‹ Précis d'anthropologieChapitre 90 sur 319 · Gai. méd. de Paris, A déc · texte numérisé non relu

Gai. méd. de Paris, A déc

6. Voir les art. subsistances, mobtalité, natalité du Dict encyclop. des Sciences méd. ■— Darwin, La Descendance de V homme, 1. 1, p. Ui. — J. Rochard, Rev. scientif., 1884, t. 34, p. 321.

vaincus qui cèdent la place à des adversaires pourvus de moyens d'attaque ou de résistance supérieurs. Au contact des races civilisées, les races inférieures reculent et diminuent chaque jour. En trois ou quatre siècles, plusieurs ont disparu complètement : tels les Guanches, les Charmas, les anciens Californiens, les Tasmaniens. D'autres ne tarderont pas à les suivre : les Polynésiens, les Peaux-Rouges, les Fuégiens, les Yeddas, les Négritos, les Bochimans, les Eskimaux, — les uns, sans cesse refoulés par l'envahissement de la civilisation, et resserrés aujourd'hui dans des cantonnements dont les ressources insuffisantes ne leur permettent pas de s'y multiplier ; les autres, soumis à une foule de causes fatales de décadence et d'extinction. On peut prévoir le moment où les derniers sauvjiges auront cessé d'exister. Pareil sort a été celui des populations préhistoriques, inférieures € aux sauvages actuels les plus grossiers > (Schaaffhausen), repoussées et détruites par ces mêmes races qui, à cette heure, succombent à leur tour devant des concurrents mieux armés pour la lutte. 11 n'est pas jusqu'à des races puissantes, ayant jadis donné l'essor à de hautes civilisations, — les Péruviens, par exemple, et les Aztèques — qui ne se soient abâtardies, à la suite de la conquête de leur sol par les Européens.

Celte disparition rapide des peuples sauvages ou barbares n'est pas due seulement à leur destruction violente, comme pour les Caraïbes de Haïti qui, au nombre de près d'un million en 1495, étaient réduits à quatorze mille en 1511, à cent cinquante au milieu du xvr siècle, par les cruautés des Espagnols, — ou pour les Tasmaniens qui, de sept mille (estimation minima) au moment de la colonisation (1804), étaient tombés à cent vingt en 1832, après la fameuse chasse qu'en firent les colons anglais. Diverses influences, plus ou moins bien dégagées encore, hâtent l'œuvre de la violence.

et bien souvent suffisent à amener le même résultat : c'est l'accroissement de la mortalité, conséquence des maladies (syphilis, tuberculose, variole, rougeole, etc.) impoilées par les Européens, et qui, trouvant un terrain vierge, y évoluent avec une puissance d'action inconnue ailleurs; ce sont les vices nouveaux (alcoolisme) que contractent les indigènes; c'est le changement brusque de leurs conditions d'existence avee ses suites morales, l'espèce d'effarement et de tristesse ou, au contraire, de surexcitation où les jettent le spectacle d'une civilisation qu'ils ne peuvent s'assimiler et la soudaine perturbation de toute leur mentalité; ailleurs, c'est le confinement, la vie sédentaire succédant à la vie errante; mais, au premier rang, l'amoindrissement de la fécondité et la mortalité sur les enfants, si difficile qu'il soit parfois d'en reconnaître les causes*. De 1844 à 1853, par exemple, la diminution des Maoris de la Nouvelle-Zélande a atteint i9, 42 p. 400; de 1853 à 1872, 32, 29 p. 100 (Fenton). En 1844, on comptait un enfant pour 2,57 adultes; en 1853, un enfant pour 3,27 adultes : cela démontre la stériiité croissante des femmes. Aux Sandwich, de 1832 à 1872, la population indigène a diminué de 63 p. 100. La moyenne des naissances à l'ile Hawaï était, il y a cinquante ans, de un enfant par deux couples mariés. Cette diminution de la fécondité des femmes peut, dans une certaine mesure, s'expliquer par la prostitution, mais ce n'est pas là le seul fadeur. Darwin l'attribue au changement dans le genre de vie ; Strzelecki, enfin, a invoqué la stérilisation des femmes australiennes et polynésiennes, qui, fécondées par un blanc ou même ayant eu simplement avec lui des rapports sexuels sans procréation de métis, deviendraient par ce seul fait

1. Bull, de la Soc. d' Anthropologie, 1860, p. 276., 327; 1872, p. 317; 1085,

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infécondes avec les hommes de leur race. Un grand nombre d'observations positives prouvent, en effet, Tinfluence que peut avoir une première fécondation sur l'organisme maternel ' ; mais, en Tespëce, cette cause n'est pas constante dans ses effets, et il est des races qu'elle laisse absolument en dehors de son action (les races nègres, d'après Rufz).

Quoi qu'il en soit, un fait est certain. Par Textension même des rapports entre les peuples, la lutte pour la satisfaction des besoins se livre dans l'humanité avec autant d'âpreté peut-être qu'aux premiers âges. L'accroissement de fécondité et la prolongation de la durée moyenne de la vie qui résultent d'un état social en progrès, entraînent pour les nations civilisées des surcroîts de population : les races les mieux douées se trouvent ainsi poussées à s'approprier le domaine des races inférieures. Devant cette concurrence violente ou pacifique, celles-ci s'épuisent et disparaissent. C'est, dans toute la force du terme, la survivance des plus aptes. Cela nous amène à examiner les conditions spéciales de la sélection dans le genre humain, et, en même teirips, à traiter le second point qui doit nous arrêter, à savoir l'influence des milieux sur la production des variétés humaines.

Le fait d'une sélection s'exerçant sur l'homme — c'esl-àdire le soin des destinées de l'espèce confié, par l'élimination progressive des plus faibles, aux représentants supérieurs de la série humaine — étant reconnu exact, au moins comme tendance générale, il reste à savoir si cette cause est capable d'expliquer les différences qui existent entre les races. Retrouve-t-on, en d'autres termes, dans ces différences, le double caractère auquel se reconnaissent les effets de la sélection naturelle : variation préalable d'un organe ou

1. Cf. A. Harvcy, Monihly Jcum,, Edimbour];, 1841M850. — M. Duval, op ciLt p. 328.

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d'une partie quelconque de l'organisme sous Tinfluence d'un changement de milieu, maintien et accentuation de cette variation parce qu'elle est utile ou avantageuse ? Jusqu'à présent, nous avons vu Thistoire 'naturelle de l'homme fournir à la théorie darwinienne des faits à Tappui, dont la valeur réside dans leur analogie avec ceux qui avaient conduit Darwin à concevoir la transformation graduelle des espèces. Ici, sur la question capitale, nous allons trouver cette théorie en échec. Ainsi que l'a montré Darwin luimême S les influences des milieux, telles que les climats, l'alimentation, le genre de vie, sont, en effet, complètement impuissantes à expliquer les caractères distinctifs des races humaines, en admettant même que ces conditions soient restées semblables pendant une énorme période.

C'est une idée ancienne que celle qui fait naître les races humaines de la suite des transformations d'un prototype commun, sous l'action des agents extérieurs. Hippocrate disait déjà que les races d'hommes sont filles du climat. L'influence de l'école monogéniste, pendant la première moitié de ce siècle, contribua surtout à accréditer cette idée, qui a trouvé son expression la plus absolue dans l'ouvrage de Prichard *. Les différences que l'on remarque entre les divers groupes humains sont en rapport, d'après Prichard, avec les conditions géographiques des diverses régions que rhomme habite^. On citait les populations de la région comprise entre l'Egypte et la Sénégambie, dont on voit, affirmait-on, les caractères passer graduellement du type égyptien au type nègre *. De ce que les traits des Soudaniens rappellent parfois ceux des races sémitique ou berbère, on

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