‹ Précis d'économie politiqueChapitre 44 sur 62 · Les diverses espèces de eonsommatioii. — Nous · texte numérisé non relu

Les diverses espèces de eonsommatioii. — Nous

savons que la consommation est la fin et la fin légitime de la richesse^ la dernière phase de l'œuvre économique. Si l'homme prend de la peine pour produire, conserver, échanger la richesse, c'est parce qu'il compte y trouver, directement ou indirectement, les moyens de satisfaire ses besoins. Le besoin est, comme nous l'avons expliqué, la cause déterminante de l'effort économique et la consommation qui donne satisfaction au besoin est en quelque sorte la récompense de l'effort.

Il s'en faut de beaucoup cependant que toutes les consommations aient pour résultat ou pour but immédiat une satisfaction personnelle, ni même que toute richesse consommée aboutisse à une satisfaction. U v a des consommations de diverses espèces.

Nous savons aussi que l'homme, ne créant ni matière ni force, ne peut anéantir ni la matière ni la force. Gomme c'est de l'utilité qu'il crée en produisant, c'est aussi de rutilité qu'il détruit en consommant la richesse.

On peut d'abord diviser l'ensemble des consommations en ^ deux grandes catégories : consommations reproductives et consommations improductives, La première catégorie comprend toutes les consommations qui sont faites en vue de la production ou, plus exactement, en vue de la création ou de la conservation d'une utilité quelconque, produit, service, force productive. La seconde comprend les autres consommations, c'est-à-dire toutes celles qui n'ont pas un but industriel, qu'elles aient pour objet la satisfaction d'un besoin personnel ou qu'elle ait pour cause une perte accidentelle.

On peut aussi, d'après la durée du service et le temps qui s'écoule entre le commencement de l'usage et la destruction complète de l'utilité d'un objet, distinguer les consommations rapides et les consommations lentes.

Les services personnels sont tous de la première catégorie ; les denrées alimentaires, les combustibles lui appartiennent également. Ce n'est pas que ces richesses soient nécessairement toutes consommées aussitôt que créées. Elles peuvent être conservées et elles sont susceptibles d'accumulation. Mais on en consomme en une fois ou en peu de temps toute l'utilité ; quand on mange un pain, le pain n'est plus ; quand on a joui pendant quelques jours de la vue et du parfum d'un bouquet, les fleurs fanées n'ont plus de valeur.

A la seconde catégorie appartiennent les monuments et les maisons qui peuvent servir au même usage pendant de longues années et même durant des siècles, les vêtements qui rendent le même service tant qu'ils ne sont pas usés et même les parures qu'on porte tant qu'elles ne sont pas défraîchies, les machines, les outils qui concourent pendant un temps plus ou moins long à la productiT)n, les livres qu'on garde dans sa biblothèque môme quand on ne les lit pas. Cette distinction est importante, particulièrement dans la consommation industrielle où chaque produit doit renfermer la valeur totale des consommations rapides

employées à sa fabrication, tandis qu'il ne renferme que Famortissement des consommations lentes.

Rapides ou lentes, les consommations sont toujours une destruction d'utilité ; toute richesse, excepté les fonds de terre, se consomme et a une fin. Les monuments les plus solidement construits de l'antiquité sont aujourd'hui des ruinqs et ceux du moyen âge qui servent encore ne doivent d'avoir conservé leur utilité qu'à de coûteuses dépenses d'entretien.

On peut distinguer, d'après la qualité des consommations, les consommations privées et les consommations publiques, les premières comprenant tout ce que consomment les particuliers et les groupes de particuliers, les secondes comprenant tout ce qui est consommé pour les services publics, c'est-à-dire les dépenses de la communauté politique.

La consommation, dans le sens économique, est beaucoup plus prochaine que le sens ordinaire du mot le ferait supposer. Voici un pain et un fromage ; tout le monde sait que la consommation ne tardera pas à absorber ces produits alimentaires et que, ce soir probablement, le pain ne sera plus et que, dans quelques jours, le fromage aura cessé d'être.

Mais voici des planches chez un menuisier. Gomment et quand seront-elles consommées? Quand elles auront cessé d'être planches pour devenir tablettes, caisses ou panneaux. Voici du coton chez un manufacturier. Sera-t-il consommé, lorsque l'étoffe qu'on en fera aura été portée et usée? Il le sera bien avant; car il cessera d'être coton lorsque le filateur l'aura converti en fil, comme le fil cessera d'être fil lorsque le tisserand l'aura converti en tissu, et le tissu cessera d'être tissu lorsque la lingère l'aura coupé et converti en objets d'habillement. La plupart des produits, excepté la terre, sont continuellement détruits ou usés par une consommation incessante.

119. La consommation reproductive. — Quand un cultivateur met du blé en terre, il le consomme. Il consomme de plus le travail des semailles, les façons données au sol, l'intérêt de son capital pendant neuf mois et il consommera ensuite le travail de la moisson : toutes ces consommations ne sont que des avances faites à la production. S'il a hiew ^>^<s^^^

le cultivateur retrouvera intégralement le total dans le produit de la récolte. Semences et travail auront été, non pas anéantis, mais transformés en grains et en paille.

Quand un industriel installe à grands frais des ateliers et entreprend de se faire constructeur de machines, il consomme une quantité considérable de capitaux qu'il ne retrouvera assurément pas dans la première chaudière sortie de son usine; car c'est là, comme nous l'avons dit, du capital immobilisé. Dans le prix de cette chaudière, il recouvrera la totalité de la valeur du fer, du travail, du combustible consommés pour cette fabrication et il recouvrera en outre une petite partie du capital fixe de son établissement. Ainsi fera-til de chaque pièce qu'il confectionnera et, dans une dizaine d'années peut-ôtre, s'il a bien opéré, il aura, par voie d'amortisssement, recouvré le tout. C'est encore là une simple transformation, une collection d'utilités qui ont changé de forme et qui ordinairement aboutissent à la création d'une valeur supérieure. Ces transformations sont appelées consommations reproductives parce qu'en ef^et on ne détruit certaines utilités que pour produire directement une somme d'utilités au moins équivalente. Ce sont en réalité des avances faites à la production.

Dans le nombre des consommations de ce genre nécessaires à une industrie agricole ou manufacturière, il y en a de rapides et il y en a de lentes ; les premières sont généralement du capital circulant et les secondes du capital fixe. Lorsqu'on essaye de , dresser un état des diverses consommations industrielles, on compose un tableau qui reproduit l'analyse que nous avons faite plus haut des éléments du capital fixe et du capital circulant :

I Matières premières.

Salaires.

Frais généraux. {^t7'J?f/'lf- ^^'''^''T [ fentrcpreneur.

T PO . r Bâtiments (si l'entrepreneur en est pro-

LENTES . i priétaire).

Appartenant y ^^i^m^ industriel.

en général au ^ Outillage.

capital nxe. ^ Mobilier personnel de l'entrepreneur.

tftO. Les dépenses de eapHalisation et d'édneation. Le

tableau précédent suppose une industrie en activité qui peu à peu use et consomme son capital fixe en travaillant. Mais ce capital mérite une considération particulière dans Tétude de la consommation. Il a fallu le créer et il faut Tentretenir ; de plus, il est utile de Taccroître.

Au moment où on le crée, il y a une consommation de capitaux circulants qui se transforment en capitaux fixes. Il en est de même au moment où on Taccroît et au moment où Ton fait une dépense d'entretien. Sur ce point, il importe de marquer tout d'abord une distinction : le manufacturier qui installe un capital fixe dans son établissement dépense son argent ; mais Targent ne fait que circuler ; ce sont les produits, les bois, etc., achetés avec cet argent qui sont consommés. L'intermédiaire de l'argent n'est même pas toujours nécessaire : le menuisier qui se sert des planches qu'il a dans son chantier pour y construire un hangar en est un exemple.

Nous avons dit, en traitant du capital, combien les consommations faites en vue de la création ou de l'accroissement des capitaux étaient importantes pour augmenter la production de la richesse ; il serait superflu d'y revenir. Un ou deux exemples suffiront pour faire comprendre que les dépenses d'entretien ne sont pas moins ipiportantes. Un cultivateur à courte vue, qui voudrait épargner les dépenses d'un marnage ou d'une fumure, aurait peut-être à la fin de l'année, malgré la médiocrité de sa récolte, un peu plus d'argent dans sa caisse que s'il avait fait cette dépense ; mais il sentirait les années suivantes le poids de son imprévoyance parce que sa terre serait appauvrie. Le propriétaire d'un cheval pourrait faire travailler un jour ou deux sa bête sans la nourrir ; il se flatterait d'avoir économisé le foin et l'avoine ; mais, le quatrième jour, le cheval mourrait et l'avare perdrait tout son capital, faute d'avoir fait les dépenses nécessaires d'entretien. Il n'y en a pas d'assez insensés pour agir ainsi ; mais il y en a qui, nourrissant mal leur cheval, en tirent moins de services ou qui, négligeant de changer de vieux fers, l'exposent à se blesser.

Nous savons que le capital intellectuel est plus précieux

282 LA GONSOMHÂTlûN

encore que le capital matériel. C'est aussi en consommant de la richesse qu'on le crée, qu'on l'entretient, qu'on Taccroît et il importe d'autant plus de le faire que ce capital est plus utile à la civilisation. Une nation pourrait économiser les sommes énormes qu'elle dépense en vue de donner à la jeune génération l'instruction primaire, secondaire, supérieure et, après avoir fermé toutes ses écoles et tous ses cours, se croire plus riche pendant quelque temps parce qu'elle aurait plus de capitaux disponibles. Mais la désillusion serait cruelle ; vingt ans après la plus grande partie du capital intellectuel serait anéantie faute de transmission et la nation serait ramenée à un état voisin de la barharie.

Gomme accroître le capital c'est créer du capital, il n'y a en réalité que deux manières de consommations appliquées au capital matériel : la création et l'entretien. Il en est de même pour le capital intellectuel que les travaux des savants et des penseurs créent et que l'instruction répand et transmet. Nous pouvons donc ajouter les catégories suivantes à la consommation reproductive :

Capitaux Consommations de capitalisation. \ P^'^^cIpiTal'^'^'*

intellectuel.

Création.

Entretien.

Création.

Transmission»

Et nous pouvons, en nous résumant, dire que la consommation reproductive :

I Les frais de production ou création de la ri- Appliquéoàla»nafidre,com- J chesae.

prend : \ La capitalisation ou accroissement des forces

( productives matérielles.

ÎLes frais d'entretien ou soutien de la vie humaine.

V éducation ou accroissement des forces productives morales.

Page 1