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INDUSTRIE COMMERCIALE OU COMMERCE

Puisque c'est pour satisfaire ses besoins que l'homme travaille, il a dû conformer ses travaux à la nature et à la diversité de ces besoins. Aussi, qui veut tenter une classification méthodique des innombrables industries dont l'ensemble constitue l'industrie humaine peut en chercher la règle dans l'étude même des besoins.

Les besoins à satisfaire sont ceux du corps et ceux de Vesprit, besoins matériels et besoins intellectuels; il faut nourrir, vêtir, loger le corps et le transporter ainsi que tous les objets utiles à la production et à la consommation ; il faut instruire et récréer l'esprit. De là, dans l'industrie manufacturière, quatre grandes catégories qui correspondent à ces quatre espèces de besoins et qui travaillent à les satisfaire : industries de r alimentation, industries du vêtement, industries du logement, industries des besoins intellectuels. Les industries du transport forment une catégorie particulière qui a des rapports avec toutes les autres.

Il faut observer toutefois que le besoin de nourriture trouve en grande partie sa satisfaction directe dans l'agriculture, qui lui fournit certains produits, tels que fruits, légumes, viande, n'exigeant pour être consommés aucune main-d'œuvre industrielle.

Pour fabriquer les produits propres à la satisfaction de nos besoins personnels, il faut souvent donner aux matériaux une ou plusieurs façons préalables ; il faut toujours employer des outils, presque toujours des machines et des agents chimiques : plus l'industrie est développée, plus les outils et machines sont nombreux et compliqués, plus aussi les agents chimiques jouent un rôle considérable. Il y a encore là une catégorie particulière d'industries qui travaillent pour la production afin de la rendre plus facile ; nous la désignons sous le nom d'industries préparatoires, divisées en industries mécaniques et en industries chimiques.

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Aucune classification ne saurait être absolument rigoureuse, parce qu'il y a des industries qui servent à plusieurs fins à la fois et parce qu'il est impossible de fixer dans des limites infranchissables les besoins de l'homme et les modes de l'activité humaine. Néanmoins, celle que nous donnons est utile pour aider l'esprit à se reconnaître dans l'immense champ de la production; elle est résumée dans le tableau précédent qui présente l'ensemble des modes de l'activité humaine appliquée à rendre des services, c'est-à-dire à produire de l'utilité.

SI. Le gronpeiBeiit des indnstrleB- — Toutes les branches de l'industrie humaine ne sont pas également développées dans tous les lieux et dans tous les temps ; elles subissent l'influence des conditions sociales el des conditions naturelles.

1» Examinons d'abord les conditions sociales. Nous voyons, à la lumière de Thistoire et de la géographie, que l'industrie est rudimentaire et simple chez les sauvages, développée et très variée chez les peuples d'une civilisation avancée : c'est une application d'une loi que nous^avons constatée relativement à la division 'du travail. Nous voyons que les hommes cultivent d'ahord les branches les plus nécessaires à l'entretien de la vie, c'est-à-dire commencent par se procurer, grâce à la chasse, à la pêche, à une culture grossière, des aliments ; qu'en second lieu, ils songent à se bâtir des abris meilleurs que les antres des rochers ou le feuillage des arbres, et construisetit des huttes, puis des maisons ; que, selon les climats, ils s'inquiètent, tôt ou tard, de se vêtir, jetant, au début, sur leurs épaules, les dépouilles des bêtes dans le nord, s'ornant, sous le ciel des tropiques, de quelques parures, H n'apprenant que dans un état plus civilisé à confectionner des tissus et des habits. Cependant les trois branches primordiales de l'alimentation, du vêtement et du logement existent actuellement, ainsi que celle du transport, même chez la plupart des peuples les plus arriérés du globe. Le progrès de la richesse développe ces branches et les diversifie presque à l'infini.

Quant aux industries des besoins intellectuels, on peut dire qu'elles sont le cachet des peuples civilisés : chez eux seuls on rencontre des papetiers, des imprimeurs, des graveurs, etc.

Le nombre des industriels et la diversité des industries augmentent à mesure que la richesse et la civilisation s* accroissent.

Entre les diverses industries, il y a une proportion natuturelle : si tout un peuple s'adonnait exclusivement au bâtiment ou au transport, ce peuple mourrait promptement de faim. Mais quelle est la proportion et qui se chargera de la fixer? Elle est essentiellement variable, puisque chaque progrès de la civilisation permet à une nouvelle industrie de se produire ou à une industrie ancienne de s'accroître. La hausse ou la baisse constante des salaires et des profits dans une industrie est V indice le plus certain de V insuffla

LES INDL'STRIES 107

sance ou de l'excès d'un genre particulier de production ; la liberté du travail permet aux individus de profiter de cet indice et tend à maintenir l'équilibre entre les différentes branches de l'industrie.

C'est souvent aux conditions sociales qu'est dû dans un pays civilisé le groupement d'un grand nombre d'industries sur certains points. Quelle que soit la cause qui ait d'abord donné naissance à de grandes agglomérations d*hommes^ leur présence devient une cause d'attraction industrielle d'autant plus énergique que la masse des consommateurs est plus considérable : cette loi n'est d'ailleurs qu'un corollaire de la loi générale exprimée plus haut. C'est ainsi que Paris est devenu la ville de France où l'industrie est le plus active, le plus variée, le plus divisée, et le marché où l'on se procure le plus aisément des ouvriers en tout genre ; que la fabrication des tissus de coton à Mulhouse et dans les environs a engendré la fabrication des produits chimiques et des machines.

2° Les conditions de la nature ont pour effet d* amener une certaine division du travail selon les climats et selon les qualités propres à chaque portion du territoire.

Par exemple, la navigation maritime ayant nécessairement pour point de départ les parties de côtes qui présentent aux navires un accès facile et un abri sûr, l'industrie de la construction des navires, laquelle est une dépendance de l'industrie du transport, se fixe d'ordinaire dans ces mêmes endroits et y est d'autant plus importante que la navigation est ellemême plus active.

La riche agriculture de nos départements du nord produit une grande quantité de betteraves : c'est dans le nord que s'établissent nos fabriques de sucre. La nature a placé nos plus riches dépôts houillers dans le voisinage de Valenciennes et dans le département de la Loire : auprès du bassin de Valenciennes et du bassin de la Loire s'installent en grand nombre les industries qui consomment beaucoup de combustible, telles que verreries, hauts fourneaux, forges.

En règle générale, on peut dire que les industries obéissent dans leur groupement aux attractions, naturelles ou

sociales, suivantes ; elles s'établissent dans le voisinage de la matière première, afin d'économiser sur les transports, ainsi que font les hauts fourneaux en se plaçant près des houillères ; près de la force motrice, lorsque celle-ci ne peut pas se déplacer, comme font les moulins à eau ; à proximité d'une main-d'œuvre abondante, de manière à avoir toujours en nombre suffisant des ouvriers exercés, comme font les filatures en Alsace ; près de leur débouché , afin de voir mieux les besoins de leur clientèle, de s'en inspirer et de les satisfaire promptement, comme font les industries de luxe à . Paris.

S!^. Les divers modes de culture. — L'agriculture, qui

nourrit les hommes et fournit la plupart des matières utiles à l'industrie, mérite, à cause de son importance, qu'on sache sommairement comment elle procède.

L'homme ne crée pas les conditions naturelles du climat et certaines conditions du sol qui déterminent une grande diversité des productions agricoles ; l'effort de l'agriculteur doit consister à les étudier et à y conformer la règle de ses travaux. Mais, par son travail, « l'homme fait la terre », comme Ta dit un grand écrivain ; c'est-à-dire que, par des soins intelligents et à l'aide de capitaux bien employés, il améliore le sol cultivable.

L'homme fait les conditions sociales qui permettent divers modes d'exploitation du sol et qui sont en quelque sorte les périodes de la civilisation agricole :

1® La période forestière correspond à l'état sauvage ; le sol, sans aucune culture, se couvre de forêts, de savanes, de marais, et l'homme vit de chasse et de pêche.

2° La période pastorale correspond à la vie patriarcale des tribus à demi nomades ; les troupeaux y constituent la principale richesse. On subordonne donc, comme le font aujourd'hui les Tartares ou les Arabes du sud de l'Algérie, toute l'économie sociale à l'élevage des bestiaux ; on fixe les tentes là où la nature fait pousser l'herbe, et on les transporte ailleurs, quand la saison a fait disparaître cette herbe ou quand les animaux l'ont mangée.

On ne cultive que quelques rares céréales pour les besoins

de la tribu ; mais comme, durant cette période, la population est très clair-semée et que l'espace ne lui manque pas, on ne cultive pas deux ans de suite le même champ. C'est ce qu'on nomme la culture nomade.

3° La période agricole correspond à la vie sédentaire des sociétés fixées sur le sol; l'homme laboure la terre et la culture dominante est celle des céréales nécessaires pour nourrir une population plus dense. Durant cette période, les défrichements se multiplient, comme l'histoire nous le montre au moyen âge dans l'Europe centrale et orientale; les forêts et les pâturages reculent vers les montagnes ou vers le bord des cours d'eau. On pratique la jachère^ c'est-à-dire que, tous les deux ou trois ans, on laisse se reposer la terre fatiguée par la continuité de récoltes toujours semblables : c'est ce qu'on nomme la culture extensive. On a encore peu de science et peu de capital ; mais on dépense du travail sur le sol et on consomme presque tous les produits sur place.

4® La période industrielle et commerciale correspond à la période du développement de l'industrie manufacturière. Les villes se peuplent, et les campagnes produisent, non seulement pour leur propre subsistance, mais pour la subsistance des populations urbaines. Le bétail est augmenté ; les instruments le perfectionnent et la culture devient un art plus varié.

On pratique encore la culture extensive ; mais on tend de plus en plus à la culture intensive^ c'est-à-dire à celle qui, appliquant beaucoup de capitaux sur une surface donnée du sol, tire de cette surface beaucoup de produits. Ce mode ne s'accommode plus des pâturages permanents et des pâtis de la période précédente ; il faut un fourrage abondant pour nourrir un bétail nombreux, et l'on imagine de créer des prairies artificielles en supprimant la jachère : de là, le nom de culture fourragère. On cultive dans le même but des racines et des légumes. Dans son état le plus avancé, ce mode fournit non seulement de la viande et des céréales à l'alimentation humaine, mais des matières premières, betterave, colza, lin, pavot, tabac, etc., à la manufacture : il est désigné alors sous le nom de culture industrielle.

Il y a une culture plus intensive encore : la culture ma-

ratchf)re, qui applique à la l'ois beaucoup de capitaux et beaucoup de travail à une surface donnée, et en tire, à force de fumier, d'eau et de main-d'œuvre, une continuité de riches récoltes en légumes et en fruits. Elle ne peut être pratiquée avec succès que dans le voisinage ou pour Tapprovisionnement des grandes villes.

L abondance du capital est la principale source du progrès agricole. Le capital agricole se divise en deux espèces :

10 Le capital foncier^ c'est-à-dire, d'une part, le fonds luimôme avec les améliorations, défrichement, drainage, etc., qui se sont incorporées dans le sol et qui en augmentent la fertilité et la valeur; d'autre part, les bâtiments;

2° Le capital d'exploitation, ou capital mobilier, consistant en instruments de culture, en bestiaux, en semences, en matières premières et approvisionnements divers de la ferme. Certains agronomes subdivisent le capital d'exploitation luimôme de la manière suivante : capital engagé, bétail, matériel, amendements, etc. ; capital de roulement, représentant les dépenses dont les rentrées ont lieu en général d'une récolte à l'autre, comme salaires, semences, etc. ; capital de réserve, qu'il est bon de ménager en cas d'accident imprévu ; capital de fabrication, servant à distinguer l'entreprise industrielle, s'il y en a une, comme huilerie, distillerie, etc., de l'entreprise purement agricole.

11 ne suffit pas de posséder un gros capital ; il faut savoir bien l'employer, tout d'abord bien proportionner le capital d exploitation au capital foncier et les diverses subdivisions du capital d'exploitation entre elles, de manière que toutes les branches de l'entreprise se secondent mutuellement sans jamais se nuire et que les capitaux successivement engagés se dégagent au fur et à mesure des besoins successifs. Un agriculteur qui dépenserait en défrichements presque tout son argent et qui n'aurait plus ensuite de quoi acheter des bestiaux, ou qui achèterait beaucoup de bestiaux sans songer qu'il produit une quantité de foin, de paille et de légumes tout à fait insuffisante pour les nourrir, ressemblerait à un insensé qui, bâtissant une maison, l'orne-

rail, avant de Tavoir achevée, de peintures et de meubles somptueux, et qui n'aurait plus ensuite d'argent pour la couvrir d'une toiture. Des agronomes ont calculé qu'ci mesure Que la culture devient plus intensive, le capital d'exploitation doit augmenter par rapport au capital foncier en raison progressive.

Il y a deux règles générales de l'exploitation agricole : la première, tirée de l'ordre physique, est de rendre à la terre au moins Véquivalent de ce que les récoltes lui enlèvent,^ sans quoi le sol s'épuiserait promptement ; la seconde, tirée de l'ordre économique, est de faire produire à un fonds de terre la plus grande somme d^utilités que comportent la fortune du cultivateur et le milieu dans lequel il opère. C'est sur ces deux règles qu'est fondée la théorie des assolements, c'est-à-dire de la succession des cultures qu'il est le plus avantageux de faire produire à une même terre.

Un bon assolement conduit, quand le capital d'exploitation est suffisant, à la suppression de la jachère, ce qui est une application de la seconde règle; il conduit aussi à faire, en vertu de la première règle, alterner les plantes améliorantes, telles que le trèfle et la luzerne, et les plantes saliséantes, telles que le blé, les plantes sarclées, telles que la betterave, à bien fumer et amender la terre, conformément à la maxime de Mathieu de Dombasle : « Un arpent de terre bien amendé en vaut deux, » à agencer la succession des cultures de manière à laisser le moins longtemps le sol inoccupé, c'est-à-dire le capital foncier improductif.

RÉSUMÉS

L'industrie humaine est l'activité humaine appliquée à produire des utilités. — Elle comprend : Yindustrie agricole ou agriculture^ avec la pêche et la chasse; Vindustrie proprement dite, divisée en industries extractives, industries manufacturières qui se subdivisent en industries préparatoires, industries de consommation, -Qt l'industrie commerciale ou commerce.

Le nombre des industriels et la diversité des industries augmentent à mesure que la richesse et la civilisation s'accroissent.

La hausse ou là baisse constante des salaires et des profits dans une industrie est l'indice le plus certain de l'insuffisance ou de l'excès d'un genre particulier de production.

Les conditions de la nature ont pour effet d'amener une certaine division du travail selon les climats et selon les qualités propres à chaque portion du territoire.

Les industries dans leur groupement obéissent surtout aux attractions suivantes : proximité de la matière première, de la force motrice, de la main-d'œuvre, du débouché.

Les grandes périodes de la civilisation agricole sont : période forestière, pastorale, agricole, industrielle et commerciale. — L'abondance du capital est la principale source du progrès agricole. — Il importe de bien proportionner le capital d'exploitation au capital foncier, de rendre à la terre au moins l'équivalent de ce que les récoltes lui enlèvent, et de faire produire à un fonds de terre la plus grande somme d'utilités.

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