‹ Précis d'anthropologieChapitre 57 sur 319 · Bull, de la Soc. d: Anthropologie, 1883, p · texte numérisé non relu

Bull, de la Soc. d: Anthropologie, 1883, p

chez les Primates supérieurs, d'une réduction du même ordre que celle qui frappe le nombre des pièces sternales. Aux lombes, le petit psoas réduit de volume et très faible, ayant perdu toute utilité dans la marche bipède, est encore constant dans son existence, quoique atrophié, chez les anthropoïdes, tandis que chez l'homme son existence n'est plus qu'exceptionnelle (39 fois sur 164) : c'est devenu un muscle surnuméraire, véritable organe rudimentaire.

L'atrophie de l'appareil caudal entraîne chez l'homme la disparition du muscle appelé par Broca lombo-stylien^y dépendance du système du transversaire épineux. Par là encore les anthropoïdes nous sont semblables, tandis que tous les autres singes possèdent ce muscle.

Au membre supérieur, les muscles du bras sont les mêmes chez tous les Primates, sauf une exception : nous voulons parler du faisceau accessoire ou épitrochléen du grand dorsal (muscle dorso-épitrochléen). C'est un muscle de grimpeur : commun à tous les anthropoïdes et à tous les singes, il manque chez l'homme, du moins régulièrement et en tant que muscle complet et fonctionnel. Mais l'atrophie n'en date pas d'assez loin qu'il ne laisse souvent des traces de son ancienne existence, et parfois même ne reparaisse sous des proportions rappelant exactement la disposition simienne*.

A l'avant-bras, il n'y a guère à signaler, comme particulière à rhomme, que l'absence fréquente du palmaire grêle (1 fois sur 10, d'après Wood et Macalister), muscle devenu rudimentaire par suite de la soudure de l'aponévrose palmaire, dont il est .tenseur chez les singes, au ligament annulaire antérieur du carpe; mais, chez les anthropoïdes

1. C'est rélévateur de la queue (muscle sacro-coccygien supérieur ou lombosus-caudien des zootomistes).

2. Testut, op. ciLj p. 118. — Chudzinski, Rev, d'Anthropologie, 1S74, p. 25.

HOVELACQUK et G. BERYÉ. 9

il est réduit comme cliez Thomme, quoique constant dans son existence.

Les tendons digitaux fournis par les muscles de l'avantbras présentent dans leur distribution des dissemblances plus marquées. Du côté des extenseurs on observe, chez les singes inférieurs et chez Torang, au lieu d'un extenseur propre de Vindex et d'un extenseur propre du cinquième doigt isolés et indépendants (type de Thomme), un extenseur commun profond^ constituant un seul muscle à quatre tendons qui dessert les quatre derniers doigts. Il en résulte la privation des mouvements partiels des doigts latéraux. C'est là, de l'homme aux singes, une différence fonctionnelle considérable; mais il ne faudrait pas en exagérer la portée, car elle se réduit anatomiquement à l'absence de deux tendons, et, d'ailleurs, le chimpanzé et le gorille se séparent ici des autres Primates pour se rattacher exactement au type humain. Du côté des fléchisseurs, c'est au pouce seulement que se constatent des différences, mais il a paru qu'elles étaient ici des plus graves. Le mouvement d'opposition du pouce est produit partout par les muscles thénar; il est simplement plus ou moins limité. Mais l'opposition doit être accompagnée du mouvement de flexion. Celui-ci est confié chez rhomme à un muscle spécial et très fort, le long fléchisseur propre du pouce^ séparé jusqu'à la partie supérieure de Tavant-bras de la masse du fléchisseur profond. Ce muscle, en tant qu'organe autonome et distinct, fait entièrement défaut chez les singes ordinaires, dont le pouce est fléchi par une division du tendon commun du fléchisseur profond des autres doigts : disposition favorable au grimper et à la suspension, mais très défavorable à la préhension tactile, puisqu'elle enchaîne les mouvements du pouce aux mouvements communs de flexion de la main. Or, contrairement à ce que nous avons presque toujours vu jusqu'ici, cette dis-

position esi remplacée, chez les grands anthropoïdes, par une disposition plus imparfaite encore au point de vue des fonctions du pouce, qui s'affaiblit d'une manière notable. Ce doigt, loin de se perfectionner, tend à un anéantissement complet, et le tendon qui lui est destiné, assez développé encore chez les singes inférieurs, s'atténue considérablement. Chez le gorille, le fléchisseur pollicien se réduit à un tout petit faisceau tendineux, qui émane du tendon envoyé à Tindex par la masse commune profonde ; chez le chimpanzé, ce tendon perd toute connexion avec la masse des fléchisseurs, et n'est plus représenté que par une courte languette naissant de la gaine tendineuse du fléchisseur commun. Chez l'orang enfin, tous les éléments, tant charnus que tendineux, du fléchisseur propre du pouce ont complètement disparu : il n'y a plus qu*un court tendon que les muscles thénar, particulièrement le court fléchisseur du pouce, envoient à la première phalange de ce doigt.

Gratiolet et les anatomistes de son école n*ont pas manqué de faire ressortir de telles différences, et de les invoquer comme un argument capital à l'appui de la distraction de l'homme d'avec tous les groupes simiens. L'existence d'un long fléchisseur propre du pouce creuserait notamment un abime entre l'homme et les anthropoïdes. Qu'en est-il, en réalité, et entre les deux types la distance est-elle si grande qu'elle ne puisse vraiment être franchie ? Voici d'abord le gibbon : il a, comme l'homme, deux fléchisseurs profonds distincts jusqu'à leurs insertions supérieures, et la seule différence est qu'au niveau du poignet le tendon du fléchisseur propre du pouce envoie une division au tendon pour l'indicateur du fléchisseur perforant, disposition que Chudzinski^ a souvent rencontrée chez le Nègre. Vient ensuite

Page 1