Les autres modes de consommation improduc
lî
Ri
tivc — Toute consommation qui n’est pas reproductive est dite consommation improductive. Il y a deux genres très distincts de consommations improductives .* la consommation involontaire et la consommation volontaire.
La perle industrielle résultant d’une entreprise mal combinée ou malheureuse est une des espèces de la consommation improductive involontaire.
L’autre espèce est la perte accidentelle résultant d’un événement fortuit, par exemple la destruction d’un navire et de sa cargaison dans un naufrage, d’une récolte par la grêle. Ce sont des coups du sort qu’on ne saurait prévoir avec précision pour chaque cas particulier, mais contre les désastreux effets desquels les individus, comme nous le dirons plus loin, peuvent souvent se uaranlir par l’assurance.
< 7e PRÉCIS d’économie politique
Cependant, même dans ecs perles accidentelles, l’énergie uimaine n’est pas tout à fait impuissante; car beaucoup de iinislres ont pour cause première la maladresse, 1 ignorance )u rimprévoyanee. Si tel pilote avait connu 1 écueil, son aâliment n’aurait pas échoué ; si tel cultivateur avait coui^ert ses granges en tuiles au lieu de chaume et espacé les Dàtiments, toute sa ferme n’aurait pas brûlé. Il en est de nême pour les pertes industrielles; si tel tilaleur comprenait la supériorité des métiers américains, il remplacerait peu à peu ses métiers renvideurs qu’il avait trente ans auparavant adopté comme un progrès et il ne s’obstinerait pas à fabriquer des fils qui lui coûtent plus qu’il ne les vend ; si tel négociant avait mieux su la géographie commerciale et l’état des marchés, il n’aurait pas envoyé dans une contrée lointaine une marchandise qui devait probablement y être vendue à perte.
La masse des capitaux qui sont engloutis chaque année dans la consommation improductive involontaire, surtout dans la consommation industrielle, est énorme. Combien dans la quantité n’y en a-t-il pas que plus d’instruction professionnelle, plus de prévoyance et d’expérience auraient préservés!
Par consommation im[)roduclive volontaire on entend tout ce que les individus et les sociétés consomment pour satisfaire des besoins qui ne sont pas ceux de la production de la richesse ou ceux de l’enlretien et du développement des forces productives. Cct'e consommation se divise en dépenses d'entretien des non-producteurs et en dépenses de luxe pri-
vée^ ou publiques.
Sous la rubrique de dépenses d’entretien des non-producleurs ne sont pas comprises toutes les dépenses qni font vivre les individus et les familles dans une société, puisqu’une • partie a déjà été comptée dans les consommations industrielles sous les titres de salaires et de dépenses d’entretien de r. ntrepreneur. Or la catégorie des consommateurs vivant dircclmnent de la production est la pliis considérable, parce que la grande majorité des membres d’une société civilisée vit et fait Nivré sa famille par son travail appliqué à l’agi iculture, à l'industrie, au commerce, aux services per-
LA CONSOMMATION DE LA RICHESSE 277
sonncls, aux professions libérales ou aux services publics. Il s’agit seulement de l’entretien des individus qui ne produisent pas et qui ne vivent pas, à litre de membres de la famille, de la production d’autrui, en vertu d’une répartition de la richesse par autorité. Beaucoup de gens qui vivent de leurs renies (rentes sur l’Etal, par exemple, lesquelles ne sont pas l’intérêt d’un capital productif) ou d’une pension de retraite appartiennent à celte catégorie des non-producleurs. Leur consommation est improductive; elle n’est pas pour cela moins légitime.
On doit entendre par consommation de luxe toutes les consommations improductives qui ne sont pas utiles à l'entretien d'une pe^'sonne.
Nous pouvons résumer les consommations improductives sous forme de tableau, comme nous l'avons fait pour les consommations productives :
CONSOMM.^TIONS IMPRODUCTIVES.
Involontaires.
^ Volontaires.
Pertes industrielles.
Pertes accidentelles.
D'entretien des non* producteurs.
De luxe.
-108. Le luxe. — Il est plus facile de définir d’une manière générale la consommation de luxe que de marquer le point oû le luxe commence dans les consommations d’un individu.
Tel négociant a cocher et valet de chambre. Est-ce du luxe? On ne saurait le dire sans examen. Car ces deux domestiques, qui constituent assurément à plusieurs égards une jouissance toute personnelle, lui permettent de s’occuper plus exclusivement de ses alTaires commerciales ou de s’y rendre plus promptement. Tel autre n’a pas de voiture à lui; mais il prend trois et quatre fois par jour une voilure de place pour faire ses courses dans Paris. Est-ce du luxe? Non; car il est probable que c’est une condition nécessaire de la rapidité de ses opérations. Il prend le dimanebe une voiture pour se promener au bois de Boulogne. Est-ce du luxe? Oui ; mais un luxe qui ne paraît excéder en rien la mesure des dépenses ()u’il peut faire et qui est une des formes du bienêtre auquel son travail et son économie lui donnent droit. Un
2“8 PRÉCIS d’économie politique
ouvrier prend également une voiture de place un dimanche. Est-ce du luxe? Oui. Ajoutons que c’est peut-être encore un luxe légitime, pourvu que cet ouvrier ne renouvelle pas souvent une dépense qui, fréquemment réitérée, excéderait vite la mesure de son revenu disponible. Le même ouvrier a la fantaisie d’en prendre une tous les matins pour se rendre a son travail. Est-ce du luxe? Oui, assurément; c’est alors un luxe ruineux, parce qu’il est, dans les conditions actuelles de la vie à Paris, tout à fait hors de proportion avec les facultés de celui qui s’y livre et avec le produit du travail de sa journée, qu’il grève de frais supertlus.
•La consommation de luxe n’a donc rien de blâmable en soi; elle est une satisfaction légitime tant qu’elle n’est pas excessive, c’est-à-dire que la mesure du luxe que chacun peut se permettre est variable et déterminée par son revenu.
Par revenu il faut entendre la somme, fruit du travail ou des capitaux, dont chacun dispose pour la satisfaction de ses besoins personnels et des besoins de sa famille. Le revenu d’un ouvrier célibataire est son salaire; le revenu d’un ménage d’ouvrier se compose du salaire du mari, de celui de la femme et de celui des enfants, si femme et enfants gagnent un argent qu ils rapportent à la maison; le revenu d’un fonctionnaire consiste dans ses appointements; le revenu d’un industriel, dans ses profits et dans ses dépenses d’entretien qu’il prélève sur les frais de production; le revenu d’un capitaliste, dans l’intérêt de ses capitaux.
Chacun doit faire de son revenu deux parts : la première, nécessaire, comprenant les dépenses d'entretien, puis de prévoyance la seconde, facultative, comprenant les dépenses du luxe. S’abandonner aux secondes sans s’être mis en règle avec les premières est le fait du désordre. Mais, quand on a pleinement satisfait aux premières, il est légitime de se permettre les secondes ; c’est en réalité un accroissement de bien-être, une expansion plus large de la vie.
Puisque la production ne se fait (ju’en vue de la satisfaction des besoins de 1 homme, c est en somme aux dépenses d’entretien et aux dépenses deluxe ([u’aboulil principalement la richesse; car la consommation reproductive, si importante
LA CONSOMMATION DE LA RICDESSE
cependant, est un moyen et non une fin; elle prépare des produits qui seront, en dernier lieu, consommés pour l’entretien et pour l’agrément de l’espèce humaine. Dans l œuvre économique, tout part de l'homme et tout retourne à
l'homme,
11 est toutefois un préjugé par lequel il ne faut pas se laisser abuser. On dit : « Le luxe fait aller le commerce. * La maxime est fausse. Le goût du luxe peut en effet stimuler chez l'homme l’activité productive en stimulant le désir de s’enrichir pour satisfaire ses fantaisies. Mais, puisque les produits sont dans un mouvement continuel, sans cesse détruits et sans cesse renaissants, excepté dans le cas fort rare d un avare enfouissant scs trésors, il est évident que, si le propriétaire de la richesse n’avait pas fait, avec son argent, une dépense de luxe, il aurait fait une dépense reproductive, soit par lui-même, s’il est dans les affaires, soit par l’intermédiaire d’un placement de capitaux, s’il est rentier. La nature de là chose consommée n'a donc probablement pas exercé d'influence favorable sur la somme de travail commandé.
Il y a plus. En employant son revenu à une dépense de luxe, le propriétaire n’a fait qu'user de son droit; le revenu étant un produit et non une force productive, la somme des forces productives de la nation est demeurée exactement la . même. Il aurait encore usé de son droit s’il avait fait une consommation reproductive avec une partie de ce revenu, alors celte valeur se serait ajoutée aux capitaux existant, au lieu d’être détruite, et la force productive de la nation, ainsi que la commande générale du travail, aurait été auqmentée d'autant.
On conçoit, par antithèse, combien est préjudiciable le luxe du prodigue, qui, non content du revenu, entame le capital. Il a le même effet que la grossièreté du sauvage qui, pour avoir un fruit, coupe l’arbre ; il détruit une partie des forces productives et il appauvrit la nation.
Le luxe est un instinct naturel à l'homme ; il est de tous les temps et de tous les pays, comme de toutes les conditions sociales, depuis celle du sauvage qui n’a d’autre capital que son arc et sa hutte de feuillages, mais qui se pare de plumes,
280 PKÉCIS d’économie politique
depuis celle de l’ouvrière qui porte aujourd’hui un chapeau, tandis que sa mère ne mettait que des bonnets, jusqu’à celle du millionnaire intelligent qui orne son palais des chefsd’œuvre de la peinture et de la sculpture. L' accroissement des consommations de luxe^ [mh tiques et privées^ est légitime dans une société qui s'enrichit.
Le luxe peut d’ailleurs prendre des formes très diverses suivant les mœurs des peuples et les goûts particuliers des individus. Il peut être grossier, comme le luxe qui consiste à servir des tables chargées de mets et à faire de larges libations. 11 peut être raffiné et se plaire dans des parures élégantes et des meubles somptueux. Il peut être délicat et amoureux de l’art. Plus le luxe fait de place aux jouissances de l’esprit, plus il s’épure et concourt au progrès de la civilisation. •
Il est un genre de luxe qui est absolument condamnable, même lorsqu’il n’excède pas les revenus de celui qui se le permet : c’est le luxe par lequel l’homme se corrompt ou corrompt ses semblables. L’ivrognerie et la débauche appartiennent à ce genre.
Tout homme a certains devoirs moraux qui doivent se traduire dans la pratique par des faits économiques : travailler est un de ces devoirs; bien user de la fortune est aussi un devoir. Il faut que celui qui possède la richesse sache qu’il a en main une force avec laquelle il peut produire le mal ou le bien, qu’il est de son devoir d’éviter l’iiu et de rechercher l’autre, d’employer une portion de son revenu à des actes de solidarité sociale et de bienfaisance éclairée, de diriger même son luxe de manière à encourager la production du beau, à former et épurer le goût de ses concitoyens. •
lOÎ). La cnosommation préservatîve. — Entre la consommation reproductive et la consommation improductive il y a lieu de faire une place à la consommation préservative. Par ses résultats elle se rattacherait à la consommation reproductive et elle pourrait se classer à côté des dépenses d’entretien des capitaux. Mais elle s’en distingue par sa nature. L’entretien consiste à consommer un certain capital pour empêcher la destruction ou l’affaiblissement d’un instrument de production. La consommation préservative, qui n’est autre
LA CONSOMMATION DE LA RICHESSE
que Yassurance, ne garantit pas le capital contre la destruction, mais garantit le propriétaire contre la privation de son capital dans le cas où ce capital viendrait à être détruit accidentellement.
L’assurance des capitaux ne s'applique qu’aux pertes in- \olonlaires accidentelles. Quand une richesse est anéantie — nous ne disons pas consommée reproductivement, — aucune puissance ne peut faire qu’elle existe. On en produira bien une autre*; on ne fera pas renaître celle qui a disparu. Aussi n’y a-t-il pas d’assurance pour l’ensemble des sociétés humaines; celles-ci n’ont pas d’autre garantie contre les pertes accidentelles que de posséder beaucoup de richesses et de forces productives afin de rendre peu sensible dans la masse une petite diminution et de combler promptement le vide.
Mais il y a des assurances pour les cas particuliers, et la sécurité qu’y trouvent les intérêts privés est éminemment favorable à l’intérêt public. L’assurance a en elïet le plus souvent pour objet de garantir, en cas de perte accidentelle, le remboursement du capital assuré, et elle s’applique à des capitaux qui par leur nature sont exposés à une destruction accidentelle.
Cette destruction subite porterait un grave préjudice au propriétaire et causerait peut-être sa ruine. Le payement d’une légère prime annuelle, laquelle est précisément la consommation préservative, lui garantit que, si son capital vient à périr en partie ou en totalité par un des accidents prévus dans le contrat d’assurance, un capital équivalent lui sera donné par l’assureur.
1 1 0 . Le méeauîsme de rassurauce. — Ce résultat est obtenu au moyen d’une combinaison financière qui a pour but à' éliminer le hasard et qui' emploie comme moyens Yassociation et la division des risques.
L’humanité est exposée à des maux très divers ; cependant les accidents, quelque nombreux qu’ils soient, sont. l’exception. Toutes les maisons d’un grand Etal ne sont pas dévorées par l’incendie; tous les habitants n’ont pas tous les jours une jambe cassée; tous les vivants ne meurent pas tout à coup d’une mort inopinée. De là la possibilité de diviser le risque.
PRÉCIS d’économie politique
Exemple. — Prenez un homme, n’impnrle lequel; diteslui : « Voici une masse pesant 500 kilogrammes; lu seras mis à mort si lu ne la Iransportes pas, sans voiture ni bête de somme, à 1 kilomètre d’ici. » Eh bien, cet homme est condamné à mourir, quelques efforts qu’il fasse; car, s’il prend le fardeau sur ses épaules, il succombera infailliblement sous le faix. Mais aulorisez-le à diviser la masse et à faire le travail en deux jours; il pourra se charger de 25 kilogrammes à la fois et faire vingt voyages à la distance d’un kilomètre ; la masse se trouvera déplacée sans que lui-même soit plus fatigué par ce travail que par toute autre besogne ordinaire. La division du fardeau lui aura rendu possible ce qui était auparavant impossible.
Autre exemple. — Un négociant a 100 tonnes de marchandises à transporter dans un pays lointain ; s’il met ces 100 tonnes sur un navire et que le navire périsse, tout sera perdu. Ne peut-il pas charger une tonne seulement sur un navire, une tonne sur un autre et, s’il trouve 100 navires en partance pour le port auquel il expédie ses marchandises, en confier le transport à ces 100 navires? S’il agit ainsi, il peut être tranquille; il est très probable, disons même qu’il est presque certain que les 100 navires ne feront pas naufrage; mais, d’autre part, il est plus probable qu’un des navires sur lesquels il a mis une tonne de marchandises fera naufrage; de sorte que ce négociant, pour échapper à la crainte de perdre la totalité de ses marchandises, aura pour ainsi dire fait le sacrifice probable d’un centième de ses marchandises.
Cette manière de diviser les risques est peu praticable. Quel est le négociant qui accepterait l’embarras de faire cent connaissements, d’avoir affaire à cent capitaines de navires et où trouverait-on dans le même temps cent navires en parlance pour le même pays?
C’est indirectement qu’on arrive à cette division des risques par une méthode consistant <lans une certaine association fondée sur le calcul des probabilités.
Premier exemple. — Prenons d’abord, pour expliquer ce calcul, le jeu de pile ou face. Les deux joueurs mettent un enjeu égal. Pourquoi? C’est que, sur la pièce de monnaie, il
LA CONSOMMATION DE LA RICHESSE
y a pile d’un côté, face de l’autre et que, si la pièce a le môme poids sur les deux faces, il y a exactement autant de chances pour avoir pile que pour avoir face. Or, les chances étant égales, l’enjeu doit être égal de part et d’autre.
Second exemple. — Si, au jeu de dés, tel parie retourner , le six, son enjeu devra-t-il encore être égal à celui de son adversaire? Non : le bon sens dit que ce ne serait pas juste. L’adversaire a cinq chances pour lui ; car le joueur peut re- , tourner un, deux, trois, quatre, cinq, aussi bien que six; comment donc équilibrer la partie? Il faut que le joueur mette un enjeu cinq fois moindre que son adversaire et qu’il ait ainsi cinq chances de perdre un et une chance de gagner cinq ; l’équilibre est rétabli.
L’assurance ne fait pas autre chose; elle calcule et équilibre des risques. Nous avons supposé qu’un navire sur 100, en moyenne, périssait. Le négociant va trouver un assureur, qui lui dit : « Vous venez m’apporter un certain enjeu qui est la valeur de vos 100 tonnes; il y a 99 chances pour que le navire qui les porte ne périsse pas et une chance pour qu’il périsse. Donc vous me payerez le centième de la valeur de votre cargaison et je l’assurerai. Les chances seront égales. J’aurai, il est vrai, la possibilité de payer 99 fois plus que vous ne m’aurez donné; mais j’ai 99 chances de ne rien payer et, de votre côté, vous aurez la certitude de recouvrer la totalité de la valeur embarquée si le navire vient à périr. * Sur 10 000 maisons, on constate qu’il en brille à peu près une par an. Vous voulez assurer la vôtre; payez donc tous les ans à l’assureur la dix-millième partie de la valeur de votre immeuble. Voilà le principe du calcul sur lequel repose l’assurance.
On a quelquefois comparé l’assurance à une spéculation aléatoire. C’est une vue erronée, puisque l’assurance est précisément l’ennemie du hasard. L’assuré ne fait qu’acheter’ de la sécurité qu’il s’engage à payer soit à un prix fixe (assurance à prime fixe), soit au cours de l’année (assurance mutuelle); il prélève une certaine partie du revenu de son capital pour assurer la continuité de la durée du capital lui-même.
Quant à la compagnie d’assurance, voici comment elle
if
284 PRÉCIS d’économie politique
calcule : « Jq reçois tous les ans, comme primes d’assur.ince, une certaine somme; de celte somme, je retire chaque année mes frais de gestion et rintérêt de mes capitaux; le reste, qui constitue la plus forte part, je le donne successivement à l’un ou à l’autre de mes assurés, tour à tour atteints par le coup du sort. Peu m’importe lequel, » En effet, une maison brille. La rompagnie paye. Avec quoi paye-t-elle? Avec les primes qu’elle a reçues. Elle se dessaisit de l’argent qui lui a été confié uniquement dans cette vue, en se réservant le bénéfice qui est la rémunération de son travail.
Pour qu’une compagnie soit bien organisée, il faut deux conditions : un capital assez considérable pour faire face aux cas imprévus et un très grand nombre d’assurés. Si une compagnie, sachant que, sur 100 navires, il en périt moins d’un en moyenne et voulant se borner à une opération unique, assurait 100 navires en partance dans le môme moment pour divers lieux et se contentait de demander à chacun de ses assurés le centième de la valeur de son navire, elle ferait une très mauvaise combinaison. Car il peut se faire qu’une tempête survienne et que 3 ou 4 navires périssent sur les 100 qu’elle aurait assurés. Si, au lieu de 100 navires, elle en avait assuré 1000, les chances d’exactitude auraient augmenté, non pas dans la proportion de 1 à 10, comme le nombre des assurances lui-même, mais dans la proportion de 1 à 100. Si elle en avait assuré 10 000, les chances d’exactitude auraient augmenté dans la proportion de 1 à 10 000; c’est-à-dire ({ue les chances d’exactitude augmentent comme le carré du nombre des assurances. Quand donc une assurance est fondée sur de très grands nombres, la compagnie ne fait pas une opération aléatoire; elle remplit simplement le rôle de gérant d'une association de sécurité.
ll l. Les diverses assurances et la mutualité. — Les plus anciennes assurances sont les assurances maritimes-., ce sont les premières auxquelles les hommes aient songé, parce qu’il n’y a pas de capitaux qui soient plus manifestement exposes au danger d’une destiuction accidentelle que les navires en mer et leur cargaison. Quand l’esprit de prévoyance s’est développé dans nos sociétés modernes, on a créé
LA CONSO.MMATION DE LA RICUESSE
des assurances contre Vincendxe qui garantissent les propriétaires de maisons contre les perles d’une destruction par le feu, puis des assurances agricoles qui garantissent contre la perte d’une récolte par la grêle ou la gelee et d’autres qui assurent, ainsi que les précédentes et sous des formes diverses, des capitaux matériels.
La force productive de l'homme, source principale de la richesse, est exposée, comme les capitaux matériels, à une destruction subite. La mort ne prévient pas et elle atteint parfois les jeunes et les plus vigoureux. Quand elle frappe un chef de famille, elle ne prive pas seulement la société d’un travailleur, elle prive une famille de son soutien et la laisse peut-être sans moyens d’existence. Rien sans doute ne peut remplacer l’absent et consoler la douleur de sa perte; mais l’assurance peut du moins pourvoir aux besoins d’une femme et d’enfants qui, sans cette ressource, resteraient sans pain. Il suffit que le père se soit assuré en cas de mort pour une somme déterminée, c’est-à-dire qu’il ait payé de son vivant une prime annuelle, pour qu’à son décès l’assurance paye à sa famille la somme stipulée, laquelle est proportionnelle à la prime et à l’âge auquel l’assuré a commencé à la payer. C’est une des formes de {'assurance sur la vie et une des manières d’être les plus recommandables de la prévoyance et de la moralité humaines, parce qu’elle étend son action par delà la vie de l’homme.
Il y a d’autres formes de l’assurance sur la vie, telles que l’achat d’une rente viagère à un âge déterminé par une prime annuelle, {'assurance dotale ou constitution d’un certain capital à la majorité moyennant un versement fait à une époque antérieure ou une prime payée aunuellement; ce sont des modes, très recommandables, de placements de capitaux par prévoyance que peuvent être classés dans la catégorie des consommations préservatives.
sociétés de secours mutuels venivenl dans la catégorie des consommations préservatives. Moyenuaut une cotisation mensuelle qui dépasse rarement â francs, elles assurent, en cas de maladie, les soins du médecin, les médicaments, une indemnité journalière qui supplée au salaire absent, et, en
PRÉCIS d’économie politique
cas de mort, les frais d’enterrement, quelquefois même une certaine somme à la veuve. C’est un genre d’assurance presque indispensable au salarié, que la maladie et le chômage causé par la maladie réduiraient au dénuement.
Les retraites^ qui sont une renie à la vieillesse, appartiennent aussi à celle catégorie. L’Étal, en France, assure une retraite à ses fonctionnaires et leur fait à cet effet une retenue sur leur traitement. Nombre de sociétés de secours mutuels assurent, moyennant cotisation, une retraite à leurs membres. La question des retraites ouvrières^ c’est-à-dire la recherche des moyens par lesquels on pourrait procurer à certains groupes de travailleurs ou même à tous les travailleurs sans fortune une pension viagère, est aujourd’hui (190o) une des préoccupations de la politique en France.
CONSOMMATIONS REPRODUCTIVES
Consommations