Le minlmnm et la hausse des salaires. — On
achète le travail comme on achète les produits : de là, les nombreuses ressemblances dans la manière dont travail et produits obéissent à la loi de l'offre et de la demande. De même que la concurrence entre les producteurs conduit à vendre les produits aussi bon marché que possible, c'est-àdire à un prix qui diffère peu de celui qu'ils ont coûté à
produire, de même aussi la concurrence entre les journaliers ou ouvriers qui n'ont gu^re que leurs deux bras à offrir établit le taux des salaires inférieurs à peu près au niveau des frais d'entretien du travailleur.
Il y a cependant entre produits et travailleurs une différence essentielle. On tend à acheter les produits ce qu'ils coûtent, et la concurrence rapproche en effet le prix de vente du prix de revient : ce qui est un bien, puisque la consommation y gagne. Le travail tend à se vendre ce qu'il vaut^ c'est-à-dire à obtenir une rémunération égale à Futilité qu'il procure : ce qui est encore une chose bonne et juste. L'ouvrier des villes pourrait se contenter, comme naguère le paysan, d'une blouse bleue, d'un pantalon de toile et d'une paire de sabots; mais il ne le veut pas et ne le peut même plus; d'autres habitudes sont prises, et, comme son travail vaut plus, il demande et il obtient davantage. Le directeur pourrait, au besoin, subsister en se logeant et en se nourrissant comme un employé subalterne; mais il sait qu'il vaut mieux, et il exige davantage.
C'est pourquoi les ouvriers réclament avec succès un salaire plus fort à mesure qu'ils sont plus intelligents et plus habiles, a mesure que les capitaux deviennent plus abondants et la demande de travail plus grande, à mesure que le perfectionnement de Voutillage industriel leur permet de produire davantage dans un même temps ; car, par chacune de ces causes, le travail vaut plus.
H ne faudrait pas pousser jusqu'à ses extrêmes limites les conséquences de cette observation, parce que la concurrence agit dans une certaine mesure sur les producteurs comme sur les produits. Néanmoins, la différence qui existe à cet égard entre le produit et le travail contribue à expliquer comment le bon marché du produit se concilie avec l'accroissement du bien-être du producteur.
n faut renoncer à fixer le maximum de la valeur d'une journée de travail ; mais on peut demander quel est le minimum. La logique répond : c'est la somme rigoureusement nécessaire pour entretenir la vie et les forces du travailleur, de même que le minimum de la valeur normale 4'\xtv
produit est son prix de revient. Mais la pratique ne se conforme pas toujours au raisonnement.
En premier lieu, il arrive en temps de crise, de famine, et dans diverses circonstances particulières, que le travail se donne parfois à un taux inférieur aux frais d'entretien du travailleur^ comme les marchandises se vendent au-dessous du prix de revient : un pareil état ne peut pas d'ailleurs être de longue durée.
En second lieu, l'expression de somme rigoureusement nécessaire à l'entretien du travailleur est, malgré son apparente précision, tout à fait vague, parce que cette prétendue quantité fixe est extrêmement variable^ qu'elle n'est pas la même dans tous les pays, dans tous les temps, et que, dans un temps et un pays donnés, elle n'est pas la même à la ville qu'à la campagne, dans telle ville que dans telle autre, dans telle profession que dans telle autre.
En troisième lieu, les ouvriers mariés sont en concurrence avec les ouvriers célibataires et la moyenne qui en résulte est souvent désavantageuse aux phes de famille ; pendant que les célibataires vivent largement et dépensent quelquefois inconsidérément, les ménages vivent avec peine et sont quelquefois dans un état de déficit permanent.
60. Les réserves du salaire. — Quel qu'il soit, faible- OU fort, le salaire n'embrasse que le présent; par conséquent, il exige, plus que toute autre forme de rémunération, la prévoyance de l'avenir; malheureusement, l'ouvrier est souvent imprévoyant. Ce mois, cette semaine, ce jour, tel ouvrier a travaillé ; il a payé son logement, son entretien, sa nourriture et celle de sa famille, et il n'a pas fait de dettes. Est-ce assez? Non sans doute. Car le mois prochain apportera peut-être le chômage ou la maladie; plus tard, viendra certainement la vieillesse. Le patron est sans doute exposé aux mêmes accidents ; mais il peut vivre pendant un temps aux dépens de son capital, et il travaille d'ordinaire en vue de vivre un jour sur le revenu de ses épargnes. L'ouvrier n'a pas de capital; avec son salaire il doit faire face non seulement au présent^ mais à Vavenir, et, s'il est sage, s'efforcer de comprendre dans son budget journalier non seulement V entretien
actuel de sa personne, de sa famille , de son mobilier et de ses outilsy mais aussi, en second lieu, les moyens de sub^ venir pendant les chômages aux besoins des siens et aux frais de maladie^ et, en troisième lieu, les moyens de vivre et de faire vivre sa femme durant la vieillesse.
RÉSUMÉS
Les trois facteurs de la production sont : le travail salarié, le capital, le travail d'entreprise.
A chacun suivant ses œuvres : c'est la loi de la répartition par la liberté.
L*esclavage est une institution non seulement inique au point de vue du droit, mais ma,uvaise au point de vue économique.
Le salariat est un contrat libre de louage du travail. — L'ouvrier est un travailleur qui reçoit sur les capitaux d'autrui une rémunération stipulée d'avance, qu'on nomme salaire, pour exécuter un certain travail avec les capitaux d'autrui.
Comme tout ce qui a une valeur, le salaire est soumis à la loi de l'offre et de la demande. — Capitaux abondants, salaires élevés. — Beaucoup d'entrepreneurs demandant le travail des ouvriers, salaires élevés. — Industries qui exigent des talents spéciaux de force, d'adresse ou de science, salaires élevés.
Les honoraires d'un médecin sont la rémunération d'un service rendu et non un salaire.
On tend à acheter les produits ce qu'ils coûtent, et le travail tend à se vendre ce qu'il vaut : d'où, accroissement des salaires à mesure que l'industrie se perfectionne.
gur son salaire, l'ouvrier doit non seulement pourvoir à son présent, mais faire les réserves nécessaires à son avenir.
Sommaire. — 61 . Le métayage, le fermage et la part du capital foncier. — 62. La théorie de la rente foncière. — 63. La théorie générale de la rente. — 64. La coopération du capital. — 65. La gratuité du crédit. -- 66. Le taux de l'intérêt. — 67. La réglementation de l'intérêt. — 68. La conservation des capitaux.