‹ Précis d'économie politiqueChapitre 26 sur 113 · LE ROLE DB L'ENTREPRENEUR. M · texte numérisé non relu

LE ROLE DB L'ENTREPRENEUR. M

justesse, et il faut que le même travail intellectuel se poursuive pendant toute l'exécution de sa tâche, pendant toute la durée de l'industrie. L'entrepreneur est, par rapport aux ouvriers dans une industrie, ce que le •erveau est par rapport aux membres dans le corps lumain.

Il a fallu ensuite que cet homme réunit tous les éléments de la production : les capitaux et la maind'œuvre ; les capitaux, c'est-à-dire les approvisionnements, les outils et les matières premières de toute nature : bâtiments, outillage, combustible, tout ce qui entre dans la fabrication de l'article; puis les sommes nécessaires pour faire vivre les ouvriers pendant toute la durée de la production, alors que, les objets n'étant pas encore achevés ni vendus, il ne s'effectuera aucune rentrée. 11 n'est pas absolument nécessaire que l'entrepreneur soit un capitaliste; il vaut mieux qu'il le soit, parce qu'il n'en aura que plus d'expérience et plus de prudence dans la direction ; mais il est à la rigueur suffisant, quoique ce soit une condition moins favorable, que l'entrepreneur inspire confiance à des capitalistes et se fasse avancer par eux des capitaux. Il faut qu'il se procure ensuite la main-d'œuvre sous toutes ses. formes, c'est-à-dire des hommes qui non seulement lui) apportent leurs bras, mais qui connaissent le métier ou, qui soient susceptibles de l'apprendre, puis au-dessus d'eux des contre-maîtres, des surveillants, qui soient capables et loyaux, et, à côté de tout ce monde, -des comptables, des employés divers, ayant chacun les aptitudes qui conviennent à sa fonction.

Si l'un de ces éléments manque ou n'est pas bien approprié, toute l'entreprise est en péril : une fois fondée, les mêmes soins incessants sont nécessaires pour qu'elle De vienne pns ^ «q relârhor ot n se dissoudre.

i; B. — ÉcOn. POL. ^

L'entrepreneur doit veiller à ce que l'excédent défi nilif, à la fin de l'année, des rentrées sur les déboursés du prix de vente sur le prix de revient, vienne démon trer que les éléments de la production ont été bien employés, bien combinés, qu'ils n'ont pas donné lieu £| un gaspillage et à une perte. L'esprit de l'entrepreneui ^st comme le miroir où viennent se refléter tous les élé* ments et tous les résultats de la production. C'est lu aussi qui porte toute la responsabilité de celle-ci. Il pro-» fite de l'excédent du prix de vente sur le prix de revient ou il supporte seul le déficit qui résulte de la supériorité du prix de revient sur le prix de vente.

Qu'il y a loin du rôle de l'entrepreneur aii tableau qu'en dressent certains socialistes allemands, qui ne veulent voir en lui qu'un surveillant, un garde-chiourme, une sorte de parasite!

L'entrepreneur apporte dans la production non seulement ses capitaux ou ceux qu'il a pu se procurer par la confiance qu'il inspire, mais tout son travail intellectuel, son talent d'organisation et de combinaison, sa capacité commerciale pour bien acheter et pour bien vendre; il y met aussi en jeu un autre élément, son honneur. Si la production échoue, c'est-à-dire si le résultat final se traduit en perte, il est souvent ruiné parfois même, s'il a contracté des engagements qu'i ne peut pas tenir, il est mis en faillite, c'est-à-dir«î déshonoré. Les lois imposent à l'entrepreneur une res ponsabilité morale qui est la sévère compensation de son pouvoir directeur.

Plus la civilisation se développe, plus le marché s'a grandit, plus les inventions se multiplient, plus aussi devient considérable la tâche de l'entrepreneur. Rien n'y ressemble plus à celle de l'ouvrier : celui-ci n'a pas à 86 préoccuper de la partie commerciale, qui exercd

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une influence si considérable sur les résultats des entreprises ; l'ouvrier n'a pas non plus à prévoir les circonstances di mobiles qui affecteront la production, les cbangements de méthode ou de combinaison de travail qui sont si souvent nécessaires.

Le rôle de l'entrepreneur exige de tout autres qua ,ités que celui de l'ouvrier mauujl : un bon entrepre-. neur doit être aussi laborieux que le plus laborieux ouvrier ; il doit avoir, en outre, de l'expérience, des connaissances, de l'intuition, de rares facultés intellectuelles et morales; de la force de volonté pour résister aux entraînements; de la décision pour prendre rapidement le bon parti.

Même un excellent contre-maître ou un directeur d'usine diffère de l'entrepreneur; un directeur n'a besoin que d'une partie des qualités qui sont indispensables à celui qui doit deviner et suivre dans leurs variations les besoins et les goûts des hommes, les oscillations de prix des produits, qui doit réunir le talent du commerçant au talent de l'organisateur.

Les facultés que nous venons de décrire sont indispensables, dans des mesures qui varient suivant l'importance de l'entreprise, à tous ceux qui constituent des établissements industriels, commerciaux ou agriicoles.

Si l'on nous demande maintenant pourquoi la con duite de la production est échue aux entrepreneurs e lion pas aux ouvriers, nous répondrons : c'est que le travail d'organisation et de direction ne peut s'improviser, ni se diviser à l'infini ; c'est que cette tâche purement intellectuelle est naturellement supérieure à lan travail matériel et physique; c'est que naturellement l'homme qui a conçu le plan d'une production, qui en ê ieuui tous les éléments, qui y joue su fortune s'il se

sert de ses capitaux propres, et son honneur sMl emploie des capitaux empruntés, est plus qualifié pour la diriger que ceux qui répondent simplement à son appel, qui exécutent chacun un menu détail de Tensem ble et qui ne prêtent à l'entreprise qu'un concour physique ou limité.

Il ne faudrait pas abuser, sans doute, des comparai sons entre l'industrie, le commerce ou l'agriculture ces œuvres de paix, et les organisations militaires qu sont faites pour la guerre. Les premières se recruten librement, les autres par la contrainte. Mais il est aux unes et aux autres une condition commiine : c'est l'importance suprême de la direction; un bon général et un bon industriel ont des qualités qui ne sont pas vul- | gaires et qu'on ne peut dire que la généralité de leurs subordonnés possèdent. L'esprit de combinaison et de prévision, ainsi que la force du caractère, en sont les traits caractéristiques. Une douzaine, à plus forte raison quelques centaines d'entrepreneurs habiles peuvent, par le perfectionnement des méthodes de travail, par l'élimination constante de tout gaspillage, par lai recherche des meilleurs marchés d'approvisionnement pour les matières premières, et d'écoulement pour les articles fabriqués, développer dans des propoi lions énormes la puissance industrielle et la richesse d'un paya.

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