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LES DIFFÉRENTES SORTES DE CAPITAUX

les dépenses, toutes les avances durant l'éducation ou l'apprentissage.

Ainsi entre la capitalisation, d'une part, l'éducation et l'apprentissage de l'autre, il y a parallélisme absolu : identité des motifs, identité des moyens, identité desp résultats.

Il nous semble abusif de contester qu'il y ait des capitaux incorporels. Ces capitaux existent pour les peuples de même que pour les individus. Les qualités reconnues pour appartenir à un peuple, qu'elles soient héréditaires ou transmises par l'éducation, ont autantd'avantages dans les relations internationales que dans les relations entre individus. Les marques de fabrique, qui sont réputées pour couvrir des produits estimés, la clientèle acquise à une nation, le renom qu'on lui accorde d'avoir du goût et de l'élégance, ou de l'habileté industrielle, ou de la probité commerciale, constituent réellement des sortes de capitaux, qui ont un prix dans les échanges entre les divers pays.

Les œuvres d'art sont des capitaux. — On s'est demandé si les tableaux, les œuvres d'art pouvaient être considérés comme des capitaux. Au point de vue purement matériel on pourrait leur contester ce caractère : en y réfléchissant davantage, on doit le leur attribuer. Par leur permanence qui leur assure, avec quelques soins, une durée plus longue qu'à la généalité des œuvres humaines, par le don particuliei qu'ils ont de procurer des jouissances sans être détériorés ni surtout détruits par l'usage, les tableaux et les œuvres d'art se classent parmi les plus impérissables des richesses. On les a dénommés quelquefois des capitaux de jouissance.

Celles de ces œuvres qui atteignent un mérite exceptionnel pojtsèdent, en outre., une vertu éducatrice qui sert

à des séries^ de générations successives Elles forment le goût, elles n'élèvent pas seulement l'âme, elles déve- 'oppent encore dans une nation des talents artistiques il industriels qui ont une valeur vénale. Elles ont, à ce )ointde vue, une fonction Qui les rapproche de tous les autres capitaux. Des musées, comme ceux du Louvre, de Madrid, de Londres, du Vatican, etc., contribuent à répandre tout autour d'eux les notions et le goût de* arts, à susciter, à entretenir, à développer certaines qualités productives que les jeunes contrées de l'Amérique ou de l'Australie seront fort en peine de fomenter au môme degré.

jBeaucoup moins de gens iraient, non seulement à Rome et à Florence, mais à Dresde, à Amsterdam, à la Haye, à Munich, si des merveilles de l'art ne s'y trouvaient ; ces chefs-d'œuvre sont donc bien pour ces villes et ces pays un capital qui produit des revenus indirects. Des légions d'artistes, parfois médiocrement doués par la nature, vivent encore en Italie de la reproduction ou de l'interprétation des chefs-d'œuvre de l'antiquité ou de la Renaissance. Qu'on compare la situation d'un jeune Américain ou d'un jeune Australien qui aurait une vocation artistique à la situation d'un jeune Italien. Quelh différence! Que de démarches, de pertes de temps, d idépenses imposées au premier pour s'instruire, et évi (tées au dernier! Les richesses artistiques resterorC [peut-être éternellement l'une des supériorités du vieux» monde sur le nouveau. Il serait puéril de leur contester d'être l'un des plus précieux capitaux de l'huoianité.

Quand on examine les choses de haut, on voit que toute la civilisation est un merveilleux phénomène d'incessante capitalisation matérielle, intellectuelle et morale.

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