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de ce que représentent d'argent les monuments dont le Moyen Age a si libéralement couvert notre sol. On s’imagine parfois que les travaux de ce genre étaient jadis très bon marché. Toutes proportions gardées, les salaires étaient, si je ne me trompe, plus élevés que de nos jours; les transports et, partant, l’approvisionnement des chantiers en matériaux étaient incomparablement plus onéreux. II y a près de trois quarts de siècle, à un moment où le, pouvoir d’achat des monnaies était très supérieur à ce qu’il est présentement, Viollet-le-Duc calculait que Notre-Dame de Paris coûterait environ cent millions, que Chartres, Vmiens ou Reims reviendraient plus cher encore; il évaluait les seules cathédrales françaises, sans parler des innombrables églises abbatiales, collégiales, paroissiales, à deux milliards.
Or, il n’existait pas autrefois de budget d’État; les travaux même les plus utiles au public, comme l’édification d'un pont ou d’un hôpital, n’avaient pas de dotation; il fallait, pour les mener à bien, créer une confrérie, qui envoyait des quêteurs en tournée.
Tous les millions, tous les milliards de nos églises proviennent d’aumônes et aussi de legs. Grâce à cette dernière circonstance, les testaments nous renseignent sur l’histoire des anciennes églises, hes corvées volontaires ont quelquefois rendu d’appréciables services; elles ne dispensaient pas de recourir à des ouvriers de métier.
Un tel régime financier se prête mal à l’entretien des chantiers importants. La construction de certaines cathédrales a traîné pendant des siècles. De là, pour les maîtres d’œuvre, l’obligation de visera l’économie et de régler dans cet ordre d’idées la marche des travaux : il n’était plus possible, par exemple, de procéder comme les Romains, qui jetaient les fondations de l’édifice entier cl en élevaient simultanément toutes les parties; le plus souvent, on commençait l’église par le chevet et on la construisait en plusieurs fois, par tranches verticales successives. Ainsi fit notamment saint Guillaume : « Il débuta par le chevet », raconte le chroniqueur, « comme il est
dit : A sanclacirio meo incipite, et il entreprit d'abord le sanctuaire. »
Vers la fin de l’ancien régime, un ensemble de règles se forma; le chevet fut à la charge du décimateur, la nef à la charge des fidèles et les chapelles à la charge des seigneurs, qui avaient le droit de les décorer d’une litre, d'une frise armoriée, peinte ou sculptée. Enfin, les évêques devaient ou plutôt auraient dû contribuer, dans une proportion fixée, à l’ érection et à l’entretien de leurs cathédrales.
On connaît, pour le treizième siècle, un certain nombre de cas où l’incendie d'une grande église fut suivi de si près par la reconstruction que le délai ne paraît pas suffisant pour préparer les projets et réunir les fonds. Il est permis de se demander si ces incendies étaient bien fortuits.
Le programme; prescriptions canoniques et traditions. —
Les architectes chargés de bâtir une église n’étaient pas livrés à leur fantaisie : ils devaient se conformer à un programme, qui était fait en partie de prescriptions du droit canonique, en partie de données traditionnelles.
L’église occupait un lieu élevé. Nos vieilles églises, souvent, sont enfoncées dans le sol, parce que le niveau du terrain avoisinant monte avec le temps; on a calculé que, dans les villes, la couche des détritus atteint environ o"‘3o par siècle.
L’emplacement et les pierres de l’église sont choses sacrées. Si on la reconstruit, ce doit être, à moins d’empêchement grave, sur le même point. Il est prescrit de réemployer les débris dans la bâtisse nouvelle, et cette conservation d’anciens matériaux entraîne parfois la persistance d’anciennes formes.
La règle est que l’église soit orientée, c’est-à-dire que le chevet soit tourné approximativement vers l est, l'axe inclinant tantôt un peu au sud, tantôt un peu au nord, sans que l’on ait donné de cette déviation une explication satisfaisante.
Le plan des églises dessine fréquemment une croix, pour rappeler le symbole de la religion.
Il n’est pas rare que l’axe du chevet, au lieu de continuer