‹ Précis d'économie politique [microform]Chapitre 8 sur 47 · La coopération et la division dn travail. Un · texte numérisé non relu

La coopération et la division dn travail. Un

homme seul, dans une île déserte, devrait nécessairement produire pour vivre; mais, quelque effort qu il fît, il produirait beaucoup moins que ne font en moyenne les hommes dans l’état social. Pourquoi? Parce qu’il ne pourrait pas pratiquer la coopération et la division du travail.

Voici un exemple imaginaire qui ex}>li(pie l’origine et les avantages de celte forme d’organisalioii du travail :

Dans une île déserte vivaient, cliacim de leur côté, deux hommes, Tun vigoureux charpentier, l’autre habile maçon. Tous deux travaillaient à se construire une maison; le tra-

l’organisation industrielle

vail avançait lentement et le résultat était imparfait. Ils s’aperçurent qu’ils feraient mieux de combiner leurs efforts; réunis, ils firent beaucoup plus vite une maison plus confortable. C'est le propre de la coopération d'accroître, dans un grand nombre de cas, la puissance productive des travailleurs.

En pratiquant constamment le genre d’industrie qui leur plaisait, ils s’y perfectionnèrent. Ils avaient ; 1® opéré la division du travail; or, dans un grand nombre de cas, la division du travail rend le travail plus fructueux, chacun faisant mieux ce qu’il est habitué à faire et perdant moins de temps, parce qu’il ne passe pas d’une occupation à une autre; 2‘* coopéré, par association ou par échange, afin de profiter tous deux du bénéfice de l’accroissement de

productivité.

C’est ce qui se pratique tous les jours dans la société, sans qu’il soit besoin de convention spéciale entre les parties.

Au village, la ménagère avait longtemps fait son pain elle-même. Mais le village est devenu un bourg; un liomme s’est établi, se chargeant de faire du pain pour tout le monde, le faisant mieux et plus économiquement, parce qu’un seul four, chauffé toute la nuit, suffit à la communauté des habitants, et la ménagère achète maintenant chez le boulanger son pain, qu’elle paye avec son argent, c’est-à-dire avec une portion de son propre travail ou du travail de son mari. Elle donne le blé et les fruits qu’elle a, mieux que les industriels, l’art et les moyens de produire, contre le pain et l’étoffe que l’industriel et le commerçant lui procurent dans des conditions avantageuses pour elle.

A la ville, le fabricant de toiles a vu son industrie prospérer. 11 n’avait que deux métiers, un pour lui, un pour sa femme, et ils faisaient tout par eux-mêmes, perdant à chaque changement d’occupation un temps •considérable. Il a inain tenant une manufacture et de nombreux ouvriers. Il se garde bien d’imposer à chacun la diversité des besognes qu’il accomplissait de ses mains. Voici des enfants ; ils feront des canettes, c’est-à-dire prépareront sur des bobines les fils de trame, travail qui n’exige qu’une attention médiocre

et très peu d’efforts musculaires. Voici des femmes : elles ourdiront, c’est-à-dire prépareront la chaîne. oici des hommes : ils pareront, c’est-à-dire enduiront d’une colle particulière cette chaîne, exercice qui exige plus de force et d’adresse. Des jeunes filles monteront la chaîne, c’est-à-dire en passeront les lils dans les maillons des lisses, dans les dents du peigne et disposeront le harnais. Des femmes tisseront. Des mécaniciens répareront l’outillage et des chauffeurs entretiendront la machine à vapeur qui donne le mouvement à tout l’atelier. Des contremaîtres et peut-être un directeur surveilleront, sans faire battre eux-mêmes un métier. Des commis tiendront les comptes; un caissier recevra et payera. Tandis que le patron vaque à ses affaires, ses domestiques lui épargneront les mille soins de la vie journalière qui absorberaient une grande partie de son temps. A chacun sa fonction, et une fonction, autant que possible, conforme à sa capacité. Le résultat n’est pas douteux : la somme de produits obtenus par cette opération sera beaucoup plus grande que celle que donneraient les mêmes travailleurs dans le même nombre d’heures s’ils étaient isolés et réduits à accomplir par eux-mêmes toutes les opérations relatives au tissage.

Adam Smith était si frappé de l’importance de la division du travail que c’est par là qu’il commence son grand ouvrage destiné à montrer les causes de la richesse; l’exemjile qu’il a choisi, celui d’une fabrique d’épingles dans laquelle dix ouvriers, faisant chacun un petit nombre d’opérations et toujours les mêmes, produisaient ensemble 48000 épingles par jour, soit 4800 par ouvrier, est resté classique. Ce résultat est bien dépassé aujourd’hui : déjà en 1890, une fabrique du Massachusetts en produisait 1 million 1/:2 par ouvrier.

De ces exemples, nous tirerons plusieurs conclusions :

1° La coopération., envisagée au point de vue du mode d’action, peut être directe., quand plusieurs personnes travaillent ensemble à la confection d’un même produit, comme dans la manufacture de toiles ou la fabrique d’épingles; cette première espèce donne naissance aux relations de patron, d’employé, etc. ; elle peut être indirecte, quand plusieurs personnes s’entr’aident en échangeant les unes avec les autres

Page 1