LE CHOIX DES TERMES
archéologie, où les définitions de formes tiennent une très large place.
Or, il faut le reconnaître, la langue archéologique actuelle laisse fort à désirer. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, notre pays possédait de très bons ouvrages qui fixaient le vocabulaire; mais ces livres, écrits en un temps qui, systématiquement, ignorait le Moyen Age, se réfèrent à la seule architecture classique.
De nos jours, même les meilleurs parmi les archéologues se trompent trop souvent dans l'e choix des expressions. Les architectes et surtout les ingénieurs connaissent mieux la valeur des mots techniques d’usage courant. On lira utilement, à ce point de vue, les descriptions de Choisy ou de Viollet-le-Duc et on les complétera par celles de Robert de Lasteyrie.
Il ne servirait à rien de s’aider en ces matières des dictionnaires habituels. Malgré tout leur savoir, les orateurs, les romanciers et les poètes qui composent à peu près exclusivement l’Académie française sont impuissants à posséder, au même degré que les spécialistes, les divers vocabulaires scientifiques. Les définitions que le Dictionnaire de l’Académie donne des termes d’architecture sont très souvent erronées. Littré, dans son admirable ouvrage, n’est pas plus heureux. En voici, parmi nombre d’autres, un exemple :
« Cintre... Surface concave et hémi-sphérique... Figure en arc de cercle. « Ils s'en vont raisonnant de l’ogive et du cintre » (Y. Hugo). »
Personne, que je sache, n’appelle cintre une demi-sphère ni même une figure quelconque en arc de cercle ; d’autre part, le cintre peut affecter une courbe autre que l’arc de cercle ; enfin, Victor Hugo a doublement tort d’opposer le cintre à l’ogive.
Des érudits ont consacré à la langue archéologique des glossaires particuliers. Le Dictionnaire raisonné d’architecture de Viollet-le-Duc est moins un dictionnaire qu’un recueil de dissertations, dont le plan n’csl pas très rigoureux ; quelques termes secondaires y figurent; d’autres, qui sont essentiels, sont
omis.
QUELQUES CONSEILS PRATIQUES
Parmi les lexiques récents, le moins mauvais me paraît être celui d’Ernest Bosc, Dictionnaire raisonné d'architecture, 4 in-8°.
Le Comité des travaux historiques ou, comme on l’appelait alors, le Comité des Arts et Monuments a publié, en 1839-1807, des Instructions , dans lesquelles on est porté à chercher la règle du langage archéologique. Les Instructions n’ont pas, à beaucoup près, réalisé cel idéal. On les a réimprimées naguère, comme si l’archéologie ne s’était pas renouvelée dans l’intervalle; la table qui accompagne cette nouvelle édition présente, outre des inexactitudes nombreuses, de graves lacunes : bien des mots importants y font défaut : dosseret, doubleau, encorbellement, former et, etc.
On trouvera ci-après un petit lexique donnant les termes usuels.
Le style archéologique. — La propriété de l’expression n’implique pas l’emploi obligatoire de termes sacramentels : il est d’usage d’appeler cul-de-four une demi-coupole, patinette une feuille en éventail; mais on peut avoir des raisons pour dire demi-coupole et feuille en éventail au lieu de cul-cle-four et de patinette.
L’essentiel est moins d’user du terme technique et de parler une langue savante que de se faire comprendre. Quelques archéologues, lorsqu’ils décrivent une moulure, se bornent à en énumérer les éléments sans indiquer la façon dont ces éléments sont groupés. Une telle description ne parle pas à l’esprit; elle ne signifie presque rien. Voiliez signale des moulures en coin émoussé; n’aurait-il pas fallu dire un filet entre deux biseaux ? Non; l’expression de Voiliez est claire; la rectification 11e le serait point, parce qu’on peut construire avec un filet entre deux biseaux toute une série de moulures qui sont de profils très différents.
La précision du style archéologique 11e suppose pas seulement l’emploi judicieux des mots propres; elle réclame, de plus, une certaine façon de voir les choses et de rendre sa pensée. Ici encore les techniciens sont fréquemment supérieurs
l'illustration : PHOTOGRAPHIE et dessin. 269
aux simples archéologues : ceux-ci trop souvent se bornent à décrire les formes apparentes; ceux-là rendent mieux la structure intime des édifices et le processus de la construction. D’une colonne engagée, l’archéologue dira volontiers qu’elle descend jusqu’au sol; le constructeur dira plutôt qu’elle part de fond, parce qu’en effet la construction s’élève, elle ne descend pas. L’archéologue parlera d’ogives profilées sous les voûtes ; le constructeur, d’ogives portant les voûtes. Celui-ci n’écrira pas qu’une base consiste en deux tores séparés par une scotie, parce qu’il distingue de la hase, qui est une assise de pierre, la façon, le profil que l’ouvrier donne à celle base. On comprend, sans qu’il soit besoin d’insister, la vigueur qu’une description tire de sa constante conformité avec la réalité des faits.
L’illustration : photographie et dessin. — Il en est de l’illustration comme de la rédaction ; elle échappe à toute règle positive, à tout conseil trop rigoureux; l’objet et les procédés varient au gré de chaque auteur. Que l’archéologue cherche à démêler ce qui, dans son texte, doit être mis en relief et qu’il emploie ensuite de son mieux les ressources dont il dispose.
En général, la photographie traduit plus fidèlement les détails et les nuances, expression, style, faire des œuvres d’art, et le pittoresque des perspectives ; les dessins1 géométraux sont préférables pour donner une idée d’ensemble d’un monument.
Il ne faudrait pas croire, d’ailleurs, que l’objectif soit incapable de trahison : i! modifie la valeur des teintes et enregistre avec une égale perfection les formes essentielles et les accidents négligeables.
1. \ oici un procédé commode pour les dessinateurs novices qui désirent s'aider de la pbolograpbie : ils tireront une épreuve positive sur papier au ferro-prussiate, la laveront à l’eau pureel la laissseront sécher; ils dessineront alors sur celle épreuve, à l’encre de Chine de bonne qualité, et plongeront l’épreuve dans une solution d’oxalate de potasse à 10 %; la teinte bleue du ferro-prussiate disparaîtra et le dessin à l'encre subsistera sur fond blanc. D’autres formules donnent un résultat analogue.
QUELQUES CONSEILS PRATIQUES
Aussi est-il bien des cas où le procédé de la photographie sur moulage est supérieur à la photographie directe. Au risque de passer pour un barbare, j'avoue qu’en ce qui concerne les sculptures noircies par la pluie, la poussière et les mousses, la photographie sur original, même faite habilement et avec des plaques très lentes, me paraît souvent moins satisfaisante que la photographie sur moulage.
On a quelquefois avantage à grouper deux gravures, dont le rapprochement est instructif. En général, il est souhaitable que le cliché accompagne le texte auquel il se rapporte, de façon que l’on puisse voir l’un et l’autre sans avoir à tourner la feuille. Mais cela n’est pas toujours possible, d’autant pins que le metteur en pages a des règles pour placer les clichés : il les habille de texte, c’est-à-dire qu’il les entoure de texte au moins dessus et dessous.
Quelques conseils pour la photographie. — 11 ne saurait être question de faire ici un cours de photographie; qu’il soit permis, néanmoins, d’appeler l’attention des archéologues sur quelques difficultés.
Et d’abord, une question d’ordre matériel: quelles dimensions doit avoir l’appareil photographique d’un archéologue? Ces dimensions varient suivant le but que l’on veut atteindre, suivant que l’on cherche à fixer pour soi-même le souvenir d’un monument ou que l’on entend préparer l’illustration d’un ouvrage. Dans le premier cas, un petit format suffit; des jumelles photographiques donnent des images saisissantes de relief et de netteté. On peut, d’ailleurs, projeter un positif sur un écran.
Si on fait des photographies pour les publier, le problème se présente autrement. A coup sûr, on peut agrandir une photographie; il est même pour cela deux procédés au moins : on agrandit par projection, à l’aide d’un faisceau de rayons lumineux divergents, qui traversent un cliché négatif et frappent ensuite un papier sensible. On. agrandit aussi en photographiant l’épreuve positive placée très près de l’objectif : plus cette