‹ Précis d'archéologie du moyen âgeChapitre 71 sur 135 · LES ECOLES D ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

LES ECOLES D ARCHITECTURE

La fin du gothique. — - Le style gothique ne prit pas fin subitement : alors que, dans l'architecture civile surtout, les formes nouvelles de la Renaissance étaient en honneur, des constructeurs d'églises restaient fidèles aux traditions nationales. Martin Cambiche fut de ces derniers; il terminait le transept nord de la cathédrale de Beauvais en 1 537. En plein Paris, la tour gothique Saint-Jacques fut élevée de i5o8 à i5a2. On cite des productions gothiques attardées du dix-septième et du dix-huitième siècles. 1

L’architecture de la Renaissance elle-même recueillit en grande partie les formules gothiques. A Saint-Eustache de Paris, qui fut commencé par Pierre Lemercier en i532, on retrouve, sous la décoration empruntée à l’antiquité, l’ossature gothique : croisée d’ogives et arc-boutant. L’esprit ancien anime et vivifie le style nouveau.

Enfin, le parti architectural, plan et élévation, subsista. Les architectes des dix-septième et dix-huitième siècles s’en tinrent au vieux programme dont les architectes romans avaient poursuivi la réalisation : construire des églises voûtées à bas-côtés et dont la grande nef est directement éclairée. Dans ce sens, même les plus lourdes églises du style Jésuite sont l’expression disgracieuse de la pensée médiévale.

Les écoles d’architecture. — La supériorité de l’architecture gothique lui valut un succès rapide; cette architecture gagna aussitôt la France et l’étranger. Toutefois l’adoption du gothique n’entraîna point la disparition des vieilles écoles régionales. De même que pendant longtemps la diffusion du français a laissé subsister les dialectes locaux, plus ou moins pénétrés par son influence, de même, à côté de quelques églises de pur style gothique, les provinces conservèrent leurs types propres, modifiés par l’emploi des nouveaux procédés de construction. Et même dans les églises de style gothique français s’introduit çà et là une variante inspirée par les traditions ou par les nécessités locales : le chevet de Saint-Nazaire de Carcassonne a les toitures plates des églises du Midi.

200 l’architecture religieuse gothique.

En résumé, il faut distinguer soigneusement dans les diverses provinces, d’une part, les productions de l'art français, les églises importées de l’Ile-de-France, et, d’autre part, les productions des écoles régionales.

Le nombre de ces écoles, l’emplacement des foyers d’influence n’étaient plus tout à fait les mêmes que pendant la période précédente : les écoles normande, bourguignonne, poitevine, périgourdine subsistaient; l’école auvergnate avait disparu ; l’école champenoise avait recueilli en partie l’héritage de l’école rhénane ; l’école languedocienne avai t succédé à l’école provençale.

On peut compter dans notre pays, outre l’école de l’Ile-de- France, les écoles normande, champenoise, bourguignonne, languedocienne, enfin les deux écoles du Sud-Ouest, qui couvraient à peu près la même aire et qui dérivent, l’une de l’église à coupoles, l’autre de l’église poitevine.

L’école normande. — La Normandie (fig. 132) a d’abord employé la formule gothique à voûter les églises qu’elle avait élevées pendant la période romane. Elle rivalise avec F Ile-de- France par la hardiesse de ses constructions; elle continue à élever sur le carré du transept des tours-lanternes, parfois monumentales; elle a produit des clochers remarquables, tels que celui de l’église Saint-Pierre, à Caen. Mais, comme à l’époque précédente, le sens esthétique fait défaut à ses maîtres d’œuvre : cette faiblesse du tempérament artistique s’accuse dans les chapiteaux ronds et mous, dans l’abondance des ornements géométriques, dans la prédominance des lignes~verticales, qui font pressentir le style perpendiculaire anglais, dans le tracé excessivement aigu de certains arcs brisés. Cette forme est due, paraît-il, à ce que les appareilleurs, en vue de simplifier le travail du trait, employaient, pour leurs divers arcs brisés, une seule courbe.

Les écoles champenoise et bourguignonne. — La Champagne et la Bourgogne ont produit, grâce à leurs excellentes pierres,

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