‹ Précis d'archéologie du moyen-âge (volume 2)Chapitre 14 sur 36 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

l'architecture religieuse latine.

Les périodes de Tarchitecture du Moyen-Age. — Les sources d'information. — Les constructions en bois. — Le plan basilical et ses transformations. — Les plans non basilicaux. — Supports et arcs. — Charpentes et voûtes. — Tour-lanterne. — Principes et origines de la décoration. — Procédés de la décoration. — Productions de Tart décoratif. — Les caractères de rarchitectùre latine.

Les périodes de Tarchitecture du Moyen^Age. — Nous avons cherché ci-dessus à déterminer sommairement le milieu historique et les éléments techniques d'où est sortie l'architecture médiévale. Après avoir ainsi reconnu les abords de notre sujet, nous allons nous attaquer à ce sujet lui-même et entreprendre l'histoire de l'architecture religieuse pendant le Moyen-Age. Nous passerons plus tard à l'architecture civile et militaire.

Cette histoire de l'architecture religieuse se divise en plusieurs chapitres; je dirai, si on le veut bien, mais en faisant toutes réserves sur la propriété de ce terme, en plusieurs périodes. On distingue, en effet, l'architecture latine, l'architecture romane et l'architecture gothique, lesquelles ont pour caractère prédominant le procédé employé dans chacune d'elles pour couvrir la nef des églises : l'architecture latine ignore l'emploi systémati-

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que de la voûte sur la nef principale ; Tarchitecture romane use de voûtes dans le genre de celles qui avaient été construites par les Romains et par les Orientaux, en berceau, d'arêtes, en coupole; l'architecture gothique, enfin, découvre un nouveau système de voûtement, qui permet de donner aux édifices voûtés une ampleur et une légèreté jusqu'alors inconnues.

Le début de l'architecture latine coïncide avec la fin de la période gallo-romaine, au cinquième siècle ; l'architecture romane commence dans le courant du dixième ; l'architecture gothique, vers le milieu du douzième.

On voudra bien noter que j'indique la date approximative à laquelle ces diverses formules ont commencé à être appliquées, sans rien dire du moment où elles sont tombées en désuétude. Je dis quand chaque style débute^ non pas quand il finit.

On comprend maintenant les réserves qui sont formulées quelques lignes plus haut au sujet du mot périodes* Comme tout le monde, nous parlerons, pour plus de commodité, de période latine, de période romane, de période gothique; mais nous ne perdrons pas de vue que ces prétendues périodes se pénètrent et se mêlent, que les procédés de chacune d'elles n'ont pas été abandonnés du jour où la période suivante s'est ouverte. Nombre de régions n'ont guère voûté les églises aux dixième, onzième et douzième siècles. 11 existe dans la Gironde, à Francs, une église dont la première pierre a été posée en i6o5 : le parti ornemental de cet édifice est roman, le système de couverture est latin. Je ne crois pas que l'on ait jamais cessé, dans certaines provinces, de faire des églises rurales de type roman.

Allons plus loin : il semble que Tarchiteclure latine

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nous soit connue grâce à des œuvres attardées qui, par leur date effective, appartiennent à l'époque romane, et parmi les beaux édifices sur lesquels nous étudions l'architecture romane, la plupart sont peut-être postérieurs aux premières églises gothiques.

Est-ce à dire que la division dont il s'agit soit dépourvue de raison d'être? Assurément non, et voici pourquoi : il est certain que, dans l'ensemble, les monuments d'une même époque présentent des caractères communs; or, si Ton s'en tient aux églises qui marquent le progrès, qui témoignent du point où l'art de bâtir était arrivé, la plus considérable parmi ces analogies réside dans le moyen de couvrir l'édifice. Quant aux autres églises, elles ne sont pas si complètement en retard sur leur temps qu'elles ne se ressentent point des perfectionnements réalisés : une nef de ii3o qui n'a pas de voûte présente néanmoins dans la façon des percements, dans l'économie des supports, dans le groupement des pieds-droits, l'empreinte du style roman; elle atteste l'influence exercée par la voûte^Aa voûte domine toute l'histoire monumentale du Moyen- Age; aucun caractère n'esta, à beaucoup près, égal en importance à celui-là. Aussi le retiendrons-nous comme base de notre division.

Les sources d'information. — De l'architecture latine bien peu d'œuvres françaises sont parvenues jusqu'à nous : le temps, le feu du ciel les renversaient aisément ; les hommes ont parfait cette œuvre de destruction. La Loi salique vise les incendiaires d'église : De hasilica incenduta. Sarrasins, Normands, soudards des guerres anglaises ou des guerres religieuses ont jeté bas d'innombrables édifices; les architectes ont eu raison du reste,

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et, sous prétexte de restaurer, ils ont à jamais défig-uré les quelques très vieilles églises qui étaient sur notre sol les témoins de l'art pré-roman.

Nous devons donc, pour définir cet art, recourir à toutes les sources : nous l'étudions dans les textes; nous Tétudions, par analogie, dans les édifices latins de Tétrang-er, principalement de Tltalie et de l'Afrique du Nord; nous l'étudions directement, enfin, dans les vestiges qui en subsistent chez nous.

Par malheur, les textes sont rédigés en termes impropres et vagues : la description que Grégoire de Tours donne de la basilique de Saint-Martin a suggéré des interprétations fort dissemblables. Les édifices étrangers montrent que l'architecture variait suivant les régions : les basiliques de Rome diffèrent sensiblement des basiliques de l'Afrique, de la Syrie et de l'Asie Mineure. Quant aux restes de l'art latin en France^ les dates en sont le plus souvent contestables, et, de plus, il faut le répéter, les débris dont il s'agit sont très insuffisants pour nous donner une idée complète de l'architecture à laquelle ils appartiennent.

Faute de mieux, nous allons cependant combiner au moins mal ces divers éléments d'information en une reconstitution de l'architecture religieuse dans la Gaule mérovingienne et carolingienne.

Les constructions en bois, — La charpenterie suppose une civilisation moins avancée et des établissements moins stables que la maçonnerie, et les Gaulois, aussi bien que les nomades des invasions ou les Normands, étaient charpentiers plutôt que maçons. Peutêtre faut-il attribuer à cette circonstance le nombre des

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PRÉCIS d'archéologie DU MOYEN-AGE. 3g

églises en bois ou en torchis que les textes signalent durant les périodes latine et romane. De ces œuvres fragiles, rien n'a survécu que leur souvenir ; tout ce que nous en savons ou à peu près, c'est qu'elles ont existé ; tout ce que nous pouvons faire, c'est de les mentionner.

Le plan basilical et ses transformations. — Le reste des églises latines doit être ramené à deux groupes principaux : les églises basilicales, les églises non-basilicales.

On appelait basiliques, à Rome, de vastes constructions de formes très variées et d'affectations multiples : tribunaux, promenades couvertes. Ce nom fut donné de bonne heure aux édifices du culte chrétien. Il ne faudrait pas croire pour cela que la basilique religieuse a emprunté avec son nom toutes ses dispositions à la basilique civile ; elle les a prises un peu de tous côtés, surtout, semble-t-il, dans les habitations particulières, sans parler des Catacombes.

Quelles que soient leurs origines, les premières basiliques chrétiennes {fig- 2l\ et 87) comprennent : une nef; deux bas-côtés moins hauts et moins larges que la nef; au bout de la nef centrale, une abside, qui fut généralement, depuis le cinquième siècle, dirigée vers l'Orient; entre la nef et les bas-côtés, des colonnes souvent arrachées aux édifices païens et reliées par des architraves ou par des arcs. A Rome et en Gaule, chaque bas-col é est fréquemment surmonté d'une tribune, qui s'ouvre sur la nef par une série de grandes baies; au-dessus est une bande de mur correspondant à la hauteur du toit en appentis ; puis, viennent les fenêtres, en plein-cintre comme les baies de la tribune et assez largement percées ; enfin?

FiG. 24. — Plans de basiliques chrétiennes.

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la nef est couverte par une toiture sur fermes et chaque bas-côté par un toit en appentis. La porte ou les portes sont dans la façade opposée à l'abside; elles peuvent être précédées soit d'un portique accolé à cette façade, narthex ^ soit d'un atrium y cour carrée entourée de portiques.

Ce type primitif reçut des complications et des modifications successives. Les cinquième et sixième siècles, adoptant une disposition à laquelle l'art roman devait revenir en lui donnant une ampleur monumentale , ouvrirent quelquefois l'abside sur un bas-côté tournant qui l'enveloppait.

En avant de l'abside, on disposa une nef transversale; c'est le transept j qui comprend : les bras ou croi^ sillons et la croisée ou carré du transept ; la croisée ou carré correspond à l'intersection de la nef et du transept. L'arc transversal par lequel le carré communique avec la nef s'appelle Y arc triomphal. Le transept déborda l'alignement des murs extérieurs des bas-côtés, de façon que le plan prît la forme d'une croix. Certaines églises possédaient deux absides, une à chaque extrémité de la nef, plus rarement deux transepts. Ce redoublement du chevet est plutôt un caractère de l'architecture carolingienne et germanique; toutefois, Grégoire de Tours signale à Clermont une église affectant la forme d'une croix et précédée d'une abside.

Plus souvent, on flanqua l'abside de deux petites absides ou absidioles, habituellement placées dans Taxe des bas-côtés et qui s'ouvraient sur les bras du transept.

L'abside était réservée au clergé; l'autel se trouvait en avant, monté sur une crypte ou sur une confession. La confession est une petite crypte, comme une guérite à

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moitié enterrée et dont la partie supérieure forme un soubassement à Tautel.

L'abside principale, enfin, n'est pas toujours de même forme : dans des pays soumis à des influences orientales, elle est parfois polygonale à l'extérieur. Assez fréquemment, la courbe qu'elle décrit dépasse le demicercle et dessine le fer-à-cheval (Jiff. 26). Certaines provinces au moins prolongent de très bonne heure l'abside en une travée rectiligne : la Gaule paraît avoir introduit cette disposition dans le plan de ses églises vers le début de la période carolingienne ; l'espace ainsi ménagé entre l'abside et la croisée, moins haut de voûte que la nef, servit à loger les chantres et fut plus tard dénommé chœur.

Les plans non basilicaux. — Les églises de plan non basilical sont diverses de forme. Les unes sont d'humbles églises rurales, des simplifications de la basilique : une nef sans bas-côté et une abside. Si la nef était étroite et basse et si les murs étaient quelque peu robustes, la construction d'une voûte était un problème de solution facile.

Quelquefois , notamment dans de très anciennes églises de Rome, le chevet de ces égHses à nef unique présente non plus une abside, mais trois absides à peu près égales groupées en trèfle, l'une suivant l'axe de la nef et les deux autres suivant la perpendiculaire. Il est même des exemples où la nef est remplacée par une quatrième abside (Jiff. 26); dans ce cas, tout l'édifice consiste en quatre absides disposées autour d'un carré central.

Pour les chapelles annexes, comme les baptistères, le

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FiG. 25. — Plaa de l'égiise Saîal-Michel d*Escalada.

(Extrait dc\a, Historia de la arquitectura cristiana de M. Lampérez.)

Coupe sur le traasept et détail de l'église de Marquet.

(D'après des croquis de M. Piiig y Cadafalch, architecte ^ Barcelone,

iprès des croquis de député aux Corlès.

PRÉCIS d'archéologie DU MOVEN-AGE.

plan basilical était trop compliqué : ou adopta le plan

carré, ou en quatre-feuille, ou polygonal, ou circulaire.

Ces églises de plan rayonnant, rondes, carrées ou

polygonales, peuvent être enveloppées d'un bas-côté

FiG, 2O. — Baptistère de Venasque.

(D'après le plan publié par M. Labande.)

tournant et se rattacher à Tarchitecture byzantine. En France, elles sont dues, au moins pour partie, à cette renaissance carolingienne qui reproduisit avec plus ou moins de bonheur certains modèles d'origine vraisemblablement orientale. Tel était le cas de celte église de Germigny (Loiret) {fig* 27), bâtie au neuvième siècle et qui, par suite d'une reconstruction récente, est à peu près perdue pour l'archéologie.

Supports et arcs. — Parmi les changements apportés aux églises, les plus intéressants eurent moins pour

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objet les dispositions du plan que Téquilibre de Tédifice et la structure des organes par lesquels cet équilibre était assuré. Les monuments romains, que Ton exploitait comme des carrières, ne fournirent bientôt plus que

FiG. 27. — Vue de Téglise de Germigny.

(Extrait du Congrès archéologique de France, 1892.)

des colonnes dépareillées; il fallut scier les fûts trop longs, monter sur des socles les fûts trop courts. Charlemagne employa encore à Aix-la-Chapelle des colonnes antiques venues de Ravenne ; mais depuis longtemps les constructeurs moins influents ne pouvaient plus tirer des édifices en ruines les supports de leurs nefs : les uns, nous le savons par les textes, taillèrent des colonnes ; les autres maçonnèrent des piliers.

Les architectes chrétiens affectionnaient les arcs, un peu sans doute parce que l'architrave, usitée pour la construction des temples, était associée à l'idée de pag^a-

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nisme. De très bonne heure, les arcades sur colonnes furent employées concurremment avec les colonnades architravées. En outre, les piliers, qui fournissaient une assiette solide a\ix sommiers des arcades, poussèrent encore à l'abandon des architraves.

Charpentes et voûtes. — L'usage des piliers entraîna d'autres conséquences. Dans la basilique de Sainte- Praxède, à Rome {fig- 24, moitié gauche), qui est du premier quart du neuvième siècle, les colonnes alternent avec les piles : deux colonnes, une pile; or, ces piles portent de grands arcs transversaux et, sur ces arcs, un tympan en pignon, qui répond à une triple préoccupation : recevoir les pannes de la toiture ; entretoiser, solidariser les parois latérales de la nef; en cas d'incendie, localiser le désastre.

Tous ces perfectionnements, quelle qu'en fût d'ailleurs l'importance, laissaient subsister le principe essentiel de la construction latine, qui est l'absence d'un voûtement systématique sur la nef. Quelques églises à une seule nef étroite, quelques édifices dont les conditions de stabilité étaient particulières furent voûtés de bonne heure : telles les cryptes, resserrées, basses et épaulées par le sol dans lequel elles sont généralement enfoncées. Toutefois, d'habitude et pour les basiliques surtout, on se contentait de charpentes, que l'on dissimulait souvent derrière un lambris cloué sous les entraits. Voici comment un chroniqueur raconte que saint Guillaume (f 812) éleva une église : « Il entreprit les fondations, dressa les murs, posa le toit. » Ce récit pourrait s'appliquer très exactement à l'érection de presque tous les monuments religieux latins.

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Mais les églises sans voûtes sont beaucoup moins durables ; elles résistent surtout très mal aux flammes. La génération qui a précédé la nôtre a pu voir, par deux sinistres fameux, combien diff*éremment se comportaient dans un incendie une église voûtée et une église non voûtée. En i836, les charpentes de la cathédrale de Chartres furent consumées, sans que le gros œuvre eût à souffrir sensiblement; tout se passa au-dessus des voûtes. En 1828, lorsque la basilique de Saint-Paulhors-les-Murs, à Rome, fut la proie des flammes^ la charpente écroulée forma un vaste brasier au pied des colonnes, qui éclatèrent, entraînant Téglise tout entière.

L'emploi des piliers facilitait la construction des voûtes sur les collatéraux : du côté de la nef, les piliers, pesamment chargés par les maçonneries supérieures et par les toitures, résistaient à la médiocre poussée de ces voûtes basses et, du côté extérieur, il était aisé de donner aux murs une surépaisseur suffisante.

De bonne heure, on voûta la tête de Tédifice : Tabside, où les murs plus stables recevaient des poussées plus faibles, le chœur, peut-être le transept.

Ainsi la voûte gagnait toute Téglise, et peu à peu la formule romane se substituait à la formule latine dans la construction des basiliques.

Tour-lanterne. — Au-dessus du carré, la rencontre des charpentes du vaisseau principal avec les charpentes du transept entraînait des complications et des difficultés. Ce doit être l'une des raisons pour lesquelles les architectes de la Gaule prirent, dès le cinquième siècle, l'habitude d'élever sur ce point, en matériaux légers, une tour-lanterne, qui éclairait le sanctuaire et désignait de

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loin aux fidèles remplacement de Tautel où étaient célébrés les saints mystères.

Principes et origines de la décoration. — Cette étude sur l'art latin serait par trop incomplète si on ne disait pas quelques mots de la décoration.

Les architectes, on le sait, ont à choisir entre deux principes pour la décoration de leurs œuvres : ou bien la décoration accuse les moyens de construction et met en valeur les grandes lignes de l'édifice, ou bien elle cache ces lignes et dissimule ces moyens. Le premier principe est celui de la Grèce et de la bonne époque du Moyen-Age; le second fut adopté par les Romains, qui, sur les superbes maçonneries de leurs ingénieurs, plaquaient une mauvaise architecture grecque. Les architectes latins ne pouvaient pas manquer de suivre cet exemple; ils comprirent la décoration comme un vêtement très brillant et très riche, tandis que l'édifice doit participer de l'harmonie, de l'esthétique supérieure d'un beau corps humain.

Aux Romains les architectes pré-romans ne prirent pas seulement cette idée première de leur décoration architecturale; ils leur empruntèrent aussi en grand nombre des motifs d'ornementation. Si Ton réfléchit au prestige de la civilisation romaine dans le monde barbare, à la multitude des édifices dont la paix romaine avait couvert la Gaule, on comprendra sans peine qu'il n'en pouvait pas être autrement. Il est a priori pour ainsi dire inévitable que nous retrouvions les ornements de la période romaine dans les édifices de la période qui suivit. Longtemps, bien longtemps, jusqu'à ce que le souffle de l'inspiration gothique eut renouvelé l'art, les ornemanis-

tes eurent principalement sous les yeux les formules des artistes gallo-romains et s'essayèrent à les copier de leur mieux.

Toutefois, à ce fonds se mêlèrent divers éléments : les peintres et les sculpteurs transposèrent, en les agrandissant, des motifs créés par le symbolisme chrétien, par l'orfèvrerie barbare, par l'art industriel, par la miniature, notamment par la miniature anglo-saxonne. Il s'est passé dans nos pays, pour l'art décoratif, un phénomène analogue à celui que le regretté Gaston Paris signalait pour la littérature de ces temps reculés : c'est en s'assimilant des éléments d'origines multiples que l'art de la Gaule est devenu, un jour, assez fort pour exercer à son tour une action fécondante. Il a puisé de tous côtés la vigueur qu'il devait ensuite répandre sur le monde. Attendons-nous donc à trouver dans les églises latines des entrelacs apportés par les moines byzantins, une faune étrange d'origine asiatique, des enroulements mêlés d'animaux chimériques et qui nous sont venus par les enluminures d'Angleterre ou d'autres pays du Nord.

Procédés de la décoration. — Tous ces motifs ont été reproduits à l'aide de procédés divers. La peinture et même les incrustations colorées couvraient les murailles et les lambris; les lois carolingiennes reviennent à plusieurs reprises sur l'obligation de peindre les églises. Les mosaïques servaient au pavage. A défaut de sculpteurs habiles, les stucs gravés furent employés dans les revêtements, et même on moula des briques pauvrement historiées. Quant à la sculpture, elle cessa presque de représenter sur les monuments la forme humaine.

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Naturellement, la valeur de cette décoration est médiocre : la sculpture est souvent sèche et plate {fig> 28 et 29), à la façon d'une gravure. Ce même faire, à vives arêtes et sans profondeur, est fréquent en Orient ; a-t-il

FiG. 28. — Dalle sculptée de Tépoque latine.

été porté chez nous de ces lointains pays ? Les travailleurs dont ce problème sollicitera l'attention n'oublieront pas que l'insuffisance de la préparation technique produit encore sous nos yeux des résultats analogues : des marbriers qui n'ont rien de byzantin font journellement sur nos cheminées des ciselures dans ce goût. Certains entrelacs, certains motifs sont d'origine incontestablement orientale; il est au moins périlleux d'affirmer que le faire est de même provenance.

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Productions de Tart décoratif. — Les chapiteaux sont presque toujours inspirés du composite ou du corinthien, c'est-à-dire des modèles qui s'accommodaient le mieux du luxe si cher aux barbares. Il arrive, d'ailleurs, sur-

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FiG. 29. — Dalle sculptée de l'époque latine.

tout dans les basses époques, que ces modèles sont cruellement dénaturés par la maladresse des tailleurs de pierre; les feuillages, très simplifiés, peuvent n'être qu'indiqués. Les volutes sont ce qui persiste le mieux.

Nous possédons un certain nombre de plaques de marbre couvertes d'ornements méplats creusés en g^onttières : ce sont des fragments de chancels ou clôtures à hauteur d'appui et des dalles de revêtement jadis fixées aux murailles.

Nous retiendrons enfin, bien qu'ils n'appartiennent pas proprement à l'architecture, les sarcophages, en particulier les sarcophages du Sud-Ouest, dont la décoration est un dérivé original de l'art romain.

Les caractères de l'architecture latine. —Cette étude rapide indique mal à quels traits on peut reconnaître les productions de l'architecture latine. Voici de ces traits une synthèse un peu plus précise.

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L'arc en fer-à-cheval est usité dans le tracé, soit du plan des absideSj soit des arcs et des voûtes {fig> 25). L'are en mitre n'était guère qu'un motif de décoration.

Fin. 3o. — Chapiteau méroving'ien, à Grenoble.

(Extrait du Manuel d'archéologie de M. Enlart.)

Les supports isolés sont, surtout vers la fin, le pilier cubique, à arêtes vives ou abattues, et, surtout à l'origine, la colonne, non pas la colonne engagée, élevée par assises en même temps que la muraille, mais la vraie

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PRECIS D ARCHEOLOGIE DU MOYEN-AtîE. Oô

colonne, pleine, fréquemment monolithe. Le mince abaque classique est surmonté d'un épais et vigoureux tailloir, pareil à un fragment d'architrave et sur lequel les sommiers des arcs sont bien assis (/iff- 3o). Souvent les impostes ne contournent pas le support, mais sont cantonnées sur la face où leur saillie est nécessaire pour porter le cintre provisoire (Jiff. i, moitié gauche). Les impostes carolingiennes paraissent avoir été fréquemment en forme de bandeaux chanfreinés, sur le chanfrein desquels un cartouche ressort en faible relief.

Les murs sont habituellement légers. L'appareil ordinaire est le petit appareil avec assises de briques. L'appareil réticulé, l'appareil en épi ont servi à introduire dans les parements quelque variété; de même, certains parements ont été ornés de triangles ressemblant vaguement à des frontons ou à des arcs en mitre {^/iff- 3ï).

Les joints sont plutôt épais et saillants. L'insertion de tuileaux dans les joints montants accuse parfois la fin de l'époque latine.

Sur les blocs de moyen appareil, la taille est grossière et laisse subsister des stries en arêtes de poisson.

II ne paraît pas que les contreforts aient été d'un usage courant dans l'architecture latine de nos pays, non plus que les arcs de décharge qui forment dans la maçonnerie des basiliques ravennates une ossature très rationnelle. Cependant, les murs ont pu être tapissés intérieurement d'arcatures aveugles sur colonnettes, comme dans l'abside de la cathédrale de Vaison.

Les arcs à reprises, formés de deux rouleaux de profondeur inégale (Jiff, 36), semblent n'avoir pas été connus des constructeurs latins; mais les architectes carolingiens ont quelquefois, comme les byzantins, monté dans les

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grandes baies un remplage léger, avec deux ou plusieurs petites baies jumelles sur colonnettes. Une autre analogie avec recelé byzantine est l'usage de poser sur ces colonnettes, cnlre les baies géminées, un chapiteau qui s'allonge démesunhnent dans le sens de l'épaisseur du mur.

Les fenêtres sont tantôt percées à angle droit et tantôt ébrasées, surtout vers l'intérieur. Elles peuvent être larges et garnies de clôtures de pierre ajourées.

L'ornementation vise à l'effet : la sculpture, trop inhabile pour modeler les masses, multiplie les lignes et les facettes. Les chapiteaux sont d'un galbe sec. L'astragale fait habituellement corps avec le fût.

Ajoutons que ces caractéristiques n'ont rien d'absolu et qu'elles ont persisté durant une partie au moins de la période romane. En définitive, mieux vaut le dire franchement, il n'existe pas de différence spécifique précise qui permette de reconnaître sans hésitation une construction latine. Toutefois, si un édifice s'écarte sur un certain nombre de points du signalement qui vient d'être donné, on peut dire que cet édifice n'est pas mérovingien ni caroliin*ien.

En dépit de la multiplicité des lignes, malgré l'éclat des ors et des couleurs, cet art latin, si pompeusement célébré par les chroniqueurs et les poètes contemporains, est tout entier, construction et décoration, d'une lamentable pauvreté. Ce sont des apports disparates que n'anime aucune idée, des branches où la sève ne circule plus. C'est la mort. Mais laissons-la faire son œuvre; vienne le renouveau d'une époque plus propice, et de tous ces éléments en décomposition sortiront, dans l'éclosion de l'art roman, la force, l'ordre et la splendeur de la vie.

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