La terre. — L'expression de terre comprend
La portion de mer appropriée dans le voisinage des côtes où se trouvent les pêcheries et les parcs et qui est réservée, comme propriété nationale, aux pêcheurs de la nation ; les eaux douces, qui sont des propriétés publiques ou des propriétés privées et qui, outre l'eau qu'elles fournissent pour tous les usages de la vie, servent à la navigation, à la pêche et produisent des forces motrices ; la surface du sol, c'est-àdire la terre proprement dite, qui sert à l'agriculture, aux constructions, aux routes ; le sous-sol, qui constitue les carrières et les mines.
La terre proprement dite, qui est le fonds agricole, est de beaucoup la catégorie la plus importante. Comme elle est
tout appropriée dans les contrées civilisées, elle constitue la propriété immobilière ou propriété foncière. Comme elle est un instrument de production, elle est désignée aussi par le nom de capital foncier; ces mots comprennent, il est vrai, non seulement la terre elle-même, mais toutes les améliorations foncières qui y ont été faites et les constructions qui y ont été élevées.
Dans les pays non civilisés, la terre est une richesse naturelle à laquelle le travail de l'homme n'ajoute rien ; il ne fait que recueillir les fruits et racines qui y poussent spontanément ou saisir les animaux qui y vivent. La terre ne peut pas y être considérée comme un capital, puisqu'elle n'est pas un instrument de production et qu'elle ne procède pas d'un travail épargné.
Dès que l'homme met du bétail dans une prairie, la terre devient un instrument de production; elle n'a cependant encore que vaguement le caractère de capital.
Lorsque l'homme Tenclôt, la laboure, l'ensemence, la sarcle, elle est évidemment un capital ; car elle est devenue un instrument de production dont la productivité est due principalement à la somme de travail que l'homme y a en quelque sorte enfouie. C'est pourquoi certains économistes, remarquant que la terre ne vaut rien par elle-même, que personne ne s'empresse d'aller prendre possession des immenses espaces qui restent encore inappropriés sur le globe dans les contrées désertes ou sauvages, que la terre n'acquiert en général de la valeur que quand l'honune l'a travaillée et qu'elle l'acquiert à peu près dans la mesure du travail dépensé soit sur le fonds même, soit dans le voisinage du fonds de manière à lui communiquer de l'utilité^ ont pensé que le capital foncier ne se distinguait pas essentielle^ ment des autres capitaux, et qu'il suffisait à l'analyse économique de deux éléments de la production ayant droit à une rémunération, le travail et le capital mettant en oeuvre par leur action combinée les forces gratuites de la nature,
n y a une grande part de vérité dans cette théorie. Néannu)ins la conclusion est excessive. La terre appropriée est sans doute un capital, mais un capital d'une nature tout à
fait distincte et qu'il convient, par conséquent, de distinguer par l'analyse scientifique, tout en montrant la pareiïté des diverses espèces de capitaux.
Les capitaux mobiliers sont susceptibles d'un accroissement indéfini, et, par conséquent, il peut arriver qu'on les livre à meilleur marché même quand leur emploi a considérablement augmenté. La terre^ ou capital foncier, est en quantité déterminée 'dans chaque contrée; cette quantité n'est pas susceptible d'accroissement, et, quand la terre est plus demandée, il faut la payer plus cher.
La terre fournit, directement {végétaux et minéraux) ou indirectement [animaux)^ la substance de tous les pro^ duits de t indus trie humaine, ^Les autres capitaux ne fournissent que des moyens de production.
Les capitaux mobiliers sont tout entiers le résultat du travail et de l'épargne ou de la plus-value des richesses déjà créées . La terre contient en elle une puissance productive qui lui est propre, la force végétative, laquelle varie considérablement d'un sol à l'autre et établit de grandes différences dans la valeur des terres, ou une force motrice, la chute d'eau, ou des richesses naturelles que l'homme n'a qu'à exploiter, par exemple dans la forêt et dans la mine. Cette puissance et ces richesses ne proviennent pas de l'épargne et elles fécondent le travail de l'homme, en même temps qu'elles sont fécondées par lui.
•Ce sont autant de différences qui distinguent le capitalterre des autres capitaux.
Les quatre principaux emplois économiques de la terre sont : l'agriculture, le lieu des constructions, la pêche, les mines. L'agriculture, qui nourrit les hommes, étant le plus important, nous indiquerons les grandes lois économiques qui régissent la propriété agricole.