‹ Précis d'économie politiqueChapitre 45 sur 62 · La destruction des capitaux dans rœuvre de la · texte numérisé non relu

La destruction des capitaux dans rœuvre de la

production, — Il est de l'essence du capital d'être en activité puisqu'il n'est productif qu'autant qu'il est engagé dans la production. Il s'y engage pour y être consommé. Le fait prochain, certain, c'est sa consommation. Le but, c'est sa

reproduction, c*est-à-dire sa régénération sous une forme nouvelle et avec une plus-value ; mais ce but est plus ou moins lointain et l'entrepreneur n'a presque jamais la parfaite certitude de l'atteindre. Tout capital est comme la se-, mence que Ton confie à la terre : c'est du grain perdu si la moisson ne lève pas.

Un fabricant a des ouvriers qui travaillent mal, une installation mauvaise ou un outillage insuffisant ; chacun de ses produits lui revient à 10 francs et ne se vend communément que 9 francs sur le marché. S'il en a livré pour 100000 francs dans l'année, ce sont 10 000 francs de capital qu'il a consommés en pure perte. Il avait entrepris une consommation reproductive ; il aboutit à une consommation improductive.

Un marchand s'établit dans une rue. Mais la clientèle est insuffisante. Ce marchand persiste pendant trois ans; mais il est enfin obligé de fermer boutique après avoir dévoré plusieurs milliers de francs qu'il avait économisés dans une autre condition sociale ou qu'il avait empruntés. C'est encore une consommation en vue de la reproduction qui a dégénéré en consommation improductive.

Les faillites en France représentaient, en l'an 1879, un passif de 260 millions de francs. Cependant les faillites déclarées ne sont que la moindre partie des pertes industrielles occasionnées chaque année par des opérations agricoles^ industrielles ou commerciales que des circonstances défavorables ou une mauvaise gestion font échouer. Les capitaux sont pour ainsi dire toujours sur le champ de bataille, luttant pour la conquête de la richesse ; il y a des morts, mais la richesse est conquise ou, pour parler plus exactement, elle est créée par une masse énorme d'efforts au milieu desquels une partie des lutteurs succombe.

Il ne faut ni se résigner trop facilement à ces pertes ni s'en alarmer outre mesure. Il importe de rendre les hommes prévoyants, intelligents, économes, précisément afin de prévenir en grande partie de telles pertes : c'est là un des principaux secrets de la richesse des nations. Mais, d'autre part, il ne faut pas cmblier qu'il n'y a pas de capitalisation sans

risques et pas de risques incessamment renouvelés sans pertes. L'enrichissement d'une nation consiste dans la différence entre la somme des biens de toute nature consommés d'une manière quelconque et la somme des biens créés dans le même temps. Une nation timide qui, arrêtée par la crainte de perdre des capitaux, s'abstiendrait d'engager une notable partie des siens dans la production, s'enrichirait moins qu'une nation entreprenante qui multiplierait les emplois du capital et dans laquelle les succès dus à Tactivité intelligente dépasseraient de beaucoup les échecs causés par la témérité. C'est encore un trait qui met en évidence la supériorité des forces morales sur les forces matérielles.

Quand nous parlons de pertes industrielles, nous n'y comprenons pas la baisse de valeur des marchandises et des titres sur le marché qui est un phénomène d'un autre ordre. La variation des valeurs et celle de la quantité des produits sont deux choses distinctes, quoique unies par des liens intimes. Il est toujours désirable que la quantité des produits augmente ; il n'est pas également désirable toujours que le taux des valeurs s'élève (voir plus haut, § 82).

Page 1