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J !II M

66 PRECIS d'archéologie BV MOYEN-AGE.

Les flèches ont été employées couramment au sommet des clochers et tout à fait exceptionnellement sur le$ nefs : le carré du transept de Saint-Orens (Hautes- Pyrénées) est couvert d'une pyramide carrée, et sur la nef de Loches il existe deux pyramides octogonales.

Les charpentes. — Il ne paraît pas que la charpenl<îrie soit redevable d'innovations importantes aux maîtres d'oeuvre romans. Le principe et les pièces essentielles sont les mêmes que pendant l'antiquité. Cependant, le placement des charpentes au-dessus des voûtes constituait un problème nouveau. Les Romains posaient les toitures à cru sur les reins des voûtes. Le système était simple ; mais il surchargeait la voûte, en augmentait les poussées et, de plus, empêchait de la surveiller : on constatait les infiltrations par les dégâts qu'elles avaient causés. Or, la gravité de cet inconvénient s'accroissait de ce que la voûte romane était plus légère et moins étanche que la voûte romaine. Malgré tout, les provinces du Midi et l'Auvergne imitèrent sur ce point les i'difices romains et ne firent pas de charpente. Ailleurs, on abritait les voûtes sous une charpente; dans ce but, on surélevait les murs goutterots, c'est-à-dire cette partie supérieure des murs qui recevait les gouttières ou égouts du toit et qui portait les fermes; grâce à cette surélévation, le tirant passait par-dessus la clef de la voûte (Jiff» i3). Plus rarement, on remplaça le tirant ordinaire par un entrait retroussé, et la ferme ainsi composée enveloppa la convexité du berceau (/iff. i4).

Les changements survenus dans les supports. — Les changements subis par les supports sont d'une

importance capitale. Ici, nous touchons à ces modifications du plan auxquelles il a été déjà fait allusion et qui résultent de l'adoption de la voûte. Toute l'économie de la construction fut bouleversée par la nécessité d'équilibrer les voûtes sur des supports en état de résister aux poussées : on diminua les vides, on augmenta les pleins; l'édifice fut plus étroit et plus trapu; les piles et généralement les murs acquirent une épaisseur inusitée {fig» 3 7).

Or, d'une part, il était impossible de pratiquer à tra-

FiG. 36. — Arc à deux rouleaux.

vers ces masses encombrantes de simples percements à angle droit et, d'autre part, il était nécessaire d'assigner aux douJ:>leaux des pieds-droits spéciaux. Ljes

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piliers et les tableaux des baies furent découpés de ressauts,, d'ang'les rentrants et saillants. Les arcs, grandes arcades, doubleaux et autres, reçurent des complications analogues à celles des voûtes : on les fit, non plus d'un seul rouleau de voussoirs, non plus, suivant la pratique romaine et latine, de deux rangs enchevêtrés ou de deux rouleaux d'égale profondeur dont la tête affleurait le même plan vertical, mais d'un rang plus profond et d'un autre qui doublait intérieurement le précédent, à la façon d'un doubleau sous un berceau {fig- 36). Et toutes ces découpures pratiquées dans les arcs avaient leur répercussion sur les supports.

Ce n'était pas tout de' recevoir les doubleaux des voûtes sur des pieds-droits intérieurs : il fallait aussi les maintenir à l'extérieur par des contreforts, qui consolident le mur sur les points où la poussée agit le plus vivement.

En un mot, au lieu des murs droits et minces, des colonnes ou des piles grêles et espacées de l'architecture latine, l'architecture romane fit des murs le plus souvent puissants, des piliers vigoureux et resserrés, et tout cela fut renforcé de membrures nombreuses {fig* Sy).

Les supports isolés : piliers et colonnes. — La section des piles romanes varie suivant les dates et suivant les écoles ; elle est cependant soumise à des règles générales. C'est ainsi que les piliers, d'abord simples et mal compris pour leur nouveau rôle, prennent ensuite des formes plus complexes et s'adaptent mieux aux retombées des arcs et des voûtes. Car c'est une loi de l'évolution architecturale du Moyen-Age que les perfectionnements se produisent d'abord dans les

Fui. 37. — Basilique latine et basilique romane.

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voûtes et (jue les supports suivent la modification, quelquefois d'un peu loin, de sorte qu'il est un moment, sinon un temps assez long, pendant lequel le support répond imparfaitement à sa fonction. Quand la formule du pilier roman fut arrêtée, il présenta sur chaque face soit un pilastre, suit une colonne engagée, soit un

FiG. '6H. — Pile en coustraction.

groupe de deux pilastres «ju d'un pilastre et d'une colonne ressortant l'un sur Tautre, le tailloir de la colonne contiuiiant l'imposte du pilier.

Ces colonnes sont ordinairement engagées de moins de la moitié de leur diamètre ; elles sont maçonnées avec la muraille ou la pile à laquelle elles sont appuyées ijig^' 38). Les colonnes proprement dites, les colonnes pleines sont de dimensions médiocres; ce sont princi-

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paiement des colonnettes logées dans les angles rentrants. On ne monta plus guère de grosses colonnes pleines qu'entre Tabside et le déambulatoire : les travées de déambulatoire étant en forme de trapèze, il fallait les multiplier, pour éviter que le grand côté n'atteignît des dimensions démesurées ; il en résultait que le petit côté était court, trop court pour qu'on pût y loger des piliers massifs et compliqués; on y mit des colonnes.

Dans quelques régions, les piliers ne sont pas tous également résistants : à une pile plus forte succèdent une ou plusieurs piles plus faibles. Cette alternance, qui a été signalée dans de très vieilles églises de la Syrie et dans des basiliques romaines de l'époque latine, s'explique aisément. Les deux sortes de supports dont il s'agit répondent à des buts différents : l'espacement des grosses piles est commandé par le système adopté pour la couverture de la nef, par la portée des voûtes d'arêtes ou par la longueur des pannes; les petites piles sont rapprochées, parce que la corde de la grande arcade est en raison de sa flèche, et il importe essentiellement que cette flèche soit réduite, pour ne pas exagérer la hauteur du vaisseau central ; en outre , quand le bascôté est couvert de voûtes d'arêtes sur plan carré, la largeur de ce bas-côté impose l'écartement des piles.

Les supports continus : murs. — Le constructeur roman ne se borna pas à augmenter la masse des murs et à les enserrer entre des dosserets et des contreforts ; il en modifla aussi la structure. La maçonnerie de blocage, telle que l'exécutaient les Romains, exigeait, nous l'avons déjà vu, des mortiers de choix, des chantiers importants, abondamment approvisionnés. Les

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Romains employaient, d'ailleurs, aussi le grand appareil et le moyen el, sous les Mérovingiens, des chroniques mentionnent des constructions quadris lapidibus^ en pierres de taille. C'est l'un des caractères de la construction romane de préférer aux menus matériaux le

Fi(j. 39. — Contrefort.

moyen appareil. Assurément, les murs sont faits de blocage enfermé entre deux parements; mais le blocage tient moins de place dans la bâtisse; les parements sont plus résistants et plus stables. Ajoutons que la taille est plus unie d'ordinaire et que l'on trouve moins souvent les stries profondes marquées par les outils sur les blocs de l'époque latine.

Les contreforts sont de faible relief et les murs sont

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épais C'est dire que le contrefort roman est une chaîne destinée à augmenter la cohésion des maçonneries, ou même un pilastre purement décoratif, plutôt qu'un contrefort proprement dit, ayant pour objet d'épauler une voûte et de contenir une poussée.

Ces renforts ne sont pas^, non plus que les dosserets de l'intérieur, reliés au mur suivant le système antique, par des blocs coudés, dont Tévidement entraîne des déchets. Ils sont appareillés en besace {fig. 89) : dans chaque angle rentrant, si, à une assise, le bloc du mur passe derrière le contrefort, à l'assise supérieure et à l'assise inférieure, le bloc du contrefort s'enfonce dans le mur.

Certaines contrées ont fait un usage fréquent des grands arcs bandés sur les parements, sinon dans l'épaisseur des maçonneries, et reliant un dosseret à l'autre, un contrefort au contrefort voisin. Ces arcs constituaient parfois avec les piles, intérieures et extérieures, une sorte de squelette, qui soutenait les remplissages, un peu comme le squelette d'un animal soutient les chairs. Plus souvent leur rôle était surtout ornemental, ou bien ils concouraient à porter la corniche.

Les corniches. — La corniche romane est un encorbellement destiné à éloigner le plus possible du plan du mur l'avancée du toit. Elle consiste essentiellement en une tablette saillante, qui repose sur des corbeaux, sur des contre-forts, sur des arcs ou sur ces divers supports combinés {fig. ko)-

Les percements : fenêtres, portes, triforiums. — Si nous passons aux percements, nous constatons que

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rébrasenient des fenêtres, déjà en usa^e dans les édifices latins, est de règle constante dans les édifices romans,

FiG. 4ï» — Fenêtre romane.

à moins que le percement ne soit à reprises, à retraites successives, dont les angles rentrants peuvent être garnis de colonnettes {fig,' [\\). En ébrasement ou à ressauts.

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le percement s'élargit surtout vers l'intérieur. Pour certaines contrées tout au moinà, lorsque l'étranglement est reporté dans le plan du parement extérieur, c'est une présomption d'ancienneté ; dans les fenêtres du douzième siècle, l'étranglement est plutôt vers le milieu du mur.

Nombre de fenêtres romanes n'étaient pas vitrées : elles ne présentent pas de feuillure. D'autres étaient imparfaitement closes de dalles ajourées, dessinant des entrelacs.

Les portes sont souvent faites, elles aussi, à reprises. Quand elles sont très larges, un pilier central ou trumeau les divise en deux baies. Ce trumeau, il est à peine besoin de le dire, ne concourt pas à l'équilibre de l'ensemble; il soutient seulement, le linteau et le tympan, qui sont d'un usage constant dans la plupart des contrées. Tympan, linteau et trumeau forment un remplage indépendant, qui se loge dans la baie de la porte, à peu près comme nos châssis de menuiserie.

Ce système des remplages de pierre montés dans les baies reçoit fréquemment une autre application dans les triforiums. On appelle ainsi, peut-être de transforare ^ percer à travers, la série de baies par lesquelles les tribunes surmontant les bas-côtés prenaient jour sur la nef et, par extension, les tribunes elles-mêmes.

Les clochers. — Le nombre, la forme et l'emplacement des clochers sont très variables : les maîtres d'oeuvre en ont mis sur la croisée du transept, sur les flancs des chœurs, sur les bras du transept, sur les dernières travées des bas-côtés, sur la façade. Il en existe même, dans le Sud-Ouest notamment, qui sont isolés. On a tenté de rattacher, non sans vraisemblance, ces

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derniers clochers aux lanternes des morts élevées dans

FiG. 42. — Clocher.

les cimetières, colonnes creuses sommées d'un lanternon dans lequel on hissait, la nuit, une lumière.

Le clocher roman .primitif est Iç plus souvent carré,

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Fia. 43. — Clocher arcade.

couvert d'un toit à deux ou quatre versants ou d'une flèche de pierre à quatre pans médiocrement aiguë. Le douzième siècle allongea et compliqua la silhouette ; il fit, d'ailleurs, des clochers de types divers, inégalement répartis sur le territoire ,de la France : dans le Midi, clochers-donjons, carrés et lourds, et plus rarement clochers ronds; — dans l'Ouest, clochers carrés coiffés d'une flèche conique, ordinairement renflée et couverte d'imbrications qui sont dirigées vers le haut ; ladite flèche peut être posée sur la souche carrée ou sur un tambour cylindrique; — dans le Centre et le Nord, clochers carrés à flèche octogonale, fréquemment précédée d'un ou deux étages octogonaux : flèche ou étages sont plantés de telle sorte que le milieu du carré correspond tantôt à un angle et tantôt à une face de Toctogone. Ces étages supérieurs et la flèche sont parfois ajourés de fenêtres à gable très développé, ou bien ils sont entourés de quatre clochetons {Jig. 42), que le peuple de nos pays, en son langage imagé, appelait les filiales.

Bien des églises rurales eurent un clocher plus modeste, qui pouvait être réduit à un simple mur ajouré de baies dans lesquelles se balancent les cloches : c'est le clocher ^arcade {fig. 43).

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