Bull, de la Soc, d'Anthropologie, 18S5, p. 7t
adultes un véritable arrêt de développement de la partie frontale de la base du crâne (partie comprise entre le bord postérieur, de la base du frontal et le point antérieur du front), qui n'est pas sensiblement plus grande que chez les anthropoïdes jeunes. Une autre partie de la base s'accroît, au contraire, considérablement depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte : c'est la partie comprise entre le bord postérieur de la base du frontal et le trou occipital. Cette observation rend compte des variations capitales éprouvées par la situation du trou occipital durant la croissance. C'est à partir de l'âge adulte que se manifeste, pour certains caractères, l'ordre de développement inverse. Ainsi, tandis que chez l'homme le plan du trou occipital devient de plus en plus horizontal à mesure que l'on s'éloigne de l'enfance, chez le singe il devient de plus en plus oblique. De même, l'angle de la selle turcique va en diminuant chez l'homme, à partir de la naissance jusqu'à la fm de la croissance, tandis que chez le singe il devient de plus en. plus obtus, et finit même par devenir dans l'âge adulte égal à deux angles droits. C'est ce que montrent les mesures suivantes :
Homme Singes
6 enfants nouveau-nés 14to 1 orang jeune 155*
10 enfants de 10 à 15 ans. . 137* 1 orang adulte 172*
30 adultes 134* 1 orang vieux 174*
1 sajou nouveau-:ié 140*
1 sajou adulte 174
1 sajou vieux 18U«
B. — LA FACB
L'étude du squelette facial fournit un des éléments les plus typiques de la morphologie humaine, en même temps qu'un caractère zoologique de premier ordre, à savoir le rapport de l'étendue de la face à celle du crâne proprement dit. L'amoin-
HOVELACQUE et G. HERVÉ. — Anthropologie. 5
drissement de la face à mesure que Ton remonte la série des mammifères, s'effectue, en effet, en raison inverse de l'accroissement du volume du crâne, et atteint chez l'homme son maximum. Essentiellement constituée par les mâchoires, la face occupe souvent chez l'animal plus de place que la boîte crânienne; de plus, la réduction absolue et relative du crâne a pour résultat de le faire reculer derrière la face, ci celle-ci forme museau. Le crâne de l'homme est absolument et relativement plus grand que celui du singe : la face n'est plus qu'un appendice. Superposées chez l'homme, ces deux parties sont, chez le singe, juxtaposées l'une à la suite de l'autre, et la verticale menée par la racine du nez qui, chez le premier, tombe ordinairement sur la dent canine, rencontre, chez le second, les molaires postérieures.
L'allongement oblique de la face et sa projection constituent le prognathisme^ qui peut être de plusieurs sortes et, dès lors, peut être mesuré de plusieurs façons. Si Ton considère, sur la vue de prolil, la face en totalité (composée des deux mâchoires), le prognathisme est mesuré par l'angle que forment en se rencontrant, au niveau du bord libre des incisives moyennes, deux lignes tirées, l'une de l'ophryon au point incisif, l'autre dupointmentonnier au point incisif. C'est le prognathisme double et complet de Broca; l'angle qui le mesure est Vangle maxillaire de Camper. Cet angle fournit à la comparaison zoologique, et en particulier à celle des Pri* mates, un excellent caractère, qui distingue les genres entre eux, et qui, réunissant ici les anthropoïdes aux Primates inférieurs, isole l'homme au sommet de la série, presque aussi bien que le volume du cerveau ou l'attitude bipède.