ÉTUDES D’ENSEMBLE
d’elle pour abréger le texte. Si, du plan, vous donnez un dessin détaillé, n’ajoutez pas une description interminable et superflue. Éxitez d’être ennuyeux; ayez l’ambition d’être lu par d’autres que les typographes et les correcteurs.
11 faut, en un mot, savoir faire le départ entre les faits, ménager une place à ceux qui en valent la peine et sacrifier résolument les autres. Quelquefois, la taille d’un bloc, un bout de moulure méritent qu’on s’y arrête longuement; mais c’est une erreur de ne faire grâce au lecteur d’aucun détail.
Une autre faiblesse contre laquelle il convient de mettre en garde les auteurs de travaux archéologiques consiste dans la multiplicité des rapprochements entre l’édifice dont ils s’occupent et d’autres édifices, qui présentent avec celui-là des analogies plus ou moins lointaines. Ici encore il faut distinguer : si l’analogie permet de noter une affinité suggestive, de formuler une remarque utile, on doit la constater; il en est autrement des rapprochements quelconques, qui ne prouvent rien, sinon que l'auteur a beaucoup vu, beaucoup retenu et souvent mal compris. Il est fréquent, en effet, que ces rapprochements ne sont pas fondés. Ainsi comparer les arcatures qui décorent les façades de nos églises poitevines et telle arcature d’une façade perse et conclure que l’arcature est un motif sans originalité, c’est une étrange méprise : il ne s’agit pas de l’arcalure in abstracLo, mais d’arcatures concrètes, avec leurs caractères propres; sous cet aspect, il n’y a pas d'assimilation possible entre le Poitou du Moyen Age et la Perse antique.
Etudes d’ensemble. — Phie monographie, lut-elle excellente, ne constitue pas 1 alpha et l 'oméga de l’archéologie. La monographie est une analyse; il faut encore faire de la synthèse et mettre sur pied des travaux d’ensemble. Il est temps pour les archéologues français d’y songer; après un si grand nombre de bonnes descriptions d’édifices, le moment est venu d’aborder les généralisations.
Des archéologues, même parmi les plus connus, éprouvent pour les synthèses de ce genre une répugnance invincible;
QUELQUES CONSEILS PRATIQUES
d’autres, qui s’y essaient, n’aboutissent qu’à coudre bout à bout des notes diverses ou même contradictoires, si bien qu’arrivé à la dernière ligne de leur travail on a de la question une vue confuse et trouble. La tâche doit être comprise autrement; il faut, non pas éblouir le lecteur par l’énumération de détails, mais dégager les conclusions, mettre en valeurles grandes lignes du tableau. Un esprit clair, précis et vigoureux est pour cela nécessaire et il ne servirait guère de recommander une méthode. Je m’en tiendrai à deux ou trois conseils.
En premier lieu, quand on entreprend un travail sur un groupe d’édifices, par exemple sur les églises d’un diocèse, on peut, à la rigueur, formuler d’abord les idées générales dans une Introduction et donner ensuite un choix de monographies. Il est plus conforme à l’ordre de mettre au début les monographies, qui sont des analyses, et de finir par un exposé synthétique. Dans cet exposé on pourra verser la masse des observations recueillies, soit dans les monographies qui viennent eu tête de l’ouvrage, soit à propos des édifices secondaires auxquels on n’a pas consacré d’étude spéciale.
En second lieu, on a souvent avantage à pointer sur une carte les constatations que l’on a relevées. On ne saurait croire, si on n’a pas tenté l’expérience, quel relief une telle notation donne aux faits. Ce groupement est si lumineux que, bien souvent, les conclusions se lisent sur la carte avec une extrême facilité. A bien voir comment les faits se répartissent, on saisit pourquoi ils se répartissent ainsi : quand un certain nombre de monuments rayonnent autour d'un autre avec lequel ils présentent des analogies, il est présumable que celui-ci a inspiré ceux-là; qu’une traînée d’églises pareilles suive le cours d’une vieille voie, c’est que cette voie a charrié des influences.
Le choix des termes. — Quand l’archéologue est arrivé au moment de prendre la plume, son premier soin doit être d’employer des termes rigoureusement exacts. Si tout écrivain a le devoir d’exprimer avec précision sa pensée, il n’est pas excessif de dire que cette obligation est particulièrement impérieuse en