‹ Précis d'économie politique [microform]Chapitre 29 sur 47 · Le billet de banque. — Pour avoir le mécanisme · texte numérisé non relu

Le billet de banque. — Pour avoir le mécanisme

complet des banques, il ne manque plus qu’un rouage : le ‘ billet de banque, dont l’émission, réglementée par la loi dans la plupart des pays, caractérise ce qu’on appelle la

banque d’émission.

Quand un effet se présente à l’escompte dans une banque ordinaire, celle-ci donne en échange des espèces ou de la monnaie fiduciaire qui a cours dans le pays et qu’elle-môme

LE CREDIT

avait reçue auparavant comme de l’argent comptant. Quand un effet se jirésente à l’escompte dans une banque d’émission, celle-ci, en échange du billet du négociant, donne non du numéraire, mais ses propres billets, c’est-à-dire de la monnaie fiduciaire qu’elle émet elle-même sans frais. Elle n'échange pas une promesse contre une valeur réelle, mais une promesse contre une autre promesse. On ne peut plus dire précisément qu’elle fasse au porteur de l’effet une avance de capitaux; mais elle lui prête son crédit et se substitue en quelque sorte à lui, puisqu'elle lui donne le moyen d’obtenir crédit sur la place, non plus en son nom privé, mais au nom de la banque.

La différence est grande entre l’effet de commerce et le billet de banque; le public la connaît bien.

Le premier n’est remboursable qu’à une échéance plus ou moins lointaine; il n’est transmissible que par endossement; il est souscrit au nom d’une personne dont la plupart des gens auxquels on l’offrira n’ont jamais entendu parler et, bien que le porteur connaisse le dernier endosseur, dont la garantie lui suffit peut-être, il ne pourrait faire valoir son droit que par les formalités du protêt : aussi l’effet de commerce ne circule-t-il pas avec la même lacilité que la monnaie.

Il en est tout autrement du billet de banque. Celui-ci est à vue et au porteur, bien que ces mots ne soient pas toujours inscrits dans le corps du billet. On peut donc à tout instant le présenter au remboursement et la banque est tenue d’en compter immédiatement la valeur en espèces. On peut se le transmettre librement, de la main à la main, sans signature et sans endos; quiconque en est porteur a, par ce tait seul, droit d’en demander le payement. Cette facilité même, qui rend presque impossible l’usage du billet au porteur émis par le commerce, a fait la fortune du billet au porteur émis par la banque. On refuse d’accepter le premier, parce que, dès la seconde ou troisième transmission, on ignore complètement la situation financière et la moralité de celui qui 1 a signé. Mais tout le monde connaît la banque et on a confiance en elle; sa seule signature vaut mieux que celle de vingt endosseurs : on accepte volontiers son billet

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LE CREDIT

228 PRÉCIS D’FXONOMIE POLITIQUE

comme de la monnaie Qui a payé avec un effet qu il a endossé est exposé jusqu’à l'échéance à une réclamation et à un protêt; qui a payé avec un billet de banque est libéré. On peut voleT, il est vrai, ce billet; mais ne peut-on pas voler les écus? Le billet de banque permet de compter très rapidement, de transporter sans embarras, dans un portefeuille, des sommes considérables; ces avantages suffisent pour que

souvent on le préfère aux cens.

En principe, le billet de banque est un effBt de comme') lc émis j)(ir une banque et ayant la double qualité dche payable à vue et au porteur. Dans la pratique, il fait fo))cùon de monnaie et remplace souvent les espèces métalliques. Il peut n’avoir pas ou avoir cours légal; dans le premier cas, chacun est libre de l’accepter ou de le refuser en payement ; dans le second, c’est-à-dire lorsque la loi a autorisé les débiteurs à payer en billets de banque (remboursables à vue) aussi bien qu’en espèces — c e^t le cas du billet de banque en France depuis 1878 -, il devient une véritable monnaie

fiduciaire. ,

Le public gagne à l’usage du billet de banque, parce qu il

est une monnaie commode; la banque d’émission y gagne aussi, parce que, outre le bénéfice ordinaire de 1 escompte, elle donne une monnaie qui ne lui coûte po'ur ainsi dire rien. Cependant le billet de banque ne doit pas se laisser aveugler par sa fortune; quelque large place qu’il occupe dans la circulation, il serait dangereux pour lui d’oublier qu’il n’est

qu'une promesse de payement.

90. Les inouvemeiits de l’encaisse du portefeuille et de la circulation fiduciaire. — Une banque d’émission doitelle regarder la création de ses billets comme un fonds inépuisable et ouvrir sans réserve ses bureaux à l’escompte? Evidemment non. Elle ne le doit ni ne le peut. Comme les autres banques, elle dépend, bien que d’une manière différente, de son encaisse métallique.

Si une banque ordinaire a cinquante millions en espèces et si l’échéance nioyenne des effets qu’on lui pré'ente est de cinquante jours, elle ne doit pas escompter plus d'un million

par jour.

Une banque d'émission peut escompter davantage, sans doute ; sa puissance a cependant aussi des limites. Si elle juge par expérience qu’elle ne puisse mettre dans la circulation cent cinquante millions de billets sans que le tiers revienne au remboursement, elle ne saurait, avec un encaisse de cinquante millions en espèces, escompter pour plus de trois millions par jour d’eff'ets à cinquante jour.-> de date, sans quoi elle serait obligée de manquer à sa signature. Une banque d’escompte peut arrêter ses opérations quand elle s’aperçoit qu’elle n’a plus d’argènl en caisse; une banque d’émission qui ne s’arrêterait qu’à un tel signe ferait banqueroute, parce (ju’elle ne pourrait pas rembourser ses billets en circulation quand ils rentreraient. Là est l’écueil des banques de ce genre; quand elles y échouent, l’ensemble de la circulation est profondément troublé.

On appelle circulation fiduciaire et, plus brièvement, circulation la somme des billets de banque qui sont dans la circulation, encaisse la somme des espèces monnayées et des lingots d’or et d’argent (|ui sont dans la caisse de la banque, portefeuille la somme des effets escomptés pai‘ la banque et, par conséquent, possédés par elle qui sont dans son portefeuille. Il semblerait qu’il doive y avoir toujours b^ même rapport entre ces trois termes, puisque les billets ne sortent que lorsqu’il entre un effet dans le portefeuille et que l’encaisse grossit principalement par le payement à l’échéance des effets du portefeuille et diminue par la rentrée des billets en circulation. Il n’en est rien pourtant.

1° Première supposition : la banque escompte journellement un million d’effets payables tous à trente jours de date. Elle a toujours ainsi dans son portefeuille une valeur de trente millions. Est-ce une raison pour que la circulation des billets reste fixée au même chiffre? Non. Les trente premiers millions d’effets ont été escomptés avec des billets ; mais quand la banque, aux échéances, a été en toucher le montant, les débiteurs peuvent l’avoir remboursée en grande partie en numéraire, et, sur les trente millions de billets émis, il n’en est peut-être pas rentré plus de cinq. Au bout de trente autres jours, elle a donné trente autres millions de billets en échange

(les effets; si les échéances n’en font encore cette fois rentrer (]ue ciiuf, voilà la circulation portée à cinquante millions. Un mois après, toutes choses égales d’ailleurs, la somme des billets restés dans la circulation sera de soixante quinze millions, qui, avec les trente autres millions donnés pour l’escompte des nouveaux effets du mois courant, feront un total de cent cinq millions. Dans ce cas, ce n’est pas le portefeuille, c’est la caisse qui répond principalement de la circulation. En effet, si l’on n a donné à chacune des trois échéances que cinq millions de billets, c’est qu’on a rendu en tout soixante-quinze millions en espèces qui, depuis ce temjts, ne sont pas sortis de la caisse et qui, avec les trente millions d’effets du portefeuille, représentent bien la valeur totale des cent cinq millions de billets en circulation.

2° Le mouvement pourrait avoir une direction opposée. Prenons la banque au moment où sa circulation est de cent cinq millions, son portefeuille de trente, son encaisse de soixante-quinze , et faisons une seconde supposition. A l’échéance, tous les remboursements se font en billets : la circulation se trouve diminuée de trente millions, que la banque, il est vrai, remet dans le commerce par ses escomptes (lu mois suivant. Mais, aussitôt que chaque négociant a escompté son effet, il passe immédiatement au guichet voisin et il échange contre des espèces les billets qu’on vient de lui remettre : voilà une réduction de trente millions sur les billets en circulation et sur les espèces en caisse. A l’échéance, on rembourse encore la banque uniquement en billets qu’elle rend toujours au commerce le mois suivant; mais elle ne peut rendre que trente millions et elle en reçoit soixante. Chacun des effets qu’elle escompte et dont elle touche le montant fait donc rentrer une somme de billets égale au double de sa valeur : c’est l’encaisse qui fournit le supplément. Tous les trente jours, l’encaisse et la circulation diminuent de trente millions; au troisième mois, le portefeuille étant toujours resté à trente millions, l’encaisse n’est plus que de quinze millions et la circulation de quarante-cinq.

Si la ban(|ue avait l’imprudence de continuer ses opérations dans la même voie, elle aboutirait promptement à la banque-

LE CRÉDIT

route, c’est-à-dire à l’impossibilité de rembourser à vue ses billets, parce qu’elle ne posséderait que des valeurs à échéances échelonnées, tandis qu’on lui demanderait immédiatement de l’argent. Le danger d’une disproportion entre la circulation et l’encaisse est d’autant plus grand que, dès que le vide commence à se faire sentir, la panique s’empare des esprits et que, d’ordinaire, les porteurs se précipitent au remboursement.

3" Chaque pays n’a besoin que d’une certaine quantité de monnaie, proportionnée à l’importance de sa production et aux habitudes de son commerce. Si on lui en donne plus, la monnaie se déprécie ou s’exporte. Or, comme l’on ne peut pas exporter les billets de banque, on vient, quand ils sont en excès, les échanger contre des espèces. La banque doit étudier la situation de son pays et s’apjiliijuer à rester dans la limite, certaine d’être ramenée en deçà si elle tentait de la dépasser.

Admettons que le chiffre de cent cinq millions soit cette limite extrême de la circulation et prenons le moment où la banque avait cette somme de billets en circulation, trente millions en portefeuille et soixante-quinze en caisse. Que fera-t-elle le mois suivant? Elle pourra escompter en espèces. Si elle s'en tient là, les trente millions de numéraire qu’elle aura déboursés rentreront dans sa caisse à la fin du mois, et la balance sera la même. C’est une troisième supposition.

4“ En voici une quatrième. La banque veut augmenter ses bénéfices en ne laissant pas son argent inutile, et pour cela elle augmente ses affaires Elle escompte par mois pour soixante, pour quatre-vingts millions d’effets; et, pendant que son portefeuille grossit, son encaisse diminue dans la même proportion. Cet argent qui sort s’exporte en partie et va solder les importations de l’étranger. La banque se trouve ainsi avoir une circulation de cent cinq millions, un portefeuille de quatrevingts et un encaisse de vingt-cinq; l’équilibre existe encore; mais, dans ce cas, le portefeuille est devenu la principale garantie des billets. C'est sans contredit une bonne situation pour une banque, celle où elle rend le plus de services au commerce et où elle fait en même temps les plus gros béné-

232 PRÉCIS D’ÉCONOMIK POLITIOL’E

fices; mais elle doit* s’arrêter assez tôt dans celle voie pour ne pas conipromellre le remboursement de ses billets.

Tels sont les principaux mouvements d’une banque d’émission, dégagés des complications qu’y introduisent les comptes courants, les dépôts d’espèces et de lingots, les avances de diverse nature. En règle générale, quand l'encaisse et la circulation augmentent^ c’est que le public a confiance^ quand l'encaisse et la circulation diminuent à la fois, c’est que la confiance disparaît-, quand l’encaisse augmente et la circulation diminue, c’est que la circulation est peu active; quand le portefeuille grossit et qu’il devient la principale garantie de la circulation, c’est que les affaires com- 'merciales sont actives. Encaisse, circulation, portefeuille, trois termes qui sont étroitement liés les uns aux autres et que, dans un pays où, comme en France, il n’y a qu’une seule banque d’émission, on peut consulter comme une sorte de thermomètre du commerce.

îM. Le papier-monnaie. — Une des deux conditions essentielles du billet de banque est le remboursement à vue en espèces métalliques; la conviction qu’a tout porteur de pouvoir, quand il lui plaît, convertir en monnaie réelle la promesse de la banque, donne à cette promesse une valeur morale qui lui permet de circuler au même titre que cette monnaie et concurremment avec elle en se maintenant toujours au pair. Cessez le remboursement, la conviction cesse, le régulateur ne fonctionne plus et le billet de banque n’est plus en quelque sorte qu’un clîet non payé à l’échéance. Il peut, dans ce cas, avoir un prix très variable, mesuré à la probabilité du remboursement ou à l’acceptation plus ou moins facile par le public. Si le billet n’a pas cours foi’cé, il est plus ou moins délaissé. Si l’Etat donne à ce billet, non remboursable à vue, émis par une banque ou par lui, le cours forcé ou, en termes juridiques, le cours légal sans l’obligation de rembourser à vue, c’est-à-dire s’il ordonne que le billet de ban([ue sera reçu en payement comme la monnaie métallique, le billet devient du papier-monnaie.

Entre le billet de banque et le papier-monnaie, la différence fondamentale consiste en ce que l'un, ayant ou n'ayant

LE CRÉDIT

pas cours légal, est toujours et immédiatement remboursable en espèces, et que l'autre, ayant cours légal, n'est pas immédiatement remboursable. Les conséquences sont très différentes : l’un, s’il est contenu dans de justes limites, est sans danger et, par cela même qu'il circule, rend des services ; l’autre ne saurait circuler sans causer un certain préjudice à la nation qui s’en sert.

Voici pourquoi. Comme le remboursement à vue, qui est le régulateur de la circulation, ne fonctionne pas, il est difficile . d’apprécier le moment où le billet est en excès et où il commence à avoir sur le marché une valeur d’éotiange inférieure à sa valeur nominale, autrement dit à avoir moins de valeur que la monnaie métallique. Or ce moment est d’ordinaire contemporain du moment où la première émission a lieu ; car les métaux pouvant toujours faire les achats que fait le papiermonnaie et, de plus, étant acceptés à l’intérieur même par les plus défiants (fonction que le papier-monnaie n’accomplit qu’imparfaitement) et acceptés à l’étranger par tous (fonction que le papier-monnaie n’accomplit pas), il est presque impossible qu’il y ail parité de valeur entre deux choses si disparates.

Les payements à l’étranger se feront donc en métaux précieux : premier point. Pour suffire à la circulation intérieure devenue insuffisante par celte exportation et par la dépréciation même du papier, il faudra peut-être faire de nouvelles émissions; car il y a peu de cliances d’importation de métaux précieux dans un pays qui ne peut pas même conserver les siens : second point. Les émissions successives augmenteront la dépréciation qui, à mesure qu’elle agrandira la différence de valeur entre le papier et le métal, poussera plus énergiquement celui-ci hors des frontières. Le papiermonnaie chasse l’argent et réduit la nation qui en use à avoir une circulation fondée principalement sur du papiermonnaie et sur des monnaies divisionnaires d’une valeur réelle inférieure à leur valeur nominale, c’est-à-dire à n’avoir pour dénominateur commun des valeurs que des signes et non des équivalents, par conséquent, à n’avoir pas la véritable monnaie.

Or, quand les signes ne représentent plus qu’un objet ab-

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sent et que les mesures ne peuvent pas être sans cesse vérifiées sur la inesure-élalon, signes et mesures n’oiïrent plus rien de précis à l’esprit. La mesure se rapetisse en quelque sorte d une manière continue sans qu’on puisse rien affirmer sur sa longueur à une épotjiie postérieure. Le commerce intérieur est troublé. Pour le commerce extérieur, les négociants du pays sont dans une situation désavantageuse vis-à-vis des négociants étrangers, parce qu’ils payent en métaux précieux qui leur coûtent plus et qu’on les paye en papier-monnaie qui

L'émission de papier-monnaie est une manière d'emprunt forcé qu’un État peut être obligé de faire dans un temps d’extrême détresse : la nécessité est alors son excuse. La perte résultant de l’introduction de ce papier-monnaie dans la circulation varie suivant le degré de crédit dont jouit 1 État. Mais il y a toujours perle — sauf peut-être le cas du cours lorcé de 1870 en France, — perte directe par le change et par le commerce extérieur, perte indirecte par les embarras de la circulation à l'intérieur. Un État qui peut contracter un emprunt pour rembourser son papiermonnam fait en général une opération sage L

Le mode d’émission des billets de bmique — Les

graves conséquences qu’entraîne pour la circulation et la richesse nationale le défaut de remboursement à vue des billets de banque est la principale raison de la surveillance exercée par la plupart des gouvernements sur les banques d’émission. Le billet de banque peut être soumis à quatre régimes dillerents, celui de la liberté absolue d'émission celui de la liberté réglementée d'émission, celui de rémission firivilégiée et celui de Vunité d'émission.

La liberté absolue d'émission est conforme à la théorie des économistes qui ne voient dans le billet de banque qu’un effet de commerce analogue aux autres effets et qui ne se préoccupent pas d’y considérer l’instrument de circulation taisant fonction de monnaie. Dans cette théorie, l’émission du

LE CRÉDIT

billet de banque rentre dans la catégorie des actes ordinaires du commerce et doit être libre, comme étant une des formes de la liberté du travail. Cette théorie n’est appliquée dans aucun des grands États qui ont une circulation et un commerce importants.

La liberté réglementée d'émission est le système par lequel toute banque peut, à ses risques et périls, comme aux risques et périls de ceux qui les acceptent, faire des billets à vue et au porteur, aussi bien que des effets de toute autre espèce, moyennant certaines conditions générales déterminées par la loi, telles qu’une limite pour le maximum de l’émission, une proportion réglementaire entre la circulation et l’encaisse, un dépôt de titres représentatifs d’une partie du capital. Ce système est pratiqué aux États-

Unis. ■

\j' émission privilégiée est un système par lequel le droit

d’émission ii’est conféré qu’à un nombre restreint d établissements de lianque ayant le monopole de celle émission, dans la limite d’une certaine somme ou d’une certaine circonscription, et devant se conformer à des règles d’émission presj criles par l’État : c’est ce qui a eu lieu en France de 1817 à 1848. C’est le système anglais, où la circulation fiduciaire émane presque entièrement de la Banque d’Angleterre.

r'unité d'émission est le système suivant leiiuel l’État émet lui-même par une banque publique les billets ou donne à une banque unique, fonctionnant à peu près comme un établissement privé, le privilège d’en émettre moyennant certaines garanties stipulées dans la charte d institution.

Dans les deux derniers systèmes, les banques ordinaires peuvent emprunter, prêter, escompter, recevoir des dépôts, entreprendre, comme une banque ordinaire, les opérations qui leur conviennent, moins une : l’émission du billet à vue et au porteur. La liberté du commerce de banque et la réglementation de l’émission sont deux choses distinctes en principe et compatibles en pratique.

Théoriquement, la réglementation parait être nn droit de l’État, parce que l’Étal, dans l’intérêt général, a la police de la monnaie, qui est l’agent indisjiensable de la circulation

'?^ii*-'iiBfrîfsf^'-' làâiiâ

236 PRÉCIS d’économie politique

des valeurs, comme il a la police des roules, qui sont nécessaires à la circulation des marchandises. Pratiquement, chacun de ces systèmes peut se prévaloir de certains avantages particuliers. Réglementée ou non, la liberté (rémission favorise la multiplicité des banques, auxquelles elle offre l’appàt du bénéfice résultant pour elles tie la circulation de leurs billets, et la multiplicité des banques est à son tour favorable à la diffusion du crédit à travers, les branches multiples de l’iiiduslrie et du commerce. L'unité d'émission, quand la bamjue d’émission étend au loin son action, favorise la circulation de la monnaie fiduciaire, parce que les billets se présentent partout les mêmes et sont connus partout comme jouissant d’une grande solidité; elle est préférable sous ce rapport.

î»3. La lîaniiue de France. — La Panqiie de France est un établissement constitué d’après le système de runilè d’émission. Puisqu’elle est le plus puissant organe de la circulation et du crédit en France, il est utile de savoir comment elle s’est constituée.

Dans le principe, au commencement de l’année 1800, elle a été fondée par des banquiers, avec l’assistance du premier Consul, mais sans aucun privilège légal : émettait alors qui voulait, sans surveillance du gouvernement, des billets à vue et au porteur. En 1803, à la suite d’une crise commerciale occasionnée par la reprise des hostilités avec l’Angleterre, le premier Consul fit. porter une loi par laquelle il investissait la Banque de France du privilège exclusif d’émettre h Paris des billets à vue et au porteur. Lorsque recommença la guerre continentale (]ui allait conduire Napoléon à Austerlitz, une nouvelle crise éclata, et la Banque fut obligé de réduire à 300 000 fr. par jour le remboursement de ses billets. A la suite de ces événements, la loi de 1806 modifia l’organisation de la Banque, doubla son capital, étendit ses privilèges, mais introduisit au nombre de ses régents trois receveurs généraux et plaça à sa tête un gouverneur et deux sous-gouverneurs nommés par le cbet de l’Êlat. Napoléon voulait que la Banque donnât le crédit à la France entière et, pour cela, qu’elle établit des succursales;

LE CREDIT

la Banque y répugnait et, après les événements de 1814, elle s’empressa de fermer les deux comptoirs qu’elle avait été obligée d’ouvrir.

Sous la Restauration et durant les huit premières années du règne de Louis-Philippe, neuf banques dépay^tementales furent, par ordonnances ro\'ales, successivement créées avec privilège d’émission dans leur département, à Rouen, à Nantes, à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, à Lille, au Havre, à Toulouse et à Orléans.

Cependant la Banque de France, ramenée par le dévelopjiement des affaires commerciales au système qu’elle désapprouvait sous le premier Empire, avait fondé, depuis 1836, plusieurs succursales. La loi de 1840, qui prorogeait son privilège jusqu’en 1867, décida qu’à l’avenir les banques départementales ne pourraient être instituées que par une loi et que les succursales de la Banque de France le seraient par une simple ordonnance. Depuis ce temps, il n’y eut plus de nouvelles banques départementales et les succursales sv multiplièrent.

A la suite de la révolution de février 1848. la panique lut si grande que les billets se présentèrent en masse au remboursement et que l’encaisse tomba en. quelques jours de 140 à 39 millions. Le Gouvernement provisoire rendit un décret qui donnait cours légal aux billets sans que la banque fût tenue de les rembourser, c’est-à-dire cours forcé. Cet état de choses dura jusqu’en 1850. On limita (à 330 millions) le chiffre maximum des émissions. La Banque, sans rembourser à tout venant, eut soin d’échanger en monnaie les billets des industriels qui avaient à payer des salaires ou d’autres menues dépenses. Grâce à ces précautions, les billets se soutinrent sans discrédit.

Les banques départementales avaient obtenu aussi le privilège du cours forcé; mais ce cours, borné à un département, était sans valeur; pour échapper à la ruine, ces banques durent se fondre dans la Banque de France et devenir de simples succursales. La crise de 1848 a établi ainsi l’w/zL'é d'émission.

La loi de 1837 a consacré ce fait en prorogeant jusqu’en

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ijî

1897 le privilège de la Banque et en jiorianl son capital à 182 500 actions de 1000 francs. Elle l’a autorisée à élever au-dessus de 6 p. 100 le taux de son escompte et obligée à avoir au moins une succursale par dcpartemènt.

En 1870, au moment de la fiineste guerre contre l’Allemagne, le cours forcé fut de nouveau décrété; il a duré jusqu’en, janvier 1878; quoique l'émission fût beaucoup plus considérable qu’en 1850 (3071 millions en 1873), la perte que subirent les billets (moins de 5 p. 1000) fut moindre encore : le crédit de la Banque était solidement établi.

La loi du .17 décembre 1897 a prorogé le privilège jusqu’en 1920. La Banque avait, en 1904, 127 succursales dans les départements,. plus 59 bureaux auxiliaires et 210 villes rattachées; elle a escompté au commerce, sans compter les opérations qu’elle fait avec le Trésor, 10 834 millions de francs au taux de 3 p. 100; son portefeuille a renfermé 469 millions au minimum et 1 045 millions de francs au maximum, en effets; elle a fait 2 019 millions d’avances sur dépôt de valeurs mobilières; sa circulation a varié de 4 520 millions à 4105 millions; son encaisse en décembre 1904 était de 3 749 millions, dont plus de 2 milliards 1/2 en or. Le total des opérations de la Banque a dépassé 18 milliards. L’excédent de sa circulation sur son encaisse n’est pas considérable relativement à l’importance de ses affaires; il peut môme être nul : c’est la commodité que présentent ses billets, jointe a la confiance qu’ils inspirent, qui les fait préférer.

Les principales opérations de la Banque de France sont l’escompte, le recouvrement des effets, les comptes courants, les rtz?anccs sur dépôt de lingots, d’effets publics et titres, les avances au trésor public, la garde des titres et des métaux précieux. Les effets qu’elle escompte doivent être tà quatre-vingtdix jours d’échéance au plus et à trois signatures au moins. La troisième signature, qui peut être remplacée par un dépôt d’actions de la Banque ou d’effets publics, d’actions de chemins de fer, d’obligations de la ville de Paris ou de warrants, est un surcroît de précaution nécessaire. Deux signatures, comme nous l’avons dit, suffisent pour constituer une opération réelle; mais le comité d’escompte ne connaît pas la solvabilité

LE CRÉDIT

des innombrables signataires des effets qu'elle reçoit; il connaît surtout les banquiers qui, faisant les affaires des commerçants, leur escomptent leurs effets à deux signatures, et qui, après y avoir apposé leur propre signature, les réescomptent à la Banque afin de dégager leur capital. La Banque de France ne sert pas d’intérêts aux fonds qui lui sont confies en compte courant.

RÉSUMÉ

Le crédit, consiste dans l’échange d’une réalité actuelle contre une probabilité future. C’est une avance de services.

Le crédit est par lui-même un déplacement et non une création de capitaux.

Le crédit, avance de services faite sous forme de travail actuel ou de produits antérieurement créés, est déterminé par la confiance. Il produit une circulation plus rapide, et, par suite, il contribue à V augmentation de la richesse.

On distingue le crédit simple, qui est personnel, le prêt sur gage et le prêt hypothécaire, qui sont des crédits réels, le crédit commercial, qui est mixte.

Les principaux effets de commerce sont le billet simple, le billet au porteur, le billet à ordre, la lettre de change, le mandat.

Donner de l’argent contre un billet, c’est prêter de l’argent jusqu’à l’échéance ; ce prêt, comme tout autre, doit produire un intérêt : c’est l’escompte.

Un banquier est un marchand de capital et de crédit. — L’office d’une banque est, d’une part, de recevoir et de rassembler les capitaux de ceux qui veulent prêter, d’autre part, de dispenser les capitaux à ceux qui veulent emprunter.

Les principales opérations d’une banque sont les dépôts, les comptes courants, l’encaissement des effets

f 240 PRÉCIS d’ÉCONOMIIî POLITIQUE

' de commerce, l’escompte des eflets de commerce, les

opérations de change et d’arbitrage, les avances au î . commerce, les placements à long terme, les émissions

, d’actions et de titres de rente, les prêts hypothécaires.

— Les banques pratiquent les unes et les autres opérations suivant qu’elles sont banques de dépôt,

' d’escompte ou de spéculation.

Le billet de banque, qui caractérise les banques d’émission, est un effet émis par la banque, payable à vue et au porteur, taisant fonction de monnaie.

Dans une banque d’émission, les mouvements du portefeuille, de l’encaisse et de la circulation sont dépendants les uns des autres. — Augmentation simultanée de l’encaisse et de la circulation signifie con- , fiance; diminution simultanée de l’encaisse et de la

circulation signifie défaut de confiance; augmentation du portefeuille signifie affaires actives.

La différence entre le billet de banque et le papiermonnaie est que l’un est remboursable à vue et en espèces et que l’autre, ayant cours légal, n’est pas immédiatement remboursable. — L’émission du papiermonnaie est une manière d’emprunt forcé qui, sauf de rares exceptions, est préjudiciable au commerce extérieur et à la circulation intérieure d’un Etat.

L’émission des billets de banque peut être réglée de ' diverses manières : liberté absolue, liberté réglementée,

' émission privilégiée, unité d’émission. — La liberté

d’émission favorise la multiplicité des banques; l’unité d’émission favorise la circulation de la monnaie fiduciaire et est préférable sous ce rapport.

La banque de France a été créée en 18UÜ; le syslèrne de l’unité d’émission date de 1848.

Le commerce consiste dans la

î) 3. Le eoimnerce

vente et l’achat, c’esl-à-dire dans Véchange d’une marchandise conlre une autre mai'chandise et surtout contre la monnaie.

La division du travail a pour effet de faire de la société une grande association de coopérateurs dont chaque membre produit seulement certains objets, propres à satisfaire les besoins de beaucoup d’autres membres, et reçoit de beaucoup d’autres à son tour les objets utiles à sa consommation personnelle. Plus cette division est poussée loin, plus nécessairement le commerce est actif. En réalité, tout individu, à moins d’être nourri par sa famille ou de vivre d’aumônes, fait des actes de commerce, puisqu’il fait des échanges. Le rentier lui-même n’échappe pas à cette loi; chaque jour, il échange l’argent provenant de son revenu contre les marchandises diverses que ses fournisseurs lui livrent, le propriétaire foncier qui vit de ses rentes fait même un double échange, celui de la jouissance de son immeuble contre un revenu en argent et celui de son revenu contre les choses qu’il consomme. Mais, dans le langage ordinaire, on réserve le nom de commerçants à ceux (jui font spécialement profession de vendre et d^acheter.

Bien qu ils ne créent pas un produit., qu’ils n’augmentent pas la quantité des objets, néanmoins les commerçants sont des producteurs à leur manière. En effet, produire, c’est créer une utilité, c’est i-endre un service Or ne rendent-ils pas un service, ne créent-ils pas une incon-

•242 PRÉCIS D KCOxNOMIE POCITIQUE

testable utilité lorsqu’ils mettent un produit désiré à la dis^ position du consommateur qui, sans eux, en serait privé? ün Parisien a besoin de café; comment se le procurerait-il si le commerce ne l’avait apporté à Paris? Comment un citadin pourrait-il être assuré de se procurer du blé à une époque de l’année éloignée de la moisson si des commercants ne l’avaient acheté aux cidtivateurs qui avaient besoin d’arf^ent et ne l’avaient conservé? Transporter, conserver, échanger les produits, voilà les trois genres de services que rend le commerce et qu’on réunit en un seul terme, en disant que le coiumerce a pour objet de transporter les produits, souvent d'im lieu dans un autre ou d'un temps dans un autre, toujours d'un propriétaire à un autre.

Il faut ajouter que le transfert d’un propriétaire cà un autre, c’est-à-dire l'échange, est seul essentiel, que l'on peut faire et que les négociants font continuellement sur le marebé acte de commerce, se vendant les uns aux autres, sans qu'il y ait transport ni garde de la marchandise, tandis que le transport et la garde seuls ne suffisent pas à constituer un acte de commerce.

On peut ajouter aussi que le commerce est un des modes du travail qui, comme tout travail utde, ajoute de la valeur aux produits . Nous pouvons revenir encore sur ce point par quelques exemples.

ün fermier avait fait préparer des peaux de bœufs dans les pampas de l’Amérique du Sud; mais ces peaux n’avaient . qu’une minime valeur, n’ayant ([u’une utilité fort restreinte dans le pays de production. Survient un commerçant qui les aebèle et les transporte au Havre, où il les vend peut-être deux fois plus cher qu’il ne les a payées. Ce supplément de valeur représente, d’une part, les frais de production, transport, manutention, emmagasinage des peaux, d’autre part, le [U’ofit dû à l’habileté plus ou moins grande du commerçant dans cette triple opération d’achat, de garde et de vente. Le premier commerçant avait spéculé sur les peaux et négligé les cornes et sabots; un autre vient, les achète, et, les transportant à Paris, communique une valeur à une marchandise (jul gisait presque abandonnée. La chair des animaux, abattus

en très grande quantité en vue de faire du cuir, pourrissait; 1111 chimiste trouve le moven d’en conserver les éléments nutrilifs et le commerce leur donne une \aleur en apportant ces conserves sur les marchés européens.

La vendange est excellente; le vin est abondant et sera de bonne qualité. Un commerçant en achète une grande quantité à un prix fort modéré. Il le garde et, cinq ans après, à la suite d’une mauvaise récolte, il le vend trois fois plus clier qu’il ne l’a payé. Que représente cette plus-value? Plusieurs choses : en premier lieu, V intérêt pendant cim| ans de l’argent eni[doyé à l’achat; en second lieu, le loger de la cave dans laijuelle il a été conservé; en troisième lieu, les frais de manutention, transport du lieu de production au domicile du commerçant, soutirage, surveillance, etc. ; en (|uatrième lieu, la/lechet, c’est-à-dire une indemnité pour le vin qui s’est évaporé, qui s’esl écoulé parles fentes des tonneaux ou qui a aigri; enfin, le profit de l'opération, si elle a été bien conduite. Qui paye celte plus-value? Le public consommateur, qui aebèle plus cher une utilité plus grande; il y a cinq ans, il avait tro[» de vin pour vouloir donnei- 4::10 francs d’une pièce de la récolte nouvelle; aujourd’hui, il recherche à 36U francs un vin fait.

Prenons un dernier exemple où il n’y ait ni transport d’un lieu éloigné, ni transport dans un temps lointain. Un Parisien va à la halle et y trouve des marchandes qui lui vendent l’une un homard, une autre un poulet, une troisième des haricots ; elles ont acheté ( es marchandises le matin même, et elles les lui revendent dans l’aju’ès-midi en prélevant chacune un certain bénéfice. Ce bénéfice n’est-il pas le prix d’un service? Pour n’avoir pas à le (iayer, le Paiisien aurait dû |e lever avant (piaire heures du matin, assister à la criée à la fois au marché au poisson, au marché à la volaille, au marché aux légumes, ce qui était peut-être im|iossible, et il aurait été, après avoir perdu beaucoup de lemjts, obligé d’acheter de gros lots de provisions (car on n’a pas le temps de \endre au détail à celle lieure) dont il n’aurait pas eu l’emploi.

9o. Le eoiiiineree intérieur et le eoimne^’ce extérieur.

Le commerce est l’échange des produits; il procède de la

244 PRÉCIS d’économie POIITIQUE

division du travail et il favorise le progrès de cette division.

On peut imaginer un élat primordial de l’industrie dans lequel la division du travail n’exislerait pas et où cependant l’échange ne serait pas absoliimeiU inconnu.

Exemple. — Deux sauvages vivent de chasse; mais l’un a épuisé sa provision de gibier; il on achète à son voi>in, auquel il donne en échange une de ses ilèches ou auquel il promet de rendre du gibier à la chasse prochaine.

On peut constater (ju’un certain commerce lointain existe sous forme de troc, môme dans les contrées les plus barbares. Lorsque nos premiers aïeux ont commencé à faire usage du bronze, bien longtemps avant que les Romains pénétrassent en Gaule, ce bronze leur venait par le commerce de quelque pays éloigné, peut-être de la Phénicie ou de la (jrèce. Aujourd’hui encore, c’est par suite d’un trafic du même genre que les habitants de l’Afrique centrale possèdent des armes à feu.

Néanmoins, en règle générale, on peut dire que le commerce., fmdé sur la division du travail et sur la diversité des productions , tend à s accroître en quantité sur place et à s'étendre davantage au loin., à mesure quun peuple est plus riche. La masse principale des échanges journaliers se fait dans le principe à l’intérieur de petits groupes isolés, ne communiquant entre eux que par des relations très limitées; puis le groupe s’agrandit et plusieurs groupes communiquent ou se fondent ensemble par suite d'une plus grande sécurité du trafic et de quelques facilités de communication; des rapports suivis de commerce s’établissent peu à peu entre toutes les parties d’un même pays qui ont quelque rhose à vendre et à acheter.

On peut ainsi distinguer th6orii|uement trois époques successives de civilisation co nmerc.iale :

La première, purement agricole, dans laipielle chacun vit à peu près coniplètcment des produits de sa chaise ou de sa terre et où la division du travail existe à peine à l’état rudimentaire et accidentel ;

La seconde dans laquelle les métiers de la localité s’organi-

sent, l’un faisant des chaussures, un autre des maisons, etc., mais où, les relations ordinaires étant bornées au canton, la division du travail est purement individuelle ;

La troisième où, les provinces et les Etats communi((uant ensemble, cîiaiiue région apporte sur les marchés qui lui sont ouverts les choses qu’elle produit le mieux ou le plus économiquement, telle des denrées alimentaires, telle des matières premières, telle des pioduits manufacturés, de môme (ju’à l’époque précédente chaqun faisait dans la localilti prise pour exemple ce (ju'il était le plus apte à faire. Alors apparaît la division territoriale du travail.

Où s’arrête celte extension des rapports commerciaux? Logiquement, elle n’a pas d’autres limites que celle du gluhe terre.stre. Partout où existe une richesse naturelle ou créée par l’industrie humaine, il est utile qu’elle puisse être transportée en tout lieu où elle peut trouver des acquéreurs, c’est-à-dire occasionner un échange de services entre deux hommes. Toutefois la politique et l’économie politique s’accordent pour établir une dilïérence entre les échanges qui ont lieu dans l intérieur d'un même Etat, soit sous forme de troc, soit sous forme de vente, d’artisan à consommateur ou de négociant à négociant, dans la même ville ou de province à province, en gros ou en détail, et qu’on désigne sous le nom de commerce intérieur, et les échanges qui ont lieu d'un Etat à un autre soit entre étrangers, soit même entre concitoyens, en gros ou en détail, et qu’on désigne sous le nom de commerce extérieur.

Dans tous les temps et dans tous les pays, le commerce intérieur, quoique souvent plus modeste en apparence, est beaucoup plus important que le commerce extérieur par la somme totale des échanges auxquels il donne lieu. Aujourd’hui, dans la plupart des Etals civilisés, le commerce intérieur est libre et on sait en accepter sans murmure les conséquences, qui sont des idenfails : on ne songe pasà se plaindre sérieusement à Rouen que rintroduction des vins du Bordelais fasse une concurrence dommageable au cidre de la vallée d’Auge, ni dans la forêt d’Orléans que rintroduction des houilles d’Anzin à Paris diminue le nombre des consommateurs de bois.

PRKCIS ü’ECONOMIE POLITIQUE

ÎM». Los iiiiportatioiis et les exportations. — Le commerce extérieur, (|ui par essence ne diffère pas du commerce intérieur, est presque partout soumis à la réglementation des lois. Il consiste, comme tout écliange, en un double mouvement : celui delà chose vendue et celui de la chose achetée. Ce qu’une nation transporte hors de ses frontières comme marchandise qu’elle a vendue ou qu’elle a l’intention de vendre à des nations étrangères s’ajtpelle exportation. Ce (|u’une nation fait entrer ou laisse tmtrer sur son territoire comme marchandise achetée par elle ou seulement apportée sur son marL*hé par des étrangers s’ap[)elle importation. Pour une nation, importation signilie donc dans la plupart des cas achat et exportation vente.

Eu principe, il semble (ju’une nation se comporte dans réchange exactement comme un particulier. Échangeant valeurs contre valeurs, elle exporte l' équivalent de ce quelle importe. Il n’y a guère qu’un cas. assez rare d’ailleurs, qui puisse légèrement altérer l’équivalence : c’est celui où un^ marchandise qui est sortie d’un pays pour se rendre dans uh autre périt enroule par naufrage ou autrement.

En réalité, une nation agit autrement que des particuliers.

Les commerçants achètent pres(|ue toujours avec de la monnaie ou avec des signes représentatifs de la monnaie et, quand ils vendent, ils reçoivent à leur tour de la monnaie ou des signes représentatifs de la monnaie; c’est dans leur caisse que la balance se fait et qu’ils voient, au bout de l’an* née, si, de leurs échanges multiples, il reste un profit.

Bien que le commerce d’une nation ne se compose que de la somme des échanges des particuliers, le procédé général n’est pas le même. La monnaie qui a servi de mesure à chatpie échange est dans le fait reléguée à l’arrière-plan et sert rarement au payement effectif. Presque tous les débiteurs d’une nation font ce payement avec des traites qui sont tirées sur des débiteurs de l’autre nation, et il s’établit ainsi une compensation générale. Celte compensation ne se lait pas nécessairement dans le laps d’une année. Elle ne se fait pas non plus nécessairement entre les deux nations contractantes ; les créances et les dettes de plusieurs nations tierces

peuvent y contribuer par l’intermédiaire des banquiers. Elle ne se fait pas nécessairement toute en marchandises vendues; les titres de valeurs mobilières, \es> achats de propriétés foncières., les dépenses des voyageurs à l’étranger, les revenus des créanciers sur l’étranger fournissent souvent un appoint considérable.

Une double erreur, qui a longtemps fait autorité en matière de commerce extérieur et qui n’est pas entièrement dissipée, consiste à croire qu’une nation ne s’enrichit que }iar ce qu’elle vend aux étrangers et qu’elle s’appauvrit par ce qu’elle leur achète, que, par conséquent ;

Il est bon que la somme des exportations soit aussi forte que possible et la somme des importations la plus réduite possible ;

2® La différence constatée se paye, dans tous les cas, en métaux précieux et constitue le bénéfice net ou la perte sèche d’une nation. Celle différence est apjielée balance du ‘commerce. On dit que la balance est favorable quand les exportations sont en excès, qu’elle est défavorable quand île chiffre des importations est supérieur, comme on dit change favorable ou défavorable ; l’état du change est d’ailleurs le plus souvent un résultat du mouvement commerciaL

Cette doctrine, qui a exercé une influence décisive sur la réglementation douanière, suppose : 1° que l’on peut exj)orler sans importer, vendre sans acheter : ce qui est faux; 2° que les métaux précieux sont la seule richesse désirable : ce qui est faux; 3° que les chiffres officiels d’importation et d’exportation représentent exactement la valeur du mouvement commercial, et qu’il faut solder le compte annuel avec une somme d’or et d’argent précisément égale au reste de la soustraction : ce qui est faux.

Basliat a spiriluellemeiil critiqué, par l’exemple suivant (le cas de naufrage, qui, d’ailleurs, inllue peu sur les résultats généraux), la prétention de calculer le gain ou la perle d’une nation d’après le système de la balance du commerce.

« Permellez-moi d’apprécier le mérite de la règle selon laquelle les partisans de la balance calculent les profits et les perles. Je le ferai en racontant deux opérations commerciales

que j’ai eu l’occasion de faire. J'étais à Bordeaux. J’avais une pièce de vin qui valait 50 francs; je l’envoyai cà Liverpool, et la douane constata sur ses registres une exportation de 50 francs. Arrivé à Liverpool, le vin se vendit 70 francs. Mon correspondant convertit les 70 francs en houille, laquelle se trouva valoir, sur la place de Bordeaux, 90 francs. La douane se hâta d’enregistrer une importation de 90 francs. Balance du commerce en excédent de l’expcirlation, 40 francs. Ces 40 francs, j’ai toujours cru, sur la foi de mes livres, que

je les avais gagnés. M. M m’apprend que je lésai perdus

et que la France les a perdus en ma personne. Ma seconde opération eut une issue bien différenté. J’avais fait venir du Périgord des truffes qui me coûtaient 100 francs. Elles étaient destinées à deux célèbres ministériels anglais (jui devaient me les payer à un très haut prix que je me proposais de convertir en livres. Hélas! j’aurais mieux fait de les dé-

vorer moi-même (je parle des truffes, non des livres ni des tories). Tout n’eût pas été perdu comme il arriva, car le navire qui les emportait périt à la sortie du port. La douane, qui avait constaté à cette occasion une sortie de 100 francs, n’a jamais eu aucune rentrée à inscrire en regard. Donc, dira M. M..., la France a gagné 100 francs, car c’est bien de cette somme que, grâce au naufrage, l’exportation surpasse l’importation. Si l’affaire eût autrement tourné, s’il m'était arrivé pour 200 ou 300 francs de livres, c’est alors ijue la balance du commerce eût été défavorable et que la France eût été eu perte ! »

î)?. Les douanes, la protection et le libre- éehaiige. —

Pour constater le mouvement du commerce extérieur, pour percevoir des droits sur les marchandises qui entrent et qui sortent ou pour les empêcher d'entrer et de sortir, les gouvernements ont étabi les douanes sur la frontière de l’État. Les (7/’ov/.v com[>reunent des taxes â l’exportation

et des taxes à l’importation.

Les taxes à l'exportation sont rares^ parce que les gouvernements considèrent en générai comme dbine bonne politique de faciliter le placement des produits nationaux à l’étranger. En cela, ils ont raison. Une des exceptions à cette

règle est le cas oû un pays jouit à peu près du monopole d’un produit agricole ou minéral et prélè\e, sous forme de droits d’exportation, un impôt que supporte en grande partie

l’acheteur étranger.

Les taxes à liniportation sont nombreuses et figurent comme une des sources importantes du revenu dans presipie tous les États civilisés. Elles sont déterminées d’après les systèmes douaniers différents : le système restrictif, qui comprend le régime probibitionniste et le régime protecteur avec plusieurs variétés d’application; le système libéral, qui dérive de la théorie du libre échange, et le régime purement fiscal.

Le système restrictif fra})pe de prohibition ou de fortes taxes les produits de certaines industries étrangères, moins en vue de procurer un gros revenu au Trésor public que, d’empêcher ou de gêner l’importaiion et la vente de ces produits. Il se propose pour but la protection de lindustrie nationale-, c’est pourquoi on le désigné sous le nom de système, protecteur. Le sytème mercantile, qui consiste à régler les douanes en vue d’exporter beaucoup de marchandises et d’en importer peu afin de recevoir le complément ou balance en métaux précieux, est une variété du système protecteur; la prohibition ou système prohibitif est le système protecteur poussé à ses conséquences extrêmes; le système compensateur, qui essaie de compenser par une taxe douanière la charge des impôts supportés par le producteur national, en est une forme atténuée.

Le système protecteur est fondé sur le raisonnement suivant. 11 est bon qu’une nation riche exerce toutes les grandes industries agricoles ou manufacturières que son sol comporte ou dont elle peut se procurer la matière première et il est bon que son gouvernement, protecteur des intérêts nationaux, favorise le developi»ement de ces industries. Si une nation étrangère produit une telle denrée ou fabrique une telle marchandise à meilleur marché qu’elle, il faut que le gouvernement mette sur cette marchandise un droit assez fort pour que le produit étranger revienne aussi cher ou plus cher que le produit indigène afin que l’avantage reste à ce dernier sur le marché national ; par là, se trouve écartée une

dK

PRÉCIS d’économie politique

concurrence qui, suivant l’opinion des proteclionnistes, ruinerait la produclion nationale. On espère aussi que celle production pourra non seulement se soutenir, mais se dévelopi>er grâce a cette protection qui lui confère une sorte de monopole national. On fait valoir en faveur de ce système plusieurs considèralions : doter le pays d’industries nécessaires ou lucratives que la concurrence étrangère étoufferait dans leur germe; assurer aux agriculteurs et aux propriétaires un certain revenu, à la population ouvrière du travail et du bien-être; se rendre indépendant de l’étranger en se dispensant de lui acheter des produits dont on soupçonne qu’il eût acquis le monopole après avoir ruiné rinduslrie nationale.

bans doute, le gouvernement a le deviûr de favoriser le développement des forces j)roductives de la nation : il le fait, par exemple, en entretenant des écoles. On ne j»eut lui dénier le droit d’encourager l’industrie : il le fait, par exemple lorsqu’il décerne des prix dans des concours. Il doit régler les tarifs douaniers au mieux des intérêts du pays. Mais la piotection est-elle le meilleur mode? Voici ses inconvénients.

1° Elle impose un sacritice dont il est piesque impossible de mesurer l’étendue. En elïet, si le législateur met un droit de 30 ti'ancs sur un produit dont le [)rix courant sur le marché national est d’environ J3Ü francs, c’est qu’il estime que les proilucteurs étrangers pourraient le bvrer à 100 francs, tandis que les producteurs nationaux ne peuvent pas le fabriquer à moins de 130, et qu'il juge utile de faire payer aux consommateurs ce supplément de 30 francs.

Or, à combien se monte le sacritice impos(i à la consommation ])ar cette augmentation de prix? A peu de chose i)eutètre, si l’industrie reste languissante; mais si elle prospère — et c est le résultat qu on espère atteindre, — le sacrifice, iutrement l’impôt établi sur la consommation au j»rofit de cerains manufacturiers, se multipliant parle nombre des unités lu produit vendues, peut s’élever à une somme considérable ; ‘'est rinconnu. Si le gouvernement avait, au lieu de promul- ,mer un tarif protecteur, assuré une prime fixe à chaque iroduit sorti des fabriques nationales, comme on l’a tait parois, notamment pour la marine, il aurait peut-être pris une

mesure regrettable, mais il aurait du moins connu l’étendue du sacrifice qu'il exigeait de la nation.

Quand le gouvernement promulgue un tarif protecteur, il pense l’établir seulement pour la période du temps nécessaire à la consolidation de l’industrie [irotegée. C’est un moyen d’éducation; les parties intéressées n’oseraient peut-être jias le réclamer si elles laissaient croire que celle industrie dût rester toujours impuissante et que le sacrifice serait perpétuel. Cependant l’hisloirc ne présente guère d’exemple d’une industrie venant spontanément déclarer au gouvernement qu’elle est devenue adulte et qu’elle peut se passer désormais des faveurs de la douane. 11 y a pour cela des raisons.

Jamais un industriel, si sa manufacture prospère, n’estime faire trop de bénéfices. Première raison.

Tant qu’une industrie donne des profits, il va des capitaux et des entrepreneurs qui cherchent à en vivre et, suivant la situation et l’habileté de chacun, il s’établit une échelle très variée de profils, depuis les patrons qui font fortune jusqu’à ceux qui végètent |)énildement ; or, jiour ces derniers, le moindre al»aissement des tarifs, quelque élevés qu’ils soient, est proljablement et restera à toute époque une cause de ruine. Seconde raison.

Les manufacturiers qui réalisent des bénéfices ne sont pas disposés à faire de fortes dépenses pour jierfeclionner leur matériel d’exploitation et à abaisser leur prix en diminuant, à force de cai»ilaux et de peines, leur coût de production tant que la concurrence ne les y contraint pas, et, comme la douane a écarte la concurrence étrangère, ils risquent de demeurer toujours inferieurs aux étrangers. Troisième raison pourqu’ils s’opposent à l’abaissement de la barrière des douanes.

3° Quand un gouvernement, désireux de satisfaire d’autres intérêts que ceux des manufacturiers privilégiés, abaisse les droits de douane, l’industrie nationale exposée à la concurrence étrangère n’est pas par la nnûne eloutïee. Elle risque de souffrir d’abord et de voir les établissements mal constitués succomber; mais ceux qui étaient dans de bonnes conditions économiques résistent en se Iransforinant, et l'industrie y trouve quelquefois un stimulant qui l’excite à

PRÉCIS D ÉCONOMüi; POLITIQUE

gnmdir. A aucune époque en France le commerce exlérieur •l a eu un si lajiide essor <jue de i8o0 à 1880 où il s’e«:t eleve de moins de milliards à 8 milliar.ls 1 /i> (commerce bpecial); celle penode esl celle de rahondance de l’or de la conslrudion des chemins de 1er, de l’expansion du credil et de 1 aüenualion, puis de la sujijiression du tarif protecteur à partir du traUé de commerce de 1860 avec l’^Vm^leterre et des tarifs convcnhonnels résultant de traités divers.

^ Sous le régime lihéral aucune grande industrie française n a succomhe; loin de- là, jilusieurs de celles qu'on disait le plus menacees, le fer et la laine, ont augmenté, leur produciion. Au contraire, depuis que le tarif douanier a été révisé dans un sens moins libéral en 1881, puis remplacé par le tarif protecteur de 189.2, le commerce, sous l’influence de diverses causes, est resté à peu près stationnaire ; .le 8 milliards !/:2en 1880 il est tombé à 7l>00 millions en 1903. Cependant il y a des pays dont le commerce extérieur a

® ^ régime j.rotecteur, comme les

' tats-ünis depuis 1805 et rFuijiire allemand depuis 1875.

autie paît, 1 Angleterre et les i\ys-P>as ont beaucoup progresse depuis 18o4 sous un régime liberal. C’est que la posperite^commerciale d’un pays dépend de causes multiples. ^

4° 8i la protection portait également sur tous les produits agricoles et maiiulacturiers d’un pays, elle produirait, entre autres efiets, un rencbérissement général «les prix. En réalité

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lesquelles sont ordinairement au nombre des plus puissamment organisées parce que ce sont celles qui ont le plus d’intluence pour faire prévaloir leurs intérêts. Il en resuite une meplite choquante entre les catégories .le producteurs.

La moyenne des salaires .lans les imlustries très protégées n’est pas supérieure à la moyenne dans les industries non privilégiées: on .loit en conclure que les tarifs n’exercent pas 1 influence qu’on leur supjiose sur le bien-êli-e des ouvriers 6° Pour rendre un pays imlépendanl .le l’étranger sous le rapport de certaines industries, celle .les tissus .Je coton par exemple il ne suinrait pas de gêmu- l’introduction de quelques produits comme les bis pour dentelle et les calicots-

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il faudrait pouvoir se procurer la matière première, le colon, sans avoir besoin de l’acheter à l’étranger : ce qui est impossible aux États européens. La vérité est, en premier lieu, que l’industrie et le commerce modernes ne jtcrmetlent pas aux nations de se passer les unes des autres; en second lieu, qu'une nation ne dépend pas d'une autre parce que les fabricants de l’ime et de l’autre rivalisent d’elïorts [tour se com-ilier une partie de la clientèle.

7° Si la protection s’apjilique à des denrées agricoles de première nécessité, comme le blé et la viande, elle renchérit la vie, surtout celle des classes ]>auvres, et place dans une situation .lésavanlagciise relativement à la concurrence (Urangère l’in.lustrie nationale, qui, par suite de ce renebérissement, i>aye sans .loute ses ouvriers plus cher sans que leur salaire réel soit plus fort. Celte sui-.ebarge, légère [leutêire au début, peut s'aggraver. La barrière des .louanes, em [léchant le niveau des [irix de s’établir des deux cotés de la frontière, ne jiermel pas de mesurer la .lifférence que j>euvent faire le bon marché progressant avec l’abondance .l’un côté et la cherté maintenue .le l’autre. Il peut arriver ainsi que la nation protégée, séparée du mouvement économique du monde, se trouve un jour bien en arrière de certaines autres nations civilisées.

Les lois (]ui ont pour but d’altérer l’équilibre naturel .les prix sont toujours dangereuses. Si la politi.[ue peut juslilimpar excejition certaines mesures de [irotection douanière pour une durée strictement limitée, le système protecteur psi, en règle générale, un mauvais mode d'encouragement à la production nationale-, il crée des inégalités, il 0[ipGsc .les obstacles au progr.'is, il est onéreux aux ronsommateurs (]ui paient un impôt à certains producteurs, il ne rem[)lit pas la promesse qu’il fait d’enrichir le pays.

Le système libéral se [iréoccu[)e moins de l’intérêt de telle catégorie de producteurs que «le rintérêl général et surtout de l'intérêt des consommateurs; il se propose [loiir but de faciliter le commerce exlérieur et .l’assurer au marché national le plus laige appruvisionnemenl au moindre nrix possible.

Le système libéral est fondé sur la théorie du libre échange, qui est fondée elle- même sur les principes de l’économie politique et qui se déduit ainsi :

Commercer, c’est travailler; donc tous les droits de la liberté du travail s’appliquent au commerce extérieur et intérieur aussi bien qu’à l’industrie;

Acheter où l’on veut est aussi une des formes de la liberté;

Gomme, de nation à nation, le commerce extérieur consiste principalement dans l’échange de produits contre des produits et que, pour acheter un objet d’imjiortalion, il faut avoir produit un objet d’exportation (à moins qu’on ne donne en échange une portion de son cajdtal ou le revenu d’une créance sur l’étranger), une nation ne saurait être, suivant une expression quelquefois employée, « inondée » de produits étrangers qu’à peu près dans la mesure où elle « inonde » elle-même l’étranger de ses produits.

L’importation introduit. soit des marchandises que la nation ne produit pas, soit des marchandises qu’elle produit moins bien ou plus chèrement. Dans le premier cas, elle ne peut avoir comme résultat qu’un avantage pour tous; dans le second, elle stimule les nationaux à produire mieux et devient une cause de bon marché pour la consommation. D’où les deux propositions suivantes, dont l’une contient les principes et l’autre les conséquences :

La liberté commerciale, qui, au point de vue des droits du producteur, est synonyme de liberté du travail est, au point de vue des résultats généraux de l'échange, synonyme f/’extension du marché et, au point de vue industriel, un stimulant pour une production à bon marché;

Sous le régime protecteur, on paye certaines marchandises plus qu'elles ne valent; sous le régime libéral on a plus de chances de les payer ce qu’elles valent.

Liberté commerciale ne signifie pas suppression des douanes et des taxes douanières. La douane est nécessaire non seulement pour enregistrer le commerce extérieur, mais pour procurer au Trésor public un revenu légitime par un tarif douanier fiscal.

L’impôt de consommation est légitime et on peut prélever

DD

•il

cet impôt sur les marchandises importées; c’est ce que fait le régime fiscal, qui n’est pas un moyen d’arrêter au passage les marchandises étrangères. Aussi n’impose-t-il que des droits modérés, avec le dessein de gêner le moins possible le commerce extérieur et dans l’espérance que la modération même du droit, contribuant à augmenter le nombre des échanges, accroîtra le revenu public.

Le régime douanier est une des questions économiques les plus discutées, avec le plus de passion, dans les assemblées politiques, parce que les mots protection et libre échange couvrent de très graves intérêts, privés ou publics. Le régime fiscal, vers lequel il serait désirable de voir tendre de notre temps les nations manufacturières et commerçantes comme étant le plus conforme à l'intérêt général, est loin de prédominer. L’Angleterre le maintient depuis le milieu du XIX® siècle; la France, qui l’avait adopté en 1860,, l a abandonné en 1892.

Î)H. Le commerce général, le commerce spécial et le transit, entrepôts et ventes publi<|ues. — Lne marchandise peut passer et repasser la frontière sans avoir été l’objet d’un échangé dans le pays : elle est venue chercher un acheteur qu’elle n’a pas trouvé ou elle a traversé le territoire pour gagner un autre État; elle ne doit pas payer le droit de douane. C’est pourquoi, dans certains pays, l’administration douanière distingue le commerce extérieur en : commerce général, comprenant toutes les marchandises qui entrent dans le pays et qui en sortent, à quelque titre que ce soit et quel que soit le propriétaire, et comprenant par conséquent le transit, et comiùerce spécial, comprenant seulement, à l importation, les marchandises qui entrent pour la consommation nationale en payant et celles qui sont exemptes de droits et, à V exportation, les marchandises nationales ou nationalisées qui sont expédiées à l'étranger.

Les marchandises étrangères qui cherchent un acheteur et qui ne veulent pas acquitter le droit avant de l’avoir trouvé demeurent, après leur entrée, dans certains lieux spéciaux dits entrepôts, lesquels sont considérés comme des temtoires neutres. Elles peuvent y rester un temps quelconque

et en sortir librement, sans taxe, pour être réexpédiées dans un pays étranger; dans ce cas, elles figurent seulement à l’exporlation et à l’importation du commerce général. Mais, SI elles sont consommées dans l’entrepôt ou si elles en sortent pour être vendues sur le territoire national, elles acquittent le droit et figurent à l’importation du commerce spécial, après avoir figuré une première fois au commerce général.

Les entrepôts et les magasins généraux facilitent les ventes publiques, c est-à-dire les ventes aux enchères, annoncées d’avance, entourées des garanties légales qui conviennent à certains commerces en gros.

Les maicliandises qui se rendent d’un pays étranger dans un autre sont dites de transit; elles n’acquittent pas de droits d’importation et ne figurent pas au commerce spécial.

Les douanes donnent lieu à des combinaisons fiscales très complexes. Quand un négociant fait entrer en entrepôt une marchandise qu’il réexporte sans l’avoir vendue, il ne paye pas de droit. Mais, quand un meunier importe d’Odessa du blé qu il réexportera ensuite sous forme de farine pour la Suisse, quand un mécanicien importe de la fonte d’Angleterre qu’il réexportera sous forme de machine pour l’Italie, que convient-il de faire? Il ne serait pas juste de lui faire paver le droit comme s’il y avait eu consommation de l’objet dans le pays même et il serait de plus dommageable à l’industiie nationale d aggraver par là le prix de revient de ses produits sur les marchés étrangers. Dans ce cas, on peut restituer'à la sortie une somme équivalente au droit qu’a dû payer à l’entrée la matière première employée : c’est ce qu’on nomme draivbach; ou bien exiger, comme pour le transit, certaines garanties, afin de s’assurer que les matières premières introduites sous caution sont effectivement sorties après avoir reçu une main-d œuvre : c’est ce qu’on nomme admissions temporaires. Q^ielquefois la douane va au delà du simple remboursement; en vue d’une protection spéciale, elle accorde des primes, primes d’exportation le plus souvent, ou

même primes d’importation, comme pour la grande pêche en France.

En règle générale, les combinaisons douanières les moins

complexes sont les meilleures, parce que ce sont celles (|ui

gênent le moins le travail et qui donnent le moins de prise à la fraude.

îM). Le ciiau^'o. — Dans le commerce international, la circulation métallique et fiduciaire ne reste pas toujours en équilibre.

Une nation a-t-elle vendu beaucoup à une autre nation sans lui acheter autant, elle est sa créancière et le complément de ce qui lui est dû lui sera payé en métaux précieux ou en valeurs quelconques.

Il faudra donc que les banquiers et négociants du pays débiteur achètent et rassemblent des monnaies du pays créancier pour les lui expédier. Ces monnaies, recherchées sur le marché débiteur, y feront prime, comme font toutes les marchandises rares. Ainsi, la livre sterling vaut au pair 25 fr. 21. Si la France a besoin d’envoyer en Angleterre beaucoup d argent, elle payera sur la place de Paris la livre sterling plus de 25 fr. 21 ; elle l’a payée jusqu’à 26 fr. 17 à l’époque de la crise de 1871. Au contraire, si c’est l’Angleterre qui a beaucoup de fonds à envoyer en France, la livre sterlin^^ se vendra peut-être 25 fr. 19 ou moins. Cette différence entre le pair et le prix du marché s’appelle change ou agio.

Le change est dit défavorable à la nation débitrice dont la monnaie est au-dessous du pair et favorable à la nation ciéancière dont la monnaie est au-dessus du pair.

Avant d en venir à ce que les Anglais nomment le « gold poinj, », c est-à-dire à l’achat et au transport des métaux précieux qui est coûteux, les commerçants débiteurs cherchent à acheter des lettres de change sur le pays créancier, afin de s’acquitter avec du papier decrédit. Ils en trouvent: car, SI la France est, à un moment donné, débitrice de I Angleterre, l’Angleterre doit peut-être à la Russie et aux Etats-Unis et les banquiers peuvent offrir à leurs clients français des traites russes ou américaines tirées sur des commerçants anglais. Mais ces traites, recherchées comme la monnaie, font prime comme elle, quoique dans une proportion difféiente, et on dit encore que le change est favorable pour une nation, défavorable pour l’autre.

2o8 PRÉCIS d'cconomif; POUTIOUE

On peut généraliser la délinition (le manière à la rendre ai»]»licable même à deux localités d’un même État et dire : le change est le jaix auquel s'achète en un lieu une quanlih‘ déterminée de monnaie m<''lalHque ou fiduciaire livrable en un autre lieu.

Ces oscillations du change se maintiennent toujours dans des limites peu étendues, parce que la prime (|u’on consentà payer ne saurait excéder le prix du transport de l’argent même depuis le domicile du débiteur jus(i fan domicile du créancier.

J.e change peut être considéré l'.omnie une sorte de baromètre de l'état du commerce qu’il est utile de savoir consulter, mais aux indications duquel il ne faut jias attribuer un sens plus étendu (ju’il n’a : change favorable signifie excès d’exportation; change défavorable, excès d'importation. Cela n’implique }»as nécessairement qu’une nation s’enrichisse ou s’appauvrisse.

Les négociants du pays dont le (diange est défavorable ont intérêt cà exporter leurs marchandises dans le pays créditeur, profitant ainsi de la prime sur leurs traites et cette exportation tend à rétablir l’équilibre.

Le pays débiteur peut chercher aussi à le rétablir par Télévation du taux de l’escompte.

Ces effets du change sont ceux qui se produisent enti-e deux États qui ont le même système monétaire ou du moins des étalons comparables. Les effets sont plus complexes quand les étalons ne sont pas facilement comparables et surtout quand un des États a une monnaie avariée et d’un cours sans cesse variable.

lOO. Les crises. — Dans la circulation intérieure d’une nation et dans le commerce international il y a des fluet nations d’un autre genre qu’on nomme crises et (jui sont une diminution dans la production, la consommation ou la circulation et une ruplure de VéquiUhre établi entre ces trois branches de l'activité économique.

L homme actif, au nioinenl ou il forme une entreprise, ne sait pas encore au juste quelle sera la consommation de sa marchandise. Il est bon qu’on ait une certaine audace en industrie; car c’est l’abondance et le bon marché de la

duction qui déterminent en partie l’aliondance de la consommation. L’homme actif engage donc des capitaux qu’il espère avoir dégagés et pouvoir rembourser à l’époque convenue. Cette épO(jue arrivée, le ca}»ilal sera-t-il réellement dégagé et disponible? C’est ce (ju’il ne fait que présumer. Production, échange, consommation sont trois termes étroitement unis, (jui s’accroissent ou diminuent ensemhle, mais qui pourtant ne marchent jias toujours parfaitement de front.

Par un elfet nalurel de resjtrit d’entreprise, c’est la jiroduction, production industrielle ou commerciale, qui généralemeut tend à hâter le pas. Dans les temps de calme, lorsque les cajulaiix sont à bon marché et que la production suffit à jteine aux besoins des consommateurs, beauconj) d’entrepreneurs se mettent à produire ou à acheter jiour revendre. C’est le jnomenf où se construisent les usines, où se multijilient les sociétés commerciales, où l’on spécule à la hausse. Tel achète des marchandises ]>arce qu’il prévoit qu’un mois ajiivs il les vendra jdns cher; il n'a pas l’argent nécessaire |»our|iaver; mais il esjière l’avoii- (juand il aura vendu. Il l’a en effet un mois ajirès et il a de jdus le bénéfice à l’aide dmjuel il s’enrichira jteut-ètre en renouvelant souvent la même opération. Des milliers de sjiéculateurs agissent comme lui et les manufactures travaillent incessamment à leur fournir des aliments de commerce.

Mais il arrive un moment où les ressorts trop tendus se faussent ou même se brisent. Lor.'^que les capitaux sont engagés, il faut du temps pour les dégager ou pour en former d’autres. Or la spéculation ne peut pas attendre; une fois lancée dans la voie de la hausse sur la pente du crédit, elle ne peut plus s’arrêter; car la continuation seule du crédit et de la hausse lui permet de faire face à ses engagements antérieurs. 11 n’en est pas de même de la consommation, qui finit par protester en se restreignant. Alors un divorce, latent d’abord, se fait entre la production et la consommation, et le moindre accident le fait érlater ; c’est une mauvaise récolte qui oblige tout à coup la nation à employer pour sa subsistance. une [dus forte portion de son revenu et, par suite, à acheter moins d’autres produits; c’est une guerre ou une

menace de piuerre ijiii empêche les affaires;'! longue échéance el paralyse la circulaüon; c’est une cataslrojihe survenue sur un des grands marchés du monde qui a son contre-coup sur les autres marchés; c’est la ruine de queUfiie grand établissement de crédit ([ui ne peut plus se soutenir à la hausse et qui entraîne le marché dans sa chule.

Il faut nécessairement alors que la baisse se produise. Ce n est pas sans déchirements et sans souffrances : là est justement la crise. Les spéculateurs à la hausse résistent quelque temps, continuant à aclieter ou refusant de vendre en baisse et foisant dans ce but leur plus énergique appel au crédit; le portefeuille des banques se remplit plus que jamais d'effets escomptés et la circulation des billets de banque augmente pendant que l'encaisse diminue. Il faut enfin céder, la résistance ne servant qu’à aggraver les perles, et la crise aboutit à de nombreuses faillites, à un ralentissement du travail, de la circulation, el en conséquence à la diminution des effets présentés à l’escompe. C’est une période d’atonie, de langueur des affaires-, les prix sont en baisse et le capital monétaire s’accumule dans les banques. On peut considérer cette période comme la liquidation de la crise ; la durée lient en être courte quand il y a véritablement liquidation; la durée peut se prolonger, — et, dans ce cas

il y a moins liqui'lalion qu’alonie persistante du marché

soit par l’ambiguité d’une liquidation incomplète, soit par la persistance même des causes qui ont occasionné le mal général. Cet ensemble est ce qu’on appelle une crise commerciale.

D’autres fois, la perturbation est moins générale. Elle provient seulement d’un embarras dans la ciiculalion monétaire, ayant ordinairement pour cause une exportation trop considérable de métaux précieux : c’est ce qu’on appelle une crise monétaire.

Les crises paraissent être une sorte de maladie périodique inhérente à notre étal économique, sans que pourtant leur retour soit fatalement mar(|ué à des dates précises; les événements politiques, l’état des récoltes, les institutions économiques d’un pays, les hahilndes commerciales d’un peuple peuvent les précipiter ou les ralentir. Depuis le commence-

LE COMMERCE 26 i

ment du xix'= siècle, nous en avons subi, en France, plus de douze, el la plupart, les dernières surtout, ont été des crises à peu près générales sur les grands marchés d’Europe et d’Amérique : en 1803, à la rupture de la paix d’Amiens; en 1805, à l’époque de la troisième coalition ; de 1810 à 1816, durant les dernières complications el les revers de l’Empire; en 1818, à la suite de la spéculation; de 18:26 à 1830 et au delà; en 1836-1837, à la suite d'une crise américaine; en 1847, à la suite d’une mauvaise récolte, crise qui s’est prolongée el aggravée après la révolution de février; en 1857, par suite de la spéculation; en 1864 et en 1867, par suite des événements politiques: après l’arrêt des alï'aires.pendant la guerre d’Allemagne, crise en 1873 a la suite de la surexcitation due à la reprise des affaires; crise en 1878; crise et langueur de 1882 à 1888; en 1893 sous l’influence de diverses causes économiques el politiques.

i O I • 4^cog;mi>liio commerciale et la concnrrence des nations. — Dans un même Etat, il existe une division territoriale du travail, fondée sur la diversité des productions propres à chaque région. Il exis.te, à plus forte raison, une diversité de productions naturelles d’un État à un autre, d’une partie du monde à une autre, d’une zone du globe terrestre à une autre.

Les substances minérales se trouvent ‘principalement dans les régions montagneuses et dans les terrains de formation oncieniie. Les substances végétales et les animaux sont soumis a la loi des climats, et leur production dépend, en premier lieu, de la latitude et de l’allituile, en second lieu, de la nature et de l’exposition des terrains. Cette diversité, due à des causes physiques, est une des raisons du commerce international.

loulefois il ne faut pas croire que la nature, élément passif, soit la seule cause de la diver.dlé des productions de chaque contrée. L'homme, élément actif, fait à cet égard plus encore que la nature. C’est un double aspect qu’id ne laut pas perdre de vue quand on étudie la géographie commerciale el qu on clierche a se rendre compte du genre et de l’imporlanee du trafic des nations entre elles. En effet, dest

262 PRÉCIS d’économie politique

dans les contrées où l’homme vaut le plus par l énergie^ par l'instruction et par les capitaux gue la production et le commerce sont le plus co^isiderahles j c est dans ces contrées que riiomme, dominant la nature, crée non seulement une agriculture riche^ dont les produits suffisent ou (ontribiient largement à nourrir une population dense, mais une industrie manufacturière puissante et variée.

L’Europe et les États-Unis sont les contrées du monde où ces qualités se trouvent réunies au plus haut degré, et c’est, en Europe, dans les États de l’occident et du centre, avec le nord (le l’Italie, aux États-Unis, dans les États du nord-est, qu’elles se manifestent avec le plus d’énergie. De toutes les autres contrées, le commerce importe dans ces contrées privilégiées des matières premières que leur industrie met en œuvre, et un coiii|dément de denrées alimentaires que consomment leurs haliitants, nombreux et relativement riches, pendant qu’il exporte en échange des produits manufacturés. Il se forme ainsi <à travers le monde des courants réguliers de circulation de la richesse. Les contrées les plus civilisées y jouent un double rôle : celui de laboratoires où les matières, produites ou extraites dans toutes les parties du monde, sont transformées par l’industrie en produits, c’est-àdire en utilités diverses, pour le service du genre humain él pour le profit des nations manufacturières, et celui de pompes aspii anl les matières et refoulant les produits.

Ce sont les nations les plus industrieuses et les plus riches (jui commandent le mouvement; ce sont aussi elles qui. exportant le plus, importent le plus, et qui, précdsëmenl à cause de leur richesse, achètent îi\\\ autres nations , non seulement beaucoup de matières premières et de denrées, mais aussi beaucoup de produits manufacturés, quoiqu’elles en fahi iquent elles-mêmes une très grande quantité.

Les nations industrieuses s’efforcent à l’envi de placer leurs produits sur les marchés étrangers : de là une concurrence, parfois rude à soutenir, mais propre à stimuler l’esprit d’entreprise; la liberté commerciale la favorise. Les procédés des grandes industries reposant aujourd'hui sur des données scientifiques et les communications de la science

étant devenues intimes entre tous les peuples civilisés, il y a moins de secrets de fabrication qu’autrefois ; la machine ayant remplacé l’outil, il y a moins de tours de main et l’avantage que devaient à des qualités de ce genre certains groupes de population est moindre ; le transport des matières premières étant devenu moins coûteux, il y a moins de privilèges de situation. Aussi toute nation qui a des hommes entreprenants, des capitaux et des moyens de communication peut-elle se flatter de fonder chez elle des manufactures pour approvisionner son marché, peut-être d’exporter sur le marché général. C’est pourquoi, bien que la division du travail aille en augmentant avec le progrès économique, les nations industrieuses tendent à former chacune un groupe complet i>ar la variété de leurs industries manufacturières. Si ce nouvel état de choses rend parfois plus difficile l’importation de produits chez ces nations aujourd’hui mieux outillées et augmente la concurrence générale dans le inonde, il est un signe manifeste de l’accroissement de l’activité humaine et de la richesse.

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