CHAPITRE PREMIER
LES CAUSES DE l'aRCHITECTURE DU MOYEN-AGE.
Le programme du livre et la méthode. — Au début de ces entretiens, le lecteur a droit à quelques indications sur notre programme, sur l'objet des études que nous allons poursuivre en commun. Il sait déjà que nous nous occuperons de Tarchéologie monumentale du Moyen-Age. Mais il est diverses manières de traiter le sujet et le problème a plusieurs faces.
Certains archéologues s'attachent presque uniquement au côté historique. Trouvent-ils une forme, ils en déterminent plus ou moins sûrement la date, et ils se tiennent pour satisfaits quand ils ont fait entrer cette forme dans une case de leur classification chronologique. Inversement, d^autres négligent de parti pris la documentation, et s'ils essaient de connaître la succession des faits, c'est d'après les rapports qu'ils ont saisis ou cru saisir entre ces faits.
Dans l'un et l'autre sens, l'exclusivisme est également fâcheux. Et d'abord, on n'établit pas la filiation des édifices sans recourir aux textes, pas plus qu'on ne dresse une généalogie sans consulter les pièces de l'état
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2 PRÉCIS d\]^GHÉG£X)!GFE DU MOYEN-AGE.
civil et sur la seule inspection des portraits. Si l'histoire de Tarchitecture est autre chose qu'un exercice de l'esprit, si elle a pour but la recherche et la reconstitution de la vérité objective, la chronologie en est une partie essentielle, indispensable.
D'autre part, il importe que nous nous rendions compte dès à présent de l'impossibilité où dn se trouve d'assigner une date certaine à toutes les productions de l'art de bâtir. A la différence des manuscrits ou des inscriptions^ l'édifice ne porte pas en soi l'indication de son âge; si cet âge nous est connu, c'est par un texte dont il faut faire l'application à l'édifice. Or, qui nous garantit que l'édifice n'a pas été reconstruit?
Depuis le milieu du douzième siècle environ, plutôt un peu avant, nous possédons sur quelques églises des données historiques assez suivies pour nous défendre contre cette confusion. A partir de cette époque, nous savons quand les innovations se sont produites. Si donc il s'agit d'une œuvre au courant du progrès, nous avons le moyen de nous assurer que les textes parvenus jusqu'à nous se réfèrent bien aux constructions existantes et non pas à des constructions antérieures. Mais au-delà de ii4o environ ce contrôle est beaucoup plus difficile, et l'archéologie, pour retracer l'évolution des formules architecturales, en est réduite à disposer un peu a priori, dans l'ordre jugé le plus vrai, des dates dont chacune est simplement probable.
De plus, même depuis le milieu du douzième siècle, nombre d'édifices, principalement dans les campagnes, sont en retard sur leur temps. Or, ces œuvres attardées peuvent se recommander à notre attention par l'ingéniosité, par la valeur esthétique de leurs combinnisous.
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N^est-ce donc rien que de découvrir sous la forme Tidée qui Ta inspirée, le calcul qui l'a dictée?
En un mot, Tarchéolog-ue a le devoir de retenir à la fois les notions historiques et les notions techniques, de discuter les annales et les chartes en même temps qu'il dissèque la construction et la décoration II doit faire œuvre d'historien et d'architecte.
Nous allons sacrifier à cette double nécessité et rechercher successivement dans l'histoire, puis dans des considérations techniques, les germes, les raisons d'être de l'architecture du Moyen-Age.
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