‹ Précis d'archéologie du moyen âgeChapitre 4 sur 135 · LE SAVOIR DES MAITRES D OEUVRE · texte numérisé non relu

LE SAVOIR DES MAITRES D OEUVRE

équilatéral; triangle égyptien, qui est un triangle isocèle dans lequel la hauteur est à la base comme i est à 3.

Voici maintenant (fi g- 1) une recette pour assigner à un pied-droit l'épaisseur qu’il doit avoir. L’arc ABC est divisé en

Fig. 1. — Formule pour déterminer l’épaisseur des pieds-droits.

trois parties sous-tendues par trois cordes égales, AD, DE, EC. On prolonge la corde EC d’une longueur CF égale à EC. Le point F donne le plan du parement extérieur du pied-droit. La stabilité est assurée, pourvu que la hauteur du pied-droit ne dépasse pas une fois et demie l’écartement des naissances. Comme il est aise de le voir, quand l’arc est élancé, le pieddroit peut être plus léger.

Il est délicat de rechercher dans les œuvres d’architecture si des formules de ce genre ont été employées. Pour les triangles, par exemple, nous pouvons hésiter entre plusieurs triangles possibles; nous pouvons placer la hase au-dessus ou au-dessous de la moulure de soubassement, le sommet au-dessous ou audessus de la moulure d’imposte; nous pouvons supposer dans l’application une erreur plus ou moins forte ; bref, on arrive à découvrir des combinaisons savantes dans les édifices où les architectes ont le moins songé à en mettre.

La sincérité de l’art : les négligences. — L’une des qualités

les plus précieuses de l’architecture du Moyen Age est la sincérité, la sjîontanéité : on lit dans les monuments le calcul de l’architecte, l’utilisation des moyens en vue du but.

Les dimensions des divers organes sont commandées, soit par la nature des matériaux, soit parla destination. Un chapiteau est pris généralement dans une assise; la hauteur d’une baluslrade ou d’un émmarchement est en rapport avec la stature humaine. Ces membres de la construction donnent l’échelle et permettent d’apprécier les mesures vraies de l’édifice. Car l’erreur est singulière de sacrifier à une certaine harmonie le sentiment de la grandeur et de dépenser un gros effort en des constructions énormes qui paraissent petiles.

Les maîtres d’œuvre ont pris plutôt îles dispositions pour que leurs monuments donnent l’impression d’clre plus vastes qu’ils ne sont en réalité : étant donné que les fidèles se tournent face à l’orient, les constructeurs ont parfois accusé la fuite des lignes \ers l’est; à la cathédrale de Poitiers, les supports, murs et piliers, convergent vers cette direction; ailleurs, les travées sont de plus en plus courtes en allant du couchant au leva n I .

Ici encore, cependant, il faut se garder d’une excessive subtilité; il est nécessaire de compter avec les négligences et avec les déformations. Nos constructeurs contemporains, nos ingénieurs notamment, observent jusqu’à la minutie la précision, la régularité dans l’exécution des travaux. Les architectes du Moyen Age ne poussaient pas aussi loin de tels soucis ; la plantation de leurs édifices témoigne d’inattentions parfois étranges. Il faut ajouter qu’en élévation les pesées peuvent avoir provoqué des changements Irès sensibles : des lignes qui ont été jadis verticales se déversent, en montant, vers l’extérieur; des arcs se sont écrasés à la clef et se sont élargis aux reins. Ce sonl des accidents, auxquels la volonté de l’architecte esl totalement étrangère.

Les ressources. — On ne se rend pas suffisamment compte

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