LA LIBERTÉ ET LA PROPRIÉTÉ
trui suivant des conditions librement débattues; en second lieu, celui qui, ne possédant pas de capital propre, a pu en emprunter un et le fait valoir. Le travail lui, a des représentants très divers et très multipliés travailleurs intellectuels de toute nature , travailleur manuels de tous ordres.
Quand une civilisation est ancienne, il arrive que ces qualités de propriétaire, de capitaliste, d'entrepreneur et d'ouvrier ou de salarié sont souvent réunies dans la même personne. Ainsi les trois quarts des Français au moins sont à la fois travailleurs salariés et propriétaires ou capitalistes. La plupart des paysans, tout en louant leurs bras de temps à autre, détiennent, en effet, chez nous quelque propriété foncière, et un très grand nombre d'ouvriers possèdent quelque dépôt aux caisses d'épargne ou quelques titres de rentes ou d'obligations, c'est-à-dire qu'ils sont des capitalistes.
Il est vrai que, chez un homme qui réunit plusieurs de ces quatre qualités de propriétaire, capitaliste, entrepreneur et travailleur salarié, il en est toujours une qui prédomine, qui lui fournit la plus forte part de son revenu, et c'est ainsi qu'on le classe, d'après la qualité prédominante, dans l'une des quatre catégories que nous venons d'indiquer.
Il est néanmoins important, au point de vue social, •le remarquer que la plupart des hommes, dans uner civilisation ancienne et libérale, unissent soit une petite propriété, soit un petit capital, aux simples ressources de leur travail journalier.
La répartition des produits ne dépend pas de l'arbitraire du législateur. — Quelques personnes croient que la répartition des produits est uniquement réglée par les institutions et les lois, qui seraient souveraines en cette matière. On verra, dans le courant de
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ce livre, que cette conception est erronée. L'observation prouve quMl existe, pour la répartition des produits, des règles naturelles qui, sous tous les climats, dans tous les pays, dans tous les temps, sous toutes les formes de gouvernement, exercent une influence analogue et échappent à l'arbitraire des lois. Celles-ci peuvent bien entraver le cours naturel des choses ; elles sont impuissantes à totalement l'arrêter ou le redresser. On l'a bien vu toutes les fois que le législateur a voulu fixer un taux maximum et un taux minimum soit aux profits, soit à l'intérêt du capital, soit aux loyers, soit aux salaires, soit au prix des marchandises. Des milliers de tentatives ont été faites dans ce sens par des législateurs imprudents et présomptueux : elles ont toujoui^s échoué.
Quand elles vont contre la nature des choses, c'està-dire contre les conséquences du naturel et libre développement de l'industrie humaine pour la distribution des produits entre les différentes catégories de copartageants, les lois civiles ou les lois pénales sont impuissantes; elles ne peuvent qu'être perturbatrices, mais non effectivement régulatrices. Elles agitent, elles troublent, elles entravent, mais ne peuvent créer un ordre de choses paisible et régulier.
C'est lorsqu'il s'agit de l'action des pouvoirs publics fur la répartition des produits qu'on doit se souvenir de la belle définition de Montesquieu : « Les lois son /es rapports nécessaires qui dérivent de la nature dev, choses. » Cherchons avec l'expérience cette nature deichoses et ces rapports nécessaires.
Les deux conditions générales qui président au développement des sociétés modernes : la ù berté et la propriété. — Quand on examine le? sociétés modernes on voit que deux conditions gér»érales pré