Les douanes, la protection et le libre échange
Pour constater le mouvement du commerce extérieur, pour percevoir des droits sur les marchandises qui entrent et qui sortent ou pour les empêcher d'entrer et de sortir, les gouvernements ont établi les douanes sur la frontière de l'Etat. Les droits de douane comprennent des taxes à l'exportation et des taxes à l'importation.
Les taxes à F exportation sont rares^ parce que les gouvernements considèrent en général comme d'une bonne politique de faciliter le placement des produits nationaux à l'étranger. En cela, ils ont raison. Une des exceptions à cette règle est le cas où un pays jouit à peu près du monopole d'un produit agricole ou minéral et prélève, sous forme de droits d'exportation, un impôt que supporte en grande partie l'acheteur étranger.
Les taxes à Vimportation sont nombreuses et figurent comme une des sources importantes du revenu de presque tous les Etats civilisés. Elles peuvent être détertainé^^ i'isj^^^'^
des systèmes douaniers différents : le système restrictif, qui comprend le régime prohibitionniste et le régime protecteur avec plusieurs variétés d'application; le système libéral^ qui comprend le libre-échange et le régime fiscal.
Le système restrictif frappe de prohibition ou de fortes taxes les produits de certaines industries étrangères, moins en vue de procurer un gros revenu au Trésor public que d'empêcher ou de gêner Timportation et la vente de ces produits. Son but déclaré est la protection de Vindustrie na^ tionale : c'est pourquoi on le désigne sous le nom de système protecteur. Le système mercantile, qui consiste à régler les douanes en vue d'exporter beaucoup de marchandises et d'en importer peu et de recevoir le complément ou balance en métaux précieux, est une variété du système protecteur; le système prohibitif q?X le système protecteur poussé à ses conséquences extrêmes; le système compensateur, qui prétend compenser par une taxe douanière la charge des impôts supportés par le producteur national, en est une forme atténuée,
La protection douanière est fondée sur le raisonnement suivant. Il est bon qu'une nation riche exerce toutes les grandes industries dont elle peut se procurer la matière première et il est bon que son gouvernement, protecteur des intérêts nationaux, favorise le développement de ces industries. Si une nation étrangère fabrique une certaine marchandise à meilleur marché qu'elle, il faut que le gouvernement mette sur cette marchandise un droit assez élevé pour que le produit étranger revienne plus cher que le produit indigène et que l'avantage reste à ce dernier sur le marché national ; par là, se trouve écartée une concurrence qui, dit-on, ruinerait la manufacture nationale et on espère que cette manufacture pourra se soutenir et se développer grâce à la protection douanière qui lui confère une sorte de monopole national. On fait valoir en faveur de ce système plusieurs considérations : doter le pays d'industries nécessaires ou lucratives que la concurrence étrangère étoufferait dans leur germe ; assurer ainsi du travail et du bien-être à la population ouvrière du pays ; se rendre indépendant de l'étranger en se dispensant de lui acheter des produits dont on suppose
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qu'il aur£|it acquis le monopole après avoir ruiné l'industrie nationale.
Sans doute, le gouvernement a' le devoir de favoriser le développement des forces productives de la nation : il le fait, par exemple, en entretenant des écoles. On ne peut donc lui dénier tout droit de donner des encouragements à cer^ taines industries : il le fait, par exemple, en décernant des prix dans des concours. Mais la protection douanière est-elle un bon mode d'encouragement?
1** Elle impose un sacrifice dont il est presque impossible de mesurer l'étendue. En effet, si l'on met un droit de 30 francs sur un produit valant environ 130 francs sur le marché national, c'est qu'on estime que le producteur étranger pourrait le livrer à 100 francs, tandis que le producteur national ne peut pas le fabriquer à moins de 130 francs et qu'on juge utile de faire payer aux consommateurs ce supplément de 30 francs. Or, à combien se monte le sacrifice imposé à la consommation par cette augmentation du prix? A peu de chose peut-être, si l'industrie est languissante; mais, si elle prospère, — et c'est le résultat qu'on espère atteindre, — le sacrifice, autrement l'impôt établi sur la consommation au profit de certains manufacturiers, se multipliant par le nombre des unités du produit vendues, peut s'élever à une somme considérable. Si le gouvernement avait, au lieu de promulguer un tarif protecteur, assuré une prime fixe à chaque produit sorti des fabriques nationales, comme on l'a fait parfois, notamment pour la marine, il aurait du moins connu l'étendue du sacrifice qu'il exigeait de la nation.
2° Quand on promulgue' un tarif protecteur, on pense l'établir seulement pour la période de temps nécessaire à la consolidation de l'industrie profégée ; c'est un moyen d'éducation; on n'oserait pas le réclamer si l'on croyait ou si l'on disait que celte industrie dût rester toujours impuissante et le sacrifice être perpétuel. Cependant l'histoire ne présente guère d'exemple d'une industrie venant déclarer au gouvernement qu'elle est devenue adulte et qu'elle peut se passer désormais des faveurs d'une tutelle. Les raisons en sont bien simples.
Jamais un industriel, si sa manufacture prospère, ne juge qu'il fait trop de bénéfices. Tant qu'une industrie donne des profits, les capitaux et les entrepreneurs se portent de ce côté et, suivant la situation et l'habileté de chacun, il s'établit une échelle très variée de profits, depuis ceux qui font fortune jusqu'à ceux qui végètent péniblement; pour ces derniers, le moindre abaissement des tarifs, (Quelque élevés qu'ils soient, est probablement et restera à toute époque une cause de ruine.
En second lieu, les manufacturiers qui réalisent des bénéfices ne sont pas disposés à faire de grosses dépenses pour perfectionner leur matériel d'exploitation et à abaisser leur prix en diminuant, à force de capitaux et de peines, leur coût de production tant que la concurrence ne les y contraint pas, et, comme la douane a écarté la concurrence, ils risquent de demeurer toujours inférieurs aux étrangers.
3° Quand cependant un gouvernement, désireux de satisfaire des intérêts autres que ceux des manufacturiers privilégiés, abaisse les droits de douane, la concurrence n'étouffe pas nécessairement l'industrie nationale; celle-ci souffre d'abord et les établissements mal constitués succombent ; mais ceux qui étaient dans de bonnes conditions économiques résistent en se transformant, et l'industrie y trouve quelquefois un stimulant qui l'excite à grandir. C'est, par exemple, ce qui est arrivé en France à l'époque du traité de commerce de Î860 et de la suppression du régime protecteur; on avait été jusqu'à dire quelques années auparavant que l'industrie française serait « brisée comme du verre » ; or aucune de nos grandes industries n'a disparu et plusieurs de celles qui semblaient les plus menacées, comme le fer et la laine, ont, à travers les luttes souvent pénibles de la concurrence sur un marché plus disputé, pris de plus larges développements.
4° Si la protection portait également sur tous les produits de l'importation, elle cesserait d'être une protection. Elle serait peut-être un isolement, si l'ensemble des droits était prohibitif et, dans ce cas, les intérêts économiques de la nation souffriraient considérablement de la privation du commerce extérieur. En réalité, elle est un privilège et elle ne porte que sur
un petit nombre d'industries ; ordinairement ces industries ne sont pas du nombre des plus modestes d'un pays, mais, au contraire, du nombre des plus puissamment organisées parce que ce sont celles qui ont le plus d'influence pour obtenir du gouvernement des tarifs protecteurs. L'inégalité qui en résulte entre les différentes catégories de producteurs est d'autant plus choquante.
8° Il en résulte que, si les tarifs protecteurs assuraient du travail, ce ne serait qu'à une fraction de la population ouvrière. Or, comme la moyenne des salaires dans les industries très privilégiées n'est pas supérieure à la moyenne dans les industries non privilégiées, on doit en conclure que ces tarifs n'exercent pas l'influence qu'on leur suppose sur le bien-être des salariés.
6° Pour rendre un pays indépendant de l'étranger sous le rapport des tissus de coton, il ne suffirait pas d'empêcher l'introduction des fils pour dentelle et des calicots; il faudrait pouvoir se procurer la matière première, le coton, sans avoir besoin de l'acheter à l'étranger : ce qui est impossible aux Etats européens. La vérité est, en premier lieu, que l'industrie et le commerce modernes ne permettent pas aux nations de se passer les unes des autres; en second lieu, qu'une nation ne dépend pas d'une autre parce que les fabricants de* l'une et de l'autre rivalisent d'efforts pour se concilier une partie de la clientèle.
Le système protecteur^ qui peut se justifier dans quelques cas exceptionnels pour ime durée strictement limitée, est^ en règle générale, un mauvais mode d encouragement à la production nationale: il crée une inégalité, il "atteint rarement le but et il ne répond pas aux promesses qu'il fait.
Le système libéral se préoccupe moins de l'intérêt de telle catégorie de producteurs que de l'intérêt général des consommateurs; il se propose pour but de faciliter le commerce extérieur et d'assurer au marché national le plus large approvisionnement au moindre prix possible.
Le libre-échange raisonne de la manière suivante. Exercer le commerce est travailler; donc tous les droits et tous les avantages de la liberté du travail s'appliquent au commerce
aussi bien qu'à l'industrie,|au commerce extérieur aussi bien qu'au commerce intérieur. Gomme, de nation à nation, le commerce extérieur consiste principalement dans l'échange de produits contre des produits et que, pour acheter un objet d'importation, il faut pres({ue toujours avoir produit un objet d'exportation, une nation ne peut être, suivant une expression quelquefois employée, « inondée » de produits étrangers qu'à peu près dans la mesure où elle « inonde » l'étranger de ses produits. Ceci veut dire que la liberté commerciale, qui^ au point de vue des droits du producteur^ est synonyme de liberté du travail, esf, au point de vue des résultats généraux de rechange, synonyme (^'extension du marché. Elle offre en effet à un peuple civilisé tous les avantages qu'a un marché étendu sur lequel produits et consommateurs sont très nombreux. Aussi le libre-échange absolu réclame-t-il la suppression entière des droits d'importation et d'exportation.
Le régime fiscal admet la légitimité des droits de douane comme moyen de procurer une ressource au Trésor public, mais non comme moyen d'arrêter au passage les marchandises étrangères. Il n'impose que des droits modérés, avec le dessein de gêner le moins possible le commerce extérieur et dans l'espérance que la modération même du droit, contribuant à augmenter le nombre des échanges, accroîtra le revenu public.
Le régime douanier est une des questions économiques qui ont été le plus discutées dans les assemblées politiques et qui ont soulevé le plus les passions, parce que les mots de protection et de libre-échange couvrent de très graves intérêts, privés ou publics. Le régime fiscal, qui est de notre temps le plus convenable aux grandes nations commerçantes, est loin d'avoir converti tous les esprits et triomphé dans toutes les législations. Les principes économiques démontrent Futilité et l'équité du régime libéral; mais les intérêts privés résistent ou même attaquent avec d'autant plus de chances de succès qu'ils sont plus soutenus par des considérations empruntées à la politique, proprement dite.
f f 4. Le eemmeree général et spéi^ftl et le tramait. —
Une marchandise peut passer et repasser la frontière sans avoir été Tobjet d'un échange dans le pays : elle est venue chercher un acheteur qu'elle n'a pas trouvé ou elle n'a fait que traverser le territoire pour gagner un autre Etat ; il ne serait pas juste de lui faire payer le droit de douanes. C'est pourquoi l'administration douanière de beaucoup de pays distingue le commerce extérieur en deux catégories : commerce général comprenant toutes les marchandises qui entrent dans un pays et qui en sortent^ à quelque titre que ce soit et quel que soit le propriétaire, et commerce spécial comprenant seulement^ à l'importât ion ^ les marchandises étrangères qui entrent dans la consommation nationale et, à Pexportation, les marchandises nationales ou natio^ nalisées qui sont expédiées à Vétrangei\
Les marchandises étrangères qui cherchent un acheteur et qui ne veulent pas acquitter le droit avant de l'avoir trouvé demeurent, après leur entrée, dans certains lieux spéciaux, dits entrepôts, lesquels sont considérés comme des territoires neutres. Elles peuvent y rester un temps quelconque et en sortir librement, sans taxe, pour être réexpédiées dans un pays étranger; dans ce cas, elles figurent seulement à l'exportation et à l'importation du commerce général. Mais, si elles sont consommées dans l'entrepôt ou si elles en sortent pour être vendues sur le territoire national, elles acquittent le droit et figurent à l'importation du commerce spécial, après avoir figuré une première fois au commerce général.
Les marchandises qui se rendent d un pays étranger dans un autre pays étranger, en empruntant seulement les voies de communication du territoire national, sont dites marchandises de transit; elles n'acquittent pas de droits d'importation et ne figurent pas au commerce spécial.
Les douanes donnent lieu à des combinaisons fiscales très complexes. Quand un négociant fait entrer en entrepôt une marchandise qu'il réexporte sans l'avoir vendue ou quand un industriel, jouissant du droit d'entrepositaire, importe de la houille qu'il réexporte sans l'avoir consommée, il ne paye pas de droit. Mais, quand un meunier importe d'Oda?»?»^ ^>a.
blé qu'il réexportera ensuite sous forme de farine pour la Suisse, quand un mécanicien importe de la fonte d'Angleterre qu'il réexportera ensuite sous forme de machine pour l'Italie, que convient-il de faire? Il ne paraît pas juste de lui faire payer le droit comme s'il y avait eu consommation de l'objet dans le pays même et il serait de plus dommageable à rindustrie nationale d'aggraver par là le prix de revient de ses produits sur les marchés étrangers. Dans ce cas, on peut restituer à la sortie une somme équivalente au droit qu'a dû payer à l'entrée la matière première employée : c'est ce qu'on nomme drawback ; ou bien exiger, comme pour le transit, certaines garanties, afin de s'assurer que les matières premières introduites sous caution sont effectivement sorties après avoir reçu une main-d'œuvre : c'est ce qu'on nomme admissions temporaires. Quelquefois la douane va au delà du remboursement ; pour quelques industries que le gouvernement se propose d'entourer d'une protection spéciale, elle accorde des primes, primes d'exportation le plus souvent ou même primes d'importation, comme pour la grande pêche en France : le système des primes est presque abandonné aujourd'hui.
En règle générale, les combinaisons douanières les moins complexes sont les meilleures parce que ce sont celles qui gênent le moins le travail et qui donnent le moins de prise à la fraude.
f f S. La géo^aphie commerciale et la concurrence des nations. — Dans un même Etat, il existe une division territoriale du travail, fondée sur la diversité des productions naturelles propres à chaque province. Il existe, à plus forte raison, une diversité de productions naturelles d'un Etat à un autre, d'une partie du monde à une autre, d'une zone du globe terrestre à une autre.
Les substances minérales se trouvent principalement dans les régions montagneuses et dans les terrains de formation ancienne. Les substances végétales et les animaux sont soumis à la loi des climats, et leur production dépend en premier lieu, de la latitude et de l'altitude, en second lieu, de la nature et de l'exposition des terrains. Cette diversité, due à des causes naturelles, est une des raisons du commerce international.
Toutefois il ne faut pas croire que la nature , élément passif, soit la seule cause de la diversité des productions de chaque contrée. V homme, élément actif, fait à cet égard plus encore que la nature. C'est un double aspect qu'il ne faut pas perdre de vue quand on étudie la géographie commerciale et qu'on cherche à se rendre compte du genre et dç l'importance du trafic des nations entre elles. Aitssi est-ce dans les contrées ou l'homme vaut le plus par Vénergie, par V instruction et par les capitaux que la production et le commerce sont le plus considérables ; c'est dans ces contrées que l'homme, dominant la nature, crée non seulement une agriculture riche dont les produits suffisent ou contribuent largement à nourrir une population dense, mais une industrie manufacturière puissante et variée,
L'Europe et les Etats-Unis, principalement, en Europe, les Etats de l'occident et du centre avec le nord de l'Italie, et, aux Etats-Unis, les Etats du nord-est, sont les contrées où ces qualités se trouvent réunies au plus haut degré. De toutes les autres contrées du monde, le commerce importe dans ces contrées privilégiées les matières premières que l'industrie doit mettre en œuvre et le complément de denrées alimentaires que consomment leurs habitants, nombreux et relativement riches, pendant qu'il exporte en échange des produits manufacturés. Il se forme ainsi à travers le monde des courants réguliers de circulation de la richesse. Les contrées les plus civilisées y jouent le double rôle de /aôoratoires où les matières, produites ou extraites dans les diverses parties du monde, sont transformées par l'industrie humaine en utilités variées pour le service du genre humain et pour le profit des nations manufacturières, et de pompes qui aspirent les unes et refoulent les autres.
Ce sont les nations les plus industrieuses et les plus riches qui commandent le mouvement; ce sont aussi elles qui, exportant le plus importent le plus, et qui, précisément à cause de leur richesse, achètent aux autres nations non seulement beaucoup de matières premières et de denrées, mais aussi beaucoup de produits manufacturés quoiqu'elles en fabriquent elles-mêmes une très grande quantité.
Les nations industrieuses s'efforcent à Tenvi de placer leurs produits sur les marchés étrangers : de là une concurrence qui stimule l'esprit d'invention et d'entreprise et que la liberté commerciale favorise. Les procédés des grandes industries reposant aujourd'hui sur des données scientifiques et les communications scientifiques étant devenues intimes entre tous les peuples civilisés, il y a moins de secrets de fabrication qu'autrefois. Toute nation qui a des hommes entreprenants, des capitaux et des moyens de communication peut se flatter de fonder chez elle des manufactures capables d'approvisionner son marché et de lui permettre d'entrer en lice avec les autres nations sur le marché général • Aussi, quoique la division du travail aille en augmentant avec le progrès économique, les nations indus^ trieuses tendent à former chacune un groupe complet par la variété de leurs industries manufacturières : ce qui rend quelquefois plus difficile l'importation chez ces nations des produits manufacturés de l'étranger et ce qui augmente la concurrence générale sur les marchés du monde, mais ce qui est un signe manifeste de 'l'accroissement général de l'activité humaine et de la richesse.
f f e. L'histoire des tarifs. — Les Etats modemes n'ont guère commencé avant le xvi® et même avant le xvn® siècle à avoir une politique douanière suivie. Ils ont d'abord été séduits par l'idée de la balance du commerce, et la plupart, notamment la France sous l'administration de Golbert, ont adopté le système mercantile qui consiste, d'une part, à permettre aussi largement que possible l'entrée des matières premières et des denrées et à en interdire la sortie dans le but de favoriser l'approvisionnement des fabriques nationales et l'alimentation des travailleurs ; d'autre part, à favoriser la sortie des produits manufacturés et à en défendre l'entrée dans le but de réserver le marché national aux nationaux et de leur procurer des débouchés sur les marchés étrangers. Ce système est une variété du genre restrictif; il a duré en France jusqu'à la Révolution de 1789 qui lui substitua un tarif fiscal.
Mais les guerres de la Révolution et de l'Empire entraîné-
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rent la France à proscrire par tous les moyens le commerce anglais des marchés de la France et du territoire de ses alliés ; le blocus continental, décrété par Napoléon comme instrument de guerre, bouleversa les relations naturelles du commerce.
Ce système disparut avec le rétablissement de la paix. Le gouvernement de la Restauration, cherchant à satisfaire les vœux de la grande propriété et de la grande industrie, composa un tari f protecteur. La plupart des autres grands Etats suivaient alors. une politique analogue.
L'Angleterre, dont l'industrie était très puissante et le commerce très étendu, fut la première à rompre avec la tradition protectionniste ; après quelques réformes partielles dont l'origine remonte au ministère de Huskisson (1825), elle renonça, sous l'influence de Gobden et par la volonté du ministre Robert Peel, à ses lois sur les céréales, protectrices de Tagriculture britannique (1846), et elle adopta un tarif fiscal, conforme au système libéral, La France est entrée dans la même voie en 1860 et plusieurs autres Etats ont suivi son exemple. Mais les Etats-Unis ont de leur côté donné l'exemple contraire par un tarif très protecteur. La lutte entre les deux systèmes, protection et liberté, reste ardente et les tarifs de la plupart des Etats oscillent encore de l'un à l'autre.
Si Ton essaye de résumer l'histoire générale des douanes dans la suite des âges de la civilisation, on peut y distinguer trois grandes périodes :
Une première période dans laquelle les communications étant rares, l'industrie et le capital presque nuls, on ne se préoccupe pas d'un système douanier; on n'a pas de douanes, comme chez la plupart des tribus sauvages, où l'on charge, sans autre vue que celle d'enrichir un seigneur, certaines marchandises de droits, comme au moyen âge ;
Une seconde période dans laquelle, le système mercantile dominant les esprits, on s'applique à développer la manufacture nationale par des droits restrictifs ;
Une troisième période dans laquelle, les communications étant devenues rapides et fréquentes^ les peuples civilisés
ayant contracté des besoins industriels et personnels dont la satisfaction exige le concours des cinq parties du monde, les capitaux et la science rendant la production et la concurrence possibles dans un grand nombre de contrées^ le système libéral sHmpose à la sagesse des gouvernements comme la meilleure politique et comme une condition de progrès.
11 9. Le rôle du commerce dans la clviUfsatlon. — Logiquement, le commerce est un fait secondaire et dérivé ; il vient après la production qu'il présuppose. Historiquement, le commerce est aussi ancien que la formation des premières sociétés, et il est un des premiers liens qui ont uni les hommes en société.
On ne peut pas affirmer d'une manière absolue que le contact commercial d'un peuple très barbare avec un peuple très policé soit toujours avantageux au premier. Le barbare peut être incapable de se servir des instruments de travail que la civilisation lui fournirait et il est toujours capable de se corrompre par les jouissances qu'elle lui offre : c'est ce qui a eu lieu pour les sauvages de l'Amérique septentrionale.
Mais entre nations civilisées, on peut dire qu'en règle générale le commerce exerce toujours une influence favo* rable à la richesse et à la civilisation.
Pour prouver combien est fausse la pensée d'isoler une nation, quelque industrieuse qu'elle soit, un orateur anglais disait spirituellement à ses concitoyens :
a Être indépendant de l'étranger, c'est le thème favori de l'aristocratie territoriale. Mais qu'est-il donc ce grand seigneur, cet avocat de l'indépendance nationale, cet ennemi de toute dépendance étrangère? Examinons sa vie. Voilà un cuisinier français qui prépare le dîner pour le maître et un valet suisse qui apprête le maître pour le dîner. Milady, qui accepte sa main, est toute resplendissante de perles qu'on ne trouvera jamais dans les huîtres britanniques ef la plume qui flotte sur sa tête ne fit jamais partie de la queue d'un dindon anglais. Les viandes de sa table viennent de la Belgique, ses vins du Rhin ou du Rhône. Il repose sa vue sur des fleurs venues de l'Amérique du sud et il gratifie son
odorat de la fumée d'une feuille venue de TAmérique du nord. Son cheval favori est d'origine arabe et son chien de la race de Saint-Bernard. Sa galerie est riche de tableaux flamands et de statues grecques. Veut-il se distraire? il va entendre des chanteurs italiens, vociférant de la musique allemande, le tout suivi d'un bal français. S'élève-t-il aux honneurs judiciaires?' l'hermine qui décore ses épaules n'avait jamais figuré jusque-là sur le dos d'une bête britannique. Son esprit même est une bigarrure de contributions exo- ^ tiques; sa philosophie et sa poésie viennent de Ja Grèce et de Rome, sa géométrie d'Alexandrie, son arithmétique d'Arabie et sa religion de Palestine. Dès son berceau,, il pressa ses dents naissantes sur du corail de l'océan Indien ; et, lorsqu'il mourra, le marbre de Carrare surmontera sa tombe.... Et voilà l'homme qui dit : « Soyons indépendants de l'étranger. »
Nous pouvons faire la même expérience sans §ortir de notre pays et des conditions sociales les plus modestes. Un ouvrier de Paris, avant de se rendre le matin à l'atelier, mange un morceau- de pain fait avec la farine de la Beauce et boit un verre de vin, mélange des crus du Languedoc et de l'Orléanais, pendant que sa femme prend le café au lait, que les caféiers de Java, les cannes à sucre de Cuba et les vaches de Normandie ont servi à lui composer. Il s'habille avec une chemise dont le coton, venu de l'Inde, a été tissé à Rouen et avec un paletot dont le drap, produit de Lodève, contient des laines de l'Australie et de l'Espagne; il met des souliers dont le cuir a été la peau d'une vache paissant dans la Pampa Argentine. Il regarde l'heure à sa montre et il ne se doute pas que, dans un si petit objet, il y ait à la fois de l'acier de la Suède, du cuivre du Chili, des rubis du Brésil, de l'or de la Guinée, pas plus qu'il ne se doute que les cinq parties du monde, avant même qu'il soit hors de sa maison, ont en quelque sorte rivalisé pour satisfaire ses besoins et que le commerce est l'auteur de ces jouissances.
Résumons les avantages que le commerce procure aux hommes.
BCONOMIR POLITIQUB. M^
1° Le commerce, en distribuant chaque chose à Fendroil précis où elle est le plus recherchée, accroît par ce seul fait la somme des utilités.
2® Le commerce est nécessaire à la division du travail • il la rend plus facile et, pour ainsi dire, plus spéciale à mesure qu'il devient lui-même plus varié et il donne, dans les pays manufacturiers, naissance à de nombreuses industries, par suite de Timportation de matières premières.
3° Il augmente ^activité laborieuse des hommes non seulement par les industries dont il provoque rétablissement, mais par les jouissances nouvelles qu'il offre et par les besoins qu'il fait naître.
4° En établissant entre diverses contrées habitées des relations fréquentes, il apprend aux peuples à se connaître et il contribue à les éclairer les uns par les autres.
5° En stimulant les découvertes maritimes, il enseigne à Vhomme à mieux connaître la Terre, son domaine. C'est au génie du commerce qu'est due la découverte du passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance.
6" En lui faisant connaître la terre, il l'invite à prendre possession par la colonisation des régions d'où partent et où aboutissent, à travers les mers, les produits échangeables.
7» En multipliant les liens qui unissent les peuples, en affaiblissant par le contact certains préjugés qui les séparent, le commerce, qui a souvent été l'occasion de guerres, tend cependant, par suite d'une vue plus juste des intérêts de chacun, à rendre les guerres moins fréquentes,
RÉSUMÉS
Le troc, mode primitif du commerce, ne fournit pas de mesure commune aux valeurs échangeables ; il gêne raccumulation des richesses et restreint le commerce.
Le commerce proprement dit consiste dans la vente et l'achat, c'est-à-dire dans l'échange d'une marchandise quelconque contre de la monnaie; il a pour objet de transporter les produits d'un lieu dans un autre, d'un
temps dans un autre et toujours d'un propriétaire à un autre : l'échange est seul essentiel pour constituer un acte de commerce.
Bien qu'ils ne créent pas de produits, les commerçants sont des producteurs, créant de l'utilité.
On distingue le commerce en détail et le commerce en gros; ce dernier a surtout pour effet de diminuer les variations de valeur dues à la rareté ou à l'abondance.
L'industrie des transports est distincte du commerce.
Le commerce, fondé sur la division du travail, tend à s'accroître en quantité sur place et à s'étendre davantage au loin, à mesure qu'un peuple est plus riche.
On distingue le commerce intérieur, qui généralement est libre, et le commerce extérieur, qui est soumis à la réglementation des lois.
Le commerce extérieur comprend l'importation et l'exportation, le commerce général et le commerce spécial, les entrepôts, le transit. — Une nation exporte à peu près Téquivalent de ce qu'elle importe.
Les taxes à l'exportation sont rares. Les taxes à l'importation sont réglées d'après un système restrictif ou libéral. — Le système protecteur y qui est du genre restrictif, est en général un mauvais mode d'encouragement à la production nationale. — La liberté commerciale, quU au point de vue des droits du producteur, est synonyme de liberté du travail, est, au point de vue des résultats généraux de l'échange, synonyme d'extension du marché, — Le régime fiscalj qui est du genre libéral, est le plus convenable aux grandes nations commerçantes.
C'est dans les contrées où l'homme vaut le plus par l'énergie, par l'instruction et par les capitaux que la production et le commerce sont le plus considérables; on y trouve une population dense, une industrie manu-
facturière puissante et variée. — Les nations les. plus industrieuses impori;ent surtout des matières premières et des denrées alimentaires et exportent des produits manufacturés; étant riches, elles achètent aussi à l'étranger beaucoup de produits manufacturés. — Les nations industrieuses tendent chacune à former un groupe industriel complet.
Lorsque la civilisation économique est parvenue au point où les communications sont devenues rapides et fréquentes, où les peuples civilisés ont contracté des besoins industriels et personnels dont la satisfaction exige le concours des cinq parties du monde, où les capitaux et la science rendent la production et la concurrence possibles dans un grand nombre de contrées, la liberté commerciale s'impose en quelque sorte comme la meilleure politique et comme une condition de progrès.
On peut dire, en règle générale, que le commerce exerce toujours une influence favorable à la richesse et à la civilisation, -r- Il accroît la somme des utilités; il augmente l'activité laborieuse des hommes ; il apprend aux peuples à se connaître et à connaître la Terre ; il invite à la colonisation ; il peut rendre les guerres moins fréquentes.