TROISIÈME
ÉPOQUE
quatrième I
ÉPOQUE 1
Seules cultivées, rente = 0.
Non
cultivées.
Rente = 10 mesures de blé.
Cultivées, rente = 0.
Rente = 20 mesures de bié.
Rente = 10.
Rente — 1 30 mesures 1 de blé. I
Rente = 20. 1
Idem,
Non
cultivées.
Cultivées, rente = 0.
Rente = 10. 1
Idem.
Idem .
Non
cultivées.
Cultivées, rente = 0.
L observation de Ricardo est vraie, quoiqu’on soit en droit lui objecter que le phénomène de rente représentant l’aclon cooperative du sol peut se produire — et se produit lé^^iti-
En vain des économistes, tels que Bastiat en France et Carey en Amérique, ont prétendu renverser cette théorie le nreniier en s’appliquant à prouver que la terre n’a de valeur que par les capitaux et le travail que l’homme y enfouit que, par elle-même, elle donne, comme tous les agents naturels, sa lorce productive gratuitement; le second en
men rsè Ton”"*'’"’ P"* dans les défriche-
ents de son pays, (|ue les terres les plus fertiles ne sont-
pas ordinairement les premières que l’homme cultive, parce
qu e les sont souvent situées au fond de vallées qui exigent
civilisTornr*'’-t'‘“'''**i^‘’'’u'' une certaine
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LA PART DU CAPITAL IH
Peu importe en effet que les premières terres défrichées soient foncièrement ou ne soient pas les plus fertiles : elles étaient les plus productives dans la situation , où se trouvaient les premiers colons. Il peut même, comme cela a lieu aujourd’hui (18b6) en France pour certaines terres, venir un temps où la rente diminue, sans que la théorie de la rente soit renversée par ce fait.
Sans doute, le capital améliore le sol, et il est souvent impossible de démêler la part de l’un et de l’autre dans la valeur d’un fonds de terre ; souvent aussi la valeur d’un bienfonds reste fort au-dessous de la valeur totale des capitaux et du travail qui y ont été successivement dépensés , mais qui le plus souvent n’ont plus rien à réclamer, ayant été apiortis par les revenus. Il n’en est pas moins vrai que la terre a une force productive qui lui est propre, que celle force n’est pas la même pour toutes les terres et pour tous les usages, et qu’il faut la payer suivant la mesure de l’utilité qu’elle procure. Il y a toujours à un moment donnée comme dit Roseher, des terres qui^ avec le même capital et le même travail, rendent plus que d'autres; la différence qui existe alors entre le rendement des plus favorisées et celui des moins favorisées constitue la rente.
Bastiat voulait prouver que la terre ne différait en rien des autres capitaux, et que sa valeur émanait tout entière du travail de l’homme ; il croyait fortitier par là le droit de propriété. Sa proposition, qui contient une grande part de vérité, est cependant inexacte, étant absolue. S’il y a en effet sur le globe bien des terres qui ne valent rien, parce que la présence et le travail de l’homme civilisé ne les ont pas vivifiées, il arrive souvent aussi qu’un fonds de terre acquiert une plusvalue de rente sans que son propriétaire ait dépensé un capital ou un travail supplémentaire; c’est le cas, par exemple, d’un champ éloigné de tout débouché, près duquel on vient à construire un chemin de fer conduisant à un marché important, ou d’un terrain qui, dans une ville, se trouve en façade sur une grande rue nouvellement percée. On a beau dire que c’est le travail de la société qui a fait la plus-value : ce n’est pas moins le proprietaire qui a — et qui a légili-
inement, ainsi que nous l’avons dit (voir § 44) — le bénélice, c’esl-à-dire la rente.
Celte rente n’exisle pas seulement pour des champs de
bie. Le vent souille pour tout le monde; cependant, de
deux moulins construits exactement de la même manière et
avec un capital égal, mais placés l’un sur une éminence
dominant toute la région, l’autre dans un pli de terrain le
premier donnera une rente et le second n’en donnera peutêtre pas. '
On voit aussi que la rente n’augmente pas nécessairement le prix des choses ; car die est la conséquence et non la cause de la hausse. A cet égard, on ne saurait donc lui reprocher de porter préjudice aux intérêts des consommateurs :
nous verrons que dans certains cas, au contraire, elle leur est lavorable.
Mais, SI le fait observé par Ricardo est exact, certaines conséquences qu’il croit pouvoir en tirer et qui ont effrayé après lui, d’autres économistes sont moins exactes ou sont moins a redouter qu’il ne le fait croire.
^ Si la rente augmente à mesure que la population augmente
c est que le prix du blé augmente; si, d’autre part, les salaires
restent stationnaires et que l’ouvrier paye son pain plus cher, e résultat definitif est que les pauvres s'appauvrissent, pendant que les riches s’enrichissent davantage : voilà la thèse de Ricardo. Pour que cette thèse fût l’expression de la réalité il faudrait supposer que, durant cette évolution de la rente’ aucun progrès n’a été accompli ni dans la culture, ni dans 1 industrie; sans quoi le progrès agricole aurait abaissé le prix de 1 hectolitre ou le progrès industriel aurait élevé les salaires. Ce n’est pas ce que l’expérience des faits montre, ‘ depuis que Ricardo a produit sa théorie. Il v a eu en France, en Angleterre et dans la jilupart des pays ciiilisés, a la lois un procès agricole, ayant pour résultat des récoltes plus abondantes, un progrès commercial, permettant un plus large approvisionnement des marchés, un progrès industrie , rendant le travail de l’ouvrier plus fécond et, en somme, il s est trouvé que c’était le prix du blé qui demeurait a peu près stationnaire, tandis que les salaires haussaient.
LA PART DU CAPITAL
La rente a augmenté cependant aussi d’une manière générale en Europe et en Amérique, dans les trois premiers q^uarts du XIX® siècle, tout en se déplaçant quelquefois. Ainsi, telles terres qui avaient le privilège de nourrir une grande ville ont pu perdre une partie de leui' rente dans le même temps que les chemins de fer accroissaient la rente .le certaines autres terres en leur ouvrant un débouché jusqu’à cette ville. Plus tard, par suite de nouveaux progrès des transports, telles terres ont pu voir leur rente réduite par la cnncurrence de blés venus de pays lointains : c’est l'effet qu a produit en Europe, depuis le dernier quart du XIX® siècle, la concurrence des blés américains et russes.
50. La niôoric fi'éitérale de la rente. — Nous avons fait remarquer que le rhamp de blé n’a pas s<ti1 lé privilège de la lente, (|uh les teireins a bâtir y coiitrihueiit aussi, de même que les mines, dont les unes, une fois ouvertes, s'é’puisent vite, tandis que d’autres recèlent des richesses immenses. C’est encore trop peu dire; car la rente est un phénomène beaucoup plus général.
Fn effet, tout instrument de production et tout travailleur ayant une supériorité naturelle quelconque au point de vue de la production sur les autres instriments ou sur les autres fra railleurs du inême yenre jouissent d’ une rente. Lri m.irchaiid de vin est établi à un coin d^ rue tiè< fré-
qnenlé; en se donnant la même peine, il fait plu> d’affaires que se- concurrents placés dans les rues adjacentes : il y a là un phénomène de rente, et il est probable que le propriétaire en prélève une partie en faisant payer le loyer de la boutique plus cher qu’ailleurs.
Un fermier élève plusieurs chevaux qui mangent chacun la même quantité d’herbe, de foin et d’avoine; il s’en trouve un qui est plus fort et plus résistant que les autres, et le fermier s’en sert avec profit pour les gros charrois elles labours profonds : il y a phénomène de rente.
Un manufacturier a acheté chez un constructeur une machine à vapeur qu il a payée d après le même tarif que les autres acheteurs; mais à cause, soit de quelque détail du mécanisme, soit de 1 installation, elle brûle moins de charbon
que les autres pour fournir une meme quanlité de vapeur et le manufacturier s’en applaudit : il y a phénomène de rente.
ün avocat a un remarquable talent de parole et de la finesse d'esprit; il n’avait pas plus travaillé que ses condisciples à l’Ecole de droit et il ne prend pas aujourd’hui plus de •emps qu’eux pour étudier un dossier. Cependant les affaires affluent dans son cabinet, quoiqu’il se fasse payer plus cher que ses confrères, et il est en train de faire une grande fortune ; il a une rente.
Un forgeron a une grande force musculaire; comme il fait plus d’ouvrage que les autres ouvriers, il reçoit un salaire plus élevé ; il a une rente.
Une couturière adroite n’arréte presque jamais sa machine et ne casse pas son fil; elle fait tous les jours plus de mètres de piqûre que les autres ouvrières de l’atelier, et, comme le • travail est aux pièces, elle gagne davantage : elle a une rente.
Aucune de ces rentes ne grève le consommateur. Le marchand ne vend pas son vin plus cher ; le prix du fer et celui des piqûres n’en sont pas affectés, et les plaideurs, qui peuvent choisir entre les avocats, croient sans doute avoir avantage à préférer celui qui demande plus que les autres.
Toutes sont, au contraire, des suppléments de services rendus par l’instrument ou par le travailleur à la société, et la société, qui vit de services, y gagne. Elle a intérêt à la multiplication de ces supériorités.
Qu’arriverait-il si le nombre en augmentait considérablement? Les supériorités se feraient concurrence, et, comme elles produisent avec moins d’efforts, elles donneraient leurs services à meilleur marché. Il y aurait, et il y a souvent en réalité, un abaissement des prix, une diminution de la rente, c’est-à-dire un résultat tout opposé à l’hypothèse dont s’effrayait Ricardo.
ol. La coopération dn capital. — Il faut de toute nécessité que, pour produire, le travail et le capital soient associés. Nous l’avons prouvé en traitant du rôle du capital.
A quelles conditions se fait l’association? A des conditions diverses selon les cas, mais qui toutes impliquent un pa?'-
LA PART DU CAPITAL
(âge du produit, puisr|u’il y aura eu participation de l’un et de l’autre à l’œuvre de la production.
Le cas le plus élémentaire est celui oû le capital et le travail sont réunis dans une même personne, c’est-à-dire où le travailleur produit avec des outils et des matières premières qui lui apparliennent en propre. Ce n’est pourtant pas, au point de vue de l’analyse scientifique, le plus simple à étudier. En effet, les deux facteurs de la production y sont si intimement mêlés qu’on ne prend pas toujours garde dans la pratique de les distinguer. Le savetier, dans son échoppe, paye un loyer, se nourrit, possède un matériel industriel, c’est-à-dire travaille avec un petit capital. Songe-t-il à lui faire une part distincte dans les bénéfices? Non; il songe à vivre. Cependant, s’il cède quelque jour ce matériel et sa clientèle à un camarade, il saura très bien que tout cela a une valeur; il en demandera et en obtiendra une certaine somme d argent. L’influence du capital est certaine.
Deux tisserands de campagne travaillent, celui-ci sur son propre métier, celui-là sur un métier appartenant à un fabricant du bourg voisin; le premier reçoit le prix intégral de la façon de ses toiles; le second reçoit un (trix moindre, le fabricant retenant quelque chose pour la participation de son capital. L’inlluencedu capital apparait ici plus manifeste.
Elle devient si clairement maniteste, lorsque l’industriel a des ouvriers et un établissement organisé, qu’il est inutile d insister; il suffit de renvoyer à ce que nous avons dit plus haut à propos du rôle de l’intelligence et de celui du capital (voir § 18 et 24).
Ce précieux coopérateur qui augmente dans une proportion si considérable la puissance productive du travail, il est juste de le payer. Gomme tout associé, il a droit à sa part.
oS. La gratuite du crédit. — Hàtons-nous d’ajouter : Il est impossible de ne pas le payer, aussi bien qu’il est impossible de ne pas payeiTe travail. Un ami peut gratuitement nous prêter une somme d’argent, comme il peut gratuitement nous rendre un service ou nous donner un produit de son travail : ce sont là des actes que la sympathie inspire et que ne règle pas l’éconoaiie politique; Dans les rapports ordinaires de la
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PRÉCIS d’économie politique
vie, les hommes échnn^ent entre eux des services. « J’ai besoin de votre capital, dit le travailleur, parce qu’avce son aide je [iroduirai beaucoup plus. — Le voici, répond le capitaliste: quelle part du produit lui réserverez- vous? » Qu d [iropnse lui-même les conditions ou qu’il attende (ju’on les lui fasse, il ne donnera son argent qu’avec l’espérance d’un profit raisonnable. L’emprunteur otlre-t-il moins que son voisin, le capitaliste prêtera probablement au voisin, s’il trouve la même sécurité.
Si tous les emprunteurs, imbus d’idées fausses et s’imaginant que les capitalistes abusent de leur position en réclamant une part du profit, refusaient absolument de donner celte part, (fu’adviendrail-il? Les ca|)italistes garderaient leurs fnnds Les uns, les plus sensés, se mettraient à travailler pour utiliser eux-mêmes l’instrumenl dont ils n’auraient pu trouver le placement lucratif et en tireraient un revenu; les autres le consommeraient d'une manière improductive, aimant mieux, tout calculé, se procurer des jouis»ances temporaires que de s’imposer les privations d’nne épargne sans fruit.
Car il ne faut pas oublier que la source du capital est l’épargne et que l’épargne est une privation de jouissances. Or l’bornme prévoyant ne se prive dans le présent qu’en vue d’une jouissance darls l’avenir, pour lui ou pour les siens; supprimez le droit à la jouissance dans l’avenir, c’està-dire le profit du capital prêté, et vous supprimerez du même coup l'épargne.
Celte supposition est d’ailleurs imaginaire et la gratuité du cy^édit est une utopie. Les hommes sont guidés en pareille matière par leur intérêt ; et, comme l’intérêt des travailleurs à se procurer du capital n’est pas moins grand que l’intérêt des capitalises à trouver de l'emploi à leurs capitaux, l’accord est en quelque sorte nécess.iire. Mais les préjugés, comme les mauvaises lois, peuvent le rendre plus difticile.
sa. Le taux de l’intépèt. — Comme toutes les valeurs, le capital est soumis à la loi de l’offre et de la demande. Le taux de sa rémunération est fixé au point où s’accordent le
LA PART DU CAPITAL
capitaliste qui cbercbe le plus grand prolit possible et l’emprunteur qui cbercbe la moindre dépense. Nous pouvons dire d’une part : capital rare, capital cher, c’est-à-dire intéi'êt élevé; capital abondant, capital à. bon marché, c’esl-à-dire intérêt bas.
Nous n’avons ainsi (|u’une des faces du problème; il faut ajouter d’autre part: les capitaux très demandés sont chers; les capitaux peu demandés sont à bon marché.
Le taux de l’intérêt se règle principalement : 1° sur l'état général de la richesse sociale, qui tend à faire baisser d’autant plus l’intérêt qu’elle est elle-même plus abondante; 2“ sur l’activité de l’esprit d’ entreprise et la productivité du capital, qui tend à faire hausser l’intérêt d’autant plus qu’elles sont plus graiides elles-mêmes.
On peut comparer ce jeu du taux de l’intérêt au mouvement d’une balance. Dans le plateau de l’offre, ajoutez du capital : aussitôt le fléau de la balance incline vers la baisse. * Mais mettez de nouveaux emprunteurs ou de plus forts profits dans le [ilateau de la demande : le fléau se relève vers la hausse; chaque oscillation marque non la quantité absolue de capital disponible, mais le rapport entre cette quantité et la demande.
C’est ainsi que, dans une époque de langueur du commerce, on voit s’abaisser l’intérêt. Est-ce que le cajiilal est plus abondant? Nullement; mais il est moins demandé. Aujourd’ hui, à cause de l’abondance de l’épargne, il y a dans presque tous les pays civilisés une tendance à la baisse de l'intérêt.
Il en résulte que, si un intérêt bas est chose bonne et possible, l’abaissement du taux de l’intérêt jusqu’à zéro est une utopie. Les faits sont en contradiction avec une pareille théorie. Le raisonnement l’est aussi. Ce qui est désirable, c’est que les capitaux soient toujours à la fois très abondants et très demandés. Ce qui signifie : il est désirable qu’il y ait beaucoup d’instruments de travail à la disposition de l’industrie humaine et que ces instruments soient constamment employés à produire, parce que ce sont deux conditions qui concourent puissamment à conduire l’œuvre économique vers son but. Trop haut, l’intérêt entrave la production; trop
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PRÉCIS d’économie politique
bas, il n’encourage (>; s la formation du capilal. Mais la moyenne ne saurait jamais être déterminée sans témérité; car elle varie suivant les cas, les lieux et les temps.
^ Quand les capitaux sont associés, ils peuvent avoir de grandes chances de profit, de môme qu’ils courent de graves risques de per<e. Si l’affaire est très avantageuse, c’est peutêtre par 10, 20, 50 p. 100 et plus que se compte le profit; si elle est tout à fait mauvaise, non seulement le profit est nul, mais le capilal est déiruit en totalité ou en partie, et le capitaliste perd intérêt et principal.
Le prêteur peut se mettre à l’abri de ces grandes oscillations. Au lieu d’un revenu variable et proportionnel aux bénéfices laits dans l’année, il peut stipuler d’avance un revenu fixe, calculé à peu prés sur la moyenne de> bénéfices annuels de l’èntreprise ou réglé d'après la valeur (ju'ont les capitaux sur le marcbé. Dans ce cas, les londs qu’il fournil ne sont • pas du capilal associé, mais du capital salarié. Tous les ans, le prêteur recevra l’intérêt stipulé, soit, par exemple, 5 p. ICO. Si le travailleur qui a fait l’emprunt a réalisé de gros bénéfices, tant mieux pour lui; il en est le seul et légitime propriétaire, quand une fois il a payé la somme convunue; mais si, d’autre part, son profit total n’est que de 4 p. 100, il faudra, pour s’acquitter, qu’il prélève \ sur son avoir, et le résultat pour lui sera une perte. Le capital prêté n’aurait de risques à supporter que si l’entrefirise était tellement mauvaise que, loin de donner des bénéfices, elle dévorait improductivement tous les fonds de l’emprunteur et la totalité ou une partie des fonds prêtés : ce qui, d’ailleurs, n’est pas sans exemple.
Aussi le capital salarié fait-iî son choix et ses conditions. Dans une industrie qui présente de bonnes garanties et avec des industriels qui méritent le crédit par leur richesse ou leur réputation, il s’offre avec facilité et se donne, eu égard à l’état général du marché, à bon marché; dans les entreprises où il y a beaucoup k hasarder, soit à cause de la nature du travail, soit à cause du peu de fortune ou du peu de moralité du travailleur, il évite de s’engager ou il ne le fait qu’avec la perspective d’un intérêt assez élevé pour compen-
LA PART DU CAPITAL
ser la possibilité d’une perte. Pour cette cause, on dit que le taux de l’intérêt est généralement proportionnel aux risques, c’est-à-dire que les entreprises hasardeuses payent un intérêt supérieur, et les entreprises très solides un intérêt inférieur au taux moyen du pays dans le temps donné.
Le capital mobilier peut être prêté sous différentes formes : sous la forme générale de numéraire propre à être employé au gré de l’emprunteur en instruments de production ou en marchandises, sous celle de crédit ouvert sur les livres d’une maison de banque ou d’une maison de commerce, etc. Chacune de ces formes exerce une influence sur le taux et sur les conditions du prêt.
34. La conser%ation du capital. — La situation du capitaliste est assurément plus agréable et plus facile que celle de l’ouvrier auquel le travail de chaque jour est nécessaire pour gagner le pain du lendemain. L’administration d’un capital n’esl pourtant pas une sinécure; elle suppose une qualité qui n’est pas aussi commune qu’on pourrait le penser, l’esprit de conservation. Un économiste a cru même pouvoir désigner celte fonction du capitaliste sous le nom de travail-épargne, mot excessif parce que l’épargne consiste beaucoup plus dans un effort d’abstention que dans un effort d'action.
Le capitaliste doit posséder d’abord la vertu de l’épargne : c’est l’effort d’abstention qui lui fait épargner une portion de son revenu et conserver son capital, qu’il l’ait formé par son propre travail ou reçu en héritage. Tous les propriétaires ne savent pas faire cet effort; la preuve est qu’il y a des prodigues qui se ruinent. On en rencontre, il est vrai, beaucoup moins parmi ceux qui, ayant eux-mêmes amassé leur fortune petit à petit, connaissent le prix de l’argent, que parmi ceux qui ont reçu de leurs parents une fortune toute faite.
C’est beaucoup de ne pas ruiner son fonds en prodigalités; ce n’est pas tout, il faut, encore, savoir l’administrer; si ce sont des biens-fonds, ne pas en amoindrir la valeur faute d’entretien et même s’ingénier à l’accroître par des améliorations judicieuses; si ce sont des capitaux mobiliers, ne pas
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PRÉCIS d’économie politique
se laisser induire à de mauvais placements par la perspeclive trompeuse d’un gros bénéfice, se rendre compte de la moralité et de la capacité des gens avec lesquels on traite et apprendre à connaître le marclié des capitaux, comme un meunier connaît le marclié des l’arine':. La pri'uvv que cet art u’e>l pas sans ddiiculté, c’esi qn’im voit lieau-oup de capitalistes compromettre leur situation et même s>‘ ruiner entièrement, ipiebiues-uns parce qu’ils ont été malheureux dans leurs opérations, beaucoup parce qu’ils ont été ignorants ou téméraires.
Or, quelle que soit la cause de la destruction des capitaux, prodigalité ou insuccès, la société subit un préjudice, puisque l’abondance des capitaux lui est profitable ; par contre, elle retire une utilité du seul fait de la conservation du capital par son propriétaire.
RESUME
Le métayage est un contrat par lequel le propriétaire fournit la terre et le materiel d’exploÿation et a droit à une part déterminée dans les produits. — Le fermage est un contrat par lequel le propriétaire loue sa terre pour un temps et moyennant une somme déterminés. — Le prix de location (lorsque le propriétaire n’a pas dépensé de capitaux en amelioration) est la rente ou part de la terre dans la répartition.
La grande propriété Qsi nécessaire à la vie de chasse et à la vie pastorale. Elle est liée intimement à la constitution d’un Etat aristocratique. — Elle assure à un petit nombre de personnes un grand revenu territorial.
La petite propriété (et petite culture), donnant plus de produit brut, nourrit un plus grand nombre d’hommes. La prédominance de la petite propriété est en harmonie avec la constitution d’un état démocratique.
LA PART DU CAPITAL
La meilleure répartition de la propriété, comme de l'exploitation du sol, au point de vue économique, est celle qui résulte de la liberté des transactions.
La rente, dans le sens lhéori(}ue, est cette portion du produit de h* terre que l’on paye au propriétaire pour avoir le droit d’exploiter les facultés productives et impérissables du sol. — Il y a toujours à un moment donné des terres qui, avec le même capital et le même travail, rendent plus que d’autres; la différence qui existe alors entre le rendement des plus favorisés et celui des moins favorisés constitue précisément la rente. — La rente est la conséquence et non la cause de la hausse des prix.
Tout instrument de production et tout travailleur ayant une supériorité naturelle quelconque au point de vue de la production sur les autres instruments ou sur les autres travailleurs du même genre jouissent d’une rente. — Tous les phénomènes de rente ont pour origine des suppléments de ser\ ice rendus par l’instrument ou par le travailleur à la société .
Il est juste de payer la coopération du capital. — Il est impossible de ne pas la payer ; la gratuité du crédit
est une utopie.
Capital rare, capital cher ou intérêt élevé . — Capital abondant, capital à bon marché ou intérêt bas .
Le capital prêté à intérêt fixe est un capital salarié. — Le taux de l’intérêt est généralement proportionnel
aux risques. ^
La société retire une utilité du seul tait de la conservation du capital par son propriétaire.
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