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LES NERVURES ET LES ARCS

du gothique connut aussi les profils prismatiques ( fig . 117), dont les longues arêtes et les courbes trop uniformément concaves laissent une impression désagréable.

Fig. i 17. — Profil prismatique des quinzième et seizième siècles.

Le doubleau est de profil plus large; longtemps il s’inscrit dans un rectangle. Le formeret répond souvent à la section de la moitié de l’ogive ou du doubleau. Vers la fin de la période gothique, cette différence tend à s’effacer entre l’ogive et le doubleau, qui se confondent en un même profil.

Quelques croisées d’ogives très anciennes 11’ont pas de clef : le constructeur a bandé un arc, puis l’autre. Quand les clefs existent, ce qui est courant, elles sont habituellement décorées de feuillages ou de petits personnages ou, au quinzième siècle, de blasons. Il arrive que deux ogives se rencontrent suivant un angle obtus, ou bien que la clef est large et les ogives minces, eu un mot que la tranche de la clef est dégarnie entre les naissances des nervures ; dans ce cas, on a fréquemment placé contre la tranche, entre les nervures, des angelots.

Les supports, les chapiteaux et les bases. — Pour corriger ce qu’il y avait d'excessif dans l’allongement du support gothique, pendant la seconde moitié du treizième siècle et la première moitié du siècle suivant, les architectes des grandes églises prirent le parti d’adosser aux piliers, surtout dans les chœurs, des statues d’apôtres.

Les chapiteaux gothiques continuèrent assez longtemps la tradition des chapiteaux romans. Les premiers chapiteaux gothiques (fty. 11 8) gardèrent le rôle des chapiteaux antérieurs et

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restèrent une transition entre le fût et le sommier, entre le support et la charge. Les modifications subies par l’un ou par

l’autre eurent leur contrecoup dans le chapiteau : du tailloir carré on abattit un peu timidement les angles ( Jig . 119) ; on fil

Fig. i t 9. — Chapiteau gothique à crochets et tailloir octogone.

ensuite, au quatorzième siècle surtout, des tailloirs franchement octogones ( fig . 120 ) ou même circulaires. Les tailloirs qui sont

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dans la donnée gothique ne portent pas de dessins courants ; ils sont simplement moulurés.

Lorsque la corbeille du chapiteau gothique reste nue, elle a une autre silhouette que celle du chapiteau roman : c’est un cvlindre qui s’évase vers le haut. Décorée, la corbeille gothique

diffère aussi et sur deux points de la corbeille romane : en premier lieu, les personnages et les monstres y sont une exception, le chapiteau historié n'est pas dans les habitudes gothiques; en second lieu, la décoration concourt à la silhouette du chapiteau, mais elle ne fait plus corps avec lui : les motifs semblent posés sur la corbeille, qui garde son galbe distinct (fig. 118). Aux douzième et treizième siècles, les sculpteurs gothiques taillent fies chapiteaux à crochets, dont certains sont des merveilles de force alerte et souple. Au quatorzième siècle, les crochets sont remplacés par des bouquets posés sur la corbeille ( J'uj . 120 ) : le chapiteau a, dès ce moment, perdu une partie de sa raison d'être; plus tard, il n’est plus qu’une bague de feuillage, fantaisie pure, et enfin il disparaît.

Kig. 120. Chapiteau gothique à bouquets.

l’architecture religieuse gothique.

L’astragale gothique (fig. i2i C) est profilé en larmier, creusé par dessous afin d’arrêter l’eau qui pourrait glisser dans le lit

Fig. i 2 i . — Astragales.

(A astragale antique. — B astragale roman. — C astragale gothique.)

supérieur du fût. C’est tics rationnel quand le support est à l’extérieur.

Fig. 122. — Bases.

(A base attique. — B base romane. — C base gothique.)

La base est posée sur un socle, qui, depuis environ le milieu

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du treizième siècle, est ordinairement octogone. Ce socle est lui-même monté sur uue plinthe couronnée d’une moulure.

Quant au profil de la base, les archéologues ne sauraient y prêter trop d’attention : c’est un élément précieux pour dater les édifices. La base des premiers temps du gothique (Jig. 122 C)

dérivait de la base romane; toutefois le tore supérieur était plus petit, le tore inférieur plus gros et plus aplati, comme s’il s’écrasait sous le poids de la colonne. 1! s’aplatit même à

L ARCHITECTURE RELIGIEUSE GOTHIQUE

ce poiut qu’il eu vint à déborder le socle et qu’on le soutint par-dessous à l’aide de petits modillons. En même temps, la scotie se creusa et perdit de sa hauteur; elle se réduisit (, fig ■ 123 D) à une rainure profonde, qui lit place à un étroit filet; le filet lui-même s’effaça et de l’ancienne base attique il ne resta qu'une moulure en talon renversé. Vers i3oo (Jig. 123 E), on incorpora à la base la moulure qui couronnait la plinthe, et, comme le tracé en plan de la base suivait les changements survenus dans la section du fût et du socle, cette base (Jig. 123 F) finit par ressembler en élévation à deux bouteilles à long col et superposées.

Les portes et les façades. — Dans les églises à trois vaisseaux, il existait des contreforts sur la façade, au droit des grandes arcades. Le relief de ces contreforts fut sans doute l'une des raisons pour lesquelles l’art gothique donna à l'encadrement des portes principales une extraordinaire importance.

Les pieds-droits étaient garnis : en bas, de bas-reliefs, petites scènes ou semis de motifs, que l’œil pouvait détailler; plus haut, de statues. Ce type de portes a peut-être pris naissance dans le Nord : l’exemple classique est la porte de Chartres, qui est de 1145-1194 ou même de 1150-1176. Dans les portails romans attardés de la Provence, comme Saint-Trophime d’Arles et Saint-Gilles, l’introduction de la statuaire serait inspirée des portes françaises. Mais peut-être n’a-t on pas encore bien discerné le rôle joué par les diverses écoles, Languedoc et Bourgogne notamment, dans la sculpture du douzième siècle.

Les statues des pieds-droits, dans les portails gothiques, sont, à l’origine, posées sur une colonnette partant de fond Plus tard, elles sont placées sur un cul-de-lampe sculpté dont le sujet se rapporte au personnage représenté par la statue: c’est, par exemple, un épisode de la vie de ce personnage. Plus tard encore, les statues occupent souvent des niches.

Dans les arcs des portails, sont rangées des files de statuettes, dont chacune est surmontée d’un dais servant de piédestal à la statuette supérieure.

LES CORNICHES

Les tympans de ces portes sont décorés de scènes réparties en deux ou plusieurs registres superposés. Dans certaines régions, les tympans sont à jour, et les sculptures peuvent prendre place dans les gables, ce qui n’est pas une disposition heureuse.

Ces gables se développent au treizième siècle, à ce point qu’ils coupent quelquefois les galeries de l’étage supérieur.

Les portes, en effet, forment le rez-de-chaussée de la façade. Au-dessus, les contreforts se dégagent et les lignes de la construction apparaissent plus nettement : aux angles montent les tours, qui correspondent aux bas-côtés; entre les tours, la rose est percée; elle est surmontée du pignon, qui, vers la fin du douzième siècle, devient plus aigu. Sur toute la largeur régnent ies galeries ; l’une, dans les principales cathédrales, abrite une série de statues de rois, dont on ne peut pas dire toujours avec certitude si elles figurent les rois de France ou les roisdeJuda.

Des façades plus simples étaient composées pour les églises secondaires ou même, dans les grandes églises, pour les bras du transept.

La façade dont la composition fait le plus d’honneur à l’art gothique est celle de Notre-Dame de Paris. On y peut admirer notamment l’habileté avec laquelle sont combinées les lignes montantes et les lignes horizontales. C’est, en effet, l’un des écueils de l’architecture gothique d’accuser à l’excès la verticalité; le style perpendiculaire anglais a produit, dans cet ordre d’idées, des œuvres intolérables. A Notre-Dame, la membrure, les contreforts s’affirment, comme il convient; mais deux galeries atténuent l’élancement sans alourdir l'ensemble. La galerie supérieure est à claire-voie; elle laisse apparaître entre les tours le pignon et la flèche. Dans cette ordonnance, à la fois élégante et robuste, s’affirme le sens exquis de la mesure, par lequel se distingue cette époque, belle entre toutes.

Les corniches. — Au point de vue de la décoration, la corniche gothique ( Jig . 10b) diffère radicalement de la corniche romane ; les corbeaux sculptés font place à une mouluration

l’architecture religieuse gothique.

horizontale et, dans la gorge formant saillie, à un ou deux rangs de crochets on de feuillages.

Quant à la balustrade posée sur le bord de la corniche, la structure et le dessin changent suivant les époques et aussi suivant les pays. On pense bien, en effet, que pour ces œuvres délicates et fragiles, l’architecte doit compter largement avec les matériaux mis à sa disposition : on n’ajoure pas également une pierre tendre et friable et une pierre compacte et dure. La balustrade est formée plutôt, au treizième siècle, d’une série de petites arcades sur colonnettes et depuis le quatorzième, de dalles posées de champ, découpées ou décorées de triangles ou de losanges, les uns et les autres curvilignes, de trèfles, de quatre-feuilles, etc. Tous ces motifs s’inspirent du style en faveur : rayonnant, flamboyant; le seizième siècle a volontiers placé dans les balustrades des emblèmes ou des devises. Pour consolider la balustrade, pour en fixer les éléments, on se sert souvent de l’appui, de la main-courante, aussi bien que de pilettes dressées de distance en distance et qui peuvent être surmontées d’un pinacle.

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