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LES CAUSES TECHNIQUES

La couverture : sa prédominance. — L'architrave. — L'arc. — La poussée. — Conditions de stabilité de Tare. — Arcatures. — Plates-bandes appareillées et linteaux échancrés ; encorbellements. — Les voûtes : voûte en berceau. — Voûte d'arêtes. — Voûte en arc de cloître et coupole. — La charpente. — Les appuis isolés : colonnes et piliers. — Les appuis continus : murs.

^ — Marques d'appareil. — Dosserets et contreforts. — Percements. — La décoration : moulures.

Nous allons maintenant aborder l'examen des éléments techniques de Tarchitecture , en rechercher les principes élémentaires et en définir les termes les plus usuels. Nous nous en tiendrons à l'architecture telle que le Moyen-Age Ta trouvée, à l'architecture galloromaine : l'objet des chapitres suivants sera d'exposer les modifications que cet art gallo-romain a subies et de définir, au fur et à mesure, les termes par lesquels on exprime les formes nouvelles.

La couverture : sa prédominance. — Quand on construit, on cherche à se clore et à s'abriter; on fait une clôture et une couverture. Si l'on excepte l'architecture militaire, la clôture est très facile à établir ; mais les murs ne servent pas seulement à fermer l'édifice ; ils sont aussi et surtout les supports de la couverture. En somme, toute la construction ou à peu près est ordonnée en vue de ce terme, de cette cause finale : la cou-

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lO PRECIS D ARCHEOLOGIE DU MOYEN AGE.

verture. La couverture commande et explique l'édifice. Occupons-nous donc d'abord des couvertures, couvertures en pierre, couvertures en bois ou charpentes.

L'architrave. — Soit un vide à couvrir entre deux supports : le moyen le plus simple consiste à jeter de l'un à l'autre une poutre de pierre qui s'appelle architrave quand elle réunit deux appuis isolés, et linteau quand elle couvre une baie, une ouverture ménagée dans un plein. C'est le principe du temple grec. Le grand inconvénient de la construction architravée consiste dans la nécessité où on se trouve de proportionner Técartement des supports, la largeur des vides, à la portée des architraves. On cite les architraves de Karnak, en Egypte, qui mesurent 9'"20 de longueur et qui pèsent 65.ooo kilogs. Une cathédrale de 9 mètres de largeur serait bien étroite, et, d'autre part, le Moyen- Age n'a jamais transporté ni employé de blocs de cette dimension.

L'avantage de l'architrave, c'est qu'elle est inerte; elle pèse de son poids sur les supports sans développer d'autre force que cette pesanteur verticale. Pour assurer l'équilibre, il suffit que les matériaux des supports soient assez durs et ne s'écrasent pas sous la charge.

Tout autres sont les conditions de stabilité de l'arc. Mais voyons, en premier lieu, ce qu'est un arc.

L'arc. — Pour bander un arc au-dessus d'un vide, on établit un appareil provisoire de charpente ou cintre^ dont la courbe convexe répond à la concavité de l'arc en projet; après quoi, sur le cintre on dispose des blocs de pierre taillés en coin ou claveaux, dont les lits con-

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vergent vers le centre de l'arc; on clave l'arc, c'està-dire qu'on le ferme, par la pose du claveau supérieur ou clef. L'arc ainsi terminé présente deux faces verticales ou têtes, deux surfaces cylindriques : l'une convexe, qui s'appelle extrados, l'autre concave, intrados;

FiG. I. — Arc.

douelle s'applique à l'une et à l'autre, mais plus spécialement à l'intrados. Si l'extrados, au lieu d'être concentrique à l'intrados, décrit des lignes alternativement horizontales et verticales, on dit que l'arc est extradossé en escalier {Jiff> i, moitié droite).

La poussée. — Supposons l'arc terminé : on le décintre^ c'est-à-dire qu'on enlève le cintre qui soutenait les claveaux pendant la construction, et l'arc est livré à ses propres ressources. Les claveaux des naissances, les

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sommiers {fig- i, A), reposent sur un lit horizontal; ces sommiers sont donc stables. De même, les claveaux les plus rapprochés, dont le lit n'est pas assez incliné pour que le bloc glisse et s'échappe. Mais au-dessus d'un certain point, les blocs tendent à tomber et pressent les claveaux voisins pour s'ouvrir un chemin.

G. 2. — La poussée.

Chaque claveau est donc soumis à deux forces : son propre poids et la réaction qu'il reçoit des claveaux entre lesquels il est enserré. La résultante de ces forces décrite graphiquement dans son parcours à travers l'arc {Jiff* 2) est une ligne courbe, qui se nomme la courbe des pres^ sions et qui, aux naissances, se résout en une ligne oblique, représentative de la poussée.

Si nous examinons quelle part revient dans cette poussée à chacun des claveaux, nous nous rendrons compte qu'à poids égal le bloc est d'autant plus puis-

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PREGIS D ARCHEOLOGIE DU MOYEN-AGE 10

samment sollicité par la pesanteur que son lit inférieur se rapproche davantage de la verticale. La clef et les

FiG. 3. — Arc surbaissé.

claveaux voisins de la clef sont donc ceux qui travaillent le plus. En d'autres termes, les claveaux qui gagnent en hauteur poussent peu; la poussée vient de ceux qui

A, FiG. 4- — Arc en anse de panier.

gagnent en largeur. D'où il suit que plus la flèche est réduite, plus la poussée est considérable.

Prenons pour terme de comparaison l'arc en demicercle pu plein-cintre : l'arc surbaissé ou bombé ou en segment {fig* 3) pousse davantage ; de même, Varc en anse de panier {Jig> 4)? formé de courbes en nombre

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impair se raccordant entre elles; de même encore, Varc elliptique lorsqu'il correspond à la moitié d'une ellipse coupée suivant son grand diamètre. Par contre, Tare elliptique correspondant à la moitié d'une ellipse coupée suivant son petit diamètre a une poussée moindre que le plein-cintre.

Quant à Varc surhaussé {fig- 5) , c'est en réalité un

FiG. 5. — Arc surhaussé.

plein-cintre. La naissance est dissimulée par un artifice qui abaisse les moulures destinées à souligner la fin du support et le commencement de l'arc; mais ce trompel'œil ne modifie en rien l'équilibre.

Conditions de stabilité de Tare. — Pour qu'un arc soit stable, il faut que la courbe des pressions et la poussée soient maintenues, celle-là entre l'intrados et l'extrados, celle-ci dans l'épaisseur du support. Il est plusieurs façons de réaliser cette condition : la plus simple consiste à faire le support assez bas ou assez épais pour que la poussée rencontre le sol avaut de sortir de

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PRÉCIS D^ARGHÉOLOGIE DU MOYEN-AGE. l5

la maçonnerie ; on peut encore maintenir l'équilibre à l'aide de tirants en bois ou en fer qui arrêtent Técartement des supports. Un procédé un peu plus savant combine la poussée avec une autre force qui la ramène vers la verticale : tantôt les assises basses de Tare et le support sont lestés par un bâti {fig- 2, A), par un mur, par un pinacle, par une charpente {fig. i3 et i4), assez pesamment pour que la poussée soit impuissante à les chasser, et tantôt on contrebute Tare, c'est-à-dire que Ton oppose à la poussée une poussée contraire qui la neutralise. Voici un livre placé de champ : la plus légère chiquenaude suffit à le renverser; si je pèse sur la tranche supérieure, le livre résiste mieux. Penchons ce livre, il va tomber ; appuyons-le contre un autre également penché, ils se soutiendront réciproquement.

Arcatures. — Ce dernier principe est d'application courante dans les arcatures sur colonnes. On appelle arcature une série d'arcs rapprochés, sinon tangents par l'extrados. En général, les supports intermédiaires sont légers et la poussée de chacun des arcs jetterait à terre la colonne si l'arc voisin n'exerçait pas en sens contraire une poussée qui annihile la première {Jîff» 33). On se borne à construire aux extrémités de l'arcature des butées pour les derniers arcs.

Plates-bandes appareillées et linteaux échancrés ; encorbellements. — L'étude raisonnée de la construction ne s'en tient pas à la figure apparente de l'arc ou du linteau, la force que développent ces organes dépendant beaucoup moins de leur forme que de leur anatomie, du rapport des éléments qui les composent. Des

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architectes ont fait des plates-bandes appareillées j c'est-à-dire de fausses architraves, en ajustant plusieurs blocs taillés en coin, dont les efifets ne sont pas sans ana-

FiG. 6. — Linteau appareillé, corbeaux, arc de décharge, tympan.

log-ie avec ceux des claveaux d'un arc (y?gr. 6). D'autres, au contraire, ont découpé dans de g-randes pierres des arcs monolithes (Jîff. 7), et il est évident que ces pseudoarcs se comportent comme des architraves. D'autres architectes, enfin, ont obtenu la figure de l'arc en posant Tune sur l'autre des assises horizontales dont chacune surplombe l'assise inférieure. Ici encore les blocs n'agissent pas comme des claveaux; ils pèsent verticalement et ne

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poussent pas obliquement. C'est ce qu'on appelle la construction en tas de charge.

h' encorbellement est une saillie résultant de la superpo-

FlG. 7.

Linteau échancré.

sition d'assises horizontales qui se surplombent Tune l'autre. Le corbeau {fig- 6) est un bloc horizontal en saillie sur le nu du mur et destiné à porter une charge. On l'empêche de basculer en lestant la queue du corbeau, et par là on entend la partie du bloc qui est engagée dans la maçonnerie, ou bien en donnant à cette queue la forme d'une queue d'aronde.

Les corbeaux ont souvent servi à porter les têtes d'un linteau ou d'une poutre. Dans ce dernier cas, le corbeau répond à une double préoccupation : il supplée à l'insuffisance de longueur et il dispense d'engager les bouts de bois dans les murs, où, privés d'air, ils s'échauffent et tombent en poussière.

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l8 PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE.

Les voûtes : voûte en berceau. — Les voûtes dont nous avons à nous occuper dans ce chapitre sont la voûte en berceau, la voûte d'arêtes, la coupole.

La noûte en berceau peut être définie un arc prolongé, quelles que soient la génératrice et la directrice : voûte

FiG. 8 . — Voûte en berceau sur doubleaux.

en plein-cintre, surbaissée, surhaussée, etc.; voûtes horizontale, rampante, c'est-à-dire montante ; voûtes rectilig-ne, annulaire, en spirale, comme la fameuse vis de Saint-Gilles, etc.

Il est bien entendu que certaines voûtes sont construites par assises horizontales. Il en est aussi de monolithes, soit qu'elles aient été taillées à même le roc, comme dans certains édifices souterrains, soit qu'elles consistent en une concrétion de blocage, en un remblai de menus matériaux noyés dans du ciment, suivant la formule habituelle des constructeurs romains.

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PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE. 6l

La voûte en berceau construite normalement, formée de voussoirs analogues aux claveaux des arcs, développe sur toute sa longueur une poussée continue, d'où la nécessité de l'appuyer sur un support également continu et qu'il serait imprudent d'affaiblir par de trop larges percements. Dès l'antiquité, on banda sous les berceaux des arcs saillants ou doubleaux {fig» 8), qui avaient pour effet de renforcer et de soulager la voûte, encore qu'à cette époque le but essentiel du doubleau fût presque toujours d'ordre esthétique.

Voûte d'arêtes. — La voûte d'arêtes {fig. 9) a sur le berceau l'avantage de n'exiger que des supports isolés. En théorie, elle est formée de la pénétration de deux berceaux dont les intrados se rencontrent suivant un angle saillant. Si l'un des berceaux n'atteint pas à la clef de l'autre, la voûte est un berceau à pénétrations ; dans la voûte d'arêtes, les deux berceaux peuvent avoir des tracés dissemblables, mais les clefs sont au même niveau. Les arêtiers sont les voussoirs communs aux detix berceaux : chacun d'eux a deux douelles et une arête; dans le cas de deux berceaux égaux et en plein-cintre, les douelles sont des portions de cylindre et l'arête une portion d'ellipse, dont le tracé varie d'un voussoir à l'autre. C'est dire que la voûte d'arêtes, telle qu'elle vient d'être définie, est difficile à établir; aussi le plus souvent les constructeurs occidentaux de l'époque romaine ont-ils recouru à un procédé empirique et fait en blocage des voûtes qui ont approximativement la forme de voûtes d'arêtes.

On comprend que des voûtes de concrétion ainsi comprises peuvent ne pas répondre à des formes géométriques. Même quand elles sont appareillées, les voûtes

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d'arêtes sont parfois surélevées à la clef {^fig- 34, etc^\ elles sont un compromis entre la voûte d'arêtes ordinaire

FiG. g. — Voûte d'arêtes.

et la coupole, dont il va être question; elles poussent presque à la façon des coupoles.

Dans la voûte d'arêtes, les conditions de stabilité de Tun et l'autre berceau qui se pénètrent sont identiquement les mêmes : aussi bien que le berceau longitudinal, le berceau transversal repose sur les piles placées aux angleSj sans qu'il soit besoin de l'appuyer sur les murs latéraux. Ces murs servent donc à clore l'édifice, non à porter la voûte. Aussi a-t-on souvent ajouré de gran-

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des ouvertures le secteur délimité par la rencontre de la voûte et du mur {fig. 9, moitié gauche).

Voûte en arc de cloître et coupole. — Supposons une voûte d'arêtes portée, non pas sur des piles, mais sur des

FiG. 10. — Voûte en arc de cloître.

murs correspondant aux côtés du carré que couvre la voûte {fig- 9, moitié droite) : ces murs gardent un plan vertical jusqu'à la clef des berceaux. Imaginons maintenant {fig- 10) une salle carrée dans laquelle les murs, au niveau fixé pour la naissance des voûtes, s'infléchissent en berceaux qui se rencontrent suivant des angles rentrants; cette voûte est appelée l'arc de cloître; les Espa-

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gnols disent avec plus de raison : rincon de claustroy coin de cloître. Vu à Tintrados, Tare de cloître est une

FiG. II. — Coupole sur trompes.

concavité à quatre pans. Si, au lieu d'être carré, le plan de Fassiette est polygonal ou courbe, une concavité analog^ue prend le nom de coupole. La demi-coupole est dite cul-de-foiir.

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Arc de cloître ou coupole sont formés d'assises dont la projection est parallèle ou concentrique au périmètre, tandis que, dans la voûte d'arêtes normale, la projection des joints de lit est perpendiculaire aux côtés du carré.

FiG. 12. — Coupole sur pendentifs.

La coupole est souvent employée à couvrir une aire carrée. Il faut alors, pour l'établir, racheter le carrée c'est-à-dire passer du plan carré de la salle au plan polygonal ou courbe de la voûte ; on y parvient de deux façons. Tantôt {fig- 1 1) on jette dans chacun des angles

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du carré, à une hauteur convenable, un arc en biais, que l'on raccorde, en dessous , aux murs de la salle par un quart de sphère, par un demi-cône, etc. : c'est ce qu'on appelle une trompe ; sur cet arc on élève une murette, et le carré est ainsi converti en octogone. Tantôt {fig. 12) on pose de biais dans l'angle une assise en porte-à-faux, sur cette assise une seconde également^ en avancée , et ainsi de suite : c'est ce qu'on appelle un pendentif. La face vue du pendentif est généralement curviligne, de façon que les assises supérieures des quatre pendentifs se rejoignent par en haut suivant une courbe.

Théoriquement, dans la coupole sur pendentifs, la calotte est une demi-sphère dont la projection s'inscrit exactement dans le carré, et les pendentifs sont des triangles sphériques découpés dans une autre demi-sphère dont la base serait circonscrite à ce même carré. Dans la pratique, la calotte et les pendentifs appartiennent à des solides plus ou moins réguliers. Cela est également vrai, d'ailleurs, de la coupole sur trompes. On ne saurait trop se garder, en ces matières, des notions de science pure qui ont cours parmi les constructeurs modernes.

La charpente. — La couverture en bois ou charpente a été, suivant les époques, comprise de plusieurs manières. Pour les Romains, comme pour nombre d'architectes de notre Moyen-Age occidental, la charpente est constituée par une succession Affermes {Jiff» i3), et chaque ferme comprend essentiellement : deux pièces obliques, arbalétriers^ réunies au pied par une pièce horizontale, entrait ou tirant; le poinçon est une petite pièce verticale qui va du sommet de la ferme au milieu du tirant.

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La poutre faîtière et des pannes horizontales relient deux ou plusieurs fermes; elles portent, par Tentremise des

FiG. i3. — Ferme.

(A arbalétriers, — B entrait, — C poinçon, — D poutre faîtière, — E pannes, — F chevrons.)

chevrons et des lattes, les tuiles ou les ardoises qui forment le toit.

U entrait retroussé {fig- i4) est celui qui est placé, non

FiG. 14. — Ferme à entrait retroussé.

pas à la partie inférieure des arbalétriers, mais plus ou moins près du faîte.

Quand la toiture est posée, son poids tend à aplatir la

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ferme; mais, pour que la ferme s'aplatît, il faudrait que les pieds dés arbalétriers s'écartassent, et ils sont arrêtés par le tirant, qui est soumis à un effort de traction. Le poinçon soutient le tirant et Tempêche de fléchir en son milieu.

Un toit à un seul versant, monté sur une moitié de ferme, prend le nom de toit en appentis.

FiG. i5. — Assemblages de charpente.

Les assemblages des bois se font d'ordinaire à tenon et mortaise ou par embrèvement. Le tenon {fig^ i5. A) est le bout d'une pièce qui s'emboîte dans la mortaise de dimensions correspondantes creusée dans la face d'une autre pièce ; l'assemblage est consolidé par des chevilles. U embrèvement {Jig- i5, B) est employé lorsque les bois se rencontrent sous un angle aigu : la tête de l'une des pièces, taillée en sifflet, s'engage dans une encoche pratiquée sur la face de l'autre pièce. L'embrèvement se combine souvent avec un tenon et une mortaise.

Les appuis isolés : colonnes et piliers. — Nous en avons fini avec les parties portées, avec les couvertures;

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nous allons passer aux parties portantes, aux a|)puis des couvertures.

Ces appuis sont continus : murs, ou isolés : colonnes et piliers.

La colonne gallo-romaine se compose d'un chapiteau, d'un fût et d'une base. Le chapiteau est, en général, du type corinthien ou composite. Le fût, qui est tronc-conique, peut être monolithe ou bien élevé par tambours. Le pilier est maçonné de petits matériaux; il a ordinairement une section carrée ou rectangulaire, quelquefois circulaire; enfin, il est couronné, non par un chapiteau, mais par une assise débordante et d'habitude profilée en moulure : c'est Vimposte.

Les appuis continus : murs. — Les murs sont formés par des empilages de pierres taillées ou de moellons. Appareil désigne la façon de la pierre, les dimensions qu'on lui donne, la manière dont on la coupe et dont ou traite les faces.

Grand appareil^ moyen appareil, petit appareil se réfèrent aux dimensions; appareil régulier^ appareil irrégulier t aux formes; appareil en bossage ^ au travail du parement ou face vue : cet appareil consiste à ne ciseler que les bords et à laisser dans cet encadrement une sailHe brute.

Le grand et le moyen appareil peuvent être à joints vifs, sans mortier. Le petit appareil {fig^ i6) esi cubique, ou allongé, ou en épi, ou réticulé : dans ce dernier, les cubes sont posés sur un angle et le dessin des joints rappelle les mailles d'un filet. Le petit appareil et d'habitude le moyen appareil ne constituent pas la masse du mur, mais de simples revêtements; les anciens disaient :

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coria, parce qu'en effet les revêtements sont les peaux de la maçonnerie.. Entre les deux revêtements, les maçons pilonnent du blocage de pierraille et de mortier. Les petits blocs des revêtements sont taillés en dépouille , en forme de troncs de pyramides carrées, pour que le mortier du blocage les saisisse mieux et que l'adhérence soit plus parfaite.

En dépit de cette précaution, les revêtements ont une tendance à se détacher du noyau de blocage, à se boursoufler, à tomber. On solidarise les deux parties du mur à l'aide de chaînes de plus gros appareil {fig- i6), placées aux angles, où elles encadrent le petit appareil, et de distance en distance. Ces chaînes sont plus stables par elles-mêmes, et, en outre, elles forment parpaing. Les carreaux sont des pierres de revêtement qui n'ont pas de queue, qui ne pénètrent pas profondément dans la maçonnerie, à l'inverse des boutisses et des parpaings ; parpaings désigne plus spécialement les pierres qui„ traversant le mur de part en part, sont visibles sur les deux parements, sur les deux faces du mur.

Dans l'architecture romaine de la basse époque, le petit appareil est coupé d'assises de briques, qui jouent le rôle de boutisses et qui , en outre, permettent aux maçons de s'araser, de rectifier les niveaux.

Marques d'appareU. — Dès une antiquité très reculée et pendant une grande partie du Moyen-Age, les tailleurs de pierre ont assez souvent tracé sur les blocs des marques d'un dessin généralement simple et facile. Ces signes d'appareil indiquent parfois l'ordre dans lequel doivent être placés ces blocs; plus souvent, ce sont des signatures de tâcherons. L'étude de ces mar-

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3o PRÉCIS d'archéologie du MOYEN-AGE.

ques et de leur groupement comporte dans certains cas des conclusions intéressantes.

Dosserets et contreforts. — Aux retombées des arcs, au-dessous des architraves, on a renforcé les murs par des membrures verticales, dosserets, pilastres ou piedsdroits à rintérieurj contreforts à Textérieur. Dosseret est l'appellation générique de tout bout de mur en saillie sur un parement, qu'il s'agisse d'un pilastre, du jambage d'une porte, du piédestal d'un arc. Quant au contrefort^ il fournit une surépaisseur^ il contient la poussée sur les points où elle est le plus active, par exemple, au droit des doubleaux {Jig> 8) ou contre les piles des voûtes d'arêtes.

Percements. — Les murs sont évidés par des percements, portes ou fenêtres, dont les jambages reçoivent un linteau ou un arc, ou encore l'un et l'autre à la fois, Varc de décharge abritant le linteau {fig. 6). Dans ce dernier cas, entre le linteau et l'arc qui le protège, se place le tympan^ qui, n'ayant pas de fonction statique, est tout désigné pour recevoir une décoration.

Lorsque le mur est épais, la baie des portes est étranglée vers le milieu et s'évase, s'ébrase vers les parements, afin de laisser pénétrer l'air et la lumière. De même, l'appui des fenêtres présente d'ordinaire un double talus : vers l'intérieur, et, afin de rejeter les eaux pluviales, vers l'extérieur.

La décoration : moulures. — La décoration est obtenue par la couleur : combinaison d'appareils variés, application de peinture, ou par le relief : sculpture

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PRÉCIS d'archéologie au MOYEN-AGE. 3l

statuaire, sculpture ornementale et mouiuration. Nous n'avons à nous occuper ici que des moulures.

Les groupes de moulures ont des objets très divers : en haut, la corniche couronne le mur; au pied de Fédifice, un profil d'empattement ménage la transition entre le socle, plus épais, et le mur, plus mince. Le larmier arrête l'eau qui ruisselle sur un parement et la rejette. Le solin^ en saillie sur un mur, recouvre et abrite contre les infiltrations la rencontre d'un toit avec ce mur. La base est profilée au pied des colonnes et des piliers, Vastragale entre le chapiteau et le fiU et le congé entre

FiG. 17. — Bandeau, listel et listel posé de biais.

le fût et la base. Dans les colonnes romaines, l'astragale et le congé font corps avec le fût ; on les réserve quand on taille le fût, ce qui entraîne un déchet.

Les différentes moulures sont composées d'éléments simples, que nous diviserons en moulures rectilignes et moulures curvilignes.

Moulures rectilignes saillantes (yïgr. 17) :

Le bandeau, plus large; le listel, filet on réglety plus étroit. Celui-ci est quelquefois posé de biais et se présente sous un angle.

Moulures rectilignes rentrantes {fig. 18) :

La rainure, d'une part, le grain (ïorge ou onglet, de l'autre, ont en creux le même profil que le filet droit et

PRÉCIS d'archéologie AU MOYEN-AGE*

que le filet biais. Le grain d'orge sert principalement à souligner la rencontre de deux plans.

FiG. i8. — Rainure, grain d'orge, chanfrein.

Le chanfrein et le biseau sont des plans obliques obtenus quand on abat une arête vive.

Moulures curvilignes convexes {fig. 19 et 20) :

Le tore ou boudin est de profil circulaire; le tore

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FiG. 19. — Tore, bandeau bombé, tore en amande.

aminci ou tore en amande projette une arête; le bandeau bombé est un tore camus et aplati.

Fi G. 20. — BagueUe, quart-de-rond.

La baguette est un tore de dimensions réduites.

Le quart'de-rond répond à un quart de cercle convexe.

Moulures curvilignes concaves {Jig- 21) :

La gorge ou canal est creusée en demi-cercle.

Le cavet est un quart de cercle concave.

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PRÉCIS d'archéologie AU MOYEN-AGE.

La scotie est formée de deux arcs de cercle de rayons différents.

FiG. 21. — Gorge, cavet, scotie.

Moulures curvilignes de profils concaves et de profils convexes combinés :

La doucine {fig^ 22) est formée d'un quart-de-rond

FiG. 22. — Doucine droite, doucine renversée.

et d'un cavet dont les deux centres sont sur une lii^ne horizontale. La doucine peut être renversée.

Dans le talon^ droit ou renversé {fig^ 23), les centres du quart-de-rond et du cavet sont sur une ligne verticale.

FiG, 23. — Talon droit, talon renversé.

Toutes ces définitions géométriques, hâtons-nous de le dire, rendent généralement de façon très inexacte la forme vraie des moulures du Moyen-Age, soit que les ouvriers maladroits aient mal exécuté les épures, soit que les architectes aient systématiquement délaissé les profils tracés à la règle et au compas pour des profils dessin

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nés à la main et inspirés de la fonclion des moulures. Dans les chapiteaux doriques, comme plus tard dans les bases gothiques, le profil rappelle la forme que prend un muscle soumis à un travail violent; il exprime Peffort. Aucune définition géométrique ne répond à ces profils et les mots les plus justes les expliquent de façon approximative et vague.

Réguliers ou non, les éléments de la mouluration se combinent suivant Tobjet et la place des membres d'architecture. On ne profile pas un larmier comme une base.

La base attiqae comprend deux tores séparés par deux menus filets et par une scolie.

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