‹ Précis d'anthropologieChapitre 37 sur 319 · ANGLE MAXILLAIRE DE CAMPER (TOPINARD · texte numérisé non relu

ANGLE MAXILLAIRE DE CAMPER (TOPINARD

Homme (moyenne) 155«

5 orangs 10D%5

5 gorilles IC2«

2 chimpanzés 99**,5

3 semnopithèques 107*

1 cynocéphale 96*

2 macaques 82<

3 mycètes 108*

Carnassiers 77%3

En ne considérant que la mâchoire supérieure, de riiomme aux singes le prognathisme varie de nalure. Chez les singes, il s'agit d'une projection de la face dans son ensemble, projection à laquelle participent jusqu'aux palatins et aux ptérygoîdiens ; chez l'homme, le prognathisme se limite le plus souvent à une petite partie de la face, la région sous-nasale {prognathisme alvéolaire ou alvéolo-sous-nasal). Pour la comparaison que nous poursuivons, il y a toutefois utilité à tenir compte de la face en totalité, à partir de sa limite supérieure à Tophryon {prognathisme facial supérieur). La mesure du prognathisme sera donnée par le degré d'obliquité de la ligne de profil de la face sur la ligne de Thorizon. C'est cette obliquité que Camper avait cherché à exprimer par son fameux angle facial, auquel s'est réduite longtemps toute la ci^niologie. L'angle de Camper soulève de nombreuses objections, celle-ci notamment qui lui est commune avec ses dérités (angles de Cuvier, de Cloquet), de ne pas avoir invariablement pour aboutissant supérieur de sa ligne faciale le point qui marque réellement l'extrémité antéroinférieure delà cavité cérébrale et la limite de la face, c'est a-dire le point sus-orbitaire. Dix-neuf fois sur vingt, en effet, c'est la glabelle qui est atteinte par la ligne faciale, c'està-dire une saillie étrangère au crâne cérébral et en rapport

avec les sinus olfactifs du frontal; par conséquent, dans les conditions ordinaires, Fangle de Camper et les angles de Cuvier et de Cloquet,à ligne faciale tracée de mème^ peuvent exprimer le rapport du développement de la glabelle et des arcades sourcilières au développement antéro-postérieur de l'appareil maxillo-dentaire, ils n'expriment pas d'une façon exacte le rapport du crâne à la face (Topinard). Quant à la ligne dite auriculo-faciale de Camper, passant par le centre du trou auditif et par le bord inférieur des narines, ligne que Camper croyait parallèle à Thorizon, elle n'est pas rigoureusementhorizontale, mais seulementplus ou moins rapprochée de cette direction. Les variations assez étendues qu'est sujette à présenter en hauteur la situation du trou auditif, la difficulté de déterminer avec une précision suffisante le centre de ce trou, font que les lignes auriculo-dentaire et auriculo-alvéolaire, adoptées l'une par Cuvier» l'autre par Cloquet, ne sont pas en réalité des lignes beaucoup plus fixes. Nous montrerons ailleurs que ce n'est pas à une ligne ou à un plan quelconques arbitrairement choisis que doit être rapportée la projection de la face, mais au plan alvéolocondylien« qui, dans l'attitude naturelle du crâne, est à la fois je moins variable et le plus rapproché de l'horizontale. Bien que ne constituant pas une mesure absolument correcte analomiquement du développement relatif du crâne et de la face, l'angle de Camper fournit cependant un procédé utile pour évaluer à peu près ce rapport. Mesuré avec le goniomètre de Morton, cet angle donne, d'après Topinard, des variations d'une étendue de 18"^ chez l'homme : maximum SOdans les races d'Europe, minimum 62« (Namaqua de Delàlande) . La moyenne des Nègres est encore de 70^, laissant ainsi un intervalle assez considérable entre les races humaines inférieures et les premiers des singes. Chez le chimpanzé adulte, l'angle facial tombe, en effet, à 35^; chez

Torang, à 30*. Si toutefois Ton considère que, chez les jeimes de ces deux genres, il peut atteindre 60* ; que, chez un des plus inférieurs parmi les singes américains, le saïmiri, il s*élève jusqu'à 65'' ou 66% empiétant ainsi sur la limite inférieure de l'homme ; que, chez un orang de Camper, il s'en rapprochait extrêmement (53»), on continuera à tenir cet angle pour un bon caractère sériaire, il sera impossible d'en faire un caractère distinctif absolu entre l'homme et les animaux. Rien ne prouve d'ailleurs que, si l'on avait plus de mensurations sur les anthropoïdes, l'intervalle ne se réduisit.

La projection des mâchoires est en rapport intime avec deux caractères qui se rattachent à l'étude de la base du crâne, mais dont l'indication se place ici : la situation des arcades zygomaliques et celle du trou occipital. Sur les crânes humains, les arcades zygomatiques sont presque toujours comprises entièrement dans la moitié antérieure du diamètre longitudinal du crâne ; les orifices auditifs externes se trouvent presque au milieu dudit diamètre, et même un peu plus en avant dans les races supérieures. Chez les anthropoïdes, l'oriflce auditif se trouve placé plus en arrière, et les arcades zygomatiques empiètent sur la moitié postérieure du diamètre longitudinal, en s'étendant souvent jusqu'au tiers postérieur de celui-ci (C. Vogt). En cela les races inférieures se rapprocheraient des anthropoïdes; chez le Nègre, les arcades zygomatiques ne sont pas toujours comprises dans la moitié antérieure du crâne. C'est en partie pour la même raison que le trou occipital se trouve toujours placé chez les singes vers le tiers postérieur, tandis que chez l'homme il est situé presque exactement au milieu et quelquefois un peu en avant du milieu de la base du crâne.

Étudiée dans ses parties constituantes, la face présente successivement à comparer: l'orbite et ses dépendances; l'espace inter-orbitaire ; l'ouverture antérieure des fosses

70 • PRÉCIS D'AOTBROPOLOGIE.

nasales; Tépine nasale; l'os intermaxillaire; l'arcade alvéolaire; la mandibule.

Chez les gorilles et chimpanzés mâles et adultes» les orbites sont surmontées d'énormes arcades sourcîlières, qui se soulèvent en forme de crêtes fortement projetées. Bien que ces arcades soient presque nulles, relativement, dans nos races supérieures, la différence n'est pas aussi notable qu'il le parait, quand on lient compte des intermédiaires. D'une part, les anthropoïdes femelles et les jeunes ont des arcs sourciliers peu saillants ou même n'en ont pas, et, sur le crâne de l'orang, le développement de ces proéminences,est aussi faible que sur celui de T homme lui-même ; d'autre part, de très anciens crânes préhistoriques, et souvent Tes crânes d'Australiens et de Néo-Calédoniens, le cèdent à peine sous ce rapport à ceux des anthropoïdes. Le célèbre crâne du Néanderthal peut être regardé comme le type le plus mirqué de cette conformation. C'est inexactement que Prûner-Bey a avancé que les crêtes sus-orbitaires de l'anthropoïde ne sont pas les analogues des saillies sourcilières du crâne en question; que celles-ci sont déterminées par les sinus frontaux horizontalement étendus, tandis que, chez l'anthropoïde, les crêtes ne sont pas creuses (sauf une petite cellule centrale médiane), l'extension des sinus se faisant ici d'avant en arrière : la différence vient simplement de ce que Torbite de l'anthropoïde est située plus en avant par rapport au crâne, et qu'ainsi la table externe du frontal s'applique immédiatement, au niveau de la partie antérieure des crêtes, au plafond de la cavité orbitaire, sans interposition de sinus.

Les sinus frontaux, comme toutes les dépendances de l'appareil olfactif, sont plus amples chez les anthropoïdes. Broca les a vus immenses sur un gorille adulte, occupant toute la région sourcilière, et s'étendant jusqu'à la fosse temporale

dont ils n'étaient séparés que par une lame transparente*. Leur extension au-dessous et au-dessus du cerveau a pour conséquence un rétrécissement considérable de l'extrémité antérieure des lobes frontaux. Cependant ces cavités peuvent parfois acquérir un grand développement sur le crâne humain.

Gratiolet a le premier attiré l'attention sur un caractère important, relatif à la situation de l'orbite ^ Chez l'homme, la paroi supérieure de cette cavité est entièrement recouverte par le cerveau, et la courbe du frontal est en quelque sorte moulée sur la saillie des lobes cérébraux antérieurs, de telle façon qu'ici front et frontal sont à peu près synonymes. Chez le chimpanzé, le cerveau ne recouvre plus que le tiers postérieur de l'orbite, dont les deux tiers antérieurs se trouvent recouverts par le développement des sinus frontaux. Chez le gorille, cette disposition se prononce encore plus, et en arrive même à ce point que la cavité orbi- (aire se trouve tout entière placée sur un plan antérieur à ^elui de la masse cérébrale.

La direction des axes des cavités orbitaires et celle du plan visuel qui passe par ces axes, ont été rapportées par Broca au plan alvéolo-condylien ou plan naturel de la base du crâne, n a donné le nom d'angle orbito-alvéolo-condylien à l'angle dièdre déterminé par la rencontre de ces deux plans. Cet angle est, chez l'homme, très faiblement négatif, c'est-à-dire que le plan du regard s'abaisse un peu par rapport à l'alvéolocondylien, pour le rencontrer en avant. Chez tous les animaux, il est, au contraire, positif, c'est-à-dire que le regard s'élève et que la rencontre des deux plans se fait en arrière.

i.Mém. ^Anthropologie, t. Il, p. Itô.

' 2. Bull, de la Soc. d'Anthropologie, 1864, p. 653.

PRÉCIS D*ANTHROPOLOGlE.

ANGLE ORCITO-ALVÉOLO-CONDTLIE!!

43 hommes — 0-,08

5 gorilles + 19*,3l

l orang + 28%53

A pithéciens -f 15*,4i

5 cébiens -f- 7*,2î

3 chiens -f «4%9i

2 chevaux -f 3&>,0 )

L'angle toujours très petit de rhomme signifie que, sur le crâne humain, le plan visuel reste toujours à peu près parallèle au plan de sustentation du crâne. En supposant, comme nous l'avons fait, le plan alvéolo-condjlien horizontal chez les animaux, on voit que, dans ces conditions, leur plan visuel s'élève par rapport au précédent, les axes orbitaires devenant obliques en haut et en avant, surtout chez les anthropoïdes; mais comme dans l'attitude ordinaire leur plan visuel est horizontal ainsi que le nôtre, il en résulte que l'angle orbito-alvéolo-condylien exprime en réalité Tinclinaison de laligne alvéolo-condylienne, inclinaison dépendant tout à la fois de l'obliquité de la face et de la situation du trou occipital, c'est-à-dire de l'attitude. Cet angle constitue un des meilleurs caractères distinctifsde rhomme,car ses variations ethniques ne dépassent probablement jamais une amplitude de 5" à 6% et, chez les singes, l'angle n'est généralement pas de moins de 15** à 20« (chez les jeunes anthropoïdes il est encore de plus de 12«). Par ce caractère, les anthropoïdes ne se distinguent pas sensiblement des singes, ni ceux-ci des quadrupèdes francs. Toutefois, la caractéristique n'est pas aussi décisive que celle que fournit l'angle orbito-occipital. Broca a rencontré chez l'homme des angles de + 7* et de + 8% et chez des Cébiens des angles de -f 6^ et de -f 7^

Broca a signalé, en outre, comme caractère comparatif, la divergence du regard^ mesurée par Vangle biorbitaire: c'est l'angle ouvert en avant que forment entre eux les deux axes orbitaires.

PARALLÊLt: DE L*HOMME ET DES SINGES.

ANGLE BIORBITAIRE

Homme 47%-i7

Gorille 39sOi

Oraog 45%90

Pilhéciens 5i^24

Gébiens 41*,59

Maki ?3%72

Chien 70%5|

Gheval 109%19

Par ce caractère donc, tous les Primates se groupent ensemble et se séparent du reste des mammifères, et Ton voit que la convergence des axes visuels est même plus grande chez certains singes que chez l'homme.

Chez tous les anthropoïdes, la hauteur des orbiteè est considérable par rapport à la largeur (indice orbitaire du gorille, 98,6; du chimpanzé, 99,6; de Torang, 413,3). Les races humaines se distinguent doublement ici des anthropoïdes: 1* par un indice moyen moins élevé, qui, dans les races dites jaunes, chez lesquelles il est au maximum, ne dépasse pas 93,8 (Chinois); 3*" par la plus grande amplitude de ses variations individuelles extrêmes. Broca a rencontré des cas oûTindice était supérieur à celui de certains anthropoïdes.

Vindice céphalo-orbitaire (rapport de la capacité des orbites à la capacité crânienne) fournit un bon caractère hiérarchique; il diminue en passant des anthropoïdes à l'homme, c*est-à-dire que la capacité crânienne est d'autant plus considérable relativement à la capacité orbitaire que l'on s'élève davantage dans la série (Mantegazza).

En général, les orbites des singes sont plus rapprochées que celles de l'homme, et la cloison inter-orbitaire est relativement plus mince ; mais il n'y a pas là une différence anatomique. C'est entre les singes que cette différence existe : dans le genre sagouin, la partie supérieure des fosses nasales et entièrement effacée; les deux parois internes

des orbites et la cloison des fosses nasales sont fusionnées en une cloison unique très mince ou même simplement fibreuse*.

A la région nasale, Taplatissement complet des os propres du nez à leur rencontre sur la ligne médiane, est un caractère que plusieurs races humaines (races dites mongoliques et races nègres d'Afrique) partagent avec les anthropoïdes; d'ailleurs, chez le gorille, il y a déjà une petite crête à ce niveau.

La soudure des deux os propres est beaucoup moins pré* ooce chez l'homme, et, chez le blanc, ils restent distincts jusqu'à un âge avancé. Chez le chimpanzé, la soudure peut être complète à deux ans; chez le gorille et les Pithéciens, elle est plus prompte encore et sunient avant la fin de la seconde dentition'. Les singes d'Amérique, au contraire, sont sous ce rapport tout à fait semblables à l'homme^ , et il n'est pas inutile de constater une fois de plus que, entre ce dernier et les singes, une différence peut ne pas être plus considérable qu'entre les singes eux-mêmes. Nous verrons d'ailleurs que les races inférieures^tendenf, par ce caractère, à se rapprocher des anthropoïdes.

L'ouverture des narines antérieures se distingue chez les Simiens par sa très grande largeur, par sa forme en huit couché, par l'élévation de l'indice nasal. Ce ne sont pas là encore des caractères ayant une valeur anatomique, mais simplement des faits morphologiques, susceptibles d'atténuations graduelles. L'indice nasal des anthropoïdes n'est vraiment considérable que dans le premier âge ; il diminue, par la suite, d'une façon notable, sous l'influence du déve-

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