LES DONNÉES TECHNIQUES
La couverture : sa prédominance. — L’architrave et le linteau. — L’arc. — La poussée. — Conditions de stabilité de l'arc. — Platesbandes appareillées et linteaux échancrés ; encorbellements.— La voûte en berceau. — La voûte d’arêtes. — La voûte en arc-dccloître et la coupole. — Les voûtes à nervures : nervures saillantes, doubleaux; nervures noyées. — La toiture. — Les appuis isolés : colonnes et piliers. — Les appuis continus : murs. — Marques d’appareil. — Dosserets cl contreforts. — Percements. — La décoration : les moulures.
Nous allons aborder l’examen des éléments techniques de la construction, en rechercher les principes élémentaires, en définir les termes les plus usuels. Il s’agit, dans les pages qui vont suivre, de notions générales, empruntées de préférence à l’architecture telle que le Moyen Age l’a trouvée, l’architecture gallo-romaine; l’objet des chapitres suivants sera d’exposer les modifications que cet art gallo-romain a subies.
La couverture : sa prédominance. — Quand on construit, c’est pour se clore et pour s’abriter; on fait une clôture et une couverture. Si l’on excepte l’architecture militaire, la clôture est facile à établir ; mais les murs ne servent pas seulement à fermer l’édifice; ils sont aussi et surtout les supports de la couverture. En un mot, toute la construction ou à peu près est ordonnée en vue de ce terme, de cette cause finale : la couverture. La couverture commande l’édifice et elle l’explique. C’est pourquoi les architectes, ceux du Moyeu Age en particulier, sont amenés, suivant les expressions de Viollet-le-Duc, à « prendre toute construction par le haut », à « composer leurs édifices en commençant par les voûtes ».
Suivons cet ordre, puisqu’il est rationnel, et occupons-nous
l’architrave et le linteau.
d’abord des couvertures : couvertures eu pierre, architrave, linteau, arc, voûte; couvertures en bois, charpente.
L’architrave et le linteau. — Soit un vide à couvrir entre deux supports : le moyen le plus simple consiste à jeter de l'un à l’autre une poutre de pierre, qui s’appelle architrave quand elle réunit deux appuis isolés et linteau quand elle couvre une baie, une ouverture ménagée dans un plein. C’est le principe du temple grec. Le grand inconvénient de la construction architravce consiste dans la nécessité où on se trouve de proportionner l'écartement des supports, la largeur des vides, à la portée des architraves. On signale les architraves de Karnak, en Égypte, qui mesurent 9'"2o de longueur et qui pèsent 65.000 kilogs. Une cathédrale de 9 mètres de largeur serait bien étroite et, d’autre part, le Moyen Age n’a jamais transporté de blocs aussi pesants.
L’avantage de l’architrave, c’est qu’elle est inerte; elle pèse de son poids sur les supports, sans développer d’autre force que cette pesanteur verticale. Pour assurer l’équilibre, il suffit que les matériaux des supports soient assez durs et ne s’écrasent pas sous la charge. S’ils s’écrasent, ils présentent des tissures qui attaquent la masse des pierres.
L’arc. — Pour bander un arc au-dessus d’un vide, on procède comme il suit ( fig . 2). Au sommet de chaque pied-droit on pose une tablette saillante appelée imposte; sur les deux impostes on asseoit un appareil provisoire de charpente ou cintre , dont la courbe convexe répond à la concavité de l'arc projeté; après quoi, sur le cintre on dispose des [lierres taillées en coin ou claveaux, dont les lits convergent vers le centre de l’arc; on ferme l’arc par la pose du claveau supérieur ou clej'.
L’arc ainsi terminé a deux faces verticales ou tètes et deux surfaces cylindriques : l’une convexe, qui s’appelle extrados, l’autre concave, intrados; douelle s’applique à l’une et à l’autre, mais plus spécialement à l’intrados. Si l’extrados, au lieu de décrire une courbe concentrique à l’intrados, suit des lignes
alternativement horizontales et verticales, on dit que l'arc est extradosse en escalier ; ainsi, dans la figure 2, à droite, l’extrados est en escalier avec crossettes, c’est-à-dire que les claveaux pous-
sent des saillies horizontales par lesquelles les claveaux s’accrochent aux claveaux inférieurs.
La poussée. — Supposons la clef en place, l’arc terminé. On le décintre, c’est-à-dire qu’on enlève le cintre de charpente qui soutenait les claveaux pendant la construction, et l’arc est livré à lui-même. Étudions les forces qui le travaillent. Les claveaux des naissances, que l'on appelle les sommiers ( Jig . 2, A), reposent sur un lit horizontal; ces sommiers sont donc stables. De même, dans les claveaux les plus rapprochés des sommiers, le lit n’est pas assez incliné pour que le bloc glisse et s’échappe. Mais au-dessus d’un certain point les claveaux tendent à tomber et pressent les claveaux voisins pour se faire un chemin. Chaque claveau est donc soumis à deux forces : son propre