Le rôle du commerce daus la civilisatîou
Logiquement, le commerce est un fait secondaire et dérivé ; il vient après la production qu’il présuppose. Historiquement, le commerce est aussi ancien que la formation des premières sociétés, et il est un des premiers liens gui ont réuni les hommes en société.
On ne peut pas affirmer d’une manière absolue que le contact commercial d’un peuple très barbare avec un peuple très policé soit toujours avantageux au premier. Le barbare peut être incapable de se servir des instruments de travail que la civilisation lui fournirait et il est toujours capable de se corrompre par les jouissances (|u’elle lui offre : c’est ce qui a eu lieu pour les sauvages de l’Améiique septentrionale.
Mais, entre nations civilisées, on peut dire gu en règle générale le commerce exerce une influence favorable à la richesse et à la civilisation.
Pour prouver combien est fausse la pensée d’isoler une nation, quelque industrieuse qu’elle soit, un orateur anglais (B. -J. Fox) disait spirituellement à ses concitoyens :
« Être indépendant de l’étranger, c’est le thème favori de laristocatie territoriale. Mais qu’est-il donc ce grand seigneur, cet avocat de l’indépendance nationale, cet ennemi de toute dépendance étrangère? Examinons sa vie. Voilà un cuisinier français qui prépare le dîner pour le maître et un valet suisse rpii apprête le maître pour le dîner. Milady, qui accepte sa main, est toute resplendissante de perles qu’on ne trouvera jamais dans les huîtres britanniques, et la plume ([ui flotte sur sa tête ne fit jamais partie de la queue d’un dindon anglais. Les viandes de sa table viennent de la Belgique, ses vins du Rhin et du Rhône. Il repose sa vue sur des fleurs venues de l’Améiique du Sud et il gratifie son odoiat de la fumée dune feuille venue de l’Amérique du Nord. Son cheval favori est d’origine arabe et son chien de la race du Saint-Bernard. Sa galerie est riche de tableaux flamands et de statues grecques. Veut-il se distraire? il va entendre des chanteurs italiens, vociférant de la mu>ique allemande, le tout suivi d’un bal français. S’élève-t-il aux honneurs judiciaires? l’hermine qui décore ses épaules n’avait jamais figuré jusque-là sur le dos d’une bête britannique. Son esprit même est une bigarrure de contributions exotiques; sa philosophie et sa poésie viennent de la Grèce et de Rome, sa géométrie d’Alexandrie, son arithmétique d’Arabie et sa religion de Palestine. Dès son berceau, il pressa ses dents naissantes sur du corail de l’océan Indien; et, lorsqu’il mourra, le marbre de Carrare surmontera sa tombe... Et voilà l’homme qui dit : « Soyons indépendants de l’étranger. * Nous pouvons faire la même expérience sans sorlîr de notre pays et dans les conditions sociales les plus modestes. Un ouvrier de Paris, avant de se rendre le matin à l’atelier, mange un morceau de pain fait avec la farine de la Beauce ou des Etals-Unis et boit un verre de vin, mélange des crus du Languedoc et de l’Orléanais ou peut-être composition d’alcool de Flandre et de raisins secs d’Asie Mineure, pendant que sa femme prend le calé a u lait que les caféiers du Brésil, les cannes à sucre de Cuba et les vaches de Normandie ont servi à lui préparer. Il s'habille avec une chemise dont le coton, venu de l’Inde, a été lissé à Rouen et avec un paletot don! le drap,
produit de Lodève, contient de's laines de l’Australie et de l’Allemagne; il met des souliers dont le cuir a été la peau d’une vache paissant dans la Pamjia argentine. Il regarde l’heure à sa montre et il ne se doute pas que, dans un si petit objet, il y i ait à la fois de l’acier de la Suède, du cuivre du Chili, des rubis
du Brésil, de l’or du Transvaal, pas plus qu’il ne se doute que les cinq parties du monde, avant même qu’il soit hors de sa maison, ont en quelque sorte rivalisé pour satisfaire ses besoins et que le commerce est l’auteur de ces jouissances.
Résumons les avantages que le commerce ju'ocure aux hommes.
1° Le commerce, en distribuant chaque chose à l’endroit précis où elle est le plus recherchée, accroît par ce seul fait la somme des utilités.
2" Le commerce est nécessaire à la division du travail; il la rend plus facile et, pour ainsi dire, plus spéciale à mesuie (]u il devient lui-même plus varié, et il donne, dans les pays manufacturiers, naissance à de nombreuses industries, par suite de Timporlalion de matières premières.
3° Jl augmente l'activité laborieuse des hommes, non seulement par les industries dont il provoi]ue l’établissement, mais par les jouissances nouvelles qu’il ofl're et par les be- „ soins qu’il fait naître.
¥ En établissant entre diverses contrées habitées des relations fréquentes, il apprend aux peuples à se connaître et il contribue à les éclairer les uns par les autres.
0" En stimulant les découvertes maritimes et terrestres, il a enseigné à Vhomme à mieux connaître la l'erre, son domaine. C’est au génie du commerce qu’est due la découverte du passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance.
6° En lui faisant counaitre la Terre, il l’invite à prendre possession jiar la colonisation des régions d’où partent et où aboutissent, à travers les mers, les produits échangeables.
7® En multipliant les liens qui unissent les peuples, en affaiblissant par le contact certains préjugés qui les séparent, le commerce, qui a souvent été une occasion de guerre, semble tendre cependant, par suite d’une vue plus juste des intérêts de chacun, a rendre les guerres moins^fréquenles.
PRÉCIS d’économie politique RÉSUMÉ
Le commerce consiste dans la vente et Vachaty c’est-à-dire dans l’échange d’une marchandise quelconque contre une autre marchandise et surtout contre la monnaie. Il a pour objet de transporter les produits, souvent d’un lieu dans un autre ou d’un temps dans un autre et toujours d’un propriétaire à un autre.
Bienqu ils ne créent pas de produits, les commerçants sont des producteurs, parce qu’ils créent de l’utilité.
On distingue le commerce intérieur, qui généralement est libre, et le commerce extérieur, qui est soumis à la réglementation des lois.
Le commerce extérieur comprend l’importation et 1 expoi tation, le commerce gênerai et le commerce spécial, les entrepôts, le transit — Une nation exporte d 01 dinaire àpeu près 1 équivalent de ce quelle importe.
^ Les taxes à l’exportation sont rares. Les taxes à l’importation sont réglées d’après un système restrictif ou libéral. — Le système protecteur, qui est du genre lestrictil, est un mauvais mode d’encouragement à la pioduction nationale. — La liberté commerciale, qui, au point de vue des droits du producteur, est synonyme de liberté du travail, est, au point de vue des résultats généraux de l’échange, synonyme d’extension du marché et, au point de vue industriel, un stimulant pour cette production à bon marché. — Sous le régime protecteur, on paye certaines marchandises plus qu elles ne valent; sous le régime libéral, on paye les marchandises ce qu’elles valent. — Le régime fiscal, qui est du genre libéral, est le plus convenable aux grandes nations commerçantes.
Le change est le prix auquel s’achète en un lieu une quantité déterminée de monnaie métallique livrable en
un autre lieu. — Il est favorable à la nation créancière, défavorable à la nation débitrice. — Le change est un baromètre de l’état du commerce : il ne faut pas s’y fier sans réserve.
Les crises sont une diminution de la production, de la circulation ou de la consommation et une rupture de l’équilibre entre ces diverses branches de l’activité économique. .
La crise est caractérisée d’abord par l’augmentation de la circulation des billets de banque, par la diminution de l’encaisse, par l’accroissement du portefeuille. Elle est précédée d’une tendance à la hausse et suivie ^ d’une baisse et d’une langueur des affaires plus ou moins prolongée jusqu’à la liquidation complète.
Les crises, commerciales ou autres, sont une sorte de maladie périodique de notre état économique.
C’est dans les contrées où l’homme vaut le plus par l’énergie, par l’instruction et par les capitaux que la production et le commerce sont le plus considérables ; on y trouve une population dense, une industrie manufacturière puissante et variée. — Les nations les plus industrieuses importent surtout des matières premières et des denrées alimentaires et exportent des produits manufacturés ; étant riches, elles achètent aussi à l’étranger beaucoup de produits manufacturés. — Les nations industrieuses tendent chacune à former un groupe industriel complet.
On peut dire, en règle générale, que le commerce exerce toujours une influence favorable à la richesse et à la civilisation. — Il accroît la somme des utilités ; il augmente l’activité laborieuse des hommes; il apprend aux peuples à se connaître et à connaître la ' Terre; il invite à la colonisation; il peut rendre les guerres moins fréquentes.