ANTHROPOLOGIE ZOOLOGIQUE
ses développements réels aux longues études, aux observations particulières et fidèles^ >•
La science nous montre l'homme dans sa réalité, dépouillé de l'auréole dont il s'est plu longtemps à entourer ses origines : d'abord humble animal, nu contre les intempéries, sans armes devant les attaques de ses ennemis, entretenant à peine une misérable existence au milieu de périls sans nombre, et n'opposant à des besoins toujours renaissants que d'imparfaits moyens de les satisfaire. Mais cet animal avait déjà un cerveau puissant, d'une structure délicate et compliquée. Ce cerveau allait lui permettre, non seulement de retenir sous forme d'images les impressions envoyées par les sens, de les faire revivre par le souvenir, mais bientôt .encore de les rapprocher en des associations de plus en plus étendues : idées d'abord très simples, toutes concrètes, puis s'élevant peu à peu, par des rapprochements nés de la simultanéité et de la succession des sensations, jusqu'à ces enchaînements déliés, jusqu'à ces notions générales, apanage des races civilisées. Mais cet animal devait trouver dans l'exercice de sa mimique vocale la source de nouveaux progrès, entièrement refusés à ses frères inférieurs : voici qu'il acquiert le langage, et combien longue a été cette étape de son évolution qui, du cri, l'a conduit aux sons articulés; maintenant il communique par la parole avec ses semblables, une région spéciale de son cerveau est affectée à l'exercice de cette fonction. Mais cet animal, enfin, se tient verticalement et marche redressé. Libre de sa main, il a pu en faire un sens nouveau, guidé par le cerveau, sens exquisement affiné, tout ensemble arme, outil, organe d'expression.
Ainsi considérée depuis les lointains et modestes débuts que nous révèle la préhistoire, à travers l'incalculable série
i. Mim. iur Us plis cérébraux de Vhomme et des primates, p. 101.
A PRÉCIS D'ANTHROPOLOGie.
des siècles et des générations, cette prodigieuse évolution nous apparaît seulement alors pour ce qu'elle est: le résultat heureux d'une structure anatomique et d'une constitution cérébrale qui conféraient à l'homme une prééminence marquée sur les êtres qui l'approchent du plus près.
Alors aussi se pose la question de savoir sMl se peut que ce privilégié de la nature, aujourd'hui dominateur de la planète, mais hier soumis aux plus dures conditions de l'animalité, ait pris naissance isolément sur un point quelconque de ce globe ; s'il se peut que des analogies assez évidentes pour frapper les moins experts ne soient qu'un vain trompe- Tœil; ou si, bien plutôt, il ne faut pas voir dans l'être supérieur l'émanation transformée de l'être inférieur. Par cette accession de l'idée transformiste, se complète et s'agrandit l'objet du parallèle que nous aurons i poursuivre entre l'homme et les animaux.
Ce n'est pas tout. L'homme n'est pas partout semblable à lui-même. Ses races variées, disséminées i la surface de la terre, diffèrent entre elles, et par la couleur de la peau, et par les traits du visage, par la forme du crâne et par les proportions du corps , par l'esprit non moins que par le sang, par les phénomènes sociaux enûn, par le degré atteint dans réchelle de la civilisation, par l'aptitude à en atteindre un plus élevé. Que sont les unes aux autres ces races si différentes ? Espèces d'un même genre ou variétés d'une même espèce? En d'autres termes, les dissemblances que l'on constate entre les races sont-elles purement apparentes, et, malgré ces dissemblances, tous les hommes sont-ils essentiellement semblables, rapprochés par une commune origine ; ou bien, remontant à des souches multiples, se sont-ils trouvés séparés dès le début en familles distinctes ?
A cette première question : qu'est-ce que l'homme ? quels rapports l'unissent aux êtres qui l'entourent et au milieu