ANTHROPOPHAGIE
les Kalmouks, chez les Mongols, chez les Kirghizes), est repoussé par d'autres avec un dégoût profond. Aujourd'hui que le genre humain est dispersé par toute la terre, dit Letoumeau, le sauvage est volontiers frugivore dans la zone tropicale, et il demande d'autant plus exclusivement ses aliments au règne animal qu'il habite des contrées plus septentrionales. Pourtant le goût des substances végétales l'abandonne rarement, et l'Eskimau aime à se régaler des résidus végétaux contenus dans l'estomac du renne qu'il abat (op. ct7.,p. 25).
L'anthropophagie ne se rencontre en pratique chez l'homme primitif qu'au cas de suprême besoin. L'Australien ne mange son semblable que si la dernière nécessité l'y contraint, et à défaut d'émou, de kangourou, de rat, de lézard, de fourmis, de fougères; en cas de disette absolue, il étouffe ou assomme une vieille femme, ou, au dire de Salvado, se repaît de quelque individu décédé de sa belle mort: seul le besoin extrême le rend cannibale. Il en est de même de Tindigène delaTerredeFeu*. L'anthropophagie guerrière semble tenir le second rang : on dévore, par vengeance, l'ennemi vaincu, soit qu'il ait clé abattu sur le champ, soit qu'on l'ait réservé à cet effet. Dans toute la Polynésie l'anthropophagie guerrière a été pratiquée : tels ou tels morceaux étaient réservés aux chefs, qui, en les consommant, croyaient s'assimiler telles ou telles qualités de la victime. En Amérique, le cannibalisme guerrier a été extrêmement répandu. Arrive l'anthropophagie par goût : en Mélanésie', en Polynésie, en Amérique, chez les Cafres, chez les Niamniams et les Monbouttous, chez les Fans du Gabon^ rien n'est ou n'a été plus commun. Dans certaines régions, par exemple chez les Battaks, on a pratiqué l'anthropophagie par piété filiale : les vieux