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L'HÉRITAGE

sur les améliorations et que celles-ci ne sont jamais interrompues. Enfln, par l'impôt foncier qui tombe rarement au-dessous de 10 p. 100 du revenu net, par les droits de mutation qui sont payés en moyenne tous les vingt ou vingt-cinq ans, le Trésor public participe largement à toutes les plus-values du revenu foncier et de la valeur foncière, alors même que ces plus-values rémunéreraient insuflisamment, comme c'est un cas fréquent, les capitaux que les propriétaires prodiguent en améliorations.

La prd'priété doit donc être perpétuelle, si Ton veut qu'elle produise tous ses fruits et que la nation ne soit pas périodiquement éprouvée par d'épouvantables secousses sociales, près desquelles les crises commerciales actuelles les plus aiguës n'ont aucune importance.

L'héritage. — La propriété comporte l'héritage, c'est-à-dire la transmission des biens du mourant soit à ses parents les plus proches, soit à ceux qu'il a expressément désignés. La première forme s'appelle l'héritage ab intestat; la seconde constitue l'héritage par testaments L'une et l'autre forme sont essentiellement respectables et utiles à la société.

L'héritage, comme la propriété, est un de ces grands faits instinctifs qui tiennent à la nature de l'homme même, et que l'on retrouve, avec des différences secondaires, chez les nations les plus séparées les unes des autres par le développement historique, par la langue et par les institutions politiques.

La notion de l'héritage est étroitement liée à la notion de la propriété et à la notion de la famille.

Le lien étroit qui unit la propriété, la famille et l'hé^ ritage a été souvent niéconnu par les observatetirs superûciels.

La famille n'est fortement constituée que dan^s lei

pays de propriété personnelle et d'héritage. Ainsi la famille monogame, avec un état civil régulier, la transmission d'un nom patronymique, ne se rencontre guère que chez les peuples sédentaires, agricoles, pratiquant la propriété privée et respectant l'héritage individuel.

Au contraire, la lamiUe polygame, la filiation lâche, Tabsence d'état civil et de nom individuel caractérisé se trouvent chez les familles à propriété collective et à héritage incertain, comme les Arabes ou comme les anciens clans du moyen âge. C'est la propriété privée et rhéritage qui ont à la fois constitué la famille forte et émancipé l'individu.

Fait instinctif dans l'humanité, l'héritage s'est développé, précisé et a fini par trouver dans les diverses législations des formules juridiques à peu près analogues. Il repose sur le droit qu'a un homme qui, par son travail, par son intelligence, par son épargne, a créé une richesse, de la transmettre à la personne qu'il affectionne. En l'absence de testament précis, les plus proches parents sont considérés comme ceux qui doivent hériter du mort, parce qu'en général un lien parliculier d'affection les unissait à lui, parce que, aussi, \ls ont souvent participé directement ou indirectement à la formation de la richesse du décédé, ce qui est le cas habituel pour sa veuve, pour ses enfants, parfois pour ses frères, ou parce que le décédé et ses parents collatéraux descendaient d'un ancêtre commun qui avait lui-môme amassé ces biens.

Au point de vue économique, l'héritage a pour objet l'augmentation et la conservation du capital, autant dans l'intérêt social que dans l'intérêt individuel. Il excite et il prolonge l'activité et l'épargne de l'homme; il ouvre à son esprit des horizons illimités; il donne à «on œuvre un caractère de perpétuité.

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Sans l'héritage les efforts et les épargnes de l'individu se borneraient à la satisfaction de ses besoins person nels; à quarante ou cinquante ans, si l'on avait assuré le repos et le confortable de sa vie ultérieure, on cesserait de travailler et surtout d'économiser. La production deviendrait beaucoup moins forte, la création des capitaux serait beaucoup moins abondante. Ce n'est un mystère pour personne qu'en général un célibataire, dans la seconde moitié de sa vie, se donne beaucoup moins de mal et fait moins d'épargnes qu'un père de famille; encore les célibataires ont-ils souvent des affections qui les sollicitent à ne pas se désintéresser absolument de l'avenir qui suivra leur mort.

La nature prévoyante a donné aux affections d'autant plus de force qu'elles se portent sur un nombre plus restreint d'hommes. Jamais un homme n'aimera avec la même ardeur, le même sentiment de vigilance ininterrompue, ses 40 millions de compatriotes, s'il est Français ses 93 millions de compatriotes, s'il est Nord-Américain, ses 130 millions de compatriotes, s'il est Russe, ses 300 ou 400 millions de compatriotes, s'il est Chinois, qu'il aime sa femme, ses enfants, même ses parents plus éloignés ou ses amis.

Faites qu'une fortune individuelle, au lieu de garder une forme distincte, d'échoir à quelques personnes déterminées d'avance, aille se disperser, tomber en pous sière, ajouter un inûniment petit aux ressources du budget d'un très grand État, et personne n'aura souci des travaux persévérants et des épargnes indéfinies.

On dira peut-être que l'héritage, s'il fait des économes fait aussi des fainéants. 11 est vrai qu'un certain nom bre d'hommes ne savent pas se montrer dignes des for /tunes que leurs parents leur transmettent; ils les gaspillent ou, d'une façon plus fréquente, ils vivent dans

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l'oisiveté. C'est là un mal; mais il ne faut pas en exa gérer l'importance : les prodigues sont bientôt cruellement punis par les conséquences de leur prodigalité. Quant aux véritables oisifs, ceux qui ne s'occupent, dam leur vie, ni de soigner et de surveiller leurs propriétés, n de placer et de gérer attentivement leurs capitaux, tâche qui est délicate et singulièrement importante pour la société elle-même, ni de cultiver les lettres, les sciences ou les arts, le nombre de ces vrais oisifs est beaucoup moins important qu'on ne le pense. Leur situation va, en général, en empirant. A tout considérer, le surcroît d'énergies et d'épargnes qui est créé en vue de transmettre à ses proches ou à ses amis un héritage dépasse de beaucoup dans une société les capitaux perdus ou consommés par l'oisiveté d'un certain nombre d'héritiers.

Si l'on voulait transférer à l'État la totalité ou une partie des héritages, on amoindrirait singulièrement la production et la capitalisation, et on arrêterait le progrès social. La nation tomberait bientôt en décadence : car l'État consommerait comme revenus les sommes qui, chez les particuliers dont il hériterait, étaient considérées comme des capitaux. L'État, en proie aux appétits des fonctionnairesou des électeurs faméliques qui assiègent le budget, est un très médiocre épargnant; c'est, au contraire, un grand consommaieur et un grand destructeur de capitaux.

Décréter que l'État hérite des particuliers, alors même qu'on ne lui reconnaîtrait de droit à l'héritage qu'et l'absence de descendants du décédé ou de parents col* latéraux rapprochés, ce serait vouloir l'amoindrissement progressif des capitaux de la nation, c'est-à-dire i du fonds permanent qui aide celle-ci dans son travail,] qui lui facilite les progrès et qui lui vaut une graduellti amélioration de son sort.

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