‹ Précis d'économie politiqueChapitre 11 sur 62 · PRÉCIS · texte numérisé non relu

PRÉCIS

l'objet de l'économie politique

Sommaire. — 1. Le domaine de la science. — 2. La matière d'une science. — 3. L'objet de l'économie politique. — 4. Le but. — 5. La définition. — 6. La méthode. — 7. L'économie politique pure et l'économie politique appliquée. — 8. Les origines.

f . Le domaine de la science. — Lorsqu'après de longues études un homme parvient à étendre son regard sur l'ensemble de la science humaine, il est frappé de l'immense quantité et de l'infinie variété de connaissances qui composent le trésor intellectuel de l'humanité.

Il comprend l'impossibilité, pour un même esprit, de posséder jamais tout entier ce trésor qui grossit sans cesse, à mesure que l'humanité vit et apprend. Les ignorants sont présomptueux, et, ne soupçonnant pas môme les obstacles naturels qui s'opposent au développement de nos connaissances, ils sont enclins à trancher toutes les questions sans les avoir étudiées. Les savants sont plus modestes; ils voient

ÉCONOMIE POLITIQUE. i

les limites de leurs propres connaissances et ils sentent leur insuffisance.

C'est pourquoi ils ont partagé cet immense domaine en plusieurs sciences; on pourrait dire, par comparaison, en plusieurs exploitations ou fermes, lesquelles sont contiguës et solidaires, mais cependant distinctes, et dont chacune est une science particulière. L économie ^politique est une de ces sciences,

8. La matière d*ane science. — Chaque fois qu'il existe, dans Tordre des choses physiques ou dans l'ordre des choses morales, une série de phénomènes distincts, se reproduisant constamment de la même manière dans les mêmes circonstances, il y a matière pour une science particulière. L'homme crée ou, pour mieux dire, dégage la science en observant ces phénomènes et en s'élevant jusqu'à la connaissance des lois générales qui les régissent.

Exemple, — Dans le cours de vingt-quatre heures, nous voyons le jour succéder à la nuit ; tous les soirs, quand le ciel est pur, nous voyons les astres se mouvoir au-dessus de nos têtes dans une direction constante, et, à certaines époques également régulières, la lune éclairer nos nuits. Il y avait là matière à une science. Cette science, qu'on a nommée astronomie, a commencé d'exister le jour où les hommes ont pu calculer avec quelque certitude et prévoir la marche des corps célestes, c'est-à-dire s'élever à line connaissance raisonnée. Elle a été définitivement constituée après que Newton - eut découvert la loi de l'attraction universelle qui préside à tous ces mouvements et qui explique l'harmonie des mondes.

L'astronomie est une des sciences les plus anciennes que l'homme ait cultivées, parce que le spectacle du ciel a, dès les premiers temps, frappé son imagination et éveillé sa curiosité.

La géologie, au contraire, est une science récente. Ce n'est guère que dans notre siècle que l'homme, en fouillant le sein de la terre, a observé attentivement que des couches de terrains semblables se succédaient dans le même ordre sur des points différents, qu'il a étudié ces terrains, les débris d'animaux ou de végétaux qu'ils renfermaient, et que, remontant

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de cause en cause, il est parvenu à la connaissance de quelques-unes des grandes lois qui ont présidé à la formation de notre globe. Il y avait là de tout temps matière à une science : cette science existe aujourd'hui.

3. L'objet de Téconomie politique. — Sur toute la surface de la terre et dans tous les temps, les hommes se sont livrés à certaines occupations et ont entretenu les uns avec les autres certaines relations dô travail, en vue de créer un produit ou d'obtenir une rémunération et de satisfaire ainsi, directement ou indirectement, aux besoins de la vie ; ils ont fait paître des troupeaux, chassé le gibier, labouré la terre, forgé le fer, pratiqué des métiers, loué leurs services, conduit des marchandises sur terre ou sur mer, vendu aux uns ce qu'ils avaient acheté des autres. Rien de plus divers que ces occupations et ces relations. Mais, sous la diversité des phénomènes, on aperçoit d'abord quelque chose de constant, à savoir l'intention de faire une chose utile.

En y regardant de plus près, on aperçoit encore autre chose. Ce n'est pas par les mêmes procédés que le cultiva-^ teur produit du blé dans son champ, que le taillandier fait une serpe sur son enclume ou le tisserand une étoffe sur son métier. Mais qu'on fasse du blé, une serpe ou une étoffe, quelque industrie ou quelque commerce qu'on exerce, il faut toujours du travail^ des outils, des matériaux, presque toujours Vassistance d'autrui et Véchange de produits contre d'autres produits.

Il y a donc là un ensemble de phénomènes d'un ordre particulier qui se reproduisent constamment dans les mêmes circonstances. Il y a là, par conséquent, matière pour une science particulière : cette science est l'Économie politique. Nous pouvons dire : L économie politique a pour objet V étude des phénomènes relatifs à la production des choses utiles; les choses utiles s'appellent richesse. En observant ces phénomènes, elle s'élève jusqu'à la connaissance des lois générales qui président à la production, au mouvement et à la consommation de la richesse.

4. Le but. — Le but de l'économie politique est tout d*abord la connaissance de ces lois. C'est le but premier et

rhonnëur de toute science que d'élever l'esprit humain jusqu'à la connaissance de la vérité et de lui faire ainsi, par quelque côté, comprendre l'ordre qui préside ài^ choses de ce monde.

Mais, comme toutes les sciences, l'économie politique a aussi une utilité pratique et très grande. Quand on a étudié les lois naturelles qui régissent les faits et les rapports économiques, on comprend mieux le mécanisme de la vie sociale ; on est plus éclairé pour bien diriger ses intérêts personnels, quelque carrière que l'on suive; on a l'esprit plus juste et, par conséquent, moins accessible aux préjugés et aux passions qui agitent beaucoup d'esprits et qui troublent parfois les Etats ; on peut plus sûremenf voir les défauts des institutions de son pays et, si l'on a voix dans les conseils, indiquer les remèdes et provoquer des améliorations qui ne sont pas des utopies. L'économie politique ne donne pas plus qu'aucune autre science l'infaillibilité; mais elle est éminemment utile pour cette triple raison qu'elle communique de la rectitude au Jugement sur les questions économiques, qu'elle aide à la bonne conduite des affaires privées et qu'elle est nécessaire à la conduite des affaires publiques,

S. La définition. — L'expression économie politique est formée de mots grecs (oixoç, vo|jlo;, iroXt;) et signifie Yart d'administrer la richesse dans les sociétés. Elle est toute autre chose que l'économie — laquelle, dans son sens le plus étroit, est une vertu privée consistant à ne dépenser son bien que dans la mesure strictement nécessaire — et que la politique, laquelle est l'art de gouverner les Etats. L'expression d'économie sociale est parfois regardée comme une variante d'économie politique, quoiqu'elle ait un sens un peu plus étendu; celle de science économique serait plus précise.

On a dit avec raison : L'économie politique est la philosophie de Vindustrie humaine; c'est là une vue élevée de la science économique plutôt qu'une définition.

L'économie politique est la science de rutile ; V économie politique est la science de la richesse : définitions un peu trop brèves. V économie politique est la science de l'échange, ou la science des valeurs : définitions trop étroites. Adam

Smith, en intitulant son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations^ a donné une définition un peu plus étendue. On peut préférer la définition suivante, plus analytique et plus précise : /'économie politique est la science, morale qui a pour objet V étude des lois na^ tur elles suivant lesquelles, dans Pétât social^ /'homme produit, répartit, échange et consomme la richesse, et même ajouter : et V étude des conséquences qui en résultent pour le bien-être, quoique cette dernière partie appartienne à l'art plus qu'à la science.

6. La méthode. — L'économie politique, qui étudie les phénomènes relatifs à la richesse et qui en induit les lois de la richesse, est nécessairement une science d'observation.

Les sciences de ce genre se divisent en deux groupes : sciences physiques et sciences morales. Les premières traitent delà nature, — l'homme considéré comme organisme vivant, fait partie de ce groupe. — Les secondes traitent de l'homme considéré comme être moral, c'est-à-dire comme être doué d'intelligence, de volonté, de liberté, soit qu'on l'étudié en luimême, soit qu'on l'étudié dans ses rapports avec ses semblables.

L'économie politique est une science morale, puisque la richesse est le produit du travail, et de la volonté de l'homme.

Mais eUe a parmi les sciences morales un rang particulier; car, ayant pour objet la richesse que Yhomme crée et consomme, elle étudie à la fois le produit et le producteur, la matière et l'homme, et semble avoir un pied sur le domaine des sciences naturelles et l'autre sur le domaine des sciences morales. Cependant c'est à ce dernier qu'elle appartient, parce que l'ouvrier est supérieur à la matière qu'il façonne et parce que, l'homme, créant et consommant la richesse, est à la fois le principe actif et la fin, dans l'œuvre économique. C'est ainsi que le droit est une science morale, quoiqu'il soit en partie consacré à régler la propriété, chose matérielle.

Cette situation mixte a quelquefois nui à l'économie politique, les sciences naturelles lui reprochant de manquer du genre de précision auquel elles sont habituées, et les sciences morales refusant de la reconnaître pour une de leurs sœurs, comme trop plongée dans la matière. Pour éviter ces erreurs.

il suffit de se rendre bien compte de sa véritable nature.

V économie politique procède par V observation des faits relatifs à la richesse; elle néglige ce qui est particulier ou accidentel, et, des traits généraux qu'elle rassemble, elle tire ses lois.

L*art de rechercher et de rassembler les faits sociaux susceptibles de dénombrement, de les grouper, de leâ présenter dans un ordre méthodique, de calculer et comparer les rapports de quantité entre les groupes, s'appelle la Statistique, laquelle peut être définie Y étude numérique des faits sociaux. Tous les faits sociaux qui intéressent la science économique ne sont pas de nature à faire l'objet d'une énumération statistique, et d'ailleurs cette énumëration n*e st

S as nécessaire pour Tobservatinn rifts |aits les plus générau x e la science économique. Néanmoins la statistique constitue une étude indispensable pour la connaissance du mécanisme général des sociétés. Quoiqu'elle fournisse aussi des documents à d'autres branches de nos connaissances, elle est surtout y auxiliaire eX^ pour beaucoup de questions, la lumière de l'économie politique et elle peut être considérée en quelque sorte comme son préparateur ; mais elle ne peut être maniée elle-même, avec profit et sécurité, que par une personne déjà versée dans cette science, de même qu'une leçon de chimie ne saurait être préparée sans danger par une personne étrangère à la chimie.

Splidaire des autres sciences morales, ses voisines, l'économie politique emprunte à la Philosophie la connaissance des plus énergiques ressorts de l'activité humaine, et elle prouve, par ses propres résultats, leur efficacité; elle recherche uniquement Vutile, mais elle corrobore les préceptes de la Morale^ en démontrant expérimentalement que l'utile, considéré dans l'ensemble des rapports sociaux, est conforme au Juste; elle examine Teffet que produisent sur la richesse les diverses législations, et elle trace au />roi7 certaines règles dont doivent s'inspirer les gouvernements ; elle puise des exemples et des enseignements dans V Histoire qui contient la longue suite des expériences d'organisation économique faites par les sociétés humaines et elle éclaire l'his-

torien sur les lois qui résultent de ces expériences et sur les raisons de la prospérité ou de Tappauvrissement des nations; elle interroge également la Géographie à laquelle elle demande Tinfluence exercée par le sol et par le climat sur la production et le commerce, et à laquelle elle enseigne à rapporter les effets économiques à leurs causes.

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