MORALE
pays, l'opinion commune légitime souvent le vol : chez les noirs africains sus-équatoriaux, le vol dont sont victimes des Européens est une habileté licite (Monrad, p. 5; — Norton, p. 269); Ilecquard rapporte que chez les Balantes un professeur de vol est honoré et grassement payé. Chez les Cafres, dit Steedman (t. P', p. 258), un vol bien réussi est admiré comme un coup d'adresse. Les Eskimaux, d'après Perry, ne se croient tenus à la probité qu'envers leurs congénères, nullement envers les étrangers. C'était le cas, dit César (De belle gallicOj VI, 23), chez les anciens Germains. Aux îles Viti, d'après Rienzi (t. III, p. 290), il n'y a point de punilion pour les voleurs, si toutefois les chefs n'exigent leur mort. La tromperie dans les échanges est méritoire chez les Tchouktchis (Nordenskiœld). Les Puelches tiennent pour des chiens les Tehuelches qui ne sont pas, comme eux, voleurs de bétail (Moreno). Chez les Koloches, le vol n'est pas un délit (Waitz, t. III, p. 330). Entre bien d'autres exemples citons encore ce fait que, chez les Kourdes, le vol à main armée est tout à fait en honneur. Ce n'est qu'avec le temps que l'on arrive à reconnaître les avantages procurés dans les transactions par la bonne foi, et c'est alors seulement que la tromperie devient coupable.
C'est dans la nature évolutionnelle de la morale qu'il faut chercher l'explication de bien des faits dont on s'étonne trop facilement. La pudeur, par exemple, est inconnue en maintes régions océaniennes : on n'est ni pudique ni impudique, c'est une notion qui manque absolument. Chez nombre de tribus sérères, la nudité est signe de virginité (Boilat) ; chez d'autres Africains, seules les femmes mariées vont nues, tandis que les filles se vêtent (Auslandy 1858, p. 467); à Sainl- Christoval (Archipel Salomon), les filles vont nues jusqu'au jour de leur mariage (Rev. d'Ethnogr., t. IV, p. 206); dans certaines tribus australiennes, elles portent une ceinture que
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les femmes mariées dépouillent (Barrington) ; au Japon. rapporte Maget, la femme mariée, qui a perdu toutes ses libertés d*allure, accouche en présence des amis, se baigne nue en public. Souvent la virginité des filles est sans valeur; on pense même, parfois, qu'elle est une preuve de peu de mérite : on a cité des contrées américaines et africaines (UUoa, t. I", p. 342 ; Des Marchais) où une fille trouvait d'autant plus facilement preneur qu'elle avait eu plus d'amants. Ce n'est pas seulement en Polynésie que la fille est libre avant le mariage: c'est aussi au Tibet, au Cambodge, en Birmanie ^ ; c'est chez les Kalmouks* et parmi bien d'autres peuples encore. Chez les Cafres, la femme mariée est seule tenue à la chasteté, point la fille ni la veuve (Hoefer, p. i23). Dans nombre de régions, la femme, la fille de l'hôte sont obligeamment et amicalement mises à la disposition des étrangers. La prostitution a eu maintes fois une origine religieuse : chez les Sémites % dans l'Inde, en Grèce (Justin, 1. XXI, chap. m), en Polynésie*. La défloration religieuse a fonctionné régulièrement en bien des pays"; parfois la dévirginisation a été simplement officielle, sans revêtir un caractère sacré*: certaines tribus sahariennes ont la prostitution pour spécialité', et cet ordre de choses a passé dans les mœurs. Nombre d'auteurs anciens font mention de la bestialité religieuse. Rappelons enfin, comme exemples de la variabilité et de l'évolution des idées