Le métayafi^e, le fermage et la part da eapltal
foncier. — Lorsque le propriétaire cultive lui-même sa terre, et surtout lorsqu'il la cultive par ses mains et par celles de sa famille, il réunit dans sa personne la triple qualité de capitaliste foncier, de travailleur manuel et d'entrepreneur et, s'il a des bénéfices, il les recueille sans beaucoup se soucier de les diviser en trois parts. La division n'apparaît nettement que si le propriétaire loue son bien. Les deux principaux modes de location sont le métayage et le fermage.
Le métayage est un contrat par lequel le propriétaire fournit la terre et le matériel d^ exploitation et a droit à une part déterminée dans les produits. C'est le mode d'amodiation ordinaire des contrées pauvres. Il peut être pratiqué par un cultivateur ne possédant aucun capital ; dans ce cas, le métayer fournit son travail; le propriétaire fournit non seulement le sol et les bâtiments, mais le mobilier agricole, bétail, outils, etc. Tous deux forment ainsi une sorte d'association dans laquelle l'un apporte son capital foncier et mobilier, l'autre ses bras, ceux de sa famille ou des journaliers qu'il loue, et ils conviennent de partager les fruits de tout genre qui résulteront de cette association. Le partage se fait ordinairement par moitié,, ainsi que l'indique Tétymologie des mots métayage et métayer.
Le capital mobilier prêté par le propriétaire se nomme cheptel. C'est une sorte de commandite en nature, qui peut être fournie non seulement dans le métayage, mais dans le fermage ; dans ce dernier cas, il consiste presque toujours en bestiaux.
Un économiste agronome, Léonce de Lavergne, a dit avec
raison que, pour qu'une agriculture fût florissante, il fallait trois conditions : un sol fertile et bien préparé par des travaux antérieurs, un gros capital et un cultivateur intelligent. Or, le sol n'est jamais bien préparé là où le capital est peu abondant, le capital est naturellement peu abondant là où le cultivateur ne possède que ses bras, et, là où règne la pauvreté, l'homme a, en général, 'peu de moyens de développer son intelligence. Tous arguments qui confirment cette proposition : Le métayage est le mode dC amodiation ordinaire des contrées pauvres. Un de ses plus grands inconvénients, comme Ta clairement démontré Hippolyte Passy, est de gêner la liberté et de nuire à introduction des cultures perfectionnées.
. Cette règle a des exceptions. 1** Sur un sol dont la richesse dépend de la construction et de l'entretien de certains travaux d'art pour l'irrigation ou le drainage, le propriétaire peut avohr intérêt à prendre des métayers, en se chargeant lui-même des lourdes dépenses d'aménagement et de conservation que n'accepterait pas facilement un fermier : c'est ce qui a lieu dans les plaines savamment irriguées de la Lombardie. 2° Sur un domaine ordinaire, un propriétaire, riche et instruit dans l'art agricole, peut aussi avoir intérêt à prendre des métayers, parce qu'intervenant dans toutes les opérations, il se réserve de les diriger. Quand les métayers possèdent eux-mêmes un certain capital en bestiaux, en instruments de culture, etc., le métayage devient ainsi une association fructueuse, dans laquelle L'un apporte son intelligence, son travail et son capital , l'autre son intelligence, sa terre et la puissance d'un capital supérieur, applicable à certains cas déterminés, par exemple à des achats d'engrais, à une transformation d'assolement, à une entreprise de culture nouvelle. Dans ces conditions,, le métayage est un moyen de progrès^ réunissant précisément les trois conditions requises : intelligence et capital sur une bonne terre.
Le fermage est un contrat par lequel le propriétaire loue sa terre pour un temps et moyennant une somme déterminée. Cette somme peut d'ailleurs être stipulée payable toute en argent, ou partie en argent et partie eu u^VMt^. Ce
mode (T amodiation est le plus usité dans les contrées riches^ et le plus propre, dans la plupart des cas, à faire rendre à la terre la plus grande somme de produits.
Le fermier^ ou cultivateur, qui exploite ainsi la terre d'un propriétaire en vertu d'un bail à ferme^ jouit de l'avantage suivant : pourvu qu'il paye régulièrement le prix annuel de sa location et qu'il respecte les clauses générales de son bail, telles que celles de cultiver en bon père de famille, de consommer les fumiers sur place, etc., il demeure maître d'user, comme il l'entend, du fonds dont il a acheté l'usage. H s'applique à en tirer le plus grand profit possible, assuré de recueillir pour lui-même tout l'excédent de ses frais de production. C'est le mode qui laisse à la liberté du cultivateur le champ le plus large et qui excite le plus en lui le ressort puissant de V intérêt personnel.
On peut ajouter : C'est un mode qui ne peut être pratiqué que par des fermiers possédant un capital assez considérable pour meubler la ferme d'outils et de bestiaux, pour faire les avances à la culture et payer, quelquefois avant la vente des produits, le fermage au propriétaire; par conséquent, c'est un mode qui présuppose l'existence du capital.
Rien n'est parfait : le bail à ferme peut présenter certains inconvénients. Le plus grave danger est que ie fermier, n'ayant qu'une jouissance temporaire, et appliqué à obtenir durant le temps de son bail le plus grand produit net, n'épuise le sol et n'évite de lui donner les façons nécessaires pour en entretenir la fertilité. Ce danger n'est pas sans remède; le propriétaire peut en partie l'évitera l'aide de certaines clauses particulières de son contrat; il peut surtout l'atténuer en signant de longs baux qui identifient, pour ainsi dire, l'intérêt du fermier et l'intérêt de la terre.
Métayage ou fermage, revenu variable ou fixe, payement en denrées ou en argent, le propriétaire reçoit annuellement une somme qui est le prix de location de sa terre, prix souvent dégagé de tout autre élément dans le fermage, confondu dans le métayage avec l'intérêt du capital d'exploitation. Ce prix de location, c'est la part de la terre dans la répartition : on la nomme rente ou rente foncière.
Une exploitation agricole a donc en réalité à faire quatre parts dont les deux premières sont des subdivisions du capital : la rente de la terre, Vintérêt du capital, le salaire du travail, le profit de Tentreprise.