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du sol, reposent sur un cul-de-lampe; enfin, Cîteaux a fréquemment adopté pour la nef un dispositif rationnel qui épaule le berceau central par une série de petits berceaux transversaux posés sur autant de chapelles latérales. Une grande église cistercienne est belle, d’une beauté qui s’ignore, simple et robuste : on y lit la supériorité de la raison sur la recherche et la fantaisie.
Énumération des écoles régionales. — Supposons qu’un maître d’œuvre ait à bâtir une église à collatéraux; le programme est le suivant : respect du parti traditionnel, éclairage suffisant, solidité. Pour être solides, les voûtes ne devaient pas être placées sur des supports trop élevés; les maîtres d’œuvre étaient poussés par cette considération impérieuse à sacrifier les fenêtres de la nef centrale et le triforium. Par contre, d’une part, la tradition demandait que l’on conservât l’ordonnance latine; d’autre part, dans certaines contrées où la lumière du jour éclaire peu, il fallait absolument percer des fenêtres dans les parties élevées de la nef et, comme les bascôtés étaient couverts d’un toit en appentis, on s’inquiéta de garnir à l’intérieur la hauteur des murs latéraux qui correspondait à cet appentis; dans ce but, on garda tantôt les tribunes latérales et le triforium, tantôt un pseudo- triforium réduit à une fausse arcature plaquée sur le mur ou, beaucoup plus rarement, à un ordre de percements sans tribune, sans entresolement.
De ces divers calculs sont sortis les types principaux. Au Midi et à l’Ouest, la tradition a succombé : le triforium et les fenêtres ont disparu. Dans le Plateau central, la tradition a été suffisamment vivace pour faire conserver la galerie de premier étage. En Bourgogne et dans les pays rhénans, les fenêtres sont restées. Enfin, les provinces du Nord, Ile-de-France et Normandie, obligées de maintenir les fenêtres de la nef dans le but d’cclairer celle-ci, onl gardé aussi le triforium et renoncé aux voûtes. Si à ces quatre combinaisons on ajoute quelques variantes, d’ailleurs importantes, et la famille des églises
l’architecture religieuse romane.
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à coupoles, on a en raccourci un tableau des écoles régionales de l’architecture romane en France.
Quel est le chiffre des écoles romanes? Quand on examine les choses de près, on découvre dans nos provinces bien des familles d’édifices religieux; tel département n’en a pas moins de quatre ou cinq. Dans la pratique, lorsqu’on envisage l’ensemble de la France, on le répartit en sept ou huit écoles. Ce sont, d’après R. de Lasteyrie, les écoles provençale, bourguignonne, poitevine, au vergnate, à coupoles, normande, rhénane, de l’Ile-de-France.
Disons-nous que cette division n’a pas une valeur absolue ; elle est très extensible et dans chacune de ces grandes écoles on doit pouvoir, si l'on cherche bieu, en trouver de plus petites. 11 faut se défier, en ces matières, d’un rigorisme excessif et ne pas fixer le nombre des écoles en un dogme, comme le nombre des personnes divines.
Ce tableau des écoles romanes est et ne peut qu’être approximatif; contentons-nous d’une esquisse quelque peu vague et gardons-nous de lignes précises, qui seraient inexactes. Qu’il y ait, en dehors des grands édifices que nous retenons, d’autres productions plus simples qui échappent à notre cadre, c’est une lacune à laquelle il faut nous résigner. On ne saurait, d'ailleurs, définir les écoles régionales d’après les seuls édifices secondaires; d’abord, ce serait simplement déplacer la difficulté, car, si les petites églises de chaque école ne ressemblent pas aux grandes, elles ne se ressemblent pas non plus entre elles; ensuite, si la diffusion des types simplifiés est un fait intéressant, le groupement géographique des édifices plus développés est un autre fait plus important encore et ce serait un paradoxe insoutenable de prétendre exclure du lableau de l’architecture romane française Saint-Sernin de Toulouse et Saint-Eutrope de Saintes, Saint-Trophime d’Arles et Autun, en un mot toutes les œuvres célèbres qui font la gloire de cette architecture.
Je rappelle que ce qui suit concerne les écoles romanes en l’état où elles se trouvaient au douzième siècle. L’architecture, au onzième siècle, était sensiblement différente et plus uni-
l’école provençale.
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forme. On peut croire, par exemple, que la Bourgogne et l’Auvergne avaient, avant i.ioo, à peu près le même type d’église.
L’école provençale. L’école provençale (Jig. 62) adopte pour les chevets un plan simple, sans déambulatoire ni chapelles rayonnantes; la nef est large el les bas-côtés sont étroits. La maîtresse voûte est en berceau sur doubleaux à ressauts. Les bas-côtés sont couverts d’un demi-berceau, dont les reins
l’architecture religieuse romane.
portent le toit sans interposition de charpente; ce parti permet de supprimer le triforium et d’ouvrir quelquefois de petites fenêtres très rapprochées des grandes arcades. Les grandes arcades sont percées à reprises. Pour recevoir la retombée de tous ces ressauts, on a fait des piliers très découpés et qui sont fort allongés dans le sens de l’axe.
L’imitation de l’antiquité est flagrante dans maintes églises de l’école romane provençale ; l’idée générale de certains édifices, l’ordonnance de quelques portails, des procédés de constructeur, des expédients de maçon ont été visiblement inspirés aux maîtres d’œuvre du Moyen Age par l’étude des monuments que les ingénieurs romains avaient élevés en Provence. Les ornemanistes ont souvent reproduit des motifs antiques. Sous le cul-de-four de certaines absides, le tailleur de pierre a réservé, à même les voussoirs, des bandes saillantes qui rappellent les nervures de quelques voûtes romaines. Toutefois, à ces éléments indigènes des apports étrangers se sont mêlés, dus aux pérégrinations des maçons lombards, à l’activité du commerce maritime, au rayonnement d’autres écoles artistiques. La statuaire, par exemple, souvent massive, comme telles œuvres gallo-romaines, se laissa pénétrer, d’abord par une influence toulousaine, ensuite par une influence française. Dans ses magistrales Éludes sur la sculpture française au Moyen Age, R. de Lasteyrie a établi que ce dernier fait s’était produit vers la fin du douzième siècle.
L’école poitevine. — L’école poitevine (Jig. 63), qui fut remarquablement féconde, affectionne des plans compliqués, avec déambulatoire et chapelles absidales ; mais l’élévation est plus simple encore qu’en Provence, puisqu’elle ne comprend pas de fenêtres dans la nef. Cette nef est voûtée en berceau sur doubleaux. Immédiatement au-dessus des grandes arcades vient la naissance des voûtes. Les bas-côtés sont étroits, afin de rapprocher de la nef les fenêtres qui l’éclairent; ils sont voûtés d’arêtes ou en demi-berceau. Les murs extérieurs sont renforcés d’arcades et de contreforts et ajourés de longues
l’école poitevine.
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fenêtres, dans lesquelles on retrouve quelques spécimens de clôtures en pierre ajourée. Les supports étaient, à l’origine, de grosses colonnes, qui ont fait place à des piles carrées, armées
de quatre colonnes engagées. Sur les tours des clochers sont souvent posées des flèches en forme de cône et couvertes d’écailles.
L’ornementation des façades et des absides peut être excessivement riche. L’encadrement des portes est alors envahi par
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE
une sculpture débordante, petits personnages et feuillages, sans tympan ni statues de grandes dimensions.
Cette ornementation est originale. Quant à la construction, on remarquera que le parti de l’église poitevine est, dans ses grandes lignes, le parti de l’église auvergnate sans triforium; c’est le parti de l’église auvergnate simplifié.
L’école auvergnate. — L’école auvergnate ( fig . 64), dont Clermont est le centre, paraît avoir été l’une des premières constituées parmi les écoles romanes de la France. Elle a le même plan que l’école poitevine, à cela près que dans les églises dédiées à la Vierge on a souvent supprimé la chapelle absidale placée dans l’axe, laquelle est ordinairement dans nos pays sous le vocable de Notre-Dame. En élévation, cette école, du moins dans lesprincipaux édifices, est restée fidèle au triforium pour lui-même, sans que la tribune concoure à l’équilibre (voy. [). 62) ou à l’éclairage; cette tribune s’ouvre sur la nef par des groupes de baies assez mesquines, en plein-cintre ou en trèile. La voûte centrale, en berceau plein-cintre, est habituellement lisse, dépourvue de doubleaux et sans moulure aux naissances. Les grandes arcades sont simples et les piliers sont armés de demi-colonnes sans objet. Les bas-côtés sont voûtés d’arêtes ; la tribune, d’un demi-berceau et le carré du transept, d’une coupole sur trompes, surmontée d’un clocher octogonal. Les églises de cette école n’ont pas de charpente. L’élévation du chevet est très monumentale. L’extérieur des murs latéraux est renforcé de larges arcades.
La sculpture de l’Auvergne romane n'a guère produit de grands morceaux ; la statuaire s’est réfugiée dans les chapiteaux historiés, très nombreux, dont les formes lourdes s’expliquent, à la fois, par la persistance d’influences romaines et par la dureté des matériaux. La peinture témoigne d’influences byzantines. L’un des procédés de décoration est la marqueterie obtenue par la juxtaposition de pierres diversement colorées. Des linteaux sont taillés comme des frontons écourtés des deux bouts.
Cette école a retenu de l’époque pré-romane tout un ensemble
l'école auvergnate.
de dispositions. Il est intéressant de rapprocher Notre-Dame-du- Port, par exemple, et Germigny, dans l’ordonnance du chevet
et du transept, aussi bien (pie dans l’aménagement des arcs qui portent la tour centrale.
L’/Vquitaine peut être rattachée à l’école auvergnate : Saint- Martial de Limoges, depuis longtemps démoli, Conques, Saint-
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L ARCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE
Sernin de Toulouse et Saint-Jacques de Compostelle ( Jig . 65), Sainl-Gaudens reproduisent en l’amplifiant le parti des églises d’Auvergne : maîtresse voûte à doubleaux, triforium plus lar-
A/itcuJ, Ut la
pLintu,
Fig. 65. — Plans de Saint-Sernin de Toulouse el de Saint-Jacques de Compostelle.
(Extrait de la Historia de la Arquitectura cristiana, de Lampérez y Romea).
gement compris, aspect intérieur moins rude et plus grandiose. D’antres églises de la région pyrénéenne dérivent plutôt de l'école poitevine. Si l’on considère que l’église poitevine ressemble, dans ses grandes lignes, à l’église auvergnate simplifiée,
1 Ibtwi des Dfonnmcnls n
l’École des Églises a coupoles.
sans l’entresolement au-dessus des bas-côtés et sans l’ordre de percements qui correspond à cette tribune, on comprendra que les deux types se soient mêlés.
L’école romane d’Aquitaine ou mieux de Toulouse existe surtout comme école de sculpture décorative et statuaire. 11 convient de se rappeler que Toulouse fut, à l’époque romane et jusqu’à la guerre des Albigeois, un centre de civilisation raffinée, d’art et de poésie. Grâce à des qualités de race qui s’affirment de nos jours encore, elle eut une école de sculpture florissante, dont l’action se fit sentir depuis le Bordelais et au delà jusqu’à la Provence.
Parmi les plus anciennes de ses productions, on cite certains bas-reliefs du cloître de Moissac (i 100) et du déambulatoire de Saint-Sernin de Toulouse ( Jicj . 66), qui semblent copiés d’ivoires byzantins. De bonne heure, la raideur compassée de cette statuaire archaïque fit place à une verve, à une recherche du mouvement que l’on ne constate pas au même degré dans les autres écoles. Les sculpteurs s’attaquèrent alors à de grandes compositions, dont certaines sont remarquables, tel le tympan de Moissac.
L’école des églises à coupoles. — L’architecture à coupoles a produit moins une école régionale, couvrant un aire géographiquement délimitée, qu’une famille d’édifices disséminés entre la Garonne et la Loire, spécialement dans le Périgord et l’Angoumois, et reconnaissables à cette particularité qu’ils sont couverts de coupoles sur pendentifs, non pas seulement à la croisée, mais dans l’église tout entière. Ce mode de voûtement n’exclut pas d’ailleurs, dans d’autres églises de la même contrée, des procédés très différents.
Les plans des églises à coupoles ont entre eux des analogies : le chevet est souvent plat; la nef n’est pas accompagnée de bascôtés.
Si l’on considère les soutiens des voûtes, les églises à coupoles du Sud-Ouest se divisent en deux groupes : dans l’un (Ji(/ • 67), les arcs transversaux et longitudinaux, très profonds
l’architecture religieuse romane.
et mis, sont portés par des piles de même section ; les coupoles de ce type sont, dans l’ensemble, plus anciennes, bien qu’on en en ait élevé jusque vers 1200 au moins. Dans l’autre groupe
Fig. 67. — Église à coupoles de type archaïque.
( Jig . 68), les arcs, moins profonds et à ressaut, retombent suides dosserets de saillie médiocre, armés de colonnes engagées.
Le Limousin fait volontiers sous les clochers une coupole sur pendentifs. Cette même province allêctionne diverses formes assez particulières pour que certains archéologues, comme Anthyme Saint-Paul, aient cru à l'existence d’une école spéciale : clochers carrés sommés d’un étage octogone, dans les-
l'école des Églises a coupoles.
quels un angle de l’octogone répond au milieu d’une face de la souche carrée; façades avec portes polylobées et clocher central accompagné de deux clochetons; menues colonnettes logées
dans les angles rentrants, munies de petits chapiteaux sans tailloirs et se continuant en un tore de même section que la colonnelte. De l’avis général, le territoire de celte prétendue école doit être réparti entre les écoles voisines, surtout de l’Auvergne et du Poitou. On a parlé d’école mixte, ce qui n’est pas heureux, car bien d’autres groupes régionaux mériteraient ce nom.
IX4 L ARCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE
L école bourguignonne. — L’école bourguignonne (fig. 69 et 70) dut son succès à un concours de circonstances favorables,
Fig. 69. — Eglise bourguignonne : coupe en long.
parmi lesquelles il faut signaler l'abondance de la bonne pierre et la puissance des deux grands ordres bénédictins de Cluny et
l’école bourguignonne.
de Cîteaux, qui avaient leur maison mère en Bourgogne. Toujours est-il que l’école bourguignonne est l'une de celles qui ont
porté l’architecture romane au plus haut degré de perfection, et ce sont fies types d’églises bourguignonnes (pie Cisterciens et
l'architecture religieuse romane.
Clunisiens ont répandus dans la chrétienté; aucune école romane n’eut un tel rayonnement à l’étranger.
Il convient, au surplus, de distinguer : de ce que les moines bénédictins ont eu un rôle de premier plan dans la propagation de l’architecture bourguignonne, il ne résulte pas qu’on doive leur attribuer la part principale dans l’élaboration de cette architecture. Viollet-le-Duc avait étudié de près des églises cluuisiennes et il était, par suite, porté à exagérer la place qu’elles tenaient dans l’histoire monumentale ; il a imaginé une école clunisienne, qui est, en réalité, l’école bourguignonne, constituée dans les mêmes conditions que les autres écoles régionales. La splendeur de l’église abbatiale de Cluny et l’intluence de cet ordre en différents États expliquent comment le type de l’église bourguignonne se retrouve dans des pays plus ou moins éloignés.
Le déambulatoire manque souvent au plan, qui, par contre, peut s’allonger, vers l’ouest, d’une avant-nef très importante. L’élévation offre la superposition des trois étages de la basilique latine : étage des grandes arcades, étage du triforium, étage des fenêtres. De bonne heure, la nef est voûtée d’un berceau brisé sur doubleaux à ressaut ; quelquefois, au douzième siècle, d’arêtes. Les fenêtres sont petites. Du triforium, il ne subsiste, dans quelques églises importantes, qu’une réminiscence, un faux triforium. Les grandes arcades sont à ressaut, aussi bien que les doubleaux des voûtes d’arêtes établies sur les bas-côtés. Les unes et les autres sont en arc brisé, tandis que les arcs secondaires et les baies sont en plein-cintre. Les piliers sont armés de pilastres. La hauteur de la nef centrale a obligé les constructeurs à réduire les poussées; c’est pour ce motif qu’ils ont adopté le tracé en arc brisé; en outre, ils ont diminué le poids et l’épaisseur des voûtes, et cette légèreté des voûtes a entraîné l’usage général des charpentes, destinées à les protéger. A son tour, la charpente en appentis des bas-côtés a contribué à la conservation du triforium. Les églises bourguignonnes, hautes et sveltes, ont grand air; mais la stabilité de la maîtresse voûte est mal assurée ; il a fallu, pour sauver de la ruine quel-
Fig. 71. — Portail d’ Wallon.
Cliché de VI. Mai'lin -Sahon, d’après le moniale du Trocadéro.
Photographie des Monuments historiques.
l'école rhénane.
ques-uns des plus beaux parmi ces édi lices, les étayer plus tard à l’aide d’arcs-boutants.
La formule décorative de l’école bourguignonne esten grande partie composée d’éléments lombards, comme les arcatures ou les bandes, et romains, comme les pilastres cannelés, coupés par des moulures horizontales en plusieurs pilastres, dont les proportions rappellent l’antique.
Les tympans des portails représentent quelquefois de grandes scènes, dont le faire permet de croire qu’elles sont copiées suides miniatures. Cette diversité d’origine explique la différence de caractère des deux sculptures : la sculpture ornementale (fig. 71), plantureuse et très grasse, contraste étrangement avec la maigreur apocalyptique de la sculpture historiée (fig. 72) d’Autun et de Yézelay, où des personnages sont excessivement allongés.
On veut qu’il y ait une école du Berri, reconnaissable surtout aux dispositions du chevet, eu plan et en élévation. Sans doute, certains chevets présentent des particularités, telles qu’un chœur profond, communiquant avec le chœur des ahsidioles par des arcades sur colonnes; mais il ne parait pas que ces caractères soient assez importants ni assez constants pour qu’il y ait lieu de porter ce petit groupe sur la liste des grandes écoles d’architecture romane.
L’école rhénane. — Pour comprendre l’architecture des bords du Rhin, il faut se rappeler l’impulsion que les Carolingiens donnèrent à l’art de ces contrées et les relations que celles-ci entretinrent avec le Nord de l’Italie.
Cette école rhénane (fig. 73 et 7 U) n’a pas de déambulatoire; elle a fait peu d’absidioles rayonnantes et elle a multiplié les absides : elle a fréquemment terminé en hémicycle les bras du transept et le fond ouest de la nef. Les nefs sont couvertes, au onzième siècle, de charpentes et souvent, depuis le douzième, de voûtes d’arêtes liés bombées. L’adoption de la voûte d’arêtes a permis d’éclairer directement le vaisseau central par des fenêtres percées dans les murs latéraux. Le triforium est supprimé.
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE
Les grandes arcades sont en plein-cintre et sans reprise. Les voûtes des collatéraux sont d’arêtes et à doubleaux. Les piles
Fig. 73. — Église rhénane : coupe en long.
sont alternées : une plus forte, épaisse et vigoureuse, une plus faible. Pareil phénomène existe dans l’école normande et aussi dans l’école lombarde.
L’art lombard joue un rôle important dans la décoration ex-
l’école rhénane.
térieure : arcatures, bandes, galeries au sommet des murs des absides, autant de procédés empruntés, à la Lombardie pour
garnir des surfaces trop nues. La nudité, en effet, et une certaine rudesse caractérisent ces constructions, très robustes, mais plus massives et moins nerveuses que les productions des écoles précédentes.
120 l’architecture religieuse romane.
L’école normande. — L’école normande ( fig . 75, 76 et 77), à laquelle ressortit I Angleterre, a élevé quantité de vastes églises, élancées cl claires. En plan, le chevet ne possède pas de
déambulatoire ni de chapelles rayonnantes; le chœur est bordé de bas-côtés qui s’arrêtent à la naissance de l'abside; celte disposition pourrait bien être d’orjgine clunisienne. Le transept déborde nettement la ligne extérieure des collatéraux. Il arrive rarement, dans les églises de quelque importance, que la nef
l’école normande.
ne soit pas accompagnée de bas-côtés. En élévation, la nef n'est pas voûtée; dans quelques églises, des -arcs transversaux portaient un mur, sur lequel reposait la charpente. Les piliers sont souvent alternés. Il est fréquent que les piliers les plus faibles soient cylindriques et que les piliers les plus forts présentent, du côté de la nef, une colonne engagée, dont il est difficile de préciser la destination. Les grandes arcades, à reprises, sont surmontées d’un large triforium à remplage ; au niveau et en avant des fenêtres court fréquemment un passage de service. Les bas-côtés sont voûtés d’arêtes. Le tracé en plein-cintre persiste longtemps. Les bras du transept peuvent contenir une double arcade supportant une tribune, tandis que sur la croisée s'élève une tour carrée, non pas une tour séparée de l’intérieur de l’église par une voûte, mais une tour-lanterne, dont les fenêtres répandent la lumière dans le vaisseau. Cette tour-lanterne est fréquemment surmontée d’un étage pour les cloches. Les clochers, d’abord carrés de la base au faîte, sont souvent grands et hardis.
Les maîtres d’œuvre normands sont moins artistes que constructeurs; dans la décoration, ils abusent des arcatures, fréquemment entrecroisées, des chapiteaux à godions, des bâtons brisés, en un mot, des motifs géométriques. A ce fond se mêlent quelques motifs de provenance orientale ou Scandinave et des traces de traditions antiques.
Si, au lieu du décor, on considère l'ensemble de l’édifice, l’église normande donne lieu à une question très délicate, relative aux influences du nord de l’ilalie. R. de Lasteyrie n’y croyait pas ; j’avoue qu’à mes yeux le problème n’est pas complètement résolu : l’usage des arcs jetés eu travers de la nef est un procédé méditerranéen; d’autres analogies, l’alternance des supports, par exemple, ne sont pas moins troublantes. 11 est bien tentant de chercher l’explication de ces faits dans une action exercée par quelques grands abbés d’origine italienne, qui furent placés à la tête de monastères normands.
Les rapports de l’école normande avec l’Angleterre sont, par contre, très clairs. On sait qu’après avoir envahi ce pays, Guil-
l’architecture religieuse romane.
laume-le-Conquérant dota les églises et y installa, pour remplacer les Anglo-Saxons, des cvèques et des abbés normands.
Prélats et moines construisirent dans le style de leur patrie, des églises imposantes. Ainsi, suivant Lasteyrie, tandis que Clnny et Saint-Sernin de Toulouse, « les deux plus grandes
l’école normande.
églises romanes de France », complenl onze travées de nef, la cathédrale de Norwich en a quatorze. Cluny couvrait 54-ooo
pieds carrés; Saint-Paul de Londres, 05. ooo environ cl l’église abbatiale de Burv-Saint-Fdmunds, 68.000.
l’architecture religieuse romane.
L’école française. — L’école de l’Ile-de-France fui la première à développer le plan du chevet en enrôle, avec bas-côté tournant et chapelles absidales. En élévation, le parti auquel elle s’arrêta se rapproche fort de celui des églises normandes.
Fig. 7 8. — Les écoles régionales d’architecture romane.
(Extrait du Moyen Age, t. XXXIV.)
L’école rôtnànc tïe ITlé-de-Erance a produit peu d’églises : de bonne heure celte province appliqua un autre principe de construction et on y élevait des édifices gothiques au moment où d’autres régions bâtissaient leurs plus belles églises romanes.
la date Initiale de l’art roman.