‹ Précis d'économie politique [microform]Chapitre 1 sur 47 · PRÉCIS · texte numérisé non relu

PRÉCIS

Sommaire. — 1. L’obiel de l’écoiioniie poUluiue. — 2. Le but de léco- “omie politicae. - 3. La délmilion. - 4, La méthode de econm^ politique et ses rapports avec les autres sciences. — o. Les grai divisions. — 6. Le besoin et la satisfaction. — /• L utilité e richesse. — 8. Les forces productives. — 9. Définition de quelque:

autres termes.

1. L’objet de l’économie politique. — Sur toute la SUlface de la terre et dans tous les temps, les hommes se sont livrés à certaines occupations et ont entretenu les uns avec les autres certaines relations de travail, en vue de créer des produits ou d’obtenir une rémunération et de satisfaire ainsi, directement ou indirectement, aux besoins de la vie. Ils oui fait paître des troupeaux, ils ont chassé le gibier, laboure la terre, forgé le fer, pratiqué des métiers, loué leurs services, conduit des marchandises sur terre ou sur mer, vendu aux uns ce qu’ils avaient acheté des autres. Rien de plus divers que ces occupations et ces relations. Mais, sous la diversité des phénomènes, on aperçoit quelque chose de constant, a

savoir l’intention de faire une chose utile.

En V regardant de plus près, on aperçoit encoie autre chose. Ce n’est pas en employant les mêmes procédés que le cultivateur produit du blé dans son champ, que le taillandier fabrique une serpe sur son enclume ou le tisserand

2 PRECIS d’économie politique

une étoffe sur son métier. Mais qu’on fasse du blé, une j

serpe ou une étoffe, quelque industrie ou quelque commerce qu’oû exerce, il faut toujours du travail, des outih, des matériaux, presque toujours l’assis^auce I

doutrui et V échange de certains produits contre d’autres

produits.

Il y a là un ensemble de phénomènes d’un ordre^ particulier qui se reproduisent constamment dans les mêmes circonstances : il y a, par conséiiuent, matière pour une science particulière. Cette science est l’Économie politique.

Nous pouvons dire : L'économie politique a pour objet l'étude de% phénomènes, relatifs à la production des choses utiles. Ces choses utiles s'appellent richesse 2. Le but de réconomie poUtique. Eu observant 068 -^7^

phénomènes, l’économie politique s’élève jusqu’à la ci^ naissance des lois générales qui président à la produetiffli»; au mouvement et à la consommation de la richesse . c eK 1 ' ^

but qu’elle se propose tout d’abord. Car le but premier, l’honneur de toute science est de hausser l’esprit^ humain jusqu’à la notion de la vérité et de lui faire ainsi, par quelque côté, comprendre l’ordre qui préside aux choses de

ce monde. .

Mais, comme toutes les sciences, 1 économie politique a

aussi une utilité jiratique. L’homme connaissant les lois naturelies qui régissent les faits et les rapports économiques comprend mieux le mécanisme de la vie sociale; il est plus éclairé pour bien diriger ses affaires, quelque eau ière qu il suive; il a l’esprit plus juste et, par conséquent, moins accessible aux préjugés et aux passions <[ui agitent beaucoup d’esprits et qui troublent parfois les États; il peut plus sûre^. ment voiries améliorations a introduiie dans les institutioflR de son pays et, s’il a quelque jour voix dans les consmk publics, indiquer des réformes qui ne soient pas des utopli^ ou des suggestions égoïstes de riiiterêt privé. L’écont^ politique ne donne pas plus f^u’aucuiie autre science rinfiîl»*.- • libilité; mais elle est éminemment utile pour cette triple raison quelle communique plus de rectitude au jugement sur les questions économiques, qu'elle aide à la bonne con-

duiie des affaires privées et qu’elle est nécessaire pour l'intelhgence des affaires publiques.

;l La défiiiiiion. — L’expressioii économie politique est formée de mots grecs (olxo; voixo; tzôXiç) qui signilient l’ai't dndmimstrer la richesse dans les sociétés. Elle est tout autie chose que 1 économie — laquelle, dans son sens le plus étroit, est une vertu privée consistant à ne dépenser son bien que dans la mesure strictement uéeessaire — et (lue la politique, laquelle est l’art de gouverner les États. L’expression économie sociale est prise parfois, mais à tort, comme une variante d’économie politique; car elle a d’autres signilications, rune plus restreinte et l’autre plus large. L’expression Science économique ou Economique serait plus précise.

On a dit avec raison : L'économie politique est la philosophie de l'industrie humaine-, ce qui est une caractéristique de la science économique plutôt qu’une delinition.

L'économie politique est la science de rutile : detinitioii

un peu vague. L'économie politique est la science de

l'échange ou la science des valeurs : deliiiitions trui> étroites.

L'économie politique est la science de la richesse : deti-

nilion juste, mais trop concise. Adam Smith, par l’intitulé de

son ouvrage liecherches sur la nature et les causes de la

richesse des nations, a donné une définition qui n’est pas

moins juste et qui est plus explicite. On peut lui préférer la

deliiiilion suivante, qui, bien qu’un peu longue, est plus

cumpléte . l économie politique est la science morale

qui a pour objet l étude des lois naturelles suivant les-

. quelles, dans l état social, / homme produit, répartit,

échange et consomme la richesse, il convient d’ajouter ’

la science qui a aussi pour objet Véinie des institutions

relatives à la richesse et des conséquences qui résultent

de ces institutions pour le bien-être des nations, quoiuue

^tle dernière partie appartienne à ['art de gouverner et à

économie politique appliquée plus <{u a la science économique.

I. La iiielliodr <le récuiioiiiio |ioIili>|iir n sps rauiioi Is

avpe lesaaU'c, acicicrs. — L’économie I»lili,iue est une saence dobsenaUon. Lite est, en oiilie, une science

versée dans la science économique, de même qu’une leçon de chimie ne saurait être préparée sans danger par une personne étrangère à la chimie.

Solidaire des autres sciences morales, l’économie politique emprunte a la psychologie la connaissance des ressorts de l’activité humaine, et elle prouve, par ses propres résultats, leur eflicacilé; elle recherche l’M^<7e, mais elle corrobore les préceptes de la morale en démontrant expérimentalement que i’ulil'e, considéré dans l’ensemble des rapports sociaux, est conlorme qu juste', elle est une partie de la science sociale (science qui n’est pas encore faite) puisqu’elle traite d’intérêts sociaux; elle a des rapports intimes avec le droit-, elle puise des exemples dans Vhhtoire, qui raconte la suite des expériences d’organisation économique faites par les sociétés humaines, et elle éclaire l’historien, comme elle est éclairée par lui, sur les raisons de la jirospérité ou de ra])pauvrissement des nations; elle inlerroge la géographie, qui lui apprend l’influence du sol et du climat sur la produclion et le commerce, et à laquelle elle enseigne à remonter jusqu’aux causes de la richesse.

Elle se rencontre fréquemment sur le môme terrain avec le droit, qui, déterminant les contrats et les conditions de la propriété, intervient pour régler certaines relations des personnes dans la produclion, la répartition, la circulation et même la consommation des richesses. Mais l’économie politique traite des lois naturelles qui dérivent des rapports économiques des personnes et des choses; le droit traite des lois positives que les gouvernements ont décrétées pour fixer quelques-uns de ces rapports. L’économie politique examine l’intluence que ces lois positives exercent sur ta richesse et elle peut indiquer au législateur qui en prépare de nouvelles le but à atteindre et la voie à suivre.

5. Les jurandes divisions. — Les grandes divisions d’un traité d’économie politique correspondent aux trois grandes évolutions de la richesse.

Il tant d’abord la créer; l’économie politique étudie la production de la richesse : preyrnère phase ou évolution.

11 est très rare, on peut môme dire que, dans l'état social, il est à ncu près impossible une le.s hnmmp.s rréeni In

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morale, puisque la richesse est le produit du travail et de la volonté de l’homme.

Mais elle a parmi les sciences morales un rang particulier; cir, ayant pour objet la richesse que V homme crée et couse rnme, elle étudie h la fois le produit et le producteur, la matière et riiomme, et elle semble avoir un pied sur le d( maine des sciences naturelles et l’autre sur le domaine des sciences morales : elle est phgsico-morale. Tdle appartient à l’( rdre moral pareeque l’ouvrier est supérieurà la matière qu’il Lgoime et parce que l’homme, créant et consommant la richesse, est à la fois le principe actif et la fin dans l'œuvre éi onomique. Ainsi, le droites! une science morale, quoiqu’en pi rlie consacré à régler la })ropriété, chose matérielle.

Celte situation mixte a quelquefois nui à réconomie piolili [ue. Les sciences naturelles lui ont reproché de manquer du genre de précision auquel elles sont habituées, et les sciences morales ont hésité à la reconnailre pour une de leurs sœurs, parce qu'elles la trouvaient lro|) plongée dans la matière. Poui- éviter ces en-eurs, il suffît cle se rendre bien compte de sa véritable nature. L'économie politique P 'ocède par V observation des faits relatifs à la richesse-, el.e néglige ce <|ui est particulier ou accidentel; des traits g( néraux qu’elle rassemble, elle en déduit la nature et les rapports des choses économi(pies et e.xprime les lois.

Dans celte observation, elle est secondée par la Statisti([ue, laquelle peut être définie V étude numérique des fa'ts sociaux. Tous les faits qui intéressent la science économique ne sont pas de nature à faire l’objet d’une énuméra ion statistique, et d’ailleurs cette énumération n’est pas nécessaire jiour la constatation des phénomènes les plus gé léraux qu’elle étudie. Néanmoins, la statistique est une etiide indispensable pour la connaissance du mécanisme général des sociétés. Ouoiqu’ellc fournisse aussi des documents à l’autres branches de nos connaissances, elle est surtout Vauxiliaire et, pour beaucoup de questions, la lumière de V économie politique. Elle [leut être consideiée en quelque sorte comme son inéparateur. Mais elle ne peut être maniée elh-iuême avec prolit et sécurité que par une personne déjà

richesse sans avoir recours à leurs semhlahles pour leur demander soit des matériaux et des outils, soit la coopération directe de leur travail ; il est rare aussi que des populations urbaines emploient par elles-mêmes tous les produits qu’elles ont créés.

De là il résulte que ceux qui ont contribué à créer la richesse ont droit a une part de ce produit : c’est ce que

I économie politique étudie sous le nom de répartition ou stnbution de la richesse. La répartition, étant une'con-

sequence de la coopération et par conséquent un des plié- .

nomenesdela production.aétéeoiifondue avec elle dans une

meme division par certains économistes.

L économie politique étudie le mouvement de la richesse qui se transmet de propriétaire en propriétaire par l’échaime . sous le nom de circulation ; seconde phase ou évolution de la richesse et troisième division de la science.

Enliri, quand la richesse est arrivée à sa destination deiniere, elle est employée; le produit créé par l’industrie humaine est détruit ou du moins cesse-d’être dans le commerce, et, suivant 1 expression du langage économique, il est consomme ; c est le but et la fin de la production. L’économie po itique étudié en quatrième lieu la consommation la richesse, qui est la troisième phase ou évolution

elle est consommée par eux : aussi la question de la population prend-elle une place considérable dans la consLmation et dans l’ensemble de la science économique. Il en est de meme de la question de l’A’/n/, autrement dit du aouvemement, qui, chargé des intérêts communs et administrant par les finances une partie de la richesse nationale est api es la population considérée dans sa totalité, le plus m-ami

II y a done U-ois phases de la» richesse, et on peut diviser en quatre parties un traité d’économie politique *

^ production, répartition.

- phase (3 partie) : circulation.

ùnaLef ruhlîueî'^ Populatimi et

Dans la science économique, comme dans toutes les sciences, c’est par un effort de l’analyse et de l’abstraction qu’on opère les grandes divisions du sujet. Dans la réalité, les phénomènes sont complexes; en effet, le fabricant, en créant un produit, en consomme plusieurs autres, il répartit la richesse produite entre ses coopérateurs et il fait en même temps circuler la -richesse par ses achats et par ses ventes.

O. Le besoin et la satisfaction. — Pourquoi l’homme produit-il? Pour satisfaire ses besoins, dont le plus impérieux est de vivre.

Si un homme en état de santé restait un jour sans prendre de nourriture, il souffrirait de la faim; s’il restait plusieurs jours, il ne tarderait pas à mourir : l’homme a besoin de manger pour vivre. Si un homme, sous notre climat, ne portait pas de vêtements, il souffrirait cruellement du Iroid en hiver et il se trouverait même incommodé durant les autres saisons; l’homme a besoin de se vêtir. Il souffrirait aussi de la chaleur, de la pluie, de la fraîcheur des nuits s’il n’avait pas une demeure pour s’abriter : il a besoin d avoir un logis. Il en a besoin, non seulement pour se garantir contre les intempéries de l’air, mais pour placer tous les objets mobiliers dont il se sert, souvent pour exercer son travail et pour avoir, comme on dit, un foyer domestique autour duquel sa famille se réunisse.

Les besoins de nourriture, de vêtement et de logement ne sont pas les seuls que l’homme ait à satisfaire dans une société civilisée. Il sent le désir de s’instruire et de se récréer, et ce désir engendre des besoins.

L’homme éprouve ainsi un nombre indéfini de besoins, divers par leur nature et par leur importance. Il y en a qu’il est nécessaire de satisfaire sous peine de mort ou de souffrance, comme ceux de la nourriture et du logement. Il yen a beaucoup d autres dont la satisfaction est seulement utile ou agréable. Le nombre de ces derniers besoins, qui est indéfini, varie suivant la fortune particulière de chaque individu el augmente engéné?Yil dans une société à mesure que la masse et la variété des richesses y deviennent plus grandes. Par exemple, un sauvage n’éprouve pas le besoin de

s’instruire; il éprouve même à peine le besoin de se vêtir et de se loger. Les hommes civilisés, au contraire, regardent tous aujourd’hui l’instruction comme un besoin dont la satisfaction est nécessaire, non à la vie matérielle, mais à la vie intellectuelle, et ce besoin devient d’autant plus impérieux qu’ils comprennent mieux combien une bonne instruction importe à la dignité de l’homme et au progrès général de la société, ° I

Quand l’homme éprouve un besoin, il désire le satisfaire.

S il ne le peut pas, il souffre, et sa souffrance est d’autant plus vive que le besoin est plus impérieux.

Celui qui a faim consomme son diner, et le besoin de nourriture qu’il éprouvait est satisfait. Celui qui souffre de douleurs appelle le médecin, qui applique ses remèdes;

quelques jours après, le besoin de guérir qu’il avait se trouve peut-être satisfait.

On donne donc satisfaction aux besoins de l’ordre économique en comommant de la richesse matérielle ou en recevant les services d'autrui.

Nous disons « besoins de l’ordre économique », parce que l’homme ressent d’autres besoins, particulièrement ceux de l’ordre moral, tels que l’amitié ou la sociabilité, qui ne peuvent être satisfaits ni par de la richesse consommée, ni par un service payé. Ces besoins purement moraux et les sentiments qui les inspirent sont loin d’être indifférents au bon ordre économique; mais c’est à la morale et à la philosophie que l’étude en est réservée.

Pour satisfaire un besoin de l’ordre économique, il faut faire un effort, un sacrifice qui consiste en un travail ou en une dépense. L’homme fera-t-il cet effort?

Un sauvage voit passer un chevreuil dans la forêt; il connaît les habitudes de l’animal; il peut le chasser et peut-être l’atteindre après plusieurs heures de course. S’il est poussé par la faim, il n’hésitera pas, quelque peine qu’il doive prendre, à chercher la satislaction de son besoin impérieux de nourriture. Voici sur un arbre un bel oiseau dont le plumage pourrait lui servir d’ornement; mais le sauvage est laligué, pour approcher, il aurait une rivière à traverser, et

il laisse l’oiseau. S’il avait été au pied de l’arbre, il aurait pris la peine de décocher une flèche et il aurait donné satislaction à son besoin., peu impérieux, de parure.

Il en est de même pour l’homme civilisé. Beaucoup de gens aimeraient cà posséder de beaux bijoux; mais, pour se les procurer, il faut dépenser beaucoup d’argent, et ceux qui ne sont pas assez riches pensent que le sacrifice cTaroent autrement dit I effort, serait trop coûteux relativement à la satisfaction d un besoin qui n’est pas impérieux; ils se passent de bijoux et ils ont raison.

Un Parisien a besoin de faire vite une course dans un quartier éloigné; il prend une voiture, pensant que i fr 50 est un sacrifice d’argent moindre que la peine qu’il aurait en allant a pied. S il était pauvre, il ne prendrait sans doute pas la voiture, parce qu’il faudrait ré.server cette somme pour des besoins plus impérieux; mais il monterait peutelre sur 1 impériale d un omnibus, jugeant que le sacrifice

de 15 centimes n est pas disproportionné à la satisfaction qu il recherche.

Il y a des gens qui ne savent pas calculer le rapport de effoi t a la satisfaction. Ceux-là conduisent mal leurs affaires; de ce nombre sont les prodigues, qui, dépensant leur argent pour des besoins peu impérieux, n’ont plus ensuite les moyens de satisfaire les besoins impérieux.

On peut résumer ce qui précède en disant que le mouvement^ economique roule sur trois termes : deux termes extremes, le besoin, qui tourmente, et la satisfaction

qui apaise, et un terme moyen, /‘effort, qui procure la satisfaction.

î. et la richesse. — Pour obtenir cette salisfac-

tion, Il faut consommer de la richesse ou recevoir les services d autrui, c’est-à-dire consommer de l'utilité. Celte expression ne saurait être comprise sans explication.

Un champ est utile, parce qu’il produit des récoltes. Le ble qu on recolle est utile, parce qu’il nourrit. Une maiteon cs[ utile, parce qu on s’y loge. Un chapeau est utile, parce qu i couvre la tête. Une machine à vapeur est utile, parce quelle lournit une force motrice. Un damant est utile,

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parce qu’il satisfait le goût de la parure. Un bon livre est utile^ parce qu’il instruit. Une visite de médecin est utile, parce qu’elle procure au malade les conseils de la science. Toute chose propre à satisfaire un besoin renferme de l’utilité; son utilité consiste précisément dans V aptitude qua celte chose à servir à la satisfaction des besoins de l'homme.

C’est presque toujours l’homme qui donne aux choses leur utilité par son travail; par exemple, il tire le minerai du sein de la terre; avec le minerai, il fait du fer; avec le fer, des machines; minerai, fer, machines sont des produits qu’il a créés par le travail, c’est-à-dire par un effort intelligent.

L’homme crée-t-il réellement dans ce cas? Non; aucun être n’a le pouvoir d’ajouter ou de supprimer un seul atome de la matière qui existe, ni une seule parcelle de la force physique (nous ne disons pas’ force morale) dans le monde. Mais l’homme produit ; c'esi-h-dire que par son travail il dispose la matière de telle façon qu’elle serve ses desseins et satisfasse ses besoins et que, d’inutile ou de nuisible même qu’elle était pour lui, elle devienne utile. Donc, si l’homme ne crée pas la substance des choses, il crée l’utilité qui les rend propres à satisfaire un besoin et qui, par suite, leur donne une valeur.

De même, lorsqu’on mange du pain, on ne détruit pas la matière dont on fait le pain, mais on consomme l'utilité du pain, c’est-àdire la propriété qu’a la farine de froment, cuite avec de l’eau, du levain et du sel, de fournir un aliment substantiel; le pain cesse immédiatement d’exister, quoique les matières dont il était composé continuent à subsister sous une autre forme. Lorsqu’on porte un chapeau, on consomme l'utilité du chapeau, laquelle consiste à être une coiffure convenable ou même élégante pour abriter la tête; le chapeau, en vieillissant, perd peu à peu cette utilité, si bien qu’on tinit par le mettre au rebut. Quand on cultive un champ, on consomme futilité du champ, c’est-à-dire la force végidative delà terre qui produit les récoltes. Quoique le champ subsiste toujours, l’utilité qu’on en pouvait tirer pour une récolte est consommée; mais, chaque année, on

introduction 1 1

peut consommer une nouvelle utilité, parce que, chaque année, cette force se renouvelle par l’action de la nature et par les soins du cultivateur.

Tout objet matériel qui possède la qualité d'être utile est une richesse. La richesse d’une nation se compose de l’ensemble de toutes les choses utiles que cette nation possède.

Dans le langage ordinaire, on dit qu’un homme est riche quand il a des biens en abondance. Dans le langage économique, il n’est pas d’homme si pauvre qui n’ait et qui ne consomme de la richesse; car les haillons du mendiant sont de la richesse et les aliments grossiers dont il se nourrit sont aussi de la richesse.

Les richesses naturelles sont celles que la nature fournit d’elle-même. C’est ainsi qu’une contrée dont le sol est fertile ou renferme des mines est plus riche qu’une contrée dont lô sol est stérile et ne contient pas de minéraux utiles.

Les richesses commerciales sont celles que l’homme crée par son industrie, c’est-à-dire par son activité laborieuse, ou qu’il a utilisées en les appropriant à ses besoins. Gomme les richesses naturelles se transforment en richesses commerciales dès qu’elles ont été appropriées par l’homme et exploitées par son travail, ces dernières constituent, en réalité, toute la richesse qui peut être vendue et achetée et qui, par conséquent, compte dans la fortune d’une nation.

La richesse comprend, d’une part, la terre, qui est, avec son sol, ses matières premières et les forces de la nature appropriées, un instrument de production, d’autre part, les produits, qui sont le résultat de l’industrie humaine, comme le blé récolté dans le champ ou comme la locomotive fabriquée dans l’usine, et qui peuvent être employés soit comme objets de consommation pour satisfaire des besoins personnels, soit comme instruments de production.

8. Les forces productives. — La puissance économique d’un individu ou d’une nation ne se compose pas seulement d’objets matériels. Comparez, en effet, la destinée de deux jeunes gens dont l’un aurait reçu en héritage de beaux habits et un peu d’argent, mais qui serait inintelligent et paresseux,

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