LES SUPPORTS CONTENUS : MURS
les angles rentrants. Ces colonnettes peuvent être faites au tour, notamment clans le Centre et l’Angoumois. On ne monta plus guère de colonnes pleines qu’entre l'abside et le déambulatoire : les travées du déambulatoire étant en forme de trapèze, il fallait les multiplier, pour éviter que le grand côté n’atteignît des dimensions excessives; il en résultait que le petit côté était court, trop court pour qu’on pût y loger des piliers massifs et compliqués; on y mit des colonnes.
Dans quelques régions, comme la Normandie et les pays rhénans, les piliers ne sont pas uniformément résistants ; à une pile forte succèdent une ou plusieurs piles plus faibles. Celte alternance, qui a été signalée dans de très vieilles églises d'Orien t et peu t-êlre dans des églises i taliennes de l’époque pré- romane, s’explique sans peine. Les deux sortes de supports dont il s’agit répondent à des buts différents : l’espacement des grosses piles est commandé par le système adopté pour la couverture de la nef, par la portée des voûtes d’arêtes de cette nef ou par la longueur des pannes; les petites piles sont rapprochées, parce que la corde de la grande arcade est en raison de sa flèche, et il importe essentiellement que cette flèche soit réduite, pour ne pas exagérer la hauteur du vaisseau central ; en outre, quand le bas-côté est couvert de voûtes d’arêtes sur plan carré, la largeur de ce bas-côté impose l’écartement des piles.
Les supports continus : murs. — Le constructeur roman ne se borna pas à augmenter la masse des murs et à les enserrer entre des piliers adhérents à l’intérieur et des contreforts à l’extérieur; il en modifia aussi la structure. La maçonnerie de blocage, telle que l’exécutaient les Romains, exigeait, nous l’avons déjà vu, des mortiers de choix, des chantiers importants, abondamment approvisionnés. Les Romains employaient, d’ailleurs, aussi le grand appareil et le moyen et, sous les Mérovingiens. des chroniques mentionnent des constructions quadris lapidibus, en pierres de faille. C’est l’un des caractères de la construction romane de préférer aux menus matériaux le moyen appareil. Certes, les murs romans sont faits de blocage
l’architecture religieuse romane.
enfermé entre deux parements; mais le blocage tient moins de place dans la bâtisse; les parements sont plus résistants et plus stables. Ajoutons que la taille est plus unie d’ordinaire et que l’on trouve moins souvent les stries profondes marquées parles outils sur les blocs de l’époque latine. Les joints épais, formant bourrelet, se rencontrent dans certaines constructions jusqu’au douzième siècle. La brique est abandonnée depuis le onzième siècle jusqu’au quinzième dans presque toute la France, à l’exception de quelques régions pauvres en pierre, comme la Flandre ou le Languedoc.
Les contreforts romans ont un faible relief et les murs sont épais. C’est dire que le contrefort roman est une chaîne destinée à augmenter la cohésion des maçonneries, ou même un pilastre purement décoratif, plutôt qu’un contrefort proprement dit, ayant pour objet d’épauler une voûte et de contenir une poussée.