LES INFLUENCES ORIENTALES
Roussillon; c’est le linteau de Saint-Génis-des-Fonlaines, dont nous nous sommes déjà occupés (voy. p. 87).
Reste le trait le plus important, le caractère dominant de l’architecture romane, savoir le voûtement des églises. Il est possible, à la rigueur, que le type de la basilique voûtée ait été réalisé d’abord en Auvergne; il est plus probable que l'Auvergne fut devancée par la Provence et par les régions méditerranéennes qui sont tributaires (je la Provence romane : Languedoc et Catalogne. La construction voûtée est une réaction de la maçonnerie sur la charpenterie, de la tradition romaine sur les pratiques barbares. Il est naturel que cette réaction se manifeste d’abord dans les provinces qui étaient le plus fortement imprégnées de l’esprit romain.
En définitive, parmi les caractères dont se compose l’art roman, ceux qui viennent du Midi représentent la robustesse et la simplicité. L’église méridionale est plus trapue et plus résistante; elle élimine toute complication : en plan, elle n’a pas de déambulatoire; en élévation, elle ne présente ni triforium ni le plus souvent fenêtres dans la nef. Les pays rhénans appartiennent à la zone méridionale : on ne saurait s’en étonner quand on se rappelle la part qui revient, 'dans ces contrées, à l’architecture lombarde.
Les influences orientales. — Les lignes qui précèdent ne répondent pas à une question bien souvent posée, dont l’objet est de déterminer quel est l’apport de l’Orient dans la composition de l’art roman.
Pour résoudre ce problème redoutable, commençons par poser un principe : dans toutes les écoles, des milliers et des milliers d’architectes ont appliqué leur esprit à un nombre assez restreint de difficultés ; que certains artistes se soient rencontrés dans une solution pareille, c’est chose naturelle. Pour conclure à la filiation des phénomènes artistiques, il faut donc, soit des analogies bien frappantes, soit des textes qui permettent de saisir les influences sur le fait. L’identité de quelques dessins très originaux autorise à dire que tels motifs de déco-
l'architecture religieuse romane.
ration romane sont d’importation anglo-saxonne bu orientale; d’autre part, pour revenir sur un fait déjà signalé plus haut, nous pouvons, sans crainte d’erreur, reconnaître une influence lombarde dans des particularités comme le tracé des arcs plus épais à la clef, les galeries extérieures des absides* les arcatures et les bandes, principalement lorsqu’il s’agit de monuments que les textes nous apprennent être l’œuvre des Lombards.
Mais ces conditions sont rarement remplies. On raisonne le plus souvent sur des combinaisons quelque peu banales, sur des analogies qui peuvent être fortuites. Quelque séduisantes que soient les conclusions, nous exigerons, pour nous prononcer, des preuves plus décisives. Nous ne nous contenterons pas de savoir qu’à un moment quelconque de son évolution l’architecture romane adopte un profil de moulure ou un dispositif de façade qui se retrouvent, plus ou moins exactement, dans l’architecture syrienne ou dans l’architecture byzantine. Nous remonterons à l’origine des procédés et des formes, et nous ne conclurons à l’influence étrangère que si nous la percevons nettement au début de ces formes et de ces procédés.
Voici, par exemple, les coupoles du Sud-Ouest. Longtemps il a été admis sans conteste qu’elles étaient imitées des coupoles orientales. Or, les dates nous faisant défaut pour un classement chronologique positif et certain, adoptons l’ordre logique qui paraîtra le plus rationnel : entre les types aquitaniques présumés les plus anciens et les types byzantins, nous trouverons un écart tel que nous ne pourrons pas raisonnablement rattacher les uns aux autres. La coupole aquitanique est donc d'origine autochtone.
En outre, pourquoi faire appel à des influences lointaines, lorsque nous trouvons dans des monuments beaucoup plus rapprochés l’explication des faits qui nous occupent? Il est bien inutile d’étendre nos recherches à l’Orient, puisque les Romains ont élevé chez nous des coupoles d’où les nôtres peuvent provenir.
Ce problème des influences orientales ne saurait être étudié avec trop de circonspection. Dans cet ordre d’idées, un certain