LES INFLUENCES ORIENTALES
nombre de faits sont acquis, et on ne peut pas s’en étonner quand on se rappelle que, dès l'antiquité, Alexandrie exerça dans le monde romain un véritable magistère artistique. Plus tard, la Renaissance carolingienne a puisé largement dans la culture byzantine, en laquelle avaient fusionné des éléments asiatiques et les éléments auxquels il est de mode de donner le nom d’ hellénistiques . Durant tout le Moyen Age, l’Asie a envoyé à la chrétienté des objets mobiliers, notamment des ivoires et des tissus, qui fournissaient aux ornemanistes romans des modèles stylisés très décoratifs. Toute une faune merveilleuse, venue du plus profond des vieilles civilisations asiatiques, a ainsi envahi nos églises : tels oiseaux taillés sur un chapiteau du Bordelais ont manifestement été copiés d’après une étoffe apportée du Levant; dans une mosaïque auvergnate, dans des carrelages catalans, dans maints chapiteaux, des lions portent la preuve de leur lointaine origine, sous la forme d’une marque apposée sur la cuisse ou sur l’épaule.
Les formes orientales sont donc entrées pour une part appréciable dans la constitution de notre art occidental. Le difficile est de préciser dans quelles conditions et surtout dans quelles proportions cette transfusion s’est opérée.
En matière de construction, l’influence orientale est nulle ou à peu près. On a dit que la diffusion de la voûte était due en partie à ces imitations byzantines que nous a laissées la Renaissance carolingienne : Aix-la-Chapelle et Germigny; mais les très rares essais de ce genre, dont le prototype paraît d’ailleurs pris en Italie, à Saint-Vilal-de-Ravenne, n’ont pas exercé une action réelle et, en fait, ce type d’Aix et de Germigny n’a pas eu de succès; de plus, les provinces qui ont commencé à jeter des voûtes sur les nefs ne sont pas ces provinces rhénanes qui passent pour avoir recueilli l’héritage artistique de Charlemagne. Quanta l’ascendance orientale de nos coupoles d’Aquitaine, nous savons qu’elle n’est pas soutenable.
Pour la décoration, au contraire, il est évident que nous devons à l’Orient, sinon l’idée qu’elle peut exprimer, sinon les leçons qu’elle renferme, du moins des motifs d’ornement. Sur
L ARCHITECTURE RELIGIEUSE ROMANE
ce point, il faut chercher la vérité entre les thèses contraires, entre les théories de la vieille école, trop exclusivement romaniste parce qu’elle ignorait l’Orient, et les théories plus périlleuses de la jeune école, qui nous révèle l’Orient avec trop d’enthousiasme pour demeurer exacte. L’art roman reste un fonds romain, mélangé, dans une mesure qui varie suivant les provinces, d'apports orientaux et barbares.
La valeur de l’art roman. — On connaît dès maintenant les mérites et les faiblesses de l’architecture romane. Les faiblesses consistent, jusque vers les débuts du douzième siècle, en une insuffisance technique des moyens d’expression, de réalisation. L’art roman est un art d’avenir : durant le onzième siècle, il tâtonne, en quête d’une formule, et ses efforts ne sont pas toujours et partout également heureux. On prend, du moins, un vif intérêt à suivre ses progrès ; ses essais même les plus in fructueux ont le charme de la recherche sincère.
Nous avons constaté quelle valeur supérieure l’art de bâtir du Moyen Age lirait de cette sincérité. On l’a dit avec raison, « sa rudesse même lui donne un dignité sévère qui n’appartient qu’à lui ».
De ce que l’art était vrai, il résulte qu’il était original, d’une originalité qui variait suivant les conditions dans lesquelles il vivait. L’église changeait d’une province à l’autre, comme changeaient le langage, le type des habitants, le vêtement ou la coiffure des femmes. Combien cette diversité est plus attrayante que l’uniformité banale de l’époque classique!
L’architecture des temps qui ont immédiatement suivi est plus parfaite; elle est peut-être moins prenante. Entre le roman et le gothique, la différence est la même qu’entre l’ascension d’un pic et le séjour au sommet. Il est agréable, quand on est eu haut, de contempler le panorama; la montée, avec ses fatigues et ses dangers, est plus émouvante.