‹ Précis d'économie politiqueChapitre 47 sur 62 · Le mécanisme de rassurance. — Ce résultat est · texte numérisé non relu

Le mécanisme de rassurance. — Ce résultat est

obtenu au moyen d'une combinaison financière qui a pour but d'éliminer le hasard et qui emploie comme moyens V association et la division des risques.

Nous sommes exposés à des maux divers ; cependant les accidents, quelque nombreux qu'ils soient, sont l'exception. Toutes les maisons d'un grand Etat ne sont pas dévorées par l'incendie ; tous les habitants n'ont pa^ tous les jours une jambe cassée ; tous les vivants ne meurent pas tout à coup d'une mort inopinée. De là, la possibilité de diviser le risque.

Exemple. — Prenez un homme, n'imporle lequel; diteslui : « Voici une masse pesant 500 kilogrammes ; tu seras mis à mort si tu ne la transportes pas, sans voiture ni bête de somme, à 1 kilomètre d'ici. » Eh bien, cet homme est bien mort, quelques efforts qu'il fasse; car, s'il prend le fardeau sur ses épaules, il succombera infailliblement sous le faix. Mais autorisez-le à diviser la masse; il pourra se charger de 25 kilogrammes à la fois et faire vingt voyages à la distance d'un kilomètre ; la masse se trouvera déplacée sans que lui-même soit plus fatigué par ce travail que par toute antre besogne ordinaire. La division du fardeau lui aura rendu possible ce qui était auparavant impossible.

Autre exemple. — Un négociant a 100 tonnes de marchandises à transporter dans un pays lointain ; s'il met ces 100 tonnes sur un navire et que le navire périsse, tout sera perdu. Ne peut-il pas charger une tonne seulement sur un navire, une tonne sur un autre et, s'il trouve 100 navires en partance pour le port auquel il expédie ses marchandises,

en confier le transport à 100 navires? S'il agit ainsi, il peut être tranquille ; il est très probable, disons même presque certain, que les 100 navires ne feront pas naufrage; mais, d'autre part, il est plus probable qu'un des navires sur lesquels il a mis une tonne de marchandises fera naufrage; de sorte que ce négociant, pour échapper au doute terrible de la perte de la totalité de ses marchandises, aura pour ainsi dire fait le sacrifice probable d'un centième de ces marchandises.

Cette manière de diviser les risques est peu praticable. Quel est le négociant qui accepterait l'embarras de faire cent connaissements, d'avoir affaire à cent capitaines [de navires et où trouverait-on dans le même temps cent navires en partance pour le même pays ?

C'est indirectement qu'on arrive à celte division des risques par une méthode consistant dans une certaine assodation fondée sur le calcul des probabilités.

Premier exemple. — Prenons d'abord pour expliquer ce calcul le jeu de pile ou face. Les deux joueurs mettent un enjeu égal. Pourquoi? C'est que, sur la pièce de monnaie, il y a pile d'un côté, face de l'autre et que, si la pièce a Je même poids sur les deux faces, il y a exactement autant de chances pour avoir pile que pour avoir face. Or, les chances étant égales, l'enjeu doit être égal de part et d'autre.

Second exemple. — Si, au jeu de dés, tel parie retourner le six, son enjeu devra- t-il encore être égal à celui de son adversaire? Non : le bon sens dit que ce ne serait pas juste. L'adversaire a cinq chances pour lui ; car le joueur peut retourner un, deux, trois, quatre, cinq, aussi bien que six ; comment donc équilibrer la partie? Il faut que le joueur mette un enjeu cinq fois moindre que son adversaire et qu'il ait ainsi cinq chances de perdre un et une chance de gagner cinq : l'équilibre est rétabli.

L'assurance ne fait pas autre chose ; elle calcule et équilibre des risques. Nous avons supposé qu'un navire sur 100, en moyenne, périssait. Le négociant va trouver un assureur qui lui dit : « Vous venez m'apporter un certain enjeu qui est la valeur de vos 100 tonnes ; il y a 99 chances pour que le

navire qui les porte ne périsse pas et une chance pour qu'il périsse. Donc vous me payerez le centième de la valeur de votre cargaison et je l'assurerai. Les chances seront égales. J'aurai, il est vrai, la possibilité de payer 99 fois plus que vous ne m'aurez donné ; mais j'ai 99 chances de ne rien payer et, de votre côté, vous aurez la certitude de recouvrer la totalité de la valeur embarquée si le navire vient à périr. » Sur 10 000 maisons, on constate qu'il en brûle à peu près une par an. Vous voulez assurer la vôtre ; payez donc tous les ans à l'assureur la dix-millième partie de la valeur de votre immeuble. Voilà le principe du calcul sur lequel repose l'assurance.

On a quelquefois comparé l'assurance à une spéculation aléatoire. C'est une vue erronée puisque l'assurance est précisément l'ennemie du hasard. L'assuré ne fait qu'acheter de la sécurité qu'il s'engage à payer soit à un prix fixe ' (assurance à prime fixe), soit au cours de l'année (assurance mutuelle) ; il prélève une certaine partie du revenu de son capital pour assurer la continuité de la durée du capital luimême.

Quant à la compagnie d'assurance, voici comment elle calcule : « Je reçois tous les ans, comme primes d'assurance, une certaine somme ; de cette somme, je relire chaque année mes frais de gestion et l'intérêt de mes capitaux ; le reste, qui constitue la plus forte part, je le donne successivement à l'un ou l'autre de mes assurés, tour à tour atteints par le coup du sort. Peu m'importe lequel. » En effet, une maison brûle. La compagnie paye. Avec quoi paye-t-elle ? Avec les primes qu'elle a reçues. Elle se dessaisit de l'argent qui lui a été confié uniquement dans cette vue, en se réservant le bénéfice qui est la rémunération de son travail.

Pour qu'une compagnie soit bien organisée il lui faut deux conditions : un capital assez considérable pour faire face aux cas imprévus et un très grand nombre d'assurés. Si une compagnie, sachant que, sur 100 navires, il en périt moins d'un en moyenne et voulant se borner à une opération unique, assurait 100 navires en partance dans le même moment pour divers lieux et se contentait de demander à

chacun de ses assures le centième de la valeur de son navire, elle ferait une très mauvaise combinaison. Car il peut se faire qu'une tempête survienne, et que 3 ou 4 navires périssent sur les 400 qu'elle aurait assurés. Si, au lieu de 100 navires, elle en avait assuré 1000, les chances d'exactitude auraient augmenté, non pas dans la proportion de 1 à 10, comme le nombre des assurances lui-même, mais dans la proportion de 1 à 100. Si elle en avait assuré 10000, les chances d'exactitude auraient augmenté dans la proportion de 1 à 10 000 ; c'est-à-dire que les chances d'exactitude augmentent comme le carré du nombre des assurances. Quand donc une assurance est fondée sur de très grands nombres, la compagnie ne fait pas une opération aléatoire ; elle remplit simplement le rôle de gérant d^une association de sécurité.

i 97. Les diverses formes de l'assurance. *— Les plus anciennes assurances sont les assurances maritimes ; ce sont les premières auxquelles les hommes aient songé parce qu'il n'y a pas de capitaux qui soient plus manifestement exposés au danger d'une destruction accidentelle que les navires en mer et leur cargaison. Quand l'esprit de prévoyance s'est développé dans nos sociétés modernes, on a créé des assurances contre Vincendie qui garantissent les propriétaires de maisons contre les pertes d'une destruction par le feu, puis des assurances agricoles qui garantissent contre la perte d'une récolte par la grêle ou la gelée et d'autres qui, comme les précédentes, assurent' des capitaux matériels.

La force productive de l'homme, source principale de la richesse, est exposée, comme les capitaux matériels, à une destruction subite. La mort ne prévient pas et elle atteint parfois les jeunes et les plus vigoureux. Quand elle frappe un chef de famille^ elle ne prive pas seulement la société d'un travailleur, elle prive une famille de son soutien et la laisse peut-être sans moyens d'existence. Rien sans doute ne peut remplacer l'absent et consoler la douleur ; mais l'assurance peut du moins pourvoir aux besoins d'une femme et d'enfants qui, sans elle, resteraient sans pain. Il suffit que le père se soit assuré en cas de mort pour une somme déterminée, c'est-à-dire qu'il ait payé de son vivant une prime

annuelle pour qu'à son décès l'assurance paye à sa famille la somme- stipulée, laquelle est proportionnelle à la prime et à Tâge auquel l'assuré a commencé à la payer. C'est une des formes de Yassurance sur la vie et une des manières d'être les plus recommandables de la prévoyance et de la moralité humaines, parce qu'elle étend son action par delà la vie de l'homme.

Il y a d'autres formes de l'assurance sur la vie, telles que l'achat d'une rente viagère à un âge déterminé par une prime annuelle, l'assurance dotale ou constitution d'un certain capital à la majorité moyennant un versement à une époque antérieure ou une prime annuelle, dont nous ne parlons pas parce qu'elles sont des modes divers de placements de capitaux et non des consommations préservatives.

Les sociétés de secours mutuels rentrent dans la catégorie des assurances. Moyennant une cotisation mensuelle qui dépasse rarement 2 fr., elles assurent, en cas de maladie, les soins du médecin, les médicaments, une indemnité journalière suppléant au salaire absent, et, en cas de mort, les frais d'enterrement, quelquefois une certaine somme à la veuve. C'est une assurance presque indispensable au salarié que la maladie et le chômage causé par la maladie réduiraient au dénuement.

l»8. Le paupérisme. -- Dans toutes les sociétés il y a des individus qui n'ont pas de moyens suffisants pour vivre, c'està-dire qui sont dans P impossibilité de subvenir aux besoins nécessaires de P existence, alimentation, vêtement, logement, par leur travail, par leur revenu ou par l'aide de leur famille; ils sont indigents.

Il ne faut pas confondre le pauvre et l'indigent. Le premier a peu, le second n'a pas assez. L'état de pauvreté est tolérable et il y a des sociétés dont presque tous les membres sont pauvres : telles sont, par exemple, les peuplades sauvages. L'indigence est une souffrance parce qu'elle est une privation de choses nécessaires à la vie et elle peut devenir intolérable. L'indigence est ordinairement une exception dans une société. Il n'est cependant pas sans exemple qu'une grande partie d'une population tombe dans l'indigence; on

Ta vu plus d'une fois à la suite de disettes dans Tlnde et à la suite des ravages de la guerre de Cent ans dans certaines provinces de France.

Quand Tindigence est non une exception, mais l'état permanent d'une partie de la population et sévit comme une maladie endémique, elle constitue le paupérisme. Le mal est ancien; mais il a pris un caractère particulier d'intensité dans les sociétés industrielles de l'époque contemporaine et, surtout, il a éveillé la curiosité des recherches scientifiques et la sollicitude de la charité à un tel point qu'on l'a cru nouveau, comme Test le mot qui le qualifie. Cependant, dans les siècles qui ont précédé le nôtre, les nombreux hospices et hôpitaux créés par la charité chrétienne ne restaient pas vides, les mendiants pullulaient dans les campagnes et les villes étaient infestées de truands que la police pourchassait sans parvenir à en détruire la race. Proportionnellement au nombre des habitants, il y avait à Paris plus d'indigents et beaucoup plus de mendiants au dix-huitième siècle qu'aujourd'hui.

Le paupérisme se produit quelquefois dans une population rurale : l'Irlande en est un exemple. Mais il attaque plus souvent les populations urbaines et surtout les cités manufacturières où un grand nombre de familles ouvrières se trouvent agglomérées et où les conditions de la vie sont rendues plus difficiles par la cherté des denrées, par l'entassement des habitants et l'insalubrité des logements, par les chômages de certaines industries, par les tentations de dépense de la cité, enfin par le contact et le contraste de la misère et du luxe. En effet l'indigence même est chose en partie relative. Dans un pays où tout le monde est pauvre, on se résigne sans murmure à vivre de très peu ; dans un pays où s'étale la richesse, ce peu paraît beaucoup trop peu et la charité se fait un devoir d'y ajouter quelque supplément : la plupart des indigents de Paris, qui vivent, il est vrai, sous un climat différent de celui du Sahara, ne consentiraient pas à se nourrir avec la ration moyenne d'un Touareg. Aujourd'hui où les sociétés produisent plus de richesse, on peut affirmer que le bien-être est plus général et la misère moindre qu autrefois; mais le

La consommation 297

paupérisme est pltAS apparent et plm concentré, comme Test rindustrie elle-même.

Il paraît être comme certaines maladies du corps humain dont une bonne hygiène atténue les effets pernicieux, mais qu'elle ne supprime pas, de même que la religion et la morale ne suppriment pas le vice.

Il y a diverses catégories d'indigents :

1° Ceux qui, n'ayant que des ressources très limitées par leur travail, sont exposés à tomber accidentellement dans r indigence quand le travail vient à leur manquer;

2° Ceux qui ont un salaire trop modique et une famille trop nombreuse pour subvenir régulièrement à tous leurs besoins et qui sont, à Tétat permanent^ dans une sorte de demi-indigence, obligés, tout en travaillant, de tendre la main à la charité ;

3° Ceux qui sont incapables de travailler, comme les enfants abandonnés, les infirmes, les vieillards sans ressources ;

4" Ceux qui, étant valides, sont trop paresseux ou trop vicieux pour gagner leur vie par le travail et qui préfèrent mendier ou voler.

Il est logique que les individus des deux premières catégories soient en grand nombre dans les villes très peuplées et très industrielles, précisément parce que ces villes renferment beaucoup de gens vivant de salaires ; ceux de la troisième catégorie proviennent le plus souvent de familles appartenant à la seconde catégorie et se trouvent, par conséquent, dans les mêmes localités. De toutes les couches de la société et surtout des couches exposées à l'indigence, le vice fait tomber constamment des individus pervers dans les basfonds de la société ; là croupissent pour le mal les misérables 4|ue la grande ville a produits et lés misérables qui y affluent de toutes parts parce qu'ils y sont plus dans l'ombre et qu'ils trouvent plus d'occasions de satisfaire leurs mauvais instincts. Ceux qui sont dans la misère sans être tombés dans le vice obéissent quelquefois à la même attraction et quittent leurs foyers pour venir là où ils espèrent obtenir plus de secours : l'assistance attire l'indigence. Cette situation impose aux

grandes cités des obligations toutes spéciales de charité et de police.

f «9. L*assistanee. — Ce qui distingue surtout à l'égard du paupérisme les sociétés civilisées et riches des sociétés grossières et pauvres, c'est que celles-là s'appliquent à étudier le mal et ont plus de ressources pour appliquer des remèdes. L'historien Macaulay a dit avec justesse : « La vérité est que les misères sont anciennes; ce qui est nouveau, c'est l'intelligence qui les découvre et l'humanité qui les soulage. »

On peut dire cependant que, dans tous les temps et dans toutes les sociétés, il y a eu et il y a une portion du revenu national consommée en œuvres de charité. Mais cette consommation charitable, ou consommation en vue de f assistance, est beaucoup plus considérable dans les sociétés riches, précisément parce qu'elles disposent d'un produit nel beaucoup plus considérable. On estime vaguement qu'elle atteint et dépasse peut-être cent millions de francs en France.

La plupart des consommations de ce genre font partie du groupe des consommations improductives. Sont-elles un bien ou un mal? La question a été posée : il faut y répondre.

La première réponse à faire est qu'à les considérer d'une manière générale, elles s'imposent comme une nécessité morale et sociale. Par un sentiment naturel de sympathie, l'homme qui possède est porté à soulager la misère de l'homme (jui n'a rien; par une considération d'ordre public, une société a intérêt à adoucir les souffrances de ses membres.

La morale dit : L'homme a le devoir d'assister ses semblables. L'économie politique ajoute :

1° Vindigence n'a pas un droit à l'assistance^ parce que nul n'a droit de réclamer pour lui-même et de coih sommer le bien d'autrui : c'est un corollaire du droit de propriété. C'est à tort qu'on a dit que l'État avait le devoud'entretenir à ses frais l'indigent, à titre d'indemnité pour le préjudice que l'état social lui cause en ne lui permettant pas de prendre les fruits naturels de la terre; car l'état social ne porte aucun préjudice à la richesse ; il en favorise au contraire considérablement l'accroissement et facilite par consë-

(juent à quiconque veut et peut travailler les moyens d'en acquérir quelque portion.

2* Les individus et les sociétés font de la richesse un emploi généreux et en même temps conforme à lintérêt public en employant une partie du fonds de consommation improductive à assister t indigence.

On a quelquefois reproché à la charité d'entretenir et d'étendre la plaie du paupérisme au lieu de la guérir. U est certain que des secours donnés avec profusion et sans discernement peuvent encourager la paresse et le vice et amollir le ressort qui soutient le pauvre dans le travail en énervant son courage parla perspective d'une vie facile dans l'oisiveté. La mendicité vagabonde, telle qu'elle existe encore dans certaines parties de la France, et la taxe des pauvres en Angleterre tombent sous ce reproche. En général, la permanence de secours attribués à des adultes valides, qui constitue au profit de gens capables de vivre en travaillant une sorte de rente prélevée sur le bien d'autrui^ est un mal ; mais l'abus ne doit pas faire condamner l'usage bien réglé et la chanté, faite avec intelligence^ est, dans les sociétés humaines^ un mode légitime et utile de distribution de la richesse; elle atténue quelques-unes des inégalités extrêmes de la fortune, elle adoucit des cruautés, souvent imméritées, du sort, et peut même conserver à la société une partie de ses forces productives.

La charité faite sans discernement peut aggraver le paupérisme; la charité faite avec discernement aux adultes soulage leur misère sans diminuer le paupérisme; la charité préventive, se produisant tantôt sous forme d'assistaoce à l'enfance qu'elle tire du dénuement ou du vice et qu'elle élève ou contribue à élever, tantôt sous forme de patronage à l'égard des adultes qu'elle aide à se préserver de la misère, peut avoir une action efficace pour la diminution du paupérisme.

L'assistance est donnée :

1° Par les particuliers agissant en leur nom privé et sous l'impulsion d'un sentiment religieux ou sympathique : il y a ainsi une quantité considérable de consommations d'am^-

tance qui ne figurent dans aucune statistique de la bienfaisance.

2* Par les associations charitables^ ayant les unes un caractère religieux, les autres un caractère laïque, et alimentant leur fonds de consommation charitable par les cotisations de leurs membres ou par le revenu des capitaux mobiliers et fonciers qui leur appartiennent en propre.

3® Par les services publics qui sont en France les communes, les départements et TËtat et dont le fonds est alimenté par des cotisations volontaires, par les revenus propres des établissements de bienfaisance et par l'impôt. On désigne ce genre de charité sous le nom d'assistance publique. L'as^ sistance publique représente la part de la société dans lé soulagement de la misère; elle a une action plus générale et plus régulière, mais moins de délicatesse que la charité privée. C'est surtout à cause d'elle que se posent les questions de droit et de mesure en matière de charité et qu'on doit dire que, si l'assisté ne peut se prévaloir dH aucun droit à Vassistance, l'État, chargé de veiller à l'intérêt public^ remplit un devoir social en assistant certaines infortunes^ dans la mesure oh ses ressources lui permettent de le faire.

L'assistance, privée ou publique, peut être donnée sous des formes et dans des circonstances diverses :

1° En temps de chômage, sous forme de travail dans des ateliers de charité où sont reçus les ouvriers sans ouvrage. Cette forme peut donner de bons ou de mauvais résultats suivant la manière dont les ateliers sont administrés ; elle en a donné de médiocres dans les workhouses de l'Angleterre et de mauvais dans les ateliers nationaux de 1848 en France.

2® Sous forme de secours en argent ou en nature. Ces secours peuvent être temporaires et accidentels quand il s'agit d'ouvriers privés de ressources par le chômage, de pauvres souffrant momentanément soit d'une disette, soit d'un hiver rigoureux, ou réguliers et permanents quand iJ s'agit d'individus et de familles incapables de suffire à leurs ||j2iordiiiaires. Ils ne constituent en général qu'une por- L'une minime portion des moyens d'existence kt 6tre délivrés soit au domicile de celui

qui donne le bienfait, soit au domicile de l'assisté ; ce dernier mode est d'ordinaire préférable parce qu'il permet de connaître avec plus d'exactitude les véritables besoins de l'indigent.

3" Dans les crèches^ hôpitaux et hospices où sont soignés les malades et recueillis des enfants, des inOrmes, des vieillards. C'est assurément une des formes les plus nécessaires de l'assistance et une des consommations charitables qui peuvent devenir reproductives lorsqu'elles s'adressent à des enfants qu'elles ont pour but de préserver de la mort ou du vice.

4** Sous forme de patronage dans des asiles, dans des écoles de diverses espèces, dans des sociétés de protection en faveur de certaines catégories de personnes, telles que les apprentis ou les condamnés libérés. C'est encore une espèce de consommation charitable qui peut être reproductive.

RESUMES.

La consommation est la fin légitime de la richesse. — Consommer de la richesse c'est détruire de l'utilité.

On peut distinguer : les consommations reproductives et improductives, les consommations lentes et rapides, les consommations privées et publiques.

10 CONSOMMATIONS REPRODUCTIVES

Consommations industrielles.

Consommations

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