L’ORGANISATION INDUSTRIELLE
les choses utiles que chacune d’elles a produites séparément; cette dernière donne naissance à la diversité des professions.
La division du travail, soit par la séparation des fonctions dans un même atelier, soit par la multiplication des industries, est une conséquence de l’état de /cm'cAesse. Elle ne peut se produire qu’autant qu’elle trouve des consommateurs en assez grand nombre, c’est-à-dire autant que le boulanger a pu avoir assez de pratiques pour vivre de son métier, le manufacturier assez d’acheteurs pour être à peu près certain de placer les toiles qu’il fabrique, le médecin assez de malades pour vivre de sa profession dans une condition convenable.
Aussi la division du travail existe-t-elle peu au village et est-elle d’autant [)lus variée d’ordinaire que les villes sont plus peuplées. Nulle part, en France, on ne rencontre une telle diversité de professions et de spécialités dans cliaque profession qu’à Paris. Si. dans tel hameau de l’Alsace, il y a une manufacture dans laquelle la division du travail est poussée aussi loin que partout ailleurs, c’est parce que cette manufacture va chercher ses acheteurs, non pas au hameau, mais sur les marchés du monde entier. La division plus ou moins grande du travail dépend donc surtout de l'étendue du marché., autrement dit du nombre et de la ricbesse des acheteurs.
Elle dépend aussi de \' état de la science et de la nature du travail, la mécanique rendant possibles certains modes de division impossibles autrefois, et certaines occupations, telles que la culture d’un champ, ne pouvant se diviser en une foule d’occupations simultanées, comme la confection des tissus ou des épingles.
3“ La division du travail, ainsi que nous l’avons remarqué dés le début, augmente la force productive du travailleur. Elle est la condition nécessaire de la création de lar ricbesse, comme elle en est la conséquence. Sans elle, pas d’échanges et peu de stimulants pour accroître la production ; c’est ce qu’on voit dans certaines régions exclusivement agricoles. Avec elle, l’adresse de l’ouvrier se développe, les pertes de temps sont notablement diminuées, l’invention des outils
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et fies mécaniques propres à abréger le travail ouàperfec-, lionner le produit est rendue jilus facile par la concentration sur un môme objet des efforts intellectuels d'un certain nombre d’individus.
4° Enfin, la division du travail a encore pour corollaire la liberté du travail. Pour que chacuu puisse se livrer au genre d’occupation auquel il est le plus apte, il faut qu’il ait le droit de choisir, sans être arrêté par des obstacles légaux s’ajoutant aux obstacles naturels qui résultent des limites du marché et de l’imperfection des procédés industriels.
33. ï.a classification des industries. — Le travail productif, de quelque genre qu’il soit, est désigné par le terme général d’industrie, lequel signifie, à proprement parler, activité laborieuse, autrement dit activité humaine appliquée à produire des utilités.
Cette activité peut être employée : 1" à tirer du sein de la terre et des eaux, par l’extraction ou par la culture, des substances alimentaires et des matériaux de tout genre;'^°à mettre en œuvre, par diverses transformations et mainsd’œuvre, les matériaux obtenus et à les approprier à leur fin ; 3“ à conserver, transporter, échanger les produits naturels et les objets manufacturés en choisissant le lieu et le temps où ils peuvent être vendus le plus avantageusement.
Le premier mode, dont la terre est le principal instrument, comprend l’industrie agricole ou AGIUGULTÜRE, avec la pêche et la chasse, et l’INDUSTRIE EXTRACTIVE; le second, dans lequel la matière première est mise en œuvre par le travail et le cajiital, s’appelle industrie manufacturière ou INDUSTRIF: proprement dite; le troisième, dans lequel le travail et le capital s’ai)pliquent à l’échange des produits, s’appelle industrie commerciale ou COMMERCE.
Puisque l’homme travaille pour satisfaire ses besoins, il a dû conformer ses travaux à la nature et à la diversité de ces besoins. Aussi une classification méthodique des innombrables industries dont l’ensemble constitue l’industrie humaine nous paraît elle rationnellement fondée sur la classification même des besoins de l’homme.
Ces besoins sont ceux du corps et ceux de Vesprit : be-
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soins matériels et besoins intellectuels. Il faut nourrir, vêtir, loger le corps et le transporter ainsi que tous les objets utiles à la production et à la consommation; il faut instruire et récréer l’esprit. De là, dans l’industrie manufacturière, quatre grandes catégories é’ industries de consommation personnelle qui correspondent à ces quatre espèces de besoins et qui travaillent à les satisfaire : industries de F alimentation, industries du vêtement, industries du logement, industries des besoins intellectuels.
Les industries du transport forment une catégorie particulière qui a des rapports avec toutes les autres et qui se rattache surtout au commerce.
Il faut observer toutefois que le besoin de nourriture trouve en grande partie sa satisfaction directe dans l’agriculture qui lui fournit certains produits, tels que fruits, légumes, viande, n’exigeant pas, pour être consommés, de main-d’œuvre industrielle.
Pour fabriquer les produits |)ropres à la satisfaction de nos besoins personnels, il faut souvent donner aux matériaux une ou plusieurs façons préalables; il faut toujours employer des outils, presque toujours des machines et des agents chimiques; or, plus l’industrie est développée et plus les outils et machines sont nombreux, compliqués, plus aussi les agents chimiques jouent un rôle considérable. Il y a donc encore là une catégorie particulière d’industries qui travaillent pour la production afin de la rendre plus facile; nous la désignons sous le nom à'industries préparatoires, divisées en industries mécaniques et en industries chimiques.
Aucune classification ne saurait être absolument rigoureuse, parce qu’il y a des industries qui servent à plusieurs fins à la fois et parce qu’il est impossible de fixer dans des limites certaines les besoins de l’homme et les modes de l’activité humaine. Néanmoins, celle que nous donnons dans le tableau ci-joint et qui présente l’ensemble des modes de l’activité humaine appliquée à rendre des services, c'est-àdire à produire de l’utilité, sera commode pour aider l’esprit à se reconnaître dans l’immense champ de la production.
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