AUgemeine Ethnographie, p. 24G
proprement dits et de celles des Mexicains et des Péruviens, Fr. Mûller les considère comme purement américaines. Le grand nombre des familles linguistiques d'Amérique et leur irréductibilité laissent admettre, dit-il, que dans la plus haute antiquité l'homme américain n'était pas encore en possession de la faculté du langage : dès lors, il n'avait pas de civilisation, et il faut bien que sa civilisation actuelle ait pris naissance en Amérique même. En ce qui concerne les Mexicains et les Péruviens, si l'on admet que leur civilisation a été importée du vieux continent asiatique, il faut accepter de deux choses l'une : ou que cette civilisation a été apportée par des aventuriers isolés, ou qu'elle a été introduite par colonisation. La première hypothèse est inacceptable, car des aventuriers, loin d'être colonisateurs, auraient misera* blement disparu après un temps très court, et une civilisation me peut s'établir qu'après une longue suite de rapports, une longue et lente pénétration; également inacceptable est l'autre hypothèse, car les colonisateurs n'auraient pas manqué d'entretenir des relations suivies avec la mère-patrie, ce dont l'on ne trouve aucune trace. Si bien, ajoute Fr. Mûller, qu'il ne reste que cette conclusion : la civilisation primitive des Américains les moins avancés a pris naissance en Amérique même, et c'est de cette civilisation que s'est développée la culture plus élevée du Mexique et du Pérou. Un certain nombre d'ethnographes (Bancroft, Daily, Girard de Rialle), ont simplement conclu que, jusqu'à plus ample informé, les races américaines devaient être regardées comme américaines. En tout cas, pensons-nous, l'on peut écarter comme dénuée de preuves la supposition d'une origine polynésienne. Crozet faisait partir de la Nouvelle-Zélande les habitants anciens de TAmérique, et Molina admit cette opinion ; Dunmore-Lang accepta également le peuplement du nouveau continentparl'intermédiairede la Polynésie. A, Lesson, d'autre
part, a démontré qu'il n'y avait entre Polynésiens et Améri* oains conformité ni de type, ni de langue, ni de mœurs '. Pour en revenir à l'unité ou à la multiplicité des races américaines, nous pensons que la dernière de ces opinions, celle de la pluralité, doit être admise. C'est l'opinion de Reizius, acceptée par Yirchow. Précédemment Lacépède, tout en admettant l'immigration en Amérique de populations altaiques qui auraient tout d'abord gagné le Mexique et ensuite auraient rayonné vers le nord et vers le sud, s'était demandé s'il n'existait pas, non seulement une vraie race . aborigène américaine, mais bien deux races, l'une du nord, l'autre du sud : sur ces deux races seraient venus se greffer des aborigènes du vieux monde. Desmoulins avait admis une race c colombienne » ou américaine du nord, occupant également le nord de l'Amérique du sud, race à tète allongée, à nez saillant, et une race c américaine », à tète généralement globuleuse, à pommettes saillantes, à nez épaté. A. d'Orbigny s'est prononcé pour la multiplicité des races américaines. Pourquoi, dit-il, chercher au loin pour les Américains une origine commune» quand on voit, sur leur sol même, leurs caractères physiologiques et moraux si variés, si différents les uns des autres ' ? Et, rien que dans l'Amérique du sud, il compte trois races (ando-péruvienne, pampéenne, brasilo-guaranienne). Ameghino a réuni une série de preuves en faveur de la pluralité des races américaines : haute taille des Patagons, des Iroquois, petite taille des Quichuas ; développement des membres dans certaines populations, extrême gracilité dans certaines autres ; diversité de la couleur de la peau ; crânes allongés, crânes courts, etc. Topinard admet un type ancien néanderthaloïde,