les Bantous, sont représentés actuellement par les Bédjas, les Dankalis, les Gallas, les Somalis de l'Afrique orientale sus-équatoriale. Les différences que montrent las Bantous avec les vrais Nègres sus-équatoriaux, dans les traits du visage, dans la couleur de la peau, tiennent à ce contact ancien. L'émigration eut lieu d'abord vers le sud, puis, de la région de l'océan Indien, elle gagna, à travers le continent, la région de l'Atlantique. Au sud, elle refoulait les sauvages Bochimans et donnait naissance aux métis Hottentots. Fr. Millier place à six mille ans, au moins, avant l'ère chrétienne l'époque du premier contact des Khamites avec les noirs de l'Afrique orientale ^ Les traditions de certains peuples bantous rappellent cette origine du nord-est. Uchtenstein voit dans l'Ethiopie leur point de départ.
Les noirs de la région des grands lacs, les Souahilis du pays de Zanzibar, plus au sud les indigènes du Zambèse, plus au sud encore les Zoulous et les Cafres proprement dits, for* ment un premier groupe, qui se divise d'ailleurs en un frand nombre de variétés. Le fond de la population de Madagascar (Sakalaves et autres noirs) appartient à cette branche des peuples bantous; ils occupent particulièrement l'ouest de l'île.
Un second groupe est formé par les populations du centre et reçoit le nom générique de Bétchouanas; de tous les groupes bantous, c'est celui dont la culture est la plus élevée. Ici se rangent les Basoutos, les Bataous, les Batloungs, les Barolongs, les Batlapis et nombre d'autres populations.
Le troisième groupe, dans la région de l'Atlantique, est en contact avec les Hottentots; c'est le groupe des Damas, qui comprend les Ovahéréros, les Ovambandjérous.
Plus au nord, les noirs de Benguéla, d'Angola, du Congo.
.1. AUçÊmeine Sthnographie^ p. 79.
BAMTOUS. 419
En remontant vers l'équateur, les populations noires gabonaises (en contact avec les Négrilles) ont adopté les idiomes du groupe bantou, mais Tënsemble des caractères physiques n'a pas été influencé chez elles par un sang étranger, comme c'a été le cas pour leurs voisins du centre et de l'est de rAfrique méridionale.
Nous réproduisons ci-dessous, en partie d'après les Cranta ethnica, un certain nombre de mensurations crâniennes :
MOZAM-
BIQURS
ZODLOUS ET CAraES
SAKAUVES
BÉTcao-
irARAS.
Indice céphalîque. . . • . .
— debaoUur-largeur...
— de haateur-lon^eur.
~ orbitaire
— nasal
Sur toutes ces pièces, la dolichocéphalie est prononcée. Flower donne pour les Ngikas (sexes réunis) un indice moyen de 70.9; Fritsch 72.8 pour les Amatembous; B. Davis 73 pour les Zoulous, 71.2 pour les Manganjas. On remarquera l'énorme indice nasal des Bétchouanas; il se peut que parmi les pièces qui ont servi à établir cette moyenne se trouve quelque métis hottentot, ce qui expliquerait un chiffre aussi élevé, ce qui expliquerait aussi la moindre hauteur du crâne. La capacité varie, pour les hommes, de 1510 à 1590 centimètres cubes, pour les femmes de 1300 à 1395.
Les Kissamas d'Angola, au sud du Congo, sont de grande taille (hommes, l'",75, femmes l'",52), de couleur cuivre foncé (Hamilton) ; la tète est allongée, le front étroit ^t
élevé ; les lèvres sont fortes ; parfois le nez n'est pas écrasé, mais droit ou recourbé. Les Kissamas sont anthropophages. Diaprés les Crania ethnica, trois crânes masculins du Congo offrent les moyennes suivantes : capacité, 1485 centimètres cubes; indice de largeur, 75.4; de hauteur-largeur, 97.1 ; orbitaire, 85; nasal, 57.4. Falkenstein donne un indice de 72.1 pour les crânes du Loango, un indice orbitaire de 83, un indice nasal de 53.5.
Groupés, sous le rapport linguistique, avec les Bantous (Wilson), les Gabonais s'en distinguent par le type; il faut les rattacher aux noirs sus-équatoriaux. L'indice de largeur du crâne gabonais (Mpongoués proprement dits, Bakalais, Boulons des rives du Commo) est en moyenne de 76 ; l'indice de hauteur-largeur dépasse légèrement 100; l'indice orbitaire est de 88, l'indice nasal de 58 ou 59. L'ensemble de la physionomie est franchement nîgrilique.
Quant aux Fans (ou Pahouins) du Gabon oriental, ils ne se rattachent ni aux Gabonais proprement dits, ni aux Bantous ; nous parlerons de celte population en traitant cidessous des races rougeâtres de l'Afrique centrale.
En somme, le crâne bantou est très allongé, élevé, aplati sur les flancs ; les orbites sont de forme assez arrondie ; l'indice nasal est fort. Chez les Bantous de l'est, la face est plus ovale que chez ceux de l'ouest. Les cheveux sont crépus, moins grossiers souvent que ceux des noirs sus-équatoriaux. Chez quelques-uns la peau est assez noire, mais le plus souvent elle a une teinte brune ; elle est d'un brun foncé cuivré chez les Zoulous, passe au Loango par toutes les nuances du brun (Falkenstein). Au Congo, elle est généralement noire, mais tire parfois sur l'olivâtre. Certains Bantous de l'ouest sont de taille moyenne, d'autres sont de grande taille'. Les